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LA. GUERRE DANS LES M0NTAGNE

Notre intention n'est pas de suivre don Augustin de Mexia dans ses opérations militaires et de décrire dans tous ses détails sa courte et sanglante campagne contre les Maures de l'Albarracin.

Après le désastre complet de Diego Faxardo et la défaite du brigadier Gomara, il avait compris, en général habile et qui tient à sa renommée, qu'en attaquant ses ennemis dans les fortes positions qu'ils occupaient, la victoire lui coûterait trop cher et qu'un échec rainerait sa réputation militaire.

Lu triomphe bien plus certain et bien plus facile lui était assuré.

Yézid commandait à une quinzaine de mille hommes, dont le tiers seulement était armé et encore grâce, en grande partie, aux mousquets et aux munitions enlevés à Diego. Ce qui affaiblissait les insurgés, c'étaient les femmes et les enfants qu'ils avaient emmenés avec eux. Il y eu avait près de dix mille à protéger et à défendre, et bien plus encore, à nourrir. La montagne ne piuduisail rien, el nous avons vu que des colonnes expéditionnaires descendaient de temps en temps dans la [ilaiiie i>our y chercher des vivres et en ramener des Iroupeaux.

Augusiiudi' Mexia dressa, d'après ces circonstances, son iiuuveau plan de campagne. Au lieu d'atlaquerde nouveau, il se conlenla de repousser ses ennemis sur

PîQUILLO ALLIAGA.

les sommets do la montagne, avançant sur eux pas à pas, ocenpant et ferjuant successivement les sentiers praticables par lesquels on pouvait descendre dans la plaine.

Les Maures qui tentèrent de forcer ces passages, garnis de troupes et d'artillerie, trouvèrent une si vive résistance, qu'ils furent obligés de regagner la montagne en désordre et avec de grandes pertes. Ils se réfugièrent dans des endroits presque inaccessibles, où les Espagnols se gardèrent bien de les attaquer; mais un ennemi bien plus redoutable vint les y atteindre.

Les troupeaux qu'Abouhadjad avait ramenés de son expédition n'avaient pu suffire longtemps h la consommation d'une population aussi nombreuse. En peu de jours ils avaient été épuisés, et nous venons cle voir que les Maures avaient tenté vainement de se procurer de nouvelles provisions. Les soldats pouvaient supporter la faim, mais les femmes, mais leurs enfants ! [Is leur avaient déjà abandonné les faibles i-ations qu'on leur distribuait chaque matin, et il fallait, faibles et si>, soutenant à peine, subir de nouvelles marches, de nouvelles fatigues, de nouveaux combats.

Don Augustin de Mexia avait choisi ce moment pour les attaquer sur tous les points. Il était redevenu maître de la route de Valence à Madrid et de tous les postes importants de ce côté de la montagne, car les autres versants, ceux qui donnaient sur les plaines de Valence et sur les côtes, étaient, comme nous l'avons vu, occupés par Fernand d'Albayda, qui, fidèle aux ordres de son général, avait gardé tons les passages, mais n'avait pas une seule fois :'taQué les Maures; au contraire, il avait souvent, et avec une grande sévérité, retenu ses soldats qui demandaient le combat; conduite habile et prudente qui avait donné de lui la plus haute opinion à don Mexia, surtout quand celui-ci comparait la sage réserve de son jeune lieutenant, à la fougue inconsidérée et fatale de don Diego Faxardo.

Quant à Yézid, ne pouvant, avec l'immense population qu'il traînait à sa suite et avec des soldats exténués, lutter contre des troupes nombreuses et approvisionnées de tout, il avait opéré sa retraite en bon ordre; il avait, toujours en reculant, gravi la montagne jusqu'à un plateau assez étendu et que la nature avait pris soin de fortifier. C'était une excellente position, et il s'était arrêté, attendant l'ennemi et lui otlrant de nouveau le combat.

