‹ Les deux héritages;Chapitre 7 sur 138 · M. QUE» NE T · texte numérisé non relu

M. QUE» NE T

Oh ! Monsieur, vous êtes trop bon.

LOUIS

Un commerce qui n'a pas toute l'extension qu'il devrait avoir!

M. QUERNET.

c'est vrai. Monsieur. Il y a des gens qui préfèrent l'huile. Passe peut-être pour la friture; mais, pour les ragoûts, le beurre est souverain.

Pour moi, je ne puis souffrir l'huile. Je ne vis que de beurre. Celui de Morlaix, c'est le premier de tous, à mon avis.

M. QUERNET.

Il y en a qui préfèrent le beurre d'Isigny ; cela dépend des goûts. Moi, j'en ai de Morlaix et d'excellent... Si vous...

LOUIS

Vous êtes électeur, monsieur Quernet ?

M. QUERNET.

Oui, Monsieur, pour vous servir.

LOUIS

Si j'avais l'honneur de représenter l'arrondissement de Morlaix, je ferais tout pour le beurre. Encourager la production du beurre, c'est non-seulement encourager l'élève des bestiaux, mais encore c'est faire fleurir l'agriculture, c'est populariser l'hygiène publique, si je puis m'exprimer ainsi, car il n'y a pas au monde d'aliment plus sain...

ou DON QUICHOTTE. 13

M. QU ERNET.

C'est la vérité, Monsieur.

LOUIS

Ce qu'il y a de triste, monsieur Quernet, c'est que des gens qui spéculent sur tout n'ont pas craint de prendre cette branche d'industrie pour en faire l'objet d'indignes... floveries, passez-moi le mot.

M. QUERNET.

Monsieur, notre maison est connue...

LOUIS

Je ne parle pas pour vous, bien entendu, monsieur Quernet; mais, l'autre jour, je dînais chez le ministre de l'intérieur. Comment, lui dis-je, ne tirez-vous pas votre beurre de Bretagne ! Votre cuisinier vous trompe abominablement. Si vous vouliez, je vous mettrais en rapport avec des négociants dignes de toute votre confiance.

M. QUERNET.

Pour cela. Monsieur, cela ne m'étonne pas. Je connais le beurre des ministres, quoique je n'en mange pas, et je n'en voudrais pas manger. Monsieur. Ça se fait avec du rocou qu'on y met pour lui donner de la couleur qui flatte, et puis un tas de saloperies que je n' oserais dire. Mais notre maison est au-dessus de cela. Nous défions les contrefacteurs. Veuillez en essayer, Monsieur ; si c'est du beurre de Bretagne que vous désirez, nous en avons à 30 sous le pot, première qualité.

LOUIS

Veuillez m'en envoyer cent pots pour essayer. Permettez-moi de m'acquitter tout de suite. Les bons comptes font les bons amis, monsieur Quernet.

(u lui donne de l'argent.) M. QUERNET.

Monsieur, c'était inutile ; vous auriez payé en recevant la marchandise, ou à votre commodité.

LOUIS

Non, non. Moi, je ne connais que les affaires rondement faites. Pour cela, je suis un vrai Breton... quoique je n'aie pas l'honneur d'être né en Bretagne ; mais toute la famille en vient... Tous Bretons bretonnants, monsieur Quern et... Parbleu! si votre beurre est bon, comme je n'en doute pas, je veux en envoyer à madame de Clairville, la femme du ministre de l'intérieur, pour lui faire honte du sien,

M. Q U E R N E T, se levant.

Monsieur, vous êtes trop bon. J'aurai l'honneur d'en envoyer à son hôtel un échantillon de votre part. Veuillez agréer tous mes remercîments. Vous aurez les cent pots dans une heure.

LOUIS

Oh! rien ne presse. Monsieur Quernet, dites donc... nous allons avoir une élection disputée. Vous êtes trop bon citoyen pour ne pas aller voter au pays.

M. QUERNET.

Au pays?

LOUIS

Oui ; vous savez que l'arrondissement de Morlaix va nommer un député.

M. QUEilNET.

Cela se peut bien ; mais je ne savais pas.

LOUIS

Comment ! mais c'est dans tous les journaux. Seraitil possible, monsieur Quernet, que vous oubliassiez vos devoirs de citoyen, vos glorieux privilèges d'électeur?

M. QUERNET.

Non, Monsieur ; mais je ne suis pas de Morlaix.

LOUIS

Comment donc!

M. QUERNET.

Je n'y suis jamais ailé de ma vie.

ou DON QUICHOTTE. 15

•LOUIS

Mais vous êtes électeur?

M. QUERNET.

Je m'en flatte, monsieur, au septième arrondissement, rue Pavée, 22. Je n'ai jamais manqué d'aller retirer ma carte.

LOUIS

A Paris?

M. QUERNET.

Oui, Monsieur. Notre établissement est le plus ancien de la capitale, et j'ose dire que mon associé Durand et moi, nous n'avons rien fait pour nous faire perdre la confiance que le public nous accorde. Pour le beurre de Bretagne, le beurre d'Isigny...

LOUIS

Mais que diable me chantiez-vous de Morlaix et de la Bretagne?

M. QUERNET.

C'est vous. Monsieur, qui m'avez demandé du beurre de Bretagne. Mon devoir est de me conformer au goût des consommateurs. Si vous m'en aviez demandé de Normandie, je vous en aurais fourni d'excellent. Si vous en voulez à demi-sel, beurre fondu...

LOUIS

Eh! je n*ai que faire de beurre fondu!

M. QUERNET.

Monsieur, je suis bien votre serviteur. Je me recommande toujours à vos bons offices auprès de M. le ministre de l'intérieur et de madame son épouse, (n sort.)

LOUIS

Il a bien d'autres choses à faire que de penser à votre beurre, (seul.) Au diable l'imbécile! Animal de Félix, qui me laisse entrer pareille espèce! Impossible de lui apprendre à connaître son monde ! Voilà une journée qui commence bien! (a Fénx qui rentre.) Ah! c'est vous?

n LES DEUX HERITAGES,

Depuis quand, je vous prie, ma porte est-elle ouverte pour les marchands de beurre?

FÉLIX

Quel marchand de beurre? C'est monsieur votre oncle que je viens de rencontrer sur l'escalier, (saqueruie entrée

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