‹ Les deux mèresChapitre 31 sur 43 · STELLA, JACQUES · texte numérisé non relu

STELLA, JACQUES

JACQUES

Eh bien 1 madame , nous voilà seuls !

STELLA

Oh !.. monsieur... comme elle est joUe !..

JACQUES

Dam! la dernière fois que vous l'avez vue, elle avait dix ans à peine... et depuis elle a fait des progrès... l'histoire, la géographie, la musique, la beauté , elle a tout mené de front ; si elle continue elle sera bientôt de première force.

STELLA

Vous m'enchantez.

JACQUES

Tout ça n'est rien encore auprès de son cœur!.. Oh ! sou cœur! il n'est pas assez grand pour aimer Louiso, moi , Lucien, vous aussi... M"" Bréraonl !.. il ne se passe pas de jours f]u'elle n'en parle avec cette affection , cette reconnaissance qu'elle vous témoignait tout à l'heure... Je vous l'avouerai même... mais là... en cachette... j'en suis souvent jaloux pour ma pauvre Louise... oui, quand elle parle de vous... il y a dans sa voix (|uolque chose d'une fille qtii parle de sa mère.

STELLA

Chère enfant! croyez, Jacques, qu'il fallait que j'eusse un motif bien puis-

2f) MLSf;K DRAMATIQUi:.

saiit i)Oiir lifon séitaicr!.. mais grare au ciol, lo dani^or (jui la monarait alors, ii'e\isle plus.

JACQLES, joyeux.

Oh! je devine! vous viendrez la voir plus souvent... peut-être même venez-vous vous fixer à Paris... si cela était!., de combien d'amour seripzvous entourée!., près d'Emélie... de son mari.

STELLA

Son mari... M. Jacques... ce mariage ne peut avoir lieu!

JACQUES

Que dites-vous.

STELLA

Écoutez-moi ; je ne saurais trop payer les soins que vous avez donnés à ma fille depuis douze ans... aussi, croyez qu'auprès de moi, elle n'oubliera jamais ses parens adoptifs.

JACQUES, surpris et après un temps.

Oublier! Je ne vous comprends pas, madame.

STELLA

Vous ne comprenez pas que libre cistin d'avoir ma fille près de moi . je ne veux plus la quitter... qu'elle va me suivre ?.. JACQUES, avec force.

Vous suivre, madame...

STELLA

A Naples. ma patrie, où désormais je veux vivre pour elle.

JACQUES

Ah ca ! mais, j'entends mal?..

STELLA

Je conçois qu'un pareil sacrifice devra vous coûter, mon ami, aussi pour vous dédommager, il n'est rien que je ne fasse; parlez... que voulez-vous? de l'or?., la moitié de ma fortune?..

JACQUES, avec ironie.

De l'or!.. Ah ! c'est vrai : vous croyez avoir tout dit , quand vous avez dit de l'or!., pensez-vous donc qu'il puisse payer tout ce qu'Emélie a reçu de nous?., savez-vous qu'elle a un père qu'on nonmie partout Jacques l'honnête homme?., une mère, (car Louise est toujours la sienne, madame) une mère , à qui l'on ne parle qu'avec respect?., car elle fut toujours respectable, elle.

STELLA, à part.

Que veux-t-il dire?..

JACQUES

Et pour de l'or, vous voulez que je dise à ma fennue... tu es à peine remise des fatigues causées par la maladie de ta fille... Eh bien! ce n'est pas la fille ! cette enfant que, depuis si long-temps tu accables de caresses et qui te les rend avec tant d'usure. ..cet enfant, ce n'est pas le tien! Allons donc, madame, vous n'avez pas pensé à ce que vous disiez, vous n'avez pas réfléchi que ce n)ot seul était un arrêt de mort, pour celle qui a élevé Emélie, sans cela, vous ne l'auriez pas dit.

STELLA

Vous pensez à vous , aux vôtres, je le conçois; mais vous ne pensez pas à celle qui pendant douze ans, n'a vu sa fillié que peu de fois... vous sentez bien vos peines, mais vous ne voulez pas concevoir les miennes.

JACQUES

Madame, je me rappelle vos propres paroles; je n'ai plus de fille, ra'avez-vous dit : elle ne connaîtra que vous désormais; aimez-la comme un père!.. Eh bien! ai-je manqué à ma promesse, et ma Louise qui ne tient à la vie que par un fil !.. Oh ! vous êtes trop bonne, vous ne voudrez pas le rompre ! tenez... jamais je n'ai supplié personne, jamais je n'ai fléchi les genoux pour demander une grâce... Eh bien ! je vous supplie... je me mets à genoux devant vous. (Stella le retient avec un geste d'impatience.)

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