‹ Les deux héritages, suivis de L'inspecteur général et les Débuts d'un aventurierChapitre 38 sur 173 · SCÈNE I · texte numérisé non relu

SCÈNE I

L'appartement de Sanneville dans un hôtel garni.

SAQUEVILLEestassisàllrs.EntreM.KERMOUTON, décoré. M. KERMOUTON.

Monsieur, je vous demande bien pardon si je vous dérange.

SAQUEVILLE.

Qu'y a-t-il pour votre service, monsieur ?

M. KERMOUTON.

Vous ne me remettez pas, monsieur?... Kermouton ! J'ai eu l'honneur de vous voir chez monsieur votre neveu. Comment se porte cette dame?...

SAQUEVILLE.

Que désirez-vous, monsieur ?

Je viens de chez monsieur votre neveu ; on m'a dit qu'il était allé chez vous, et j'ai pris la confiance de

venir ici, tant mou impatience était grande de lui porter l'hommage de ma gratitude. On m'a bien dit qu'un autre monsieur s'était employé pour moi, mais i tiens de monsieur votre neveu lui-même...

SAQUEVILLE.

Quel service?

M. KERMOUTON, montrant son ruban.

Vous voyez.

SAQUEVILLE.

Ah ! c'est lui qui vous a fait avoir ce ruban rouge?

M. KERMOUTON.

Oui, monsieur; il a eu la bonté de m'écrire, le soir même que j'ai eu l'honneur de vous voir, qu'il avait

causé avec le ministre, et l'effet n'a pas tardé à suivre li promesse. 11 peut compter qu'il a gagné un ami dévoué.

SAQUEVILLE.

.le ne lui savais pas tant de crédit.

M. KERMOUTON.

Monsieur, il connaît tous les ministres. Ils font teut ce qu'il leur demande, et il est l'obligeance même Aussi, aux prochaines élections, il verra si je m'épargne pour lui.

\h l ah ! affaire électorale.

m. ki:i; mouton.

Oui, monsieur; mais ce n'est pas la seule dont j'avais ù l'entretenir, — à vous entretenir aussi, vous surtout, monsieur, si vous le permettez... Je suis père, monsieur; j'ai une fille... nnc, fille à marier...

SAQUEVILLE.

Je ne suis point à marier, monsieur.

M. KERMOOTOJf.

Permettez-moi d'achever, ba Providence m'a toujours 90UteBU dans les moments les plus difficiles, et

j'ose dire que, par mon industrie, j'ai fait une fortune assez honnête...

SAQUEVILLE.

Tant mieux pour vous.

M. KERMOUTON.

Considérable, monsieur. Aussi la fille de Kermouton a-t-elle une dot comme n'en ont pas bien des filles de pairs de France ou d'agents de change. Je n'ai rien épargné pour son éducation, je lui ai donné les meilleurs maîtres de Morlaix. Elle touche du piano , elle chante la Normandie de manière à mériter les suffrages de tous les connaisseurs.

SAQUEVILLE,

Où voulez-vous en venir ?

Monsieur, monsieur votre neveu est votre héritier, je pense...

SAQUEVILLE.

Oui ; mais après ?

M. KERMOUTON.

Et vous, héritier de madame de Ponthieu, qui avait la terre de Plouhely. Nous sommes donc voisins; il ne tient qu'à vous que nous soyons alliés. Je suis franc comme un Breton, vous le voyez, monsieur.

SAQUEVILLE.

k Alliés !

M. KERMOUTON.

Oui, monsieur. Je cherche ici un parti pour ma fille, qui veut habiter la capitale. Votre neveu a un beau nom, il a des espérances; il va être député, et je n'y nuirai pas. 11 connaît les ministres : une belle place ne peut lui manquer, quand il voudra... Souffrez que je continue. Voilà pour un côté ; de l'autre, je donne à ma fille huit cent mille francs,— cinq cent mille francs, écus; le reste...

SAQUEVILLE.

Monsieur, je suis forcé de vous interrompre : mon neveu a un engagement. J'en suis désolé, mais mademoiselle votre fille trouvera assurément un bon parti par le temps qui court.

M. KERMODTON.

Est-ce signé cet engagement, Monsieur? Veuillez considérer, Monsieur, que cinq cent mille Crânes éous, et trois cent mille en bons effets , ne se rencontrent pas tous les jours. Bien des demoiselles du grand monde...

SA QUEVILLE.

Monsieur, je vous le répète, il n'y faut plus songer : il a un engagement ailleurs.

M. KEIUIOUTON.

On m'avait pourtant dit qu'avec mademoiselle de Montrichard rien n'était encore conclu. Je ne sais si vous êtes informé que feu M. le marquis de Montrichard a laissé des affaires... embarrassées, dit-on?

SAQUEVILLE.

Peu importe.

Oserai-je vous demander si vous avez l'assurance que monsieur votre neveu désire ce mariage? une personne que j'avais chargée de le sonder...

SAQUEVILLE.

Eh bien, Monsieur?...

Eh bien, Monsieur, monsieur votre neveu n'avrit pas parlé d'un engagement positif.

SAQUEVILLE.

On vous a trompé, Monsieur. Je ne sais quelles gens vous avez chargés de pareilles commissions ; on s'est étrangement mépris.

Cependant...

SAQUEVILLE.

Brisons là, Monsieur ; excusez-moi , je suis obligé de sortir.

H. KERMOUTON.

Je regrette , Monsieur, que cette affaire ne puisse avoir lieu ; très-humble serviteur. Quand vous irez à Plouhely, vous me permettrez de venir vous offrir mes

Civilités. (il se dirige vers la porte.)

SAQUEVILLE.

Bonjour, Monsieur. (lb rappelant.) Ah! monsieur Kermouton !

M. KERMOUTON.

Plaît-il, Monsieur?

SAQUEVILLE.

Pardon ; vous disiez que les affaires de M. de Montrichard étaient dérangées?

M. KERMOUTON.

Mon Dieu , Monsieur, chez les grands seigneurs tout ce qui reluit n'est pas or... tandis que nous autres, propriétaires industriels...

SAQUEVILLE, se parlant à lui-même.

Oh ! tant mieux! Ainsi elle est ruinée...

M. KERMOUTON.

Oh ! je ne dis pas cela. J'ai dit des affaires embarrassées... ni plus ni moins. Très-humble serviteur.

(il sort.) SAQUEVILLE , seul.

Voila la première fois que je me trouve heureux d'être riche! quel bonheur si elle était ruinée! (u Si3dod et reprend son livre.) Maudit livre! quelle diable d'idée de lire saint Augustin et saint Cyprien... et de quoi se melaient-ilsl

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