‹ Les deux masques (volume 2)Chapitre 18 sur 94 · CHAPITRE X ŒDIPE-ROI · texte numérisé non relu

CHAPITRE X ŒDIPE-ROI

- Les Uyihes tryens l'incarnent en Grèce, - Légende hu-

mûiie de l'CCdipe lolalre. — La tragédie de Sopliocte. • La peste de Tliibes. — Le Peuple et le Roi. — Déponae d» l'Oncle. — L'anaihème d'OCdipe.

- Tiréaiu pontife et devin de Tbèbe*. — Son entrerae ave»

Œdipe. — Colère d'Œdipï. — L'bomnie bosiile aai propliètei.

~ Trouble d'CEdlpe, — Dérectïoo du cbœur. — Raillerie* impies de Jocaite. — Le ménager de Corinibc. — Indiceseffrayinls. — Fuite de Jocule.

- Infataition d'CEdîpe. — CLant putortl du Cbœur. — L*

berger du Cilliéron, — RéïéUtiun qu'il apporte. — Le parricide et l'inceite. — CCdïpe aienglé.

Les Grecs, coniine nous l'avons dil, Iransfonnèent vite en légendes et en personnages les mythes alurels qu'ils avaient emportés du centre de la rande-Asie. Ces geimes flottants ne pouvaient rosir en l'air sans s'évaporer. Ils tombèrent sur un sol 'une admirable fertilité poétique, ils s'imprégnèiai de sa sève vive, ils s'implantèrent dans les

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traditions locales mêlées aux histoires et aux aventures de la migration ; et la Mythologie hellénique sortit, abondante et fratche, magnifiquement harmonieuse, de ces semences mélangées. Les passions et les vertus, les sentiments et les caractères ennoblirent Tantique guerre des météores promus à la dignité humaine. Ils prirent un idéal et une âme, ils passèrent de la sphère des forces cosmiques dans le inonde de la loi morale. Il y eut du courage dans les exploits du soleil, de Tamour dans Tunion des choses, du châtiment dans les éclats du tonnerre. Le ciel, historié de figures fières et secourables, puissantes et souiïrantes, raconta la gloire de Ihomme, sa justice et même ses douleurs.

Les chefs-d'œuvre de la poésie grecque peuvent, du reste, se glorifier de leur origine toute physique ; elle leur donne quelque chose de céleste et de sidéral. Ces divinités de Tari sortent de la nue. C'est dans une matière d'aérolithes détachés des astres, imprégnés de foudre, tout chauds des feux de Téther, qu'ont été taillés les groupes immortels de la scène et de répopée. On sait l'histoire du Bouclier Salien, tombé du ciel sur un champ de Rome. Imaginez ce bouclier merveilleux, lancé, nu, sur la terre de rilellade ou de Tlonie, et les sculpteurs accourant en foule pour le recouvrir, comme celui d'Achille, d'ornements exquis et de reliefs héroïques. C'est

« SOPHOCLE

image de la théogonie aryenne, enrichie et décorée ir le génie grec.

Comment l'CEdipe solaire, abattant un Sphinx îrien, épousant l'Aurore, obscurci par la Nuit, est-ii evenu un roi thébain, vainqueur d'un monstre irresire, meurtrier de son père, époux de sn mère, (ilé ensuite et aveugle? 11 est probable qu'après avoir personnifié tout à fait, l'imaginalion du icond flge de la Grèce voulut éclairctr son histoire bstruse dont elle avait oublié le sens. Elle fit un arricide de sa victoire sur la Nuit, un inceste de on union avec l'Aurore qui l'avait porté dons son ein ; puis elle l'aveugla pour le punir de ces forlits désormais horribles, puisqu'un être intelligent is avait commis. Ce qui resta du mythe primitif, c'est i fatahté qui les imposa. L'Œdipe des poètes n'est as plus responsable de ses attentats que l'CEdipe alaire ne l'est de ses phénomènes.

