LES AGHARNIBNS. — LÀ PAIX
1. — Aristophane combat, par les Âchamiem, la goerre funeste du Péioponèse. — La Paix en fioles. — Dicéopolis. — Marché Aranc ouvert dans son domaine neutre. — Contrastes parallèles des calamités de la guerre et des délices de la paix. — Dicéopolis à table et Lamachos à l'ambulance.
n. — Moralité des Achamiens,
m. — La Paix. — Matérialité des symboles et des allégories du poète. — La Guerre et son mortier. — La Paix tirée du puits. ~ Idylle finale. — Gaietés champêtres. — Poésie intermittente d'Aristophane. — Le Satyre.
Voyons maintenant Aristophane à l'œuvre de ses haines et de ses idées, admirablement habile et sagace sous son délire apparent, se mouvant, avec une agilité merveilleuse^ dans un plan tracé dont les lignes flottantes échappent au regard ; poursuivant une tactique constante, tandis qu'on peut croire qu'il bat la campagne; ne perdant pas un seul des traits qu'il semble jeter aux vents ou lancer aux nues.
Et d'abord, il est l'adversaire acharné de la guerre
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n'y voil pas seulemenl la Grèce ropres mains et l'éventualité des ore un Toyer de réroliilions intes- I patrimoines, la perLurbalion des es lois s'écroulant au cootre-coup nagogues profitant de l'orage des rdre des choses pour escalader le ire même périlleuse, et Athènes rannie du vainqueur. Trois de ses it la guerre, par le spectacle des
opposées à ses catastrophes, par : le pas de la fausse gloire, par hardie et railleuse de la maison le l'appétit contre la famine, du le sang répandu. Au-dessus des e-choquent, il arbore le phallus hyrse exubérant des vendanges.
lère dresse au haut du ciel, dans aine poudreuse où les Grecs et les linent, le banquet éclatant des le montre au peuple d'Alhènes, me, la vision des tables chargées deines de la paix.
miens, Dicéopolis, dont le nom ^litique », a vainement plaidé au e la paix. C'est en vain qu'il a
démasqué la fausse ambassade persane, qui vient mystifier le Sénat, avec un train de carnaval et un Satrapequi parle d'avance le jargondesMamamouchis de Molière; le peuple s'obstine à combattre et rejette la trêve proposée. Alors le bonhomme se fait une paix particulière au milieu de la guerre générale; il envoie à Sparte un messager qui lui rapporte trois traités de trêves en bouteille. Dicéopolis ouvre la première, il la hume et il la déguste ; trêve de cinq ans, elle sent à plein nez le goudron : c'est un de ces armistices éphémères pendant lesquels on n'a que le temps de radouber les navires. Dicéopolis la rejette avec une grimace. En voici une autre de dix ans ; il en sort aussi une vapeur de bataille : « Elle sent les députés, qui s'en vont, » par les villes, gourmander les alliés trop lents à se » remettre en campagne. » Ce n'est pas encore de ce vin-là qu'il veut boire. Mais la troisième exhale le joyeux fumet d'une trêve de trente ans sur terre et sur mer : « Oh! quel bouquet! par Bacchus ! )' c'est une odeur de nectar et d'ambroisie. Elle ne » nous dit pas, celle-là : « Munissez-vous de vivres » pour trois jours^ » mais elle a à la bouche ce mot » si doux : « Allez où bon vous semble, » — C'est la Dive Bouteille, comme aurait dit Rabelais : Dicéopolis l'absorbe d'un trait, et, libre de craintes, exempt de soucis, il va célébrer les Dionysiaques
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champêtres dans son pelit domaine pacilîé.
