‹ Les deux héritages, suivis de L'inspecteur général et les Débuts d'un aventurierChapitre 150 sur 173 · SCENE VI · texte numérisé non relu

SCENE VI

Les Précédents, SEMEN et SMIRNOÏ OTREPIEF.

SEMEN, rentrant, à Boris.

Enfin Smirnoï Otrepief est arrivé ; il attend tes ordres.

BORIS

Qu'il entre. — Eh bien! Smirnoï, quelles nouvelles? s m i r n o ï.

Seigneur, Ouglitch est tranquille. Une heure m'a suffi pour arrêter quelques insensés qui pouvaient séduire une populace crédule. Tout se réduit à des contes de vieilles qui te feront sourire. Un marchand a reçu dans sa maison un jeune Cosaque zaporogue dans» lequel il s'est imaginé revoir les traits du feu tsarévitch Dimitrii. Une vieille nourrice du prince, folle, à ce qu'il paraît, prétend l'avoir reconnu... Un jeune moine... a tenu des propos ridicules dans un cabaret...

BORIS

Ridicules ?

SMIRNOÏ.

Coupables, veux-je dire. La nourrice, le marchand et quelques ivrognes sont déjà en route pour Pelim... Le moine a reçu un châtiment sévère par les soins de l'abbé de Saint-Serge...

BORIS

Et le Zaporogue?

On n'a pu encore le découvrir. En quittant Ouglitch, il a dit qu'il se dirigeait vers Moscou ; mais ses pa tu le sais, ont toujours l'habitude de mentir pour ea-

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cher leurs mouvements. Pour moi, je soupçonne qu'il cherche à gagner la Lithuanie ou le pays des Zaporo gués ; mais la frontière est bien gardée, et c'est là que je l'attends.

BORIS

Quel est le nom de ce marchand ?

SMIRNOÏ.

Un certain Choubine.

BORIS

Un homme que j'ai comblé de bienfaits! — Et le moine ?

SMIRNOÏ.

C'est un étourdi... à qui le vin fait dire mille sottises...

BORIS

Son nom, son nom ?

SMIRNOÏ.

Hélas! maître... que ton courroux épargne un insensé... C'est mon neveu Grégoire.

BORIS

Qu'importe? point de faiblesse.

SMIRNOÏ

Deux cents coups de verges... le cachot de pénitence... son repentir touchant... maître, n'est-ce point assez pour désarmer ta colère?

BORIS

Non, je veux voir cet homme. Pourquoi n'est-il pas ici ?... Patriarche ! quel est cet enfant que vous avez amené? Dans quel séminaire a-t-il été nourri ? Depuis que je suis entré dans cette salle, je rencontre toujours ses yeux brillants comme des yeux de loup attachés sur les miens... Veut-il me fasciner à la manière des sorciers finnois? — Jeune homme, ne sais-tu pas qu'en | résence de ton maître tu dois baisser les yeux et courber ton front vers la terre?

JOB

Seigneur très-miséricordieux...

YOURII.

Seigneur, mes yeux n'avaient jamais vu un souverain. En présence du seul monarque chrétien de l'univers, du protecteur de la foi orthodoxe, mes yeux m tournent involontairement vers toi comme ceux d'un mourant vers la porte du paradis.

JOB

C'est un orphelin pieux et dévoué, seigneur, dont la discrétion est au-dessus de son âge.

BORIS

Jeune homme, en quittant ce palais, mets un frein à ta langue, si tu veux la conserver. Semen, patriarche, et vous, prince Chouiski , vous aussi, prince Fëdor, suivez-moi dans mon cabinet.

Y O C R 1 1 , à part.

! auvre Choubine ! — Bah ! une bonne cause doit avoir ses martyrs.

Un couvent en Liiliuanie, sur la frontière de Russie.

SCÈiNE I.

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