Les grands traits de la légende d'CEdipe étaient ans doute dessinés lorsque Sophocle la mit sur la cène: le marbre était marqué, le bloc était prêt. [ais le chef-d'oeuvre qu'il en a tiré est incompaable, unique dans tout le théâlre grec, par l'intérêt rodigieux qui l'oppresse et qui le remplit. Avec i fond du pathétique, on touche celui de l'angoisse; attente perd haleine et le cceur étouffe. Bien d'imlobile comme dans quelques parties de ses autres

drames : l'action est une pente tombant sur un gouffre, dont chaque scène ou, pour mieux dire, chaque vers descend les degrés. On est emporté et on est élreint. Un autre Sphinx, né des cendres de celui que vainquit Œdipe, et, cette fois, victorieux, vous tient dans ses griffes; il vous attire et vous épouvante. Ses ailes palpitent; ses yeux divergents, où le dilemme alterne, vous regardent avec une effrayante fixité; Ténigme qu'agitent ses lèvres divague d'abord et murmure : elle éclate enfin dans un cri fatal qui creuse un abtme bouillonnant de sang et de larmes.

Les expositions de Sophocle sont célèbres ; il y a une sorte de grandeur royale dans la façon dont il ouvre la porte de ses tragédies comme à deux battants. Celle de V Œdipe-Roi est d'une majesté sao& pareille, et telle que Phidias Taurait composée.

Une peste, qui exhale la colère d'un dieu, ravage Thèbes ; elle s'attaque aux hommes et aux animaux, elle dessèche les germes dans les entrailles de la terre, et les enfants sur le sein des mères. Les morts s'abattent, « plus rapides que des vols d'oiseaux, sur le rivage ténébreux » . La ville retentit d'hymnes

de gémissemenls, les familles décimées pleurent . crient au pied des autels, et la trompette funélire perce leurs sanglots de ses longs éclats. Une oupe d'enfants et de vieillards, conduits par le rand-prélre de Zeus, tenant dans leurs mains des ranches d'olivier, s'est rassemblée devant le palais. s viennent demander le salut présent au sauveur i fléau passé ; c'est un peuple GlJal en face d'un roi ïterncl. OBdipe apparaît sur le seui), comme un ieu qui descendrait de son temple, à l'appel de ses jppliants : il interroge le grand-prêtre, et il lui Jpond} lorsqu'il a parlée avec une compassion lagnatiimc. Toutes ses paroles trahissent le haut intiment qu'il a <le lui-même, la conscience d'une igesse parfaite et d'une vigilance sans défaut. Ce u'il a pu faire il l'a fait, en envoyant Créon au impie de Delphes, consulter l'Oracle. Le peuple ui parle par la voix du prêtre n'a pour lui que es louanges et des prières : on dirait qu'il l'enense en même temps qu'il l'implore.

I Dans les calamités de la vie, lu nous parais le plus rand des hommes ; c'est toi qui, arriranl dans cette ville, DUS as délivrés de l'horrible Sphinx : non averti ni inslruit ir nous, mais h l'aide d'un secours divin, tu nous rendis existence. Et maintenant, télé glorieuse d'Œdipel dont lUS révèrent la puissance, nous venons vers toi, en supliants, afin que lu trouves quelque remède à nos maux. A œuvre ! ô le meilleur des hommes, relève celle ville abat-

lue, et prends soin de la gloire ! sois aujourd'hui égal à loimême ; car c'est toi que la cité appelle son sauveur, en se rappelant les actions passées. »

AvaDt de rabattre au fond du malheur, Sophocle a voulu nous montrer Œdipe dans sa gloire et dans sa sagesse, génie de la cité, bienfaiteur du peuple dont il a été le libérateur. Il Ta dressé dans une sublime attitude, sur le trône d'où il va le précipiter. C'est ainsi que Job, avant sa ruine, était « Thomme le plus haut de tout TOrient ». Plus tard, Œdipe errant à tâtons et mendiant son pain, appuyé sur répaule nue d'Antigone, pourrait dire comme le patriarche de Tldumée : « Quand je sortais pour » m'asseoir à la porte de la ville, — et que je posais » mon siège sur la place publique, — à ma vue les » jeunes gens se cachaient, — les vieillards se le- » vaienl et se tenaient debout. — Les princes rete- » naient leurs paroles, — et posaient leur main sur » la bouche... — Je recueillais la bénédiction de » rhomme près de périr, — je remplissais de joie » le cœur de la veuve. — J'étais vêtu d'innocence » comme d'un vêtement, — ma justice était mon » manteau et ma tiare. — J'étais l'œil de l'aveugle, » — et le pied du boiteux. — Je brisais la mâchoire » de l'injuste, — et j'arrachais sa proie d'entre ses » dents. »

