SCÈNE PREMIÈRE
DORSAI, seul, lisant la fin de sa lettre.
« De grâce, Madame, ne de'truisez pas un reste d'espé- » rance, et croyez à la pureté' de mes sentimens ainsi qu'à » mon profond respect.
» Adolphe de B RÉ MONT. ))
C'est adroit dem'ètre donné ce faux nom de Brémont. Dois- je faire parvenir cette lettre ? Y répondra- 1 -on? J'en doute : mettons toujours l'adresse. ( // écrit. ) « A madame de Montalan, rue Chantereine. » Parbleu, je suis un grand étourdi ; j'ai une femme charmante que j'adore • je trouve dans mon ménage le repos et la paix, et je vais peut-être sacrifier mon bonheur pour une intrigue dont le succès me paraît presque impossible. D'un autre côté , après avoir fait les premiers pas , mon amour-propre est intéressé à réussir ; cette madame de Montalan est si jolie ! J'aperçois au spectacle uno femme qui fait sur moi la plus vive impression : je la suis ; j'apprends que c'est madame de Montalan , veuve d'un officier général. Je me présente chez elle sous le nom de Brémont. Je lui offre mes services pour je ne sais quelle liquidation qu'elle poursuit au ministère de la guerre. Elle me reçoit froidement j sa rigueur me
fait perdre toute espérance , je n'y pensais plus , lorsque je vais au salon , et le premier objet qui me frappe c'est son portrait : cette vue renouvelle tous mes sentimens , et moi , qui me pique d'être le modèle de tous les maris , j'ai la faiblesse , ou plutôt l'indiscrétion d'en faire faire une copie, (il tire de sa poche un portefeuille dans lequel est un .portrait.) N'y a-t-il pas de la fatalité dans mon aventure ?