FÉLIX, LOUIS DE SAQUEVILLE
LOUIS DE SAQUEVILLE entrant, en robe de chambre. Félix 1 du thé, un cigare (n ddcacbette les lettres et parcourt ies journaux qui sont sur la table ). Eh blCU ! mOU OnClC CSt-îl
arrivé ? — Laisse les enveloppes de ces lettres sur la table, Tadresse en dessus. — Comment se porte-t-il ?
FÉLIX
Très-bien, Monsieur, je vous remercie. 11 est arrivé ce matin par la malle de quatre heures et demie. Je l'ai mené à l'hôteL — M. Kermouton est venu. Je lui ai dit que monsieur était sorti. Il a vu que monsieur avait lu sa brochure. Il a dit qu'il repasserait. — Voici une lettre de la part de mademoiselle...
LOUIS
Kermouton ? Mais ce doit être un électeur. Tu aurais dû le faire entrer.
ou DON QUICHOTTE. t
FÉLIX
Comme monsieur m'avciit dit..»
LOUIS
Que diable! il faut connaître les gens!... Kermouton? C'est cela, le sous-préfet m'en a parlé... Un fabricant ou un propriétaire de Morlaix... Un homme fort riche...
FÉLIX
Dame ! Monsieur, je ne savais pas.
LOUIS
Enfin, quand il reviendra.,.
FÉLIX
Je lui ai dit que monsieur avait lu sa brochure ; il en a été bien content.
Quelle brochure ?
F£LIX, la lui présentant.
Essai sur V amélioration des races ovines»
LOUIS
Ah ! — Était-elle coupée ?
FÉLIX
Et cornée. — C'est mademoiselle Juliette qui vient d'apporter cette lettre de la part de mademoiselle Clémence.
LOUIS, après l'avoir lue.
Oui, je t'en souhaite !... — Eh bien ! tu me parlais de mon oncle ? Tu l'a vu ? Le diable m'emporte si je le reconnaîtrais! Treize ou quatorze ans en Afrique... Comment est-il ?
FÉLIX
Mais, Monsieur, c'est un bel homme, de ma taille à peu près, bien hâlé, l'air militaire, une cicatrice sur le front, un képi sur la tête.
LOUIS
Tu lui as dit que j'étais bien fâché que mon logement fût trop petit pour le recevoir ?
FÉLIX
Oui , Monsieur. Il croyait d'abord que vous étiez là. — Où est mon neveu ? qu'il a dit ; car, en le voyant descendre en képi de la malle de Marseille, je me suis tout de suite approché : — C'est à monsieur le colonel de Saqueville que j'ai l'honneur de parler? lui ai-je dit ; je suis le valet de chambre de monsieur son neveu. — Est-il ici? m'a-t-il demandé d'un air... tout chose.
LOUIS
Il croyait peut-être que j'allais l'attendre à quatre heures du matin !
FÉLIX
J'ai cru bien faire. Je lui ai dit : — Monsieur a travaillé toute la nuit; comme il allait partir pour la poste, Monsieur s'est endormi, et je n'ai pas osé le
réveiller.
LOUIS
Tu as trouvé cela tout seul ?
FÉLIX
Puis, comme il paraissait avoir envie de venir ici tout de suite, je lui ai fait comprendre qu'il valait mieux aller à l'hôtel, où je lui ai retenu un appartement, se baigner, s'habiller, se reposer. J'ai fait venir un fiacre et j'ai dit : A l'hôtel Chatham. Comme nous étions en route , il m'a appelé pour me dire qu'il voulait passer par la rue de l'Université. J'ai pris la liberté de lui faire observer que ce n'était pas le chemin. — JN'importe, a-t-il dit. — J'ai bien vu que c'était son idée ; j'ai dit au cocher qu'on le prenait à l'heure et qu'il aurait pour boire. Pour lors il a fait arrêter devant l'hôtel de madame la marquise de Montrichard. — A-h Dieu l a-t-il dit, on a détruit le jardin ! — Il n'avait
ou DON QUICHOTTE. 9
pas l'air de bonne humeur. 11 répétait entre ses dents : — Couper ce grand cèdre ! -Puis, tout à coup il m'a dit d'aller à l'hôtel avec son bagage, qu'il allait faire un tour à pied pour voir la ville.