Cette fois encore, don Augustin l'avait refusé, comptant toujours sur des auxiliaires qui ne pouvaient lui manquer. En effet, les privations de toute espèce se faisaient plus que jamais sentir ; depuis deux jours, les soldats ne pouvaient plus donui.T leur part à leurs femmes et à leurs enfants : eux-mêmes n'avaient plus rien.

Yézid voyait devant lui, et à peu près à une demilieue au-dessous de son camp, le camp des Espagnols, qui, comme par une trêve tacite, s'étaient arrêtes et attendaient que la faim leur livrât leurs victimes. A sa gauche et à sa droite étaient des rochers presqu'à pic, qui s'élevaient à plusieurs centaines de pieds au-dessus de sa tête. Derrière lui, au midi, commençait la pente "^ la montagne du cùté de Jajuer; c'était là qu'étaient

\elouuées les troupes de Fernand d'Albayda, impa-

tientes de combattre. Mais de ce côté encore pUisieuis rangs de rochers défendaient le camp des Maures, et de pareils retranchements ne pouvaient être facilement enlevés.

S'il n'eût ou que les Espagnole à combattre, Yézid aurait pu encore espérer la victoire ; mais la faim, la faim cruelle commençait déjà à décimer ses soldats, cl une nuit que l'inquiétude et l'agitation l'empêchaient de dormir, il se demandait s'il ne valait pas mieux se précipiter lui-même sur les mousqui'ts des Espagnols et aller chercher la mort, que de l'attendre dans des tourments aussi cruels ; tout à coup il crut entendre du côté de la plaine des pas lents et lourds qui gravissaient la montagne; il écouta de nouveau ; craignant une attaque nocturne, il choisit quelques hommes déterminés et glissa avec eux le long des rochers pour découvrir la marche des ennemis et les surprendre lui-même s'il le pouvait.

Quel fut son étonnement quand, pendant la nuit, il crut distinguer d'immenses troupeaux qui, formant une longue file, s'élevaient sur le tlanc de la montagne et se dirigeaient vers le camp des Maures.

Ce qu'il y avait d'inconcevable, c'était d'abord que ce convoi vînt de lui-même, et ensuite que l'armée ennemie ne l'eût pas arrêté. Ceux qui le conduisaient étaient des bergers de la plaine. Leur chef était un nouveau chrétien qui. depuis plusieurs années, avait reçu le baptême, mais qui était resté Maure au fond du cœur.

— Seigneur, dit-il à Y' ézid, on m'a ordonné de vous amener ces troupeaux de bœufs, que nous avons charg/'^ d'autant de sacs de blé qu'ils ont pu en porter.

— Qui t'a dit de les conduire vers nous ?

— Mon maître ! un maître qui envole cela à ses anciens fermiers, à ceux, m'a-t-il dit, qui pendant tant d'années ont cultivé ses champs et l'ont fait vivre luimême.

— Ce maître quel est-il ?

— Je ne puis vous le faire connaître.

— C'est juste ! ce serait exposer sa tète, et toi-même tu as couru de grands dangers. Comment as-tu lait pour tromper la surveillance ennemie?

— On m'a dit : gravis la montagne la nuit prochaine, du côté gauche du camp, par le seutier qui serpente entre les rochers.

— Il y avait, hier matin encore, un détachement formidable posté au pied de ces rochers.

— 11 n'y était pas ce soir. Personne ne nous a arrêtés, aucune sentinelle ne nous a crié : Qui vive? ei depuis trois heures nous montons sans trouver d'autres obstacles que ceux du chemin.

— Je ne saurais payer un pareil service, s'écria Yézid, mais n'importe, prends!

Et il lui présentait une partie des trésors qu'Alliag.i lui avait rapportés.

— Je ne puis rien recevoir, répondit le vieux pasteur, mon maître me l'a bien défendu : il m'a seulement ordonné de redescendre la montagne au plus vite et de vous remettr.3, à vous-même, avant mon départ, ce qui m'a servi à guider mon troupeau, ce bâton, qu'il vous recommande de briser et de brûler.