Cependant Créon, qu'il a envoyé à Delphes, re-

SOPnOGLE.

L ra[iporlant l'oracle du dJeti. La peste sévira Thèbes, tant qu'elle gardera daus ses murs le rtrier incoonu et impuni de Lalos. Ici, naît l'ia- 1 tragique, point obscur, presque imperceptible, ui couve un si noir orage. CEdipe somme le )lc assemblé de rechercher et de dénoncer l'asin. Il le prosciit par avance, il le chasse des lies et des sacrifices, il lui interdit l'eau lus- I, Il le voue à l'isolement qui cerne les sacris. Il se maudit lui-même, si jamais il lui ouvrait foyer, se déclarant responsable de la vengeance ,aIos, dont il occupe le trône et dont il a épousé imme. Un mol lui échappe, soufflé par Némésis, ii'il répète sans en comprendre le terrible sens :

vengerai Laïos, comme si c'était ipon père. » traits de feu se retournent contre celui qui les e et le désignent déjà à l'anathème qu'il proie. Quel coup de terreur I et combien devait croître la foi aux Imprécations si puissante alors ! m se figure un Pape du moyen ftge s'excommu- 1 lui-même, à son insu, dans une bulle formijalont tous les termes se seraient retournés sur lui. îdipe a hâte de savoir, il va droit à l'énigme, me autrefois il alla au Sphinx : revanche hor- ! du monstre vaincu. Il envoie chercher Tiré- , le Voyant aveugle, dont les yeux fermés scru-

le passé et percent au loin l'avenir.

Imaginez Samuel appelé ou évoqué par Saûl. La haute antiquité grecque n'avait pas de plus véné-

rable figure que celle de ce vieillard fabuleux, sept fois séculaire, investi de la science du prophète et du double sexe de Thennaphrodite. Il était fils de Phorbas et de la nymphe Chariclo. Il avait pour ancêtre Udée, un des u hommes semés » — Spartes j — qui étaient nés tout armés des dents du dragon tué par Cadmus. La légende de sa cécité était merveilleuse. Un jour, par mégarde, il avait vu Athéné se baigner, avec sa mère Chariclo, dans la fontaine d'Hippocrène. Les nudités divines étaient de terribles splendeurs, elles aveuglaient comme le» éclairs. Les vierges de TOlympe surtout châtiaient sévèrement le viol du regard : ces neiges des cime& se croyaient tachées^ lorsqu'elles étaient vues. Artémis fit déchirer par ses chiens Actéon coupable d une pareille offense : Athéné, moins cruelle, ne tua pas Tirésias, mais elle passa sur ses yeux sa main lumineuse, et les éteignit. Chariclo pleurant sur le malheur de son fils, la déesse attendrie lui ouvrit, en revanche, les yeux de l'esprit. Elle le doua de la seconde vue des devins, et lui révéla la

