ACTE I , SCÈNE XL
sonne ! C'est hon pour nous autres , aimables vauriens. Qu'en ni.sulle-l-il? Hier soir, je donne un souper tlélical , trop déilcat, puisque lorsqu'il s'iigil de pa}er, je nne trouve dénué de fonds. J'étais un ])eu gai , et ma foi j'ai trouvé piiiisanl de prendre ton nom et ta qualité. Ce malin, par procédé , je veux le piévenir, et il me faiit courir jusqu'aux boulevarts des Invalides pour te trouver. Heureusement j'ai uneaiTaire qui m'amène dans ce quartier : oui, je viens clierclier un homniC à qui mon ami Salomon a diime recommander. Mais vois à quoi tu m'exposes^ à quoi tu t exposes loi-méme, si le traiteur va te chcrclier ù ton ancien domicile.
l'HILIBERT aîné.
On s'y est présenté.
Vois-tu ?
PHILIBERT aîné.
On est venu me relancer jusqu'ici.
PHILIBERT cadet.
Déjà?
Et j'ai payé.
PHILIBERT ame.
PHILIBERT cadet.
Tu as payé ! tu as bien fait. J'en suis enclianté pour ces bonnes gens ; car , suivant toute apparence , je les aurai fait alleiidie. Tu as payé , mon frère ! voilà un trait ! j'en pleure d'attendrissement et de reconnaissance. Mais je suis accoutumé à tes belles actions.
PHILIBERT aîné.
N'as-tu pas de boute de mener ainsi une vie d'aventurier? Sans rt'proche , ne devrais- je pas être las de venir à ton secours? Tu u'as pas pu rester même au ministère auquel je suis allacbé. Tu crois le justifier, en dis.'.nt que tu as une mauvaise telc et un bon cœur. Hellc excuse ! c'est celle de tous les gens qui se conduisent mal. J'ai une mauvaise tète , donc j'ai un bon cœur. Très-mauvaise consécjuence. Oui, tu es bon ; je le sais , mol j mais ceux, qui ne te connaissent que par tes folies , ne sont-ils pas eu droit d'eu douter?
Que leur importe , d'ailleurs , que tes fautes viennent de méchanceté ou d'étourdcrle ? Mais, qu'est-ce que je fais? Ce que je le dis là , je le l'ai dit cent fois ; je devrais être bien guéri de la manie de te prêclier : je me tais.
Non, parle, continue, continue, mon cher frère; tu as raison ; je ne suis ton cadet que d'un an ; et je parais plus vieux que toi -^ et combien je me trouve en arrière de ta répulalion et de la fortune ! Cela rne fait bonté. Combien de fois ne m'est-il pas arrivé, en me faisant annoncer quelque part , d'entendre qu'on se disait : M. Philibert-, est-ce l'homme de mérite ? Non , c'est son frère. Tu conviendras que c'est fort désagréable. Mois tu ne m'écoules pas.
PHILIBERT aiué.
Parle , parle toujours , je t'entends de reste,
{^Philibert aîné se promène , s'assied sur un banc dei/ant sa porte , écrit sur ses tablettes. )
PHILIBERT cadet.
Veux-tu que je te dise ? tout le mal vient de ce que j'ai été gâté par ma mère , tandis que mon père te faisait élever admirablement dans un collège de Paris. Après tout , ces emplois que tu m'avais obtenus , je ne les ai plus : est-ce un si grand mallieur ? Je ne veux plus de place. Il me faut une existence libre , active , indépendante. Je veux faire des affaires. Oui , mou ami ,,des affaires de courtoge et de commission , mais en grand , d'une manière vaste et avantageuse à mes concitoyens. J'ai déjà commencé. L'homme que je viens chercher dans cette rue précisément , jicut ni'étre très-utile; et tiens, chez ce traiteur , hier.... c'était un petit souper de spéculation. Nous avions la maîtresse du
commis d'un gros négociant Cela nous a coûté cber ,
parce que ces femmes aimables c'est gourmand et fort
exigeant en fait de bonne chère. Mais , j'ai jeté là les fondemens d'une affaire Tu verras , tu verras. Je ferai fortune , je serai riche , très-riche , et alors ah dieu ! il me
serait si doux de reconnaîlre ce que tu as fait pour moi ! Je te dois tant ; je te dois tout. Éprouve quelque malheur seulement ; j'euteuds que lu ne t'adresses pas à d'autre qu'à moi.