Le pasteur et ses compagnons se hâtèrent de s'éloi-

IMQUFLLO ALLtAGA.

f-'MRr.Lcs troupeaux furent reçus avec des transportsde ,ioi(; dans le camp, où ils ramenaient l'aliondance, et vrzid; resté seul, se hâta de briser le bâton (pi'on lui avait njmis, et qui contenait quelques ligues d'une (Vfituri; di'guisi'e.

Il ne s'en ('lunna pas. Ce message pou-vait être in- 1ercejit('.

« Mes bons et anciens vassaux.

« Recevez le présent qu'un ami vous envoie el de " plus un ntili' conseil. Quelque l'orfe ([ue vous semble " votre position, hâtez-vous de l;i ([uitter ; on mnurj'iivre " l'u ce moment pour tourner votre droite, l't dans " vin.ulHjuatre heures vous serez attaqués et cernés de Il Ions les cùtés »

Yi'zid ne pon\ait révo([uev en doute la sincrTid' de ri'l avis; c'était nu Itspaguol, il est vrai, qui le lui adressait, mais c'était ml ami. tyétail Uli des grands pnipriélaires des plaines do Valence (|ui envoyait ainsi m secret, au camp des Maures, de niimbreux tvnupi'aux, formant la partie principale de sa richesse.

i'M ami, Yézid ne pouvait le méconnaître.

— () Feruaud d'.4lbayda, s'écria-t-il avec l'niolioi), soyez béni, vous qui arrachez tant de familles â une mort certaine !

Fernand avait, en cfl'et, (ont ordonné, tout préparé.

Un vieux serviteur, qui lui était tout dévoué, avait rassemblé ces troupeaux et les avait ('onduits [lar le I liemin ([ue son niailre lui avait tracé.

Pendant huit jours et huit nuits, mi uoiulireuv délachement avait étroitement gardé les dé-fili'S de ces iiicUers, et après avoir fatigué, ])ar une surveillance inutile, ces soldats qnl OU nuu'iuuraient cux-mèuii's, leur chef leur avait permis de jirendre quelque repos la nuit même on cette stu'veillani'e devenait nécessaire.

Fnlin c'était Fernand d'Albayda (pii, «ans vouloir être reconnu, adressait à Yi'zid ce salutaire avis qne loi seul, an monde, pouvait donner.

Il fallait donc le suivre ; mais couuuent '?

Devant Yézid, le corps d'armée d'Augustin de Mexia ; ilerrièrc lui, les troupes de Fernand; à sa droite, (les montagnes qu'il était possible de gravir, il est vrai, et par lesquelles on pouvait opérer une retraite, mais c'était justement de ce côté que l'ennemi l'avait liiurné et s'avançait pour b; cerner.

A gauche, il ne fallait même pas y penser. Aucun niiiyeu de fuite. Des rochers de hauteurs ditl'érentes, mais de plusieurs centaines de pieds chacun, et tailli's presque à pic.

On tint conseil. Un des chefs, Cogia-Hassan, né dans ces montagnes, où depuis sou enfance il a^ait meni' ]iaitre ses chèvres, pn'dendit qu'il y avait au milieu de ces rochers un chemin en ai)])arencc impraticable, et en réalité des plus dangereux, par lequel on pouvait, avec de la vigueur et du courage, se hisser jusqu'au haut de ce rempart de granit, et (jne là on trouverait, A la cime même de ces rochers, une vaste ]ilaine, nue prairie arrosée ]iar l'eau d'un torrent supi'rieur formé ])ar des neiges.

Quel (jne fût le danger d'une pareille entreprise, c'était le seul moyen de salut ; il fallait le tenter. Mais

en l'adoptant on était obligé d'abandonner l'artillerie, les bagages, et, bien plus encon^, les feuuues et les enfants aux mains des ennemis; car il n'y avait que des hommes vigoureux qui pussent entreprendre un trajet aussi piMiibli', aussi pi'rilleiix, et rest r ijcndant prés d'une iieiu'e suspendus ao-ilessus des abimes et des précipices. Quant à leurs familles, c'était les exposer à une mort certaine.

