SCÈNE PREMIERE
GEORGE , dans un cachot ; BURL , dans l'autre. (Six heures sonnent.)
GEORGE
Dans ce moment , on décide de mon sort l
BTJRL.
Six heures?.. Messieurs les juges font des propos sur mon compte.
GEORGE
Quelle destinée que la mienne !.. Je sauve la fortune du banquier Murray , et je suis arrêté comme voleur !.. Je veux lui sauver la vie, et je suis arrêté comme assassin !
BURL.
Est-ce qu'il me faudrait payer enfin les actes de mon passé?.. mes incapacités à distinguer le tien du mien?.. Oh ! que non !
GEORGE
Tout a tourné contre moi , mon adresse et ma vertu; oui, mon habileté et mon dévoûment.
BURL.
Hé ! mon Dieu ! Messieurs , faites pendre la nécessité et non pas moi. — Qu'on prenne des gens d'un appétit civilisé, les meilleurs membres du Jury qui nous juge... qu'on les embarque avec du biscuit et de la viande !.. Par morale et par goût, ils s'en tiendront à la viande et au biscuit, tant qu'ils en auront; mais privezles en deux jours de suite , et le troisième , vous les verrez se regarder en dessous avec des yeux de crocodile... un jour de plus , et voilà qu'il leur pousse des crocs et des griffes , qu'ils s'entament à pleine chair, qu'ils se dévorent à belles dents... ils sont anthropophages!.. C'est là l'histoire de mes crimes... Il fallait vivre... et pour n'être pas mangé , j'ai mangé les autres !
GEORGE
C'est donc une volonté expresse, opini<ître , qui me poursuit...
une fatalité!., jusqu'à mon pauvre frère, que je retrouve ici de garde, dans cette prison, comme pour être témoin de mon supplice ; car j'ai eu beau me débattre à l'audience contre ce misérable Burl, cette ombre sans cesse attachée à mon innocence, je n'ai pu rojupre ce cercle de fer qui m'étreint ; la première accusation est revenue sur la seconde , et je n'ai plus d'espoir.
BURL.
Les ai-je enfoncés, les magistrats!., et le Jury , donc!.. Je suis sûr que les magistrats me feront des^excuses , et le Jury une collecte. Oui , oui , j'ai bon espoir !
GEORGE
Non, plus d'espérance! la victime de Burl est dit -on à toute extrémité , elle expirera sans parler , sans pouvoir révéler le nom du coupable... Que Murray vive, mon Dien! qu'il parle! carjen*ai pas d'autres preuves de mon innocence.
BURL.
O ma providence , fais que le banquier Murray meure sans souiller; car il n'y a pas d'autre preuve de mon crime !.. C'est égal, il a la vie dure... Oh! un homme de métal , ça se conçoit.
GEORGE
Et Jenny, que pense-t-elle de moi?.. Si elle me croyait coupable ! Oh ! celte idée est mille fois plus teri ible que la mort ! BURL , se levant.
Si le banquier parle, il faudra tenter l'évasion par cette porte. (Il s'approche de la cloison et regarde par le trou de la serrure.) S'il meurt sans parler, j'ai mieux qu'une évasion à faire !.. J'ai un projet victorieux qui réparera tout , qui me rendra la fortune avec la liberté... Bienheureuse porte qui donne dans le cachot de George... (Bruit de serrure.) Mais j'entends venir le geôlier, tenons-nous coi.