A cinq heures du mat n !
FÉLIX
Oui, ^lonsieur. Il a dit aussi qu'il viendrait vous demander à déjeuner vers les onze heures. Quand j'ai eu rangé ses affaires dans l'hôtel, il était plus de huit heures et demie, et le colonel n'était pas encore rentré. Pour lors, j'ai pensé que monsieur pourrait peutêtre avoir besoin de moi, et je suis revenu. — On voulait avoir une réponse tout de suite à la lettre de mademoiselle Clémence. J*ai dit que monsieur reposait ; mais...
LOUIS
Tu as bien fait.
FÉLIX
En passant par la rue de la Paix , j'ai rencontré mademoiselle... mademoiselle... Pardon, Monsieur, je ne me rappelle pas bien son nom... C'est elle qui est avec M. de Doismorand.
LOUIS
Virginie ?
FÉLIX
Justement, Monsieur. Elle m'a remis ; elle m'a appelé et m'a chargé de vous dire mille choses honnêtes, et que vous n'oubliiez pas que vous lui avez promis de la mener à l'Ambigu avec mademoiselle Clémence. Elle va se promener tous les matins aux Tuileries pour sa santé. Ah ! quelle belle toilette elle avait I
LOUIS
Ça a une santé l Depuis quand se donne-t-elle ces airs-là ?
FÉLIX
: Je ne sais pas, Monsieur. On se retournait pour voir «on châle. Aussi le valet de chambre de M. de Boismorand dit qu'il a coûté gros.
LOUIS
Boismorand donne des cachemires ?
FÉLIX
Il paraît, Monsieur. Quand monsieur m'a envoyé ■chercher mademoiselle Clémence, l'autre jour après le ballet, il y avait deux dames dans les coulisses qui disaient, en voyant passer mademoiselle Virginie, qu'il «'y avait que M. de Boismorand pour faire les choses.
LOUIS
Ah 1 vous écoutez les conversations de ces demoiselles ?
FÉLIX
Dame! Monsieur, quand on attend.... Le cocher de ]\L Boismorand était là en perruque, à la porte, avec lo coupé pour mademoiselle Virginie. Fallait voir comme les autres demoiselles faisaient cercle pour la voir monter. Il y en avait plus d'une qui enrageait, à ce •qu'il me paraissait... Ah ! j'oubliais de remettre à monsieur ce rouleau que M. Villiers lui a envoyé ce matin.
LOUIS
Voilà la victime du lansquenet la plus ponctuellel
(il fait sauter le rouleau d'un air pensif.) FÉLIX.
J'ai cru devoir commander à déjeuner pour monsieur votre oncle.
11 est bien ridicule avec sa Virginie.
FÉLIX
Je n'ai rien oublié, je pense. Ah ! mademoiselle Juliette a dit que mademoiselle Clémence vous priait de
ou DON QUICHOTTE. II
lui envoyer un mot de réponse dès que vous seriez éveillé.
LOUIS
Que le diable l'emporte! Donne moi du papier... il faut que je me défasse de cette fille-là... (n écrit.) Tien-, porte ce billet et ce rouleau à Clémence, et dis-lui qu'elle ne s'avise plus... Tu reviendras tout de suite... G Athéniens, il en coûte pour mériter vos éloges I
FÉLIX
Monsieur?
LOUIS
Quoi?
FÉLIX
Je croyais que monsieur me parlait.
LOUIS
Non ; c'était Alexandre le Grand qui parlait ainsi cn^ passant le Granique. Il était aussi bête que moi.
(On sonne.) FÉLIX.
Monsieur, c'est un monsieur qui demande si vous> êtes visible. Il est habillé de noir, et s'appelle Quernot.
Quernet? C'est un Breton sans doute, un électeur. Fais entrer.
FÉLIX
M. Quernet. (n son.)