Il est vrai ([ue les livrer aux Eispagnols oifrait exactement le même résultat.

— Si ce n'est que cela, dit Cogia-Hassan, je peux vous ens-'ignerun moyen de mettre nos femmes, nos enfants et nos ])rovisious à l'abri de tmit danger et de les dérober même aux regards de tons les Espagnols.

Chacun l'écouta avec attention.

— Il y a non loin d'ici une grotte immense qui, à l'intérieur, offre près d'un quart de lieue d'esi)ace. Kile est justement placée sous les rochers que nous Vonlons franrhir. On n'y entre que par nue seule ouvi'cluie, (bi (|natre on cinq pieds, rjn'il sera facile de lernieri'U di'ilans dès que nous serons entrés.

Ci'lle iti'olle, peu idevi'e en certains endroits, ofl're eu d'autres plus de quarante pieds de hauteur et elle n'est jias obscure, on y aperçoit menu» le ciel, car elle leriiit du jour d'en haut ]iar une immense ouverture pratiqnéeau milieu des rochers amoncelés sur la grotte.

Cette retraite, presque taillée dans le roc, les Espagnols ne la devineront pas, et même ils la soupçonneraient, qu'ils ne pourraient la découvrir, ni surtout y pi'Ui'trer.

L'avis de Cogia-Hassan pri'valut. Il n'y en avait pas lie meilleur, et du reste on était pressé par le temjis et par les l'.spagnols qui allaient arriver. Un trouva, ou examina la grotte, la ])lus belle de tonte la sierra de l'Albarraciu, Elle était, en ell'et, vaste, spacieuse, bien aérée et stdlisamment T'clairée en certaines parties jiar l'espèce de siinpirail su]}érieur dont nous avons déjà parlé. Les parois intérieures et toute la voûte étaient ■Ml granit, et nul ébonleuiiMit n'i''lail à craindre.

Cette grotte, qui s'étendait au loin sous la montagne, pouvait contenir, et au delà, tous ceux qui, dans ce moment, lui demandaient un asile. On s'empressa donc d'y renfermer les vieillards, les femmes et les enfants, au nombre, disent les historiens du temps, de sept à huit mille; de plus les bagages de tonte espèce, l'artillerie et la plus grande partie des troupeaux quo l'on devait à la générosité de Fernand d'Albayda. Une autre partie des bestiaux fut tuée pour l'approvisionnement de l'armée, qui, dans le choniiu escarpé qu'elle avait à gravir, emportait avec elle ses armes et ses vivres pour quelques jours.

Le grand inquisiteur Sauiloval, qui depuis le départ d'AUiaga avait été traité par Yéziil avec les plus grands égards, était toujours resfi' prisonnier des Mauves. Il fut décidé ([ne ce précieux otage serait renfermé dans la grotte, dont Yézid confia le commandement et l'administration à Pedralvi et à quelques soldats déterminés.

Dès qu'ils furent tons entrés, Pedralvi donna ordre de fermer en dedans l'ouvertun'; pour plus grande précaution, Y('zid fit rouler, à l'extérieur, des masses de rocs et de terres; les interstices mêmes des rochers

PIQUILLO ALLIAGA.

Carmen l'jiilerro;

furent garnis d'herbes, de mousses et de plantes sauvages qui dérobaient aux yeux les plus clairvoyants l'entrée déjà si difficile de ce souterrain.

Yézid et ses soldats espéraient se soustraire ainsi, pendant quelques jours, aux Espagnols qui les poursuivaient. Des cimes élevées où il allait asseoir son camp il pourrait défier, non-seulement leurs attaques, mais même leurs recherches, et attendre sans crainte l'elTet des promesses d'Alliaga.