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langue des oiseaux. — « Le berger des oiseaux », c'est ainsi que l'appelle Eschyle. — Elle lui donna encore un bâton de cornouiller, clairvoyant et vigilant comme un guide, qui le menait par les chemins et le garait de tout achoppement. Un autre miracle consomma sa science prophétique. Un jour, sur le mont Cyllène, Tirésias aperçut deux serpents accouplés; il les sépara du bout de son bâton, tua la femelle, et devint femme à Tinstant. Sept ans plus tard, il rencontra deux autres serpents également enlacés ; il tua le mâle et aussitôt il redevint homme. Il fut ainsi initié aux mystères contradictoires des deux sexes; avec les secrets d'Adam, il sut les énigmes d'Eve ; les deux faces de Tâme hu* maine lui furent révélées. Thèbes l'institua son pontife, il y prophétisait et y sacrifiait. Il en était l'âme et l'oracle, cet aveugle menait la cité; le Cycle Thébain tourne autour de lui. On montrait, aux portes de la ville, un observatoire appelé VOionoscopion^ que Sophocle appelle « le rendez- vous des présages », — UavToç iiwvov XufxJjv, — du haut duqucl il interprétait les cris des oiseaux volant dans les nues. Par un privilège unique, il obtint de rester voyant dans les ténèbres, intelligent dans la léthargie des Enfers. Lorsque Circé, au dixième chant de l'Odyssée, envoie Ulysse au bord de l'Érèbe, c'est pour qu'il consulte a l'âme de Tirésias, le deviu aveugle

» dont l'esprit est toujours vivant ». — « Persé- » pbone, lui dit-elle, n*a accordé qu'à ce seul mort » rintelligence et la pensée ; les autres ne seront » que des ombres autour de toi. » Et elle prescrit à Ulysse de lui sacrifier « un bélier noir, le plus beau » de ses troupeaux ». Ainsi fait le prudent Ulysse, et le prophète d'outre-tombe lui apparaît, comme sur la terre, une petite crosse d'or à la main, et il lui prédit les traverses de son retour.

C'est ce vieillard sacré, chargé de siècles, comblé de prodiges, dont la vue est une vision, et dont les yeux, tournés en dedans, sont illuminés par la vraie lumière, qu'Œdipe a fait mander devant lui. Il n'y a rien de plus solennel dans aucun théâtre, que l'entrée de Tirésias arrivant au seuil du palais. Tout au plus pourrait-on lui comparer de très loin, dans le Don Carlos de Schiller, l'apparition de ce Grand Inquisiteur, vieux et aveugle comme le devin grec, qui, au dénouement, sort de sa cellule, pour proférer un sanglant oracle. Tirésias s'avance courbé sur son bâton augurai; Œdipe l'interroge d'abord avec un respect religieux. Mais le devin refuse de parler, il maudit sa clairvoyance infaillible. « Hélas! » hélas ! à quoi sert de savoir quand la science est » vaine? je n'aurais jamais dû venir ici. » Aux questions pressantes du roi de Thèbes, il ne répond que par des mots obliques et à double sens, comme les

SOPHOCLE, lit rApollon de Delphes, et qui l'avaient fait surmer Loxias, le « Loucheur». — Plus il redouble scurité et plus s'allume la violence d'Œdipe; il il « qu'il mettrait les pierres en colère » . De la 'e il passe à la sommation injurieuse. Tirésias, de soD sacerdoce, résiste à l'outrage. — « Je iiis pas ton sujet, » — lui dit-il, en se redresd'une hauteur pontificale qui monte jusqu'au — K je suis celui d'Apollon. » Il a pitié de l'in- & qui le presse, mais une terrible et triste iroillonne déjà ses paroles. Enfin, poussé à bout l'insulte, il lire la vérité de son nuage, il en iplie les éclairs. Le parricide surgit comme un ire, à cette lueur fatidique. Œdipe s'emporte ii'à l'accuser d'être le meurtrier de Laïos : — che donc que tu me parais avoir pris part au eurire, et l'avoir même commis, bien que tu lies pas tué de ta main. Si tu n'étais aveugle, je ecuserais seul de ce crime. » Alors, Tirésias e : — « En vérité ! Et moi, je t'ordonne d'obéir décret que tu as rendu. Dès aujourd'hui, ne me rie plus, ni à moi, ni à aucun habitant de Thès ; cax tu es l'Impie qui souille cette cité. » Il plus rien à ménager, rien & feindre ; tous les ibies secrets dont son âme est grosse s'en ppent : après le parricide, c'est l'incesle qu'elle au jour, a Je te déclare que tu ignores l'infa-

