SCÈNE IV
Les Mêmes, CONSTANTIN WISZNIOWIECKL
THÉRÈSE
Constantin 1 Constantin! A quelle heure arrive le tsarévitch?
CONSTANTIN
Comment! Il est ici.
MARINE
Il est ici, et nous ne sommes pas habillées! Mon Dieu!
CONSTANTIN
Quoi! vous n'avez pas vu mon frère?
THÉRÈSE
Nous l'avons vu; mais il ne nous a rien dit... Eh bien! le tsarévitch V...
CONSTANTIN
Le tsarévitch? C'est notre veneur Dmitri.
TOUTES
Dmitri !
CONSTANTIN
Le propre fils d'Ivan Yassilievitch. Vous avez toutes vu de quelle façon ce jeune iiomme est venu dans ce château... La singularité de ses manières, des messages mystérieux qui lui étaient apportés par des inconnus, les lettres qu'il écrivait sans cesse dans le grenier où il était logé, tout cela avait excité la curiosité, et, s'il faut le dire, les soupçons de mon frère. Nous montons à sa chambre; Piotrowski était avec nous. Nous le trouvons assis devant une petite table, scellant une lettre avec un sceau d'or. Devant lui étaient plusieurs papiers qu'il semble vouloir cacher en nous voyant. J'en saisis un; c'était une lettre adressée au tsarévitch Dimitriilvanovitch par le conseil des atamans du Don. — De quel droit, s'écrie-t-il d'un ton furieux, de quel droit prétendez- vous connaître mes secrets? — Alors mon frère, vous connaissez sa vivacité : — Je veux savoir qui tu es, dit-il, et d'où tu viens? Parle. — L'inconnu, j'en frémis encore, pâlit, serra les dents. J'ai cru qu'il allait se porter à quelque violence, quand tout à coup, d'un ton plus calme : — « Eh bien, je dirai la vérité, s'écria-t-il ; aussi bien cette vie de misère a lassé ma patience. Prince Adam, tu vois devant toi Démétrius, le fils d'Ivan le Terrible. Boris a tenté de me faire assassiner. Sauvé par un serviteur fidèle, j'ai longtemps erré de province en province, tantôt trouvant un asile dans un cloître, tantôt sous la tente enfumée d'un Cosaque. Si tu veux mériter les faveurs du tyran de Moscou, livre-moi à ses satellites. )) A ces mots, entr'ouvrant son cafetan, il nous fit voir sa croix de baptême en diamants qu'il porte encore selon l'usage moscovite.
THi<:RÈSE.
Une croix en diamants!
CONSTANTIN
Là-dessus, Piotrowski, qui nous avait suivis, tombe à genoux : — « Maître, dit-il, j'ai été prisonnier des Moscovites, et longtemps j'ai vécu à Ouglitch. C'est bien là le fils du Terrible. Je reconnais ce signe qu'il a sous l'œil droit. »