Dés que les Espagnols, fatigués de parcourir inutilement les sommets âpres et inhabitables de l'Albarracin, seraient redescendus dans la plaine ou dans les partiis inférieures de la montagne, Yézid et les siens descendraient à leur tour des pics de leurs rochers et viendraient rendre à la liberté les prisonniei's de la grotte.

Le soir même, guidée par Gogia-Hassan, l'armée commença sa marche ascensionnelle, et Yézid voulut être le premier à explorer le chemin eflrayant qu'on allait suivre. Qu'on se figure une armée entière, une 'ongue lile de soldats gravissant un à un une mu-

raille de granit, presque à pic, s'appnyaut sur les pointes de roches saillantes, se retenant aux racines d'arbres ou aux plantés vigoureuses qui tapissaient le flanc de la montagne, et chacun, si un faux pas l'entraiuait dans l'abime, risquant sa vie et celle du compagnon qui était au-dessous de lui.

Il faut dire que cette muraille de rochers, qui, à l'œil et de loin, paraissait droite et perpendiculaire (et c'est un eft'et éprouvé par tous ceux qui voyagent dans les monlagnes), cette muraille ofl'rait, à une trentaine de pieds de hauteur, un sentier escarpé, inaperçu d'en bas, et que Cogia-Hassan connaissait bien. Ce sentier, serpentant en zigzag le long de la montagne, était encore d'une difficulté extrême, et surtout donnait d'effroyables vertiges à ceux qui avaient l'imprudence de regarder au-dessous d'eux, juais enfin c'était une espèce de chemin de corniche, praticable, et qui conduisit presque toute l'armée des Maures aux sommets des remparts de granit qu'elle avait à franchir.

Là, ainsi que l'avait promis Cogia-Hassan, une plaine

PKjUlLLO ALLfAGA.

s'offrit à leurs regards. Quelques arbres y croissaient encore; l'herbe y verdoyait dans quelques endroits, car ce sol de rochers, ce terrain aride, était arrosé continuellement par les eaux abondantes d'un torrent dont la source supérieure bouillonnait au-dessus de leur tète.

Fatigués par cette longue et pénible marche, les Maures bénirent cette oude bienfaisante qui leur permettait de se rafraîchir et d'accomplir, en signe d'actions de grâces, les ablutions commandées par les rites dt; leur croyance.

Pendant ce temps, et au moment où les premiers rayons du jour éclairaient la montagne, Augustin de Mexia et ses troupes s'avancaienl pour attaquer le camp des Maures. Le général espagnol avait l'ait faire à une partie de ses soldats nue manœuvre aduùrable l)our tourner la montagne de droite, la seule qui lui jiarùt accessiiile. Il avait calculé les jours et les iienres (pie devait leur coûter cette longue et dilhciie opération; il avait envoyé ses ordres eu conséqueuce à don

i bord ; marcliô coiicIit, louchcz-1^

Fcrnand d'Albayda, et toutes les mesures de l'habile général avaient été si bien iirises. qu'il gravissait luimême le nord de la montagne pendant que don Fernand se mettait en marche par le midi, et que la colonne expéditionnaire franchissait les dernière rochers qui régnaient à l'est.

Les trois corps d'armée, étonnés de n'avoir pas été inquiétés dans leur marche, débouchèrent à la mè.ne heure et presque au même insinnt sur le plateau qui était censé occupé ))ar les Maures, qu'ils devaient ainsi accabler par trois cotés différents. Quant au quatrième côté, nous savons qu'il était fermé par une muraille de granit à pic.

Rien ne peut rendre la stupéfaction de don Augustin de Mexia au profond silence et surtout à la vaste solitude qui régnaient autour de lui.

Aucune apparence, aucun vestige do ce cauq» qu'ils venaient détruire, de ces Maures qu'ils venaimit massacrer. Tout avait disparu! et coniment dix à douze mille soldats, sept ou huit mille femuies et enfants

LAGNV. — Imprimerie Je VuliT el (

l'IQUILLO ALLIAGA.

avaient-ils pu, eu qiiolcyuos lieuri'S, s"évaiiouii"Cûiiiine un nr.nge, ( o'.nnie une l'nmée ou devenir invisibles !