•> mie dans laquelle tu vis avec tes plus chers, et » que tu ne connais pas tes malheurs. » — Œdipe, furieux, insulte l'augure, il le renvoie à Técole du Sphinx. Comme le serpent d'Aaron qui dévora ceux des mages de TÉgypte, sa sagesse n'est-elle pas supérieure à celle du devin, puisqu*il a deviné ce que i^ disciple des oiseaux n'a pas su comprendre. — <i AlionsI dis-moi où tu t'es montré bon divinateur? » Pourquoi, quand elle était là, la Chienne aux pa- 9 rôles obscures, le Sphinx qui proposait ici ses énig- » mes, n'as-tu dit le mot qui devait délivrer la ville ? »> C'était pourtant la tflche des devins, et non celle « du premier venu. Mais moi, GEdipe, l'ignorant, » je fis taire le Sphinx, par la force de mon esprit, » et non sous la dictée des oiseaux. » — Il rit aussi de Taveugle qui prétend prévoir et ne peut pas voir. — « La vérité est forte, d lui dit le vieillard. — tt Oui, — répond-il, — mais non dans ta bouche. »> Ne l'invoque pas, toi qui es aveugle des oreilles, « de l'esprit et des yeux. » — La réplique de Tirésias est terrible : — a Malheureux ! tu me repro- •> ches ce que bientôt chaque Thébain te repro- 9 chera à toi-même. » — La cécité bafouée se venge en allant frapper l'insulteur, les yeux éteints jettent leur ombre sur les yeux ouverts. Mais Œdipe ne veut rien comprendre ; son entêtement s'endurcit. Il chasse outrageusement Tirésias, qui se retire II. 10

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D grossissant ses menaces, comme la foudre qui ne 3nne jamais si fort que lorsqu'elle va s'éloigner. On comprend d'ailleurs la colère d'CEdipe deant les réticences et sous les anatlièmes du vieux rêti'e. Le liéros qui, comme Samson, est allé cherlier le mot des énigmes dans la gueule d'un mons- 'e, doit s'indigner d'errer à tâtons dans la nuit que )uflle sur lui la bouche d'un aveugle. L'homme est, e sa nature, hostile aux prophètes; il les redoute 1 11 les méprise. Ce qu'il va leur demander, c'est ^laircissement de ses espérances : que la baguette j devin les trouble ou les brise, la défiance lui ent, la colère le prend, et le hiérophante, à ses îux, n'est plus qu'un jongleur. — « Prophète i malheur ! » — dit, dans VIliade, Agamemnon à ilchas — « jamais tu ne m'as rien annoncé d'agréable, ton esprit ne se platt à prophétiser que le mal; jamais tu ne m'as fait ni réalisé une heureuse prédiction. » — Cassandre est le jouet 3S enfants de Troie. La Bible est pleine de prophètes, nés ou martyrisés par les rois auxquels ils prédisent 3s malheurs. — Balak se fâche lorsqu'il entend alaam vaticiner la gloire d'Israël : a La colère de Balak s'enflamma contre Balaam : — C'est pour faire des imprécations contre mes ennemis que je t'ai appelé, et voilà que tu les as déjà bénis par trois fois. — Et maintenant, fuis vers ton endroit ;

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• J'arais dit que je le récompenserais honorablement, » mais Dieu t'a refusé cet honneur. » — Michée est souffleté et emprisonné par Achab, quand il lui annonce la perte de la bataille quMl va livrer au roi d'Arame : « Mettez-le en prison, et faites-lui manger » le pain de l'oppression et boire l'eau de l'angoisse » jusqu'à ce que je revienne en paix, d — Amos irrite Atmasia, prêtre des idoles auxquelles Jéroboam sacrifiait, par ses prédictions menaçantes contre le roi sacrilège. — « Voyant! va-t-en au pays de Judas, » mange là ton pain et prophétise là tant que fu » voudras. — Mais ne prophétise plus à Béthel, car » c'est le sanctuaire du roi ! » — Amos répondit et dit à Atmasia : « Je n'étais ni prophète, ni fils » de prophète; j'étais un bouvier et j'épluchais les » figues sauvages. — Jéhovah me prit lorsque j'étais » derrière mes bœufs, et me dit : a Va, prophétise » à mon peuple d'Israël. » — Prêtre Atmasia, tu 9 écouteras donc maintenant la parole de Jého- » vah... » — Alors, Jéroboam fait arracher les dents à Amos, ces dents qui grinçaient de la colère de Dieu. — Manassé, roi d'Israël, fait scier en deux Is^îe. Ezéchiel est lapidé par ses compagnons de captivité. Après avoir crié «Malheur! » aux quatre vents du ciel, presque tous les prophètes peuvent crier aussi : a Et malheur à moi ! » comme ce Voyant in extremis de Jérusalem, qu'abattit la pierre d'une

