SCÈNE IV
Les Mêmes, moins BAHU.
LOUISE
Voilà un petit diable, qui, s'il continue fera un bien mauvais sujet.
LUCIEN
Et pourquoi donc, M™' Jacques, j'ai été pis que cela, moi.
UllÉLIE.
Oui, il parait qu'il n'était pas très endurant, très bon sujet non plus. M. Lucien.
LUCIEN , riant.
J'en conviens; quoique un peu changé, je ne vaux pas encore grand chose.
EMÉLIE , souriant.
Ça, je ne dis pas le contraire.
LOUISE
Méchante ! veux-tu bien le laisser tranquille.
LUCIEN
Mais ce changement ne doit pas vous étonner, Emélie !.. A dater du jour où le patron en me nommant son contre-maîlre, m'a dit: Lucien, tu as été mon ouvrier, il ne tient qu'à toi d'être mon gendre !.. oli ! alors, de ce moment plus de querelles, plus de disputes, de riboltes, j'ai tout fait pour me rendre digne de vous, j'ai tâché que plus tard, quand je serais votre mari, vous n'ayez pas à rougir de moi.
EMÉLIE.
Oui! vous avez renoncé aux querelles... c'est donc ça que la semaine passée, vous êtes rentré dans un état épouvantable...
LOUISE
Encore une fois, veux-tu le laisser tranquille!..
LUCIEN
Soyez juste: pouvais-je faire autrement?., il fallait bien secourir Bressquoëtte qti'on assommait; ce pauvre diable se fait vieux, et dam! il m'a défendu tant de fois !..
JACQUES, fermant son registre et se levant. Là! me voilà toul-à-fait libre... Eh bien! mes onfans, cette bonne M"'^ Brémont a-t-elle bien passé la nuit?., arrivée d'Italie hier soir, elle doit être encore bien fatiguée.
EMÉLIE.
Nous n'avons pas osé entrer dans sa chambre, de peur de la déranger... et cependant, j'ai bien envie de la conoaitre.
LOUISE
Comment!., tu ne te rappelles pas de l'avoir vue à son dernier voyage?
EMÉLIE.
J'étais si jeune !
JACQUES
Je vous recommande, à toutes deux, da\oir pour elle le> plu.s grands égards.
LOllSE.
J'espère qu'elle n'a pas eu à se plaindre de notre accueil le peu de fois qu'elle est venue à Paris.
Je ne saurais trop vous le répéter... nous lui devons tout... J'étais sur le point de faire faillite, lorsque cette brave dame est venue si généreusement à mon secours.
LOUISE
Aussi je l'aime!..
EMÉLIE.
Et moi doncl..
JACQUES, la prenant par la main.
Tu as raison, Emélie, aime-la bien.
LUCIEN, de mauvaise humeur.
Celte dame... cette dame... j'aurais autant aimé qu'elle ne soit pas venue, moi!..
EMÉLIE.
Et pourquoi ca, monsieur, s'il vous plait?
LUCIEN
Ah ! pourquoi... pourquoi... parce que c'était aujourd'hui que M. Jacques m'avait promis de fixer le jour de notre mariage et que je vois qu'il n'en sera pas encore question,
EMÉLIE, à son père.
Fais-le doue un peu enrager.
JACQUES , qui fait signe à sa fille.
Ton mariage!., ton mariage!., nous avons le temps.
LUCIEN
Le temps !.. ah ! tenez, M. Jacques... vous avez été amoureux dans votre jeunesse. ..moi, je le suis, comme un fou, je ne vois qu'Eraélie, je n'ai (|u'une pensée, c'est de la rendre heureuse ; et si vous saviez les projets que je forme pour notre bonheur à tous!., il y a si long-temps que vous travaillez, vous vous reposeriez, vous resteriez avec nous, près de votre fille, chéri, considéré, jouissant d'une réputation d'honnête homme si justement acquise, moi m'efTorçant de lamériter; et quand j'aurai desenfans, oh ! comme je les éleverai'à vous aimer, à vous respecter... ah 1 M. Jacques, ne retardez pas ce mariage, ne le faites pas; vous me feriez mourir. LOUISE, attendrie.
Ce pauvre garçon! il a raison, pourquoi le tourmenter ainsi? JASQUES , riant.
Rassure-toi, Lucien, l'arrivée de cette dame, loin de retarder ton mariage, ne fera que l'avancer.
LUCIEN , vivement.
Vrai!., bien vrai?..
JACQUES
Elle nous aime tant, elle porte tant d'intérêt à Emélie... elle sera enchantée d'être témoin du bonheur de tout une famille.
LUCIEN
Mais alors, qu'elle vienne donc tout de suite !..
JACQUES, à pari.
Elle sera heureuse de voir sa fille mariée à un honnête homme!
LOUISE
La voilà!., la voilà !..