C'est alors que l'imagination oomiqiie du 86 déploie avec prorusion. A peine conçue, la | prend corps, l'idée revêt une forme plastiqi dirait que les mots s'élancent de sa iiouche, i et bondissants sur la scène, et que tout un i de Sgures grotesques découle des plis de e perie, comme l'essaim des Pygmées de la pi lion secouée par Hercule. — Il s'agit de dém que la guerre détruit le commerce et inlerron échanges : Dicéopolis a ouvert un marché dans sa terre ; tout y arrive et tout y abonde dant que le déuûment sévit alentour. Un I de Mégare, affamé pnr le blocus athénien, e heureux, fnute d'aulre marchandise, de lui v pour une poignée d'ail, ses deux petites filles sées en cochons de lait. — Le poète veut < prouver que la guerre, funeste aux bons cit n'est profitable qu'aux dénonciateurs. Nicar sycopbante vient rôder autour de Dicéopoli marchande, avec un Béotien, une bourriche de et de poisson frais. Il veut saisir ses denrées ( contrebande de pays ennemi, el l'accuser de Ir devant les archontes. Dans le pays soumi guerre, sa délation perdrait Dicéopolis; mt espions n'ont point droit d'entrée sur son \ neutre. — « Ahl s'écrie Dicéopolis à son Bi
» j'ai ton affaire, prends un sycophante bien em- » balle, comme de la poterie. » — a Par Castor et )) Poilux! je gagnerais gros à en emmener un, je le » montrerais comme un singe plein de malice. » — « Yoilà justement Nicarque qui vient dénoncer. » — « Qu'il est petit! » — « Mais en lui tout est venin. » — Dicéopolis prend le sycophante par la nuque, l'emballe comme une cruche dans une botte de paille, et le jette sur les épaules du campagnard qui l'emporte, en échange de ses anguilles.
Le contraste entre les maux de la guerre et les bienfaits de la paix se développe par une série de scènes aKemées, d'une diversité saisissante. La faim crie et la misère pleure autour de la grasse oasis où Dicéopolis fait bombance. Un laboureur dont l'ennemi a volé les bœufs lui demande deux gouttes de trêve qu'il refuse; mais il en donne toute une fiole à une jeune mariée altérée d'amour, dont répoux allait partir pour la guerre, au sortir du repas de noces. En dehors de son enclos, toutes sortes de bruits furieux retentissent : les clairons grondent et les fifres sifflent, les javelots crient sur la meule de l'aiguiseur, les marteaux enfoncent les chevilles et clouent les éperons des navires. — Au dedans, ce ne sont que remuements de vaisselle et que mots de gueule : les marmites gloussent, les fritures glapissent, les petites broches garnies de
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devant l'àtre brillant d'étincelles.
e guerrier Laoïachos, agitant son t la Gorgone qui grimace horribleuclier. Par la nuit qui arrire, sous ibe, les stratèges l'envotent garder ■dis que Dicéopolis va se mettre à - la Fête des Coupes, par un souper ialogue d'antithèses s'engage entre [uipe et le soupeur qui festine, duo isque musicale et dont l'accompaserait l'étourdissant crescendu d'un lien. — La cuisine parodie le camp, aire contrefait le Tracas des armes, on prépare réplique à la bataille
ve, mon hsTre-sac. ■ — « Esclave, es- Ile. » — •< Apporte les plumes de mon )orle les ramierB et les grives. » — « Que ■uclie sont belles et dorées 1 • — m Que lier est grasse et dorée 1 • — « Apporte- 'iple aigrette. » — u Passe-moi ce plat de les vers ont mangé le crin de mes aivals toujours manger mon civel, avaut esclave, détache ma lance et apporte-la- E, retire le boudin du feu el apporte-le. <> 'die ma lance du fourreau : tiens, tiens -n Et toi, esclave, tiens, liens bien labro- , les supporta de mon bouclier. » — a Tire !t apporte-moi ces supports de mon estoouclier rond à tête de Gorgone, h — ■ Ha iromage. >> — « Esclave, ma c
ABISTOPHANE-
z. * —" Esclave, ma coupe, c'est ma cuirasse à moi. ■ Lvcc cela je deiidrai léte aux ennemi:;. » — « Avec e tiendrai tête auK buveurs. » — . Prends le boudin, c, ci partons, il neige ; ah î il s'agit d'affronler l'hi- — » Preuda la corbeille, il s'agit d'aller aux resUos. *
ist le contraste comique parlé à son comble, ige d'une caricature, digne de décorer la panse amphore, se dégage de cette scène jubilante : 'oit voir le dieu Gaster, armé d'un tournele, ferrailler, avec un gros rire, conlre la lance ne d'Ârès.
ijtant d'après Lamachos r>:vient éclappé de la e, porté par deux écuyers; tandis que Dicéoreiilre de son festiu,repuet à moitié ivre, chan- . tue -tète, entre deux belles fiiles qu'il caresse. ; vieux Silène, au retour de l'orgie, plein de jsqu'au gosier, appuyé aux Ménadcs qui souint les festons pesants de sa marche, et renant le brancard de lances sur lequel on rapporte mp AJax ou Oiumède estropié.