itapuite romaiDe, au moment où il chantait son jrnier verset.

D'une aulrc part, la violence d'CEdipe explique à tvance la cataslroplie qui va le frapper. L'affreux ystère de sa destinée pose devant lui, encore ;uet et masqué ; il lui arrache son mot et son voile, 'oracle équivoque vacillait sur sa tête, il l'affermit aire tes mains de l'augure, et s'enferre lui-même ans ses deux tranchants.

Cependant le Chœur s'inquiète, U ne veut pas 'oire qu'(Edipe soit coupable, il vénère pourtant le eux Tirésias. Des strophes magnifiques expriment )n incertitude; d'autres agitent sur le meurtrier iconnu des vers ardents et vagues comme des ammes :

« Quel est celui dont le rocher Tatidique de Delphes accuse s mains sanglantes? 11 est temps pour lui de fuir plus rompt que les chevaux rapides comme le vent. Déjà le flls i Zeus fond sur lui, armé de feux et d'éclairs ; les Erjnies inévitables se lancent à sa poursuite. — Du Parnasee eigeux a jailli une Voix éclatante. Elle ordonne de recherlier l'homme gui se cache, Comme un taureau sauvage, il )do dans les bots, il s'enfonce dans les antres et grimpe IX rochers ; il bat les lieux déserts d'un pied misérable, DUT échapper à l'oracle sorti de l'ombilic de la terre. Haia i Voix immortelle vole autour de lui. »

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Le veDio des paroles de Tirésias est entré jusqu'au cœur d'Œdipe, il l'aigrit et le dénature. On ne reconnaît plus dans Thonanie emporter qui, maintenant, accuse Créon d'avoir suborné l'augure, pour s'emparer de son trône, le sage roi du prologue. Mais déjà un rayon, effrayant comme une lueur de glaive, perce les ténèbres où il se débat. «Tocasle veut le rassurer : elle lui dit que Laïos a été tué par des brigands sur le rond-point d'un triple sentier, et son récit fait reparaître les premières traces du sang répandu. Il conduit Œdipe, d'indice en indice, au défilé de la Phocide, où, dans sa jeunesse^ il tua un homme dont le char insolent lui barrait la route. Cet homme est-il Laîos? Il peut douter encore : le seul témoin qui reste du meurire en accuse une troupe de bandits. Œdipe envoie chercher cet homme qui garde les troupeaux du domaine royal. Mais cette première agitation du passé trouble son esprit ; elle fait remonter à sa surface les souvenirs lugubres d'un ancien oracle. Apollon lui a prédit autrefois qu'il serait Tassassin de son père et le mari de sa mèreu GEdipe médite devant ce problème plus monstrueux que la face du Sphinx.

Un signe funeste se déclare ; le Chœur n'est déjà plus si certain de son innocence. Il se désintéresse de sa cause, il s'en détache et s'en purifie. Il abandonne le roi néfaste et passe du côté des dieux

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courroucés. Son chant s'envole vers les hauteurs qui dominent l'existence humaine; il y proclame des axiomes sublimes qui retentissent sur Œdipe, comme la foudre dans un ciel serein. On dirait qu'en se répandant en prières, il cherche à voiler, sous une fumée d'encens, l'horreur entrevue.

