ACTE PREMIER
EDMOND
AhI aïe! aïei... Je crois, Dieu me pardonne! que je me résignerais plutôt à aller au bal que de subir Don Giomni, le Misanthrope ou les Huguenots.
CLAIRE
Vraiment?
Et notez que, depuis que j’ai l’âge de raison, je fuis le bal comme on fuit la peste, un méchant cigare, un mauvais diner.
MAX
Sybarite I
CLAIRE
Mais c’est horrible, ce que vous dites làl
EDMOND
Cela peut paraître ainsi au premier abord, mademoiselle; mais, l’expérience aidant, on reconnaît bien vite que les théâtres sérieux et les œuvres magistrales, comme ils les appellent, au lieu d’élre un délassement, deviennent une fatigue...
CLAIRE
J’avais cependant l’espoir...
MAX
De grâce, mademoiselle, ne vous laissez point abuser par de tels discours.
MADAME DE COORVAL.
M. Edmond plaisante.
MAX
Mon neveu se calomnie.
Permettez...
MAX
A l’entendre, on supposerait volontiers qu’il louche à la soixantaine... il marche sur vingUcinq ans ! On supposerait
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qu’il est usé, blasé, désenchanté; mensonge que tout cela ! Il a les sensations vives, l'ème ardente, le cœur généreux, et quand Usera votre mari, il aimera la danse, n’en doutez pas, il aimera les grandes et belles pages de la littérature française, les grandes et belles compositions de l’art musical.
CLAIHE, avec émoUon.
Vous êtes un excellent avocat, monsieur, un avocat bien persuasif... Puisse M. Edmond arriver un jour à partager vos convictions, vos sentiments, et je n’aurai plus rien à lui reprocher I Mais, en attendant, il prendrait > à tâche de me déplaire qu'il ne réussirait pas mieux.
EDMOND
Sans chercher à vous déplaire, mademoiselle, il me semble que j’ai bien le droit d’exprimer...
CLAIRE
Assurément. Avouez, toutefois, qu’il est au moins étrange que vous me contrariiez sans cesse, que vous ne soyez jamais de mon avis, que vous manquiez envers moi de délicatesse, de complaisance.
Mademoiselle...
' CLAIRE
Je vous en fais juge : hier, je vous demande une romance, (Désignant Max.) c’est monsieur qui va la chercher I Aujourd’hui, Je vous prie de venir en aide à un pauvre garçon à qui je m’intéresse, et c’est votre oncle qui se rend à ma prière!... que sais-je, moi!... Je vous ai dit et répété souvent que. l’odeur du tabac m’incommode, et, malgré cela, vous fumez du matin au soir... Maintenant encore, vous avez un cigare à la main et n’attendez sans doute que mon départ pour en dser à votre aise; soyez donc satisfait, monsieur, fumez, fumez librement, car je m’éloigne...
MAX, cherchant h la retenir.
Mademoiselle...