isi la sagesse est dans la jouissance, le courage <l, le sacrifice est iui^pte. Achille est renvoyé ibulance, parTbersite assis au feu du rdti. De e boméi'ique, Aristophane semble n'accepter
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que les cuisses de bœufs enduites de graissi dos de porcs cuits à point. Ne nous hâtons p de nous révoUer : la comédie d'Aristophane point de morale générale et universelle; la i stance est son mobile, l'urgence est son élémei se concentre dans le présent et dans la cil ne veut agir que sur l'heure, ses traits ne qu'un but local exactement défini. La gue Péloponëse est aux yeux du poète une enti folle et fatale, qui met en jeu l'existence d'Atl pour la diffamer et pour l'étouffer, tous lus n lui sont bons. Il n'y a pas que des bouffoc dans les Achamiens : entre deux lazzi, Dic( réfute, par toute sorte de raisons sensée; partisans de la guerre. Mais Aristophane sa la matière en soulTrance pèse plus dans les i lions d'une foule que les arguments du bon Après s'être adressé à la tète du peuple, il p son ventre, il en remue les convoitises, il e crier les entrailles. Ce n'est point grand, sans i mais c'est persuasif. Le ventre affamé prcn oreilles, lorsqu'on parle de le remplir.
N'oubhons point non plus que la comédie nienne ne souffrait pas les plaidoiries sérieus les débats raisonnables ; qu'elle était une orgi sens autant qu'une fête de l'esprit; que Bocchi ordonnaitl'excèset la vouaitau fou rire. L'tloqi
(le Périclès ou de Démosthènes aurait dû, si elle s'était risquée au théâtre, sonner dans le cornet à bouquin, pour parvenir à se faire entendre.
Une seconde fois, Aiistophane combat pour la Paix dans la comédie qui porte son nom : gigantomachie facéUeuse, farce tilanique où le symbole se fait énorme pour crever les yeux les plus obscurcis. C'est là, du reste, son procédé habituel : il incarne la métaphore, il matérialise la pensée. Les Prophètes hébreux, pour être mieux compris de leur peuple, se faisaient les mimes de leurs prophéties. — Osée figure les prostitutions et les infidélités dlsraêl, en épousant tour à tour une femme adultère et une ûlle publique. Ëzéchiel se fait lier de cordes sur la place publique : un autre jour, devant la foule assemblée, il perce un trou dans la muraille de sa maison, et il s'en échappe, portant ses ustensiles sur son dos. Cela signifie la servitude des tribus, la prise de Jérusalem et la fuite des Juifs dispersés. — Les allégories d'Aristophane ont quelque chose de ce naïf haut-relief. Pour railler Pinanité des vers d'Eu-
ri[Hde, il les entasse dans une balance qui reste immobile. Les spéculations abstraites s'appelant en grec : « Choses suspendues » ou « Choses d*en haut » — Ti jjtexéwpa, — il bafoue celles de Socrate, en le faisant peser dans un panier accroché à vingt pieds du sol.
Dans la Paix, le vigneron Trygée, qui a enfourché Tescarbot d'Ésope, pour aller porter à Zeus les plaintes de la Grèce, trouve la Guerre installée au seuil de TOlympe. C'est un géant farouche qui a pour esclave le Tumulte; il pile dans un mortier les villes de la Grèce, et chaque fameux stratège lui se rt tour à tour de pilon. C'est de TEschyle en gaieté: on se rappelle la Force et la Violence, crucifiant Prométhée sur la crête aiguë du Caucase. Les colosses d'Aristophane, comparés à ceux d'Eschyle, ne sont sans doute que des pantins gigantesques. Mais quelle figure frappante des massacres et des destructions ces Croquemitaines tragi-comiques devaient imprimer dans l'esprit du grand enfant athénien? On riait, on tremblait à la fois, et chaque coup du pilon sinistre réveillait le bruit des béliers battant les murs des cités. La Guerre a précipité la Paix dans un puits dont elle a bouché l'entrée avec de grosses pierres; il faut délivrer la déesse : à l'appel de Trygée, tous les pe uples de la Grèce accourent en dansant, exaltés