« Puisse la Fortune me faire garder toujours la pureté des paroles et des actions, les soumettant aux Lois suprêmes, filles célestes dont FOlympe seul est le père, dont l'origine n'a rien de mortel, que l'oubli ne peut abolir ! Un grand Dieu a inspiré ces lois, et la vieiUesse ne les atteint point. — L'orgueil enfante le tyran, l'orgueU est vainement rassasié de mauvais succès, monté au faite le plus haut, il est précipité au fond de son destin d'où il tente vainement de sortir. L'épreuve qui vient heureusement pour cette ville, je supplie le Dieu de ne point permettre qu'elle reste inachevée. Qu'il n'abandonne pas la poursuite d'où le salut dépend. Je ne cesserai pas d'avoir le Dieu pour guide. — Si quelqu'un se manifeste avec insolence, par ses actions ou par ses paroles, s'il ne vénère point la justice, s'il méprise les autels des Dieux, que la mauvaise fortune le saisisse pour prix de ses misérables joies. Quel homme ainsi coupable se flatte d'écarter de son âme les traits delà colère? Si de telles impiétés sont honorées, faut-il encore mener des chœurs sacrés ? — Non, je n'irai plus porter mon offrande au centre sacré de la terre, ni au temple d'Âbès, ni à celui d'Olympie^ si la vérité de ces choses ne se fait pas toucher du doigt à tous les mortels. Mais, ô maître souverain 1 si tu es justement nommé, ô Zeus! le roi de toutes choses, que ceci n'échappe pas à tes regards et à ton éternel empire. Déjà les oracles qui concernent Laïos sont dédaignés; Apollon a perduses honneurs, les Ghosesdivines disparaissent !»

La haute ironie particulière à Sophocle, ce sou-

rire amer qui donne parfois à son Masque tragique une expression si poignante, ne parait nulle part plus terrible que dans Tégarement de Jocaste tournant en dérision les oracles, au moment même où ils s accomplissent. Elle raillait tout à Theure la vanité de Tart prophétique, et c'était de sa bouche que la première dénonciation de la vérité sortait, à son insu, entre ses sarcasmes. Maintenant elle reprend encore ses moqueries impies et la catastrophe s'accélère : chaque scène apporte sa torche à la recherche du crime, une sanglante gradation de lumière le produit lentement au jour.

Un Messager arrive, annonçant la mort du roi de €orinthe, de Polybe qu'CEdipe croit son père. Œdipe respire, l'écrasant souci s'écarte un instant. Comment tuerait-il celui que la vieillesse vient d'abattre « de cette petite secousse qui renverse les vieux corps 1» ? Déjà il rit, avec Jocaste, des dieux qui mentent et des devins qui délirent. — « Qui voudra » désonnais, ô femme ! consulter l'autel prophétique » de Delphes, ou le chant des oiseaux? » — Un mot du Messager rejette sur sa poitrine le poids étouffant ; il n'est pas le fils de Polybe. L'homme qui lui parle l'a recueilli dans une gorge du Cithéron, des mains d'un berger de Laîos. Ce berger lui-même Tavait trouvé suspendu par une courroie qui perçait ses pieds, à un chêne de la montagne. Cette révéla-

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tion, c'est le premier coup de la foudre qui va tout illuminer et tout dévorer. Mais il n'éelaire eucor^ que Jocaste. Elle se voit, se juge, se condamne, ramène le pan de sa robe sur sa tête souillée, et s'enfuit de la scène, en poussant ce cri déchirant :

— <( Uélas ! .hélas infortuné ! Voilà tout ce que je » puis te dire, et te dirai pour la dernière fois. »

— Rien d'effrayant comme cette fuite soudaine, elle émeut plus que ne ferait l'accès d'un furieux désespoir. C'est le voile jeté sur la victime, au moment où, enveloppée par le cortège de l'autel, les prêtresla traînent sous le couteau sacré.

Œdipe persiste encore, il reste incrédule, la cécité de son esprit précède celle de ses yeux. Il attribue la fuite de la reine à la honte d'avoir épousé l'enfant du hasard. Pour lui, il se glorifie de cette origine ; il se proclame a Fils de la Fortune, n à l'instant où la déesse va l'écraser sous sa roue. Le Chœur encourage son espoir : peut-être feint-il de le partager ,. peut-être aussi veut-il bercer d'un beau songe sa dernière heure de lumière. Dans une ode qui a la douceur des flûtes pastorales, il se demande si Œdipe n'est pas un bâtard divin de la montagne, né

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de la rencontre d'une nymphe et d'un dieu errant sur le Cithéron.

