ACTE DEUXIÈME
Un mystère profond couvre ses desli.ées!
Depuis deux ans, son frère, en vain, à vos États Redemande Ingeburge,... on ne la lui rend pas!
Sur elle, sur son sort, pas un trait de lumière!
Est-elle morte, sire? est-elle prisonnière?
Son frère peut tout craindre! oui, tout, môme un forfait. Où donc est-elle, sire, et qu’en avez-vous fait?
LE ROI
Eh! qu’ètes-vous donc, vous, pour tenir ce langage?
Je connais votre voix ! Et sur votre visage...
t’covoyé rejette en arrière son capuchon. C’est Landresse.
Ciel! lui! c’est lui ! Landresse! Ah! ce déguisement!
Ne l’arrachera pas à mon ressentiment.
LANDRESSE.
Cet habit est le mien, seigneur roi... Je suis prêtre! Prêtre pour expier*., pour réparer peut-être!...
Pour défendre et sauver, comme soldat chrétien,
Celle que je perdis comme chevalier!
LE ROI) arec ironie.
Bien !
Tu déguises ton corps pour déguiser ton âme!
Cet habit sert de voile à ton ajnour infâme!
LANDRESSE.
Mon amour! mon amour! Regarde donc, ô roi !
Regarde ces yeux creux! ce front dépouillé! voi Ce vieillard de trente ans, et tout ce qu’avant l’âge Ont gravé de sillons sur ce pâle visage,
Cinq ans de désespoir, de pleurs et de remords!
Mon amour? Ah! le Dieu des vivants et des morts.
Le Dieu qui siège haut et qui voit loin, qui compte Mes larmes de regret et mes larmes de honte,
Qui voit, depuis cinq ans, mon âpre repentir Faire pleuvoir le sang de tout ce corps martyr,
Il sait, ce Dieu, qu’en moi, de mon fatal délire Il ne reste plus rien que l’horreur qu’il m’inspire! Qu’en lui je hais le mal qu’hélas! j’ai fait par lui! Que la sainte pitié transfigure aujourd’hui En un céleste feu ma criminelle flamme;
Qu’avec l’habit du Christ, j’ai revêtu son âme !
Et que, libre à jamais de vos terrestres soins,
Ce cœur régénéré n’a plus que deux besoins ; Désarmer mon sauveur à force de cilices,
Désarmer ma victime à force de services !
LE ROI
Des services!... Toi?
LANDRESSE.
Moi ! je suis un humble clerc ,
Et de ton front royal part la foudre et l’éclair;
Mais, à tes cruautés pour ravir ta victime,
Avec moi, près de moi, marche une ombre sublime ! Le saint légat, à Rome, en mes bras expira,
Il m’a légué son œuvre, et t tant qu'il restera Une goutte de sang dans cette pâle veine.
Un battement au fond de ce cœur, une haleine En ce sein desséché, toujours, partout, ô roi!
Tu me retrouveras entre Ingeburgc et toi !
J’irai la disputer aux lieux où tu la caches,
Je la ferai monter au rang dont lu l’arraches.
Et rien n’arrêtera ma ferveur do chrétien ,
Que je n’aie effacé mon forfait... et le tien!