‹ Les deux héritages;Chapitre 46 sur 138 · SCENE II · texte numérisé non relu

SCENE II

OSIP, KHLESTAKOF.

KHLESTAKOF.

Tiens... (n lui donne sa casquette et sa badine.) Eh biCtt I tU

t'es encore vautré sur le lit ?

OSIP

Moi ! Pourquoi donc me vautrer ? Je ne l'ai pas même regardé votre lit, moi.

KHLESTAKOF.

Tu mens. Tu t'es couché. Il est tout défait.

OSIP

Gomment ça se peut-il ? Je ne sais pas seulement ce que c'est qu'un lit. J'ai mes pieds. Je me tiens dessus. Je n'ai que faire de votre lit.

KHLESTAKOF, se promenant.

Regarde dans la blague s'il y a du tabac 7

OSIP

Du tabac ? Il y a quatre jours que vous avez fumé le rôotô.

KHLESTAKOF se promène en se mordant les lèvres. D'un ton décidé et terrible .

Écoute, Osip!

OSIP

Plaît-il ?

KHLESTAKOF, d'un ton terrible maïs moins décida.

Descends.

OSIP

Où?

KHLESTAKOF, d'un ton qui n'est plus ni tcrriMc ni décidé mais presque suppliant.

En bas, au buffet... dis qu'on me monte à dîner.

OSIP

Ah 1 ma foi, non. Je n'y vais pas.

KHLESTAKOF.

Comment, drôle I

OSIP

Et d'ailleurs, quand même j'irais, qu'est-ce que cela ferait. Le bourgeois dit qu'il ne veut plus vous donner à dîner.

KHLESTAKOF.

Comment, il oserait ! Voilà un impudent maroufle.

OSIP

Il dit qu'il ira au gouverneur, parce qu'il y a quinze jours qu'on ne l'a payé. — Toi, dit-il, et ton maître vous êtes des polissons, et ton maître un escroc. J'en ai déjà vu, qu'il dit, des pique-assiettes comme vous.

KHLESTAKOF.

As-tu fini, brute que tu es, de dire tes sottises?

OSIP

Il dit : Cela vient, cela s'installe, cela prend à crédit, et on ne peut faire déguerpir cela. Mais moi, dit-il, je

158 LINSPECTEUR GÉNÉRAL.

ne plaisante pas. Je fais ma plainte, et je vous fais fourrer en prison.

KHLESTAKOF.

Assez, imbécile ! Descends, descends lui parler. Quelle brute 1

OSIP

Il vaut mieux que je dise au maître de venir vous parler.

KHLESTAKOF.

Eh ! je n'ai que faire de le voir. Parle -lui toimême.

OSIP

Mais, Monsieur...

KHLESTAKOF.

Va donc , le diable t'emporte ! Fais monter le maître

d'hôtel. (Osip sort.)

SCÈiNE III.

KHLESTAKOF, seul.

.fai une faim terrible. J'ai fait un tour, pensant que cela me ferait passer l'appétit, non, le diable emporte, il ne s'en va pas. Ah ! si je n'avais pas fait des bêtises à Penza, j'aurais encore assez d'argent pour aller à la maison. Ce capitaine d'infanterie m'a joliment refait. Ce n'est pas pour dire, mais l'animal sait bien filer la carte. En un quart d'heure, il m'a tondu rasibus. Avec tout cela, je donnerais bien quelque chose pour me reprendre encore une fois avec lui. Si j'avais S3ulement trouvé ma belle ! Quelle vilaine petite ville ! Les pâtissiers ne donnent rien à crédit. Polissons! (ils siffle l'ouverture de Robert *i quelques airs russes.) Perinne ne veut donc venir?

L'INSPECTIlUR général. 15 {»

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