‹ Les deux mèresChapitre 80 sur 130 · CM · texte numérisé non relu

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Nous nu ferons point le délail des fêtes, bals, tournois, (■;lr^ou^els, illuminations et spertacles pompeux qu-i eurent lieu à l'occasion de ce mariai;e ; l'histoire en a gardé /e souvenir. Le million de ducats annoncé parle duc de Lerma, fut, dit-on, dépassé, et si l'on en excepte les premiers ouvrages donnés par Galderon de La Harca, tpii débuta à cette occasion dans la carrière dramatique, il était impossible d'acheter plus cher de l'ennui, denrée qu'il est si facile d'avoir pour rien, surtout à la cour.

Rassasiée de plaisirs et d'hommages, fatignée de lètes, de réceptions et d'éti(|neite, la reine déclara qu'elle voulait aller à Madrid, saus escorte, et traverser sans suite, incognito, et à petites journées, le beau royaume de Valence, qu'elle ne connaissait ])as, et qu'elle désirait parcourir, avant d'ciilrer dan-; la Nonvelle-t bastille.

Le roi aurait voulu raccoiniiagiier, mais il avait solennelleuii'ut promis à fray <iorilova, sou confesseur, cordelier placé près de lui par le duc de Lerma, de

faire, après la première semaine de sou luariaire, une nenvaine à Saint-Jacques de C.ompostelle. Il é-tait trop dévot pour oublier cette promesse, et le duc de Lerma, trop habile pour ne. pas la lui rappeler.

C'était interrompre l'intimité que font naître, même entre époux couronnés, les premiers jours d'un mariage ; c'était, dans le cas où la reine aurait déjà pris quelque ascendant sur sou mari, la meilleure manière de le détruire ou de l'atténuer.

Le roi, qui avait tonte 1 Kspagne à traverser, partit promptement ])our la Galice, escorté de son ministre et d'une t,'raiuli' partie de sa cour, t:indis que. la reine, avec une suite peu nombreuse, se mit eu route, voyageant lentement, d'abord à cause de la chaleur, qui était excessive, et puis parce qu'à chaque pas elle s'arrêtait pour admirer.

La llnerta de Valence présentait l';t<pect d'un magniliqiK! jardin. Sa fertilité tenait du prodige. ») i l'attribuait aux tlots de sang dont ses plaines avaient été inondées pendant les combats entre les Maures et les

LAC.NY — Imi.rini

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PIQUILLO ALLIAGA.

chrétiens. Mais sans dovite le travail des Maur.^* avait contribué, jJiis que leur sang, à les féconder.

Partout, des réservoirs et des canaux d'arrosage distribuaient les eaux dans lés terrains les plus éloignés et les plus arides; partout, des eaux jaillissantes et des tapis de verdure, partout des fruits au milieu de corbeilles de fleurs.

La reine et son escorte suivaient depuis longtemps les bords du (luadalaviar, et ses yeux fatigués de la pompe des pala's ne jiouvaient se rassasier de cette nature encbanteresse.

Tout à coup, c'était la fin de la journée, le soleil était sur son dédia, elle s'arrêta et poussa un cri d'admiration à la vue d'un vallon ou plutôt d'un Éden, où se réunissaient les userveilles de la végétation, toutes les plantes des tropiques à côté de celles de l'Europe. Là, croissaient eu plein air le bananier, le pistachier, le myrte et le sésame; là s'élevaient des bois d'orangers et de citronniers dont les branches ployaient sous leurs fruits dorés.

Un ruisseau, dont la blanche écume étincelait sur les gazons, parcoiu'ait toute la vallée, arrosant de ses Ilots bienfaisants la canne à sucre, le cotonnier, l'anauas et le cafeyer. C'était une féerie, un enchantement, c'était le val ]>urai/so, la vallée du paradis !

A mi-côte s'élevait une habitation comme la reine n'en avait jamais vu.

C'était l'architectuve arabe dans ce qu'elle avait de plus léger et de plus élégiuit, ses fines colonuettes, ses gracieuses parures découpées avec tant de co(]uelterie qu'on eût dit des dentelles en marbi'e. Autour de l'habitation régnaient des jardins délicieux, dont on apercevait de loin les massifs de Heurs et les jets d'eau retombant dans des bassins de marbre blanc.

Et ce palais, cette demeure royale, n'était cep<?ndant qu'une ferme opulente; car des deux côtés du logement principal, à travers les portiques élégants que soutenaii'ut ces syeUes colonnes, on voyait de nombreux troupeaux se presser et rentrer au bercail. La clochette des vaches et des brebis retentissait en cadence dans la vallée, et accompagnait le chant des pasteurs, chant suave et mélodieux, nouveau aux oreilles de la reine, mais non aux échos de la vallée, qui le répétaient avec complaisance, et semblaient le saluer connue le chant de la patrie.

La reine do manda à qui appartenait cette champêtre et magnitiiiuc Imbitatiou.

