SCÈNE XIX
Les mêmes, JOSÉPHINE, TREMPLIN.
(^Tremplin parait dans le fond a^ec Joséphine y qui a
un paquet à la main.^
TREMPLIN à Joséphine.
11 n'y a pas de temps à perdre , par Ion*.
GAUTARD.
{Haut.) Tu le veux, M. Bernard n^épousera jamais
Joséphine, voilà qui esl bien décidé.
JOSÉPHINE, sur le point de partir avec Tremplin, s'arrête en entendant les paroles de son oncle , et court auprès de lui.
Est-il bien vrai, mon oncle?
M ad. GAUTARD.
Oui, ma nièce, oui , tu attendras qu'il se présente un autre parti.
TREMPLIN , se précipitant aux genoux de Mad. Ganta rd.
Ah ! madame! je vous demande la vie.
Mad. GAUTARD.
Comment, comment, un jeune homme à mes pieds!
JOSÉPHINE
C'est pour moi , ma tante.
Mad. GAUTARD.
C'est égal, ça fait toujours plaisir... Restez, jeune homme. tremplin.
Je ne demande pas mieux ; mais je tremble dans ma
peau. GAUTARD.
Comment, monsieur, vous avez osé prendre la figure d'un singe pour séduire ma nièce?
TREMPLIN
Un moment , cher oncle : (déclamant) le masque tombe, l'homme reste, et le Jocko s'évanouit.
GAUTARD.
Eh bien ! il est un moyen de me décider en votre faveur.
TREMPLIN
Quel est-il, parlez , vertueux père de famille. (// montre renseigne.)
GAUTARD.
Le succès pyramidal du Jocko des boulevards engage les dn'ecteurs des déparlemens à monter cet ouvrage; mais il faut former dca sujets : je vous propose de fonder avec ma ménagerie une espèce d'école dramatique, que vous dirigerez , et où nos artistes recevront des leçons d'agilité, de grdce, de souplesse et de sensibilité.
( 3i ) SCÈNE XVI.
Les mêmes, BLANXBEC , et plus tard , BERNARD. BLANCBEC , accourant.
Au secours! au secours I tous les singes qui sont dehors de leurs cages I
GAUTARD.
Mes singes !
BLANCBEC.
Oui , je viens de les voir comir sur les arbres.
GAUTARD.
Courrons yite.
(^Tout le monde fait une fausse sortie.) BERNARD, entrant vii^ement.
Un instant! si vous me dépouillez, si vous me pi'enez mon argent, du mvins donnez-moi ma femme. Mad. GAUTARD.
Allez, nous n'avons rien à vous^ et ma nièce ne veut pas pour mari un homme quia cherché à nous tromper. {Pendant cette phrase^ les petits singes reparaissent au fond du théâtre ^ ils sont toujours coiffés des bonnets de Bernard : ils se penchent çii et là, et prennent plusieurs attitudes. Ils doivent, être inaperçus des per^ sonnages qui sont en scène.)
BERNARD , auec dépit.
Comment? vous ne voulez pas croire?. . Vous me feriez donner au diable!. . Eii bien! prenez donc tout... Fatale idée!. . Maudit bonnet!. . Vas rejoindre les frères. {^11 jette son bonnet par terre avec colère. Dans ce moment , les singes imitent ses mouuemens , et Jettent aussi les leurs.) Grand Dieu! est-il possible.''
BLANCBEC.
Quelle pluie de bonnets de coton.
dERNARD.
(// ramasse avec empressement ses bonnets de coton.) Les voilà! les voilà bien tous!
Mad. GAUTARD.
Quoi ! c'était ces coquins de singes?
BERNARD
Il ne faut pas les gronder, ils m'ont tout rendu*
( 32 ) TREMPLIN
Oui , mais moi je ne rends pas ma femme,
GAUTARD.
Oh ! mes singes sont honnêtes, la morale avant tout... Mais je me suis prononcé... (^A Tremplin.) Mon cher artiste , j'accepte vos propositions , je transforme ma ménagerie en école dramatique, et avec mes bêles et vos bêtises...
TREMPLIN
Nous tâcherons de faire de l'argent.
r AUDE FILLE.
Air connu.
TREMPLIN
Avec d' l'esprit maintenant On manqn" sa recette , t Un' bctis' qui fait d' l'argent,
Ça n'est pas si bête.
Des femmes plus d'un Anglais
A tourne la tète, Moi je préfère un Français,
Ça n'est pas si bête.
BERNARD
Le mariage, dit-on , Est un \rai cass' tête.
Moi j'aim' mieux rester garçon, Ça n'est pas si bête.
Mad. GAUTARD.
On admire Rossini, On en perd la tête , Moi j'aim' mieux notr' vieux Grélrjr, Ça n'est pas si bête.
EI.ANCBEC,
On dit qu'à table rien n'est bon
Comme une mauviette, Moi j'aim' mieux un beau dindon ,
Ça n'est pas si bête.
GAUTAUD, au public.
Nos vœux seront accomplis
Si c' soir on repèle :
En nous voyant tous les six....
Ça n'est pas si bête.