SCÈNE I
MARINE MNISZEK, TIIÉHÈSE WISZNIOWIECKA, .a sœur,
SOPHIE MNISZEK, sa belle-sœur.
SOPHIE
Il est vrai qu'il a le nez un peu long ; mais, comme il prend soin de nous le dire, « le grand roi de France a le nez long aussi... » Vieille famille, alliée aux meilleures de Pologne et de Lithuanie. Il a du bien, et à la mort de son oncle il sera très-riche. Il héritera de ce beau château sur la Vistule dont ta sœur peut te par 1er. Enfin, pour moi, je ne vois pas de parti plus sortable.
MARINE
Mais c'est que je le vois toujours roulant sur le sable, après s'être tant vanté de dompter ce cheval.... Puis il n'est pas palatin...
SOPHIE
Mais moi, j'ai bien épousé ton frère Stanislas, qui n'est que staroste de Sanodzk.
MARINE
Non, je veux un palatiu comme ma sœur.
THÉRÈSE
Mais moi, je suis ton aînée.
SOPHIE
Palatin et jeune, c'est un mari difficile à trouver. Sa Majesté fera peut-être Maluski palatin.
THÉRÈSE
s'il te faut un palatin , que n'épouses-tu le vieil hetman de la couronne ' Zolkiewski ? Il est palatin d? Kiovie et n'a pas encore soixante-dix ans. Il t'admirait fort, à la cour, au bal qui se donna pour l'ouverture de la diète.
MARINE
Pourquoi pas, s'il voulait de moi ? Je serais madame la générale de la couronne, et j'aurais le pas sur vous deux.
THÉRÈSE
Et un beau mari, boiteux par-dessus le marché.
MARINE
Oui; mais il est hetman de la couronne, et le roi ouvrirait le bal avec moi.
SOPHIE
Voyez-vous l'ambition? Savez-vous, chère princesse, pourquoi Marine ne veut pas du pane IMaluski? C'est qu'elle a ses vues sur le prince tartare.
THÉRÈSE
Quel prince tartare ?
SOPHIE
Ce jeune veneur que votre beau-frère a pris à son service. Nous avons décidé que c'est un prince tartare déguisé, le fils de Kassim Ghereï pour le moins.
MARINE
Ah ! madame la starostine, la plaisanterie est devenue bien vieille depuis que tu l'as inventée.
*. Général de l'armée de Pologne. Un autre général commandait l'armée oe Lithaanie. C'étaient les deux grandes charges de la république.
SOPHIE
Pour Tartare, cela est incontestable ; il n'y a pas d ) mourza plus noir. Prince, je ne dis pas ; mais tu as fait sa conquête,
THÉRÈSE
Fi donc ! si mon beau-frère m'écoutait, il y a longtemps qu'il aurait chassé ce jeune drôle. Savez-vous qu'il m'effraie toutes les fois que je le regarde !
SOPHIE
Qu'a-t-il donc de si effrayant?
MARINE
Pour moi , je ne regarde pas ces gens-là.
THÉRÈSE
Comment ! ignorez-vous ce que l'intendant du prince Adam nous a dit? Ce Tartare, ce Cosaque écrit des lettres tous les soirs...
MARINE
Il écrit ? un Cosaque !
SOPHIE
Des vers peut-être.
THÉRÈSE
Des lettres, des lettres adressées à Dieu sait quelles gens au delà du Dnieper. 11 reçoit des paquets mystérieux. L'autre jour, un Cosaque lui apporta une lettre;... hier c'était un Bohémien qui lui en a remis une. Pour moi, je ne doute pas qu'il ne soit affilié à quelque bande de voleurs et qu'il n'écrive à ses amis pour qu'ils viennent une nuit brûler ce château et nous voler nos bijoux.
SOPHIE
Mais vraiment vous me faites peurl Et le prince Adam est-il instruit de tout cela?
THÉRÈSE
Certainement ; mais il dit que ce sont des folies de ses gens. Pourtant j'ai obtenu de lui qu'il parlât à ce
jeune bandit et qu'il mît la main sur ces lettres mystérieuses.
MARINE
Oh ! nous les lirons, et cela nous amusera.
SOPHIE
Eh bien ! qu'a-t-il trouvé?...
THÉRÈSE
11 est monté chez cet homme, et nous les rapportera sans doute.
SOPHIE
Voyons, chère Marine, que répondrai-je au pane Maluski ?
MARINE
Tu lui répondras que si son ami le roi Henri IV lui