C'était un t nclianlement, une magie ! Aussi, le bruit s'en était-il n'iiamlu sur-le-champ dans les rangs espagnols, et il u"étaitpas étonnant queriiùtelierdeCarascosa, le seigneur Mosquito, eût fait part de cette opinion à Aliiaga, lorsque, ainsi que. nous l'avons vu plus Laut, celui-ci, à son passage, avait interrogé le digue maître de laposad.asnr lesopérationsde l'armée.

Don Augustin de Mexia n'était pas honuue cependant à croire aux corps d'armée enlevés par un coup de baguette. Apres avoir Lieu examiné la position, il lui fut prouvé que Yézid et ses soldats n'avaii'nt pu lui échapper que par les nuu'ailles des rochers qui s'élevaient à l'ouest. Pensant bien que les l->pa;^nols, qui avaient déconve.t le Nûuveau-ilonde, sauraient découvrir le camp des .Maures au milieu d'une mont. gne, il envoya en écUiirenrs plusieurs soldats adroits et intrépides.

Ceux-ci vinrent lui rapporter qn il y avait réellement sur le Uanc du rucher un sentier en zig-zag qui pouvait conduire desche,vr:ers et leurs Iroiipeaux jusqu'au sommet de la niontagne ; mais qu'il était impossible d'y faire gravir une armée et surtout de l'artillerie ; qu'ils ne pouvaient donc croire que les .Maures eussent tenté de le faire.

Il faut pourtant bien qu'ils l'aient fait, se disait en lui-même don .Mexia; car ils sont an haut de ces rochers, c'est évident. Quant à les en débusquer, quant à essayer n.ème de les y attaquer, il n'en eut pas un iustautlapensée, quoique ce fût l'atis de Uiégo Faxardo, qui, impatie:;t de venger son aifronl et n:algré sa bonne volonté, rea'.arquait avec désespoir qu'on ne si battait plus depuis... qu'il avait été battu.

— Rassurez-vous, lui répondit son général, je vais vous offrir une occasion de prendre une revanche et de rendre à l'armée un signalé service.

Voici de quoi il s'agissait :

En gravissant les plus hauts sommets opposés et qui étaient accessibles, don Augustin avait découvert on du moins deviné à peu près la position des Maures. Ils devaient être campés sur un terrain aride et inculte, ne pouvant rien produire, ne leur offrant aucune ressource. Ils ne pouvaient descendre de ces hauteurs inexpugnables pour se procurer des provisions et des vivres. Gomment avaient-ils pu en emporter avec eux, c'est ce que le gi'uéral ne s'expliquait pas; mais ces vivres, (]uelque abondants qu'ils fussent, devaient cesser un jour ou l'autre. Ce qui durerait plus longtemps, c'était l'eau ([u'ils avaient en abondance, c'était ce torrent qui, lombant des sommets neigeux de l'Albarracin, alimenterait sans cesse leur camp.

Il voulait donc, pour les forcer à se rendre, pour les prendre à la fois par la faim et par la soif, détourner l'eau de ce torrent l't l'empêcher de tomber dans la vallée où campaient les Maures. Il fallait pour cela, avec des fatigues inouïes, tourner les montagnes de neige qui, de haut et de loin, dominaient la position d'Yézld. C'était difiicile. et dangereux, c'est pour cela que le général en chargeait don Diego de FaxarJo.

Celui-ci eût mieux aimé des dangers où sa bonne cpée put lui servir, dùt-il, à lui tout seul, combattre

les Maures, non dans les rochers, car les rochi-rs lui portaient malheur; mais en plaine il se faisait fort de prendre sa revanche et de les mettre en déroute.

En altiïnJaut, il s'empressa d'obéir au général et partit avec une centaine d'homa;es portant des cordagLS, des hiltous ferrés et des tontes, enhn tout l'appareil et les bagages nécessaires pour une expédition dans les moutagnes et dans les neiges.

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