‹ Les deux héritages, suivis de L'inspecteur général et les Débuts d'un aventurierChapitre 20 sur 173 · I. A M A R QD I S E · texte numérisé non relu

I. A M A R QD I S E

Monsieur Sévin, ramassez mes ciseaux, s'il vous plaie, i ,-. v> la pou voua en supplie...

H. SÉVI N

Cela ferail une tapi erie un peu romantique. — Je passe les dernier? articles; c'est l'uniforme, le trous-

OU DOtf QUICHOTTE. 41

seau. Vous avez réglé cela à merveille. Robe grise, voile blanc, tablier de toile écrue....

JULIE

Oh! de la toile écrue. Fi donc! Je demande des tabliers de levantine noire, avec les poches garnies de rubans bleus.

LA MARQUISE

Non, la toile écrue est bien. Cela est humble, cela est convenable pour ces pauvres créatures.

JULIE

Elles auront l'air de Cendrillons. Donnez-leur alors de pantoufles vertes.

Lecture faite des articles de la constitution, car, Madame, c'est une vraie constitution, c'est une charte que vous octroyez à l'Asile de Notre-Dame de Repentance, les pensionnaires seront introduites et défileront devant monseigneur et les dames bienfaitrices....

JULIE

Sur quel air? Je propose la marche de Semiramide. Tra la la la. (euo chante.)

M. SÉVIN

En vérité, mademoiselle Julie a là une heureuse idée; un peu de musique ne gâterait rien. Savez-vous que nous en avons déjà quelques-unes qui chantent passablement des cantiques. Si on chantait votre bel hymne : Heine des cieux, ton trône de. nuages....

LA MARQUISE

Vous vous souvenez de cela !

M. SÉVIN

Je le sais par cœur.

LA MARQUISE

Non... Et puis, voyez-vous?, la musique de M. Lucchesi ne rend pas bien ce sentiment de sérénité religieuse que j'ai cherché à exprimer dans ces vers.

42 LES PEUX HÉRITAGES

M. SE VIN

Quelle ame assez dénuée de poésie pour penser a la musique de Lucchesi en entendant vos paroles.'

Nous verrons.

M. SÉVIN

Eh bien! voilà toute notre affaira Biles défieront et se formeront sur deux lignes pour chanter. Le malheur, c'est que nous n'en avons encore que dix-sept. Tour le défilé, il nous faudrait un nombre pair... Mais, j'y pense. (Bas.) Savez-vous que madame Lelorrain pourrait bien nous fournir une recrue pour la cérémonie. Sa femme de chambre qu'elle nous vantait l'autre jour....

LA MARQUISE, (bas.)

Est-ce vrai?

M. SÉVIN

Hélas! oui. C'est la troisième à qui ce malheur arrive. Aussi, pourquoi se loger si près d'un quartier de cavalerie ?

LA MARQUISE

j'en suis désolée assurément; mais enfin, puisque le malheur devait arriver, j'avoue que je ne suis pas trop fâchée qu'il tombe sur cette maison-là.

M. SÉVIN

Est-ce parce qu'on en a l'habitude ?

LA MARQUISE

\e soyez pas méchant, monsieur sévin ; mais ma-

dame Lelorrain est d'une indulgence odieuse. Vous

n'avez pas d'idée des propositions incendiaires Qu'elle

nous fait dans nos comités. — «Oh! Mesdames, elle

malheureuse I... » Voilà son mot.

H. SÉVIN

Puisse la leçon lui profiter ! (n»ut.) L'abbé Ballon terminera la cérémonie par une allocution.

JULIE

Comment dites-vous cela, monsieur Sévin? Par une... ?

M. SÉVIN

Par une allocution.

JULIE

Je croyais qu'il ne savait faire que des circonlocutions ?

Très-joli !

LA MARQUISE

Détestable! Julie!...

M. SÉVIN

Et puis madame la duchesse de Roseville fera la quête, voilà tout.

LA MARQUISE

Non, point de quête chez moi ; cela effraierait peutêtre quelques-uns de mes habitués. M. le comte de Lardjaune doit venir. Vous savez que cela le contrarie quand on lui demande de l'argent pour les malheureux. Il aime à faire ses aumônes incognito... à sa manière. D'ailleurs j'ai un service à lui demander...

Comment! spectacle gratis! Ma foi, je trouve qu'on pourrait bien payer pour voir dix-sept pénitentes en tablier de toile écrue, sans parler de l'allocution. Quel dommage qu'on ne me laisse pas assister à la fête !

LA MARQUISE

La fête ? Julie l

JULIE

Mère, c'est bien triste une allocution pour bouquet. Savez-vous ce qu'il faudrait pour finale? Une pollca échevelée. Monsieur Sévin, je voudrais vous voir poiker.

LA MARQUISE

Julie, vous oubliez que vous êtes en deuil ne votre

44 LES DEUX HERTTAGl 5,

père,... et comment se fait-il que ma fille se serve de termes si bas... C'est votre femme de chambre qui vous a appris celui-là sans doute ?

JULIE

Pas du tout. Je le tiens de la duchesse de Roseville.

LA MARQUISE

Excellent modèle t\ suivre ! Apparemment que vous aimeriez à lui ressembler pour vous entendre appeler tulle, comme elle, par tout le monde.

JULIE

Le grand malheur de passer pour folle! Ce n'est qu'à ce prix-là qu'on a la liberté de faire tout ce qu'on veut.

Oh ! miss Julia !

LA MARQUISE

Julie, vous me faites beaucoup de peine !

If. SE VIN.

Non, Mademoiselle. On ne dira jamais la folle mademoiselle Julie; vous aurez beau faire, on dira toujours l'aimable, l'espiègle mademoiselle Julie.

jui. i r.

Vite un notaire et des témoins! monsieur Sévin vient de me faire un compliment.

Qu'y a-t-il là de si extraordinaire?

C'est que d'habitude vous gardez les sermons... les allocutions*., pour moi et les compliments pour ma mère.

M. SÉVIN

Vous me Faites tort, Mademoiselle, ici, de quelque o'>t.'' qu'on se tourne, on ne trouve qu'à admirer.

JULIE

Hiatus ! — Monsieur Sévin, tenons-nous-en à notre ancien commerce d'épigramme.s.

LA MARQUISE

Vous avez bien de la patience, monsieur Sévin. — A propos, monseigneur de Quimper vous donne-t-il quelques espérances pour notre ami M. de Saqueville?

T'attends tous les jours une lettre de lui. Vous savez qu'il est en tournée pastorale, par conséquent fort occupé; mais cette tournée lui donne l'occasion de canevasser un peu pour notre ami. Je ne doute pas qu'il ne le serve avec toute l'autorité de son caractère. D'ailleurs il aimait tant madame de Ponthieu, la cousine de Saqueville !

LA MARQUISE

Pourquoi dites-vous il aimait ?

M. SÉVIN

C'est que madame de Ponthieu est morte il y a un mois ou six semaines.

LA MARQUISE

Que me dites-vous là? Morte! mais comment est-ce possible ? Comment M. Louis de Saqueville , qui était son seul héritier, ne m'en a-t-il pas prévenue? il n'a pas même pris le deuil.

M. SÉVIN

Je l'ai su aujourd'hui chez le chargé d'affaires de Naples. Vous savez qu'elle avait mené à Ischia son fils poitrinaire. C'est là qu'elle est morte. C'était une personne bien bizarre. Depuis la mort de son fils, elle n'a voulu voir âme qui vive.

LA MARQUISE

Mais j'ai su tout de suite la mort de ce fils... C'est étrange ! Qu'en pensez-vous, monsieur Sévin

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