« 0 Cithéron ! j'en atteste l'Olympe ; avant la fin d'une autre lane nous te célébrerons, par nos danses, comme le père et le nourricier d'OEdipe, ô mont propice à nos rois!

» 0 mon fils I quelle fille des Immortels t'a conçu, mêlée à Pan qui erre sur les montagnes, ou à Phœbus Apollon ? car il se réjouit, lui aussi, des sommets boisés. Ou bien le dieu du Cyllène, ou Bacchus, qui hante les collines, t'aurait-il reçu d'une des nymphes de l'Hélicon, avec lesquelles il aime à jouer? »

Ces strophes enchanteresses, ce sont les Grâces qui dansent devant l'homme que les Furies vont poursuivre. On croirait voir encore une ronde de Sylvains mêlés aux Dryades, tournant autour d'un sarcophage, dans les spirales d'une guirlande. Dante, lui aussi, a de ces images agrestes jetées aux plus noires parties de YEnfer. Du fond de l'abîme, il évoque des vols de colombes ; il déploie sur ses cratères des mirages de prairies en fleurs.

Le pâtre qu'CEdipe a mandé, arrive du fond de sa montagne ; le Messager le reconnaît pour l'homme qui lui remit l'enfant exposé. Le vieillard veut nier d*abord, mais CEdipe lui parle en roi et en maître, il l'aiguillonne de ses questions acérées. L'infortuné met à se perdre lui-même un zèle héroïque qui suffirait à l'absoudre. La soif de la vérité le dévore, il

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boit ardemment le poison qu'elle lui distille goutte à goutte- Enfin le mystère que bégayait l'augure, se révèle par cette bouche agreste : Œdipe a tué son père, Jocaste est sa mèrel — Comme Jocaste, GEdipe pousse un de ces cris qui fendent les entrailles, et il s'échappe de la scène avec une sinistre pudeur.

Le Chœur entonne une mélancolique élégie; puis un homme, sorti du palais, vient raconter l'expiation sanglante accomplie dans sa profondeur. Œdipe, ouvrant la chambre royale, s'est heurté contre les pieds de Jocaste pendue à la solive du plafond : avec les agrafes d'or de sa robe, il a frappé et crevé ses yeux.

Voici venir l'auguste misérable, la face souillée du sang noir que suintent ses paupières. Le rythme du sanglot saccade ses paroles, il blasphème à la façon du vieux Job : — « Périsse celui qui me déli- » vra des entraves douloureuses de mes pieds, m'ar- » racha à la mort et sauva ma vie !» — « Périsse » le jour où je suis né et la nuit qui a dit : un » homme est conçu I » — lui répond de loin le lépreux arabe, accroupi sur le fumier où il racle ses ulcères avec un tesson. A la douleur, l'hotTcur succède : Œdipe se complaît dans son ignominie, il débrouille l'exécrable désordre de sa parenté, il le tord comme un nœud de reptiles, il en exprime Ion-

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guement la souillure. Aucune révolte, aucun reproche : rien n'est touchant comme rbumilité de ce roi» naguère si superbe. Tant que la lutte a été possible, il a résisté, il s'est débattu ; maintenant qu'il est renversé, il s'étend et il reste à terre. La pitié du Chœur le touche, comme une clémence magnanime, il obéit, comme un enfant, aux commandements de Créon. C'est en tremblant qu'il le supplie de lui amener ses deux filles. Lorsqu'il les tient serrées dans ses bras, et qu'il pleure sur l'opprobre de leur naissance, sur les liens odieux qui les rattachent à leur père, sur la virginité infamante qui va les flétrir, alors on a devant les yeux un groupe plus pathétique que celui du Laocoon. La famille, enlacée par la monstruosité de l'inceste, frémit à la fois d'horreur et de tendresse sous la complication de ses nœuds.

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