‹ Les deux ménages, comédie en trois actes et en proseChapitre 55 sur 58 · ACTE III, SCENE IX · texte numérisé non relu

ACTE III, SCENE IX

MADAME BOURDEUIL.

Mon ami, il ne faut pas toujours juger d'après l'extérieur.

BOURDEUIL.

D'après l'extérieur ! en vérité , je n'y comprends plus rien . Il faut vraiment une intelligence supérieure pour deviner...

DORSAL

Malheureusement , mon cher Bourdeuil , la chose est

beaucoup plus claire pour moi que tu ne le penses

Oui , mes amis , mes bons amis , je viens de m'apercevoir à l'instant que j'étais depuis ce matin la cause involontaire de votre mésintelligence. Je suis coupable envers tout le monde . Ah ! Madame , daignerez-vous pardonner à celui qui a eu l'inconcevable indiscrétion de faire faire votre portrait à votre insu ?

Il rend à madame Montalan son portrait. BOURDEUIL , vivement.

Madame , de grâce , un seul mot : ne demeurez-vous pas rue Chantereine?

MADAME MOTsTALAN.

Oui , Monsieur.

BOURDEUIL.

J'en étais sûr. . . Eh bien , Madame , j'ai eu l'honneur de faire à votre porte deux éternelles factions , et par un froid de dix degrés. [à Dorsai.) Monsieur, que signifie une pareille conduite ? serai-je constamment la victime de vos inconséquences ? Madame, entre nous il n'en fut jamais autrement. Au collège , c'était toujours lui qui dévastait le verger du voisin ; les soupçons tombaient toujours sur moi , et pendant qu'il mangeait les fruits je recevais les férules.

MADAME MONTALATî.

Le tems est précieux ; je ne vous ferai point de re-

proches sur les torts que vous avez à mon égard ; mais il ne me suffit pas malheureusement d'être justifiée auprès de madame Bourdeuil...

DORSAL

Rassurez-vous , Madame, vous le serez aussi devant madame Dorsai. Je suis prêt à sacrifier mon repos et mon bonheur, plutôt que de souffrir que la plus légère atteinte soit portée à votre réputation . ( s' animant. ) Mais, de grâce, ne m'accablez pas de votre mépris. Quel est l'homme qui en vous voyant n'aurait pas eu un moment de faiblesse ! Comment résister à tant d'attraits!... (se reprenant. ) Mais qu'est-ce que je dis ! je ne suis qu'un étourdi, qu'un présomptueux 5 j'aime ma femme sincèrement...

BOURDEUIL.

Et vous pouvez l'en croire , Madame. C'est un garçon charmant qui aime sa femme ainsi qu'il a l'honneur de vous le dire ; seulement de tems à autre il se permet des distractions.

MADAME MONTALAN.

Mais que dire à madame Dorsai ? et par quel moyen ... ?

BOURDEUIL.

Je n'en vois pas.

MADAME BOURDEUIL.

Ni moi.

DORSAI.

Il n'en est qu'un, c'est de tout avouer... Un mari doit toujours être sincère , ( à part. ) surtout quand il ne peut pas faire autrement... (apercevant madame Dorsai. ) Grand Dieu! la voici.

Page 1