— An plus liihe propriétaire de Valence, Alamir Delascar d'Albérique.

— Voici kl Uu du jour, et au lieu de marcher jusqu'à Tuejar, où notre halte est préparée, j'aurais bien envie de m'ai'rèter ici, et de contempler demain cetti; b.^Uc vallée éclairée par les premiers rayons de l'aurore, comme elle l'est en ce moment par le soleil couchant.

— .le ferai observer à Votre Majesté que cela est impossible, dit la comtes!e de Gandia, la cameriera mayor.

— Et pourquoi '!

— On attend Votre Majesté à Tuejar... ce soir.

— Si j'étais indisposée, je ne pourrais m'y rendre !

— Mais, grâce au ciel. Votre iiajesté ne l'i^st pas.

— Supposez que ce soir le ciel m'accorde ce lioi;lii'ur... et je crois qu'en effet il vient de m'exaucer... car je souffre... j'ai mal aux nerfs.

— J'espère que cela n'est pas. ,

— Cela est 1 cela m'arrive toujours quand on me contrarie.

— Sa Majesté a raison, s'écria la comtesse d'Altamira; c'est un effet immanquable que j'ai souvent éprouvé.

— Envoyez un homme à chi'val à Tuejar, et prévenez qu(! nous n'irousque demain dans la journée.

— Mais, madame...

— Un 'est-ce encore'?

— Hue pri'tenil faire Votre Majesté?

— I>emauder pour celte nuit l'iiospifalité à Delascar d'Albérique. Pensez-vous qu'il la refuse à la reine?

— Non, sans doute... mais lui accorder un tel hmineur est impossible !

— Et pourquoi ?

— Ce d'Albérique est un Maure!

— Les Maures ne sont-i's point nos sujets comme les autres habitants de l'Espagne?

— Si, madame !

— Pourquoi donc alors ne pourrais-je pas reposer sous son toit, aussi bien que sous celui ducorrégidor de Tuejar ?

— Je doute, madame, que Sa Majesté le roi catholicjue approuve ce projet !

— Faut-il donc lui envoyer un courrier sur la route de Galice, et la consulta royale doit-elle s'assembler pour savoir où nous passerons celte nuit ?

— Non, madame, reprit la cameriera mayor, mais je suis certame que Son Excellence le duc de Lerma s'y opposerait formellement.

La reine jeta sur elle uu regard qui l'empêcha d'achever sa phrase, tant il y avait dans ce regard d'indignation et de mépris; puis se tournant vers un de SCS gentilshommes : « Comte, lui dit-elle, veuillez demander au Maure Albérique s'il veut bien accorder, pour cette nuit, l'hospitalité à la reine d'Espagne. »

Le comte partit, et la reine, prenant un ton plus doux, dit à la cameriera mayor :

— Je ne vous oblige pas, madame la marquise, à braver la colère du roi, et bien plus encore celle de M. le duc de Lerma, en nous suivant dans cette demeure. Vous êtes la maîtresse de ne pas nous y accompagner; quoiqu'à vrai dire, mesdames, contiuuat-elle gaiement, je sois fort curieuse de l'examiner en détail, et je serai bien trompée si la réception (ju'ou nous y prépare ne vaut pas celle qui nous attendait chez Àl. le corrégidor de Tuejar.

i i:ile avait à peine fini de parler, qu'un vieillard à la barbe blanche et à la figure vénérable s'approcha '■ d'elle, et met tant un genou eu terre,

— Je ne croyais pas, madame, qu'un si grand hojineur fùl jamais réservé à moi et à ma famille ; mais Votre Majesté a voulu conmiencer son règne par faire des heureux, et dans cette maison où elle daigne entrer, chaque jour ou redira son nom avec respect et reconnaissance.

Puis, se relevant, et avec un regard où brillaient les deni ères lueurs delà majesti'des rois maures, ilajouta:

PIOUfLLO ALLIAGA,

— D'antvrs viendront vous offrir les dés de, leurs cilés midi! leurs forteresses; nou<, uiadauic, dans nos personnes et dans nos biens, (|iii sont à vous, l'ien n'est digne de vous être offert; mais on dit que la béur'diclion d'un vieillard porte bonheur : permettezmoi dappeler sur vous celle du ciel ! Soyez bénie, 6 reine! que le sceptre vous soit léger! que tous vos jours soient heureux !

C'était la première fois, (b']iuis que Marguerite était en Kspagne, qu'on lui paiiait un langage qui allait au cœur, un langage qu'elle pouvait comprendre et qui no répontlait que trop bien à ses secrets sentiments.

Fendant qu'autour d'elle les gens de sa suite se consultaient des yeux, incertains s'il lallait apjiron\er ou blâmer la hardiesse du Maure, la reine lui tendit la main eu lui disant :

— Fils des Aboncsrages, nous nous confions à l'hospitalité du Maure. Entrons !

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