SCÈNE VII
GEORGE, d'un côté, BURL, de raiitre.
GEORGK.
Du courage!., mieux vaut encore mourir innocent que vivre coupable... oh î je recommencerais encore s'il le fallait... La tombe n'a plus rien qui m'épouvanle... sûr maintenant d'être aimé de Jenny , d'éviter l'infamie... Qu'ils viennent quand ils voudront, qu'ils viennent! je suis prêt, je suis las, reposons-nous... {n se couche sur la paille. ) jusqu'à la mort.
BURL.
Ce repas ne sera pas le dernier grâce à mon projet, et à ma providence qui me l'a inspiré... Elle me devait bien cela, après m'avoir laissé prendre, dans un moment d'oubli sans doute... Allons Burl , à l'œuvre!., je n'entends plus rien; la ronde est finie... le jury délibère ou plutôt il soupe, et comme il a un meilleur souper que moi , je ne serai pas dérangé de long-temps... Voyons ! (il s'approche de la porte de la cloison et regarde par le trou de la serrure.) Il est seul, il est couché, bon!., il s'endort sans doute... attendons qu'il ronfle et préparons-nous! (il quitte son habit et réfléchit.) J'ai ce qu'il me faut... un couteau d'abord... (il déchire la doublure intérieure de sa veste et en tire un couteau. ) Voilà!., ils m'ont pourtant fouillé... comme la police est faite !.. Du papier?., j'en ai aussi! (il tire encore de sa vesie, le testament.) Il y a au testament une feuille double qui est blanche... Oui, mais de l'encre à présent, comment faire?.. Oh ! j'y suis à la rigueur on peut se passer d'encre et de plume, quand on a un crayon, et avec le plomb de ma fenêtre, je vais en faire un... (il détache un morceau de plomb et le taille avec son couteau. ) Écrivons maintenant , une écriture tremblée,., un beau repentir!., (il écrit quelques lignes sur la feuille de papier blanc. ) Voilà qui est fait... très bien. (Il détache la feuille qu'il vient d'écrire, de la feuille du testament. ) A présent ce papier-ci pour moi... (il remet le testament dans sa veste. ) et celui-là pour George ! (Il indique le papier écrit au crayon. ) Mon couteau coupe bien! (Il passe le pouce dessus. ) Oui! allons il s'agit d'être libre et riche ! (il se rapproche de la porte de la cloison et regarde. ) Voyons, s'il est bien endormi! ( il appelle. ) George! George!., il ne répond pas; il dort comme un président!., c'est le moment... achevons! (il essaye d'ouvrir la porte avec la pointe de son couteau. ) GEORGE, réveillé en sursaut par le bruit de la serrure.
Qu'y a-t-il!.. quel est ce bruit? (il éroutc.) Il me semble qu'on essaye d'ouvrir cette porte. (il se lève et va vers la porte.)
BlîRL.
Peste... vieille serrure! elle résiste comme une jeune fille! mon couteau s'est épointé , r'aiguisons-le.
(Il se retire de la porte çt va aiguiser son couteau sur une pierre de son
cachot. ) GEORGE , regardant par la serrure et le voyant dans cette occupation. Qu'est-ce que cela signifie? que fait cet homme? BURL , se relevant en face de la porte. L'accWeot est réparé.
GEORGE , reconnaissant Burl.
C'est Bwl! un couteau à la main?., que veut-il? (Le voyant venir à la cloison.) Il se dirige vers cette porte , mais que veut-il donc? (Il se range immobile à côté de la porte son poignard à la main.) BURL , se remettant à la serrure.
Voyons maintenant!
GEORGE , impatienté.
Ma foi , aidons-le !
(De son côté, il touche à la serrure qui s'ouvre.)
BURL.
Ouverte, enfin ! heureusement qu'on est un peu serrurier !.. Allons!., c'est drôle... la main me tremble... Après tout... d'une manière ou d'une autre , il faut que George y passe , autant que j'en profite... Quand je l'aurai frappé... je lui place ce papier sur le corps... et je gagne fortune et liberté !..
GEORGE
Que dit-il ?
RURL.
Entrons ! (Il entre doucement dans le cachot le couteau à la main , et cherche George , qui est caché derrière la porte.) OÙ est-il? là-bas... GEORGE , se présentant à Burl. Non, par ici!
BURL.
George !
GEORGE
Oui, et debout pour te recevoir ! (Il tire son poignard.)
BURL.
£b bien ! tant mieux , ce sera un duel... à moi , ma Providence!
(Il se précipite sur George qui le frappe d'un coup de poignard, et le renverse raide mort.)
GEORGE
Pardonnez-moi, mon Dieu! j'ai défendu ma vie!., mais quel était son but?., et ces papiers, que sont-ils?., ils m'apprendront tout, peut-être! (il prend dans la main de Burl le premier papier et lit.) Qu'ai-je lu!., l'infâme!.. O machination diabolique! (Ayant réfléchi. ) Elle tournera contre lui !.. Et cet t^utre?.. (il prend sur
-Site corps de Burl te second papter et te lit. ) « Testament d'Edouard Hospur!» Que vois je? (Il le parcourt. ) 0 mon Dieu! c'est un rêve!.. «Signé : Edouard Hospur! » C'est écrit, c'est signé. Ici, ma fortune... et là, mon innocence... Oui, ma fortune dans ce papier, et mon innocence dans Tautre! oh! je comprends tout, maintenant, et l'acharnement de Murray et le crime de Burl... Misérable, tu voulais en me tuant prendre ma place et me donner la tienne, me faire coupable de tes crimes et te faire héritier de mes biens... Burl, chacun sa part! Je reprends ce testament que tu voulais garder : quant à cette déclaration que tu voulais me mettre sur le corps, je la laisse sur le tien! (il lui replace le second papier sur le corps, le rentraîne dans l'autre cachot , et lui met le couteau à la main.) A présent, tout est à sa place, le papier et le couteau! rentrons et fermons la porte, (il revient dans son cachot et ferme la porte de communication.) Et moi aussi, je suis serrurier! (Bruit de serrure.) Maio-tenant, on vient... Allons, mon cœur, calme-toi!