SCÈNE VI VALENTINE, CÉCILE
VALENTINE
Et moi qui te plaignais, ma sœur ! En te comparant à moi , oh ! que je te trouve heureuse, et qu'en me comparant à toi, je me trouve coupable! (Eue sanglote.) Grâce à Dieu, j'en mourrai... Je sens que la vie m'abandonne.
Et tes enfants?
VALENTINE
Ne me parle pas d'eux! Aussitôt qu'ils seront grands, ils me mépriseront et me demanderont compte de la mort de leur père...
CÉCILE
Si tu les élèves bien , si tu vis pour eux, ils t'aimeront assez pour que jamais un reproche blessant ne s'échappe de leur bouche.
VALENTINE
Ce reproche sera enfermé au fond de leur cœur, où je le lirai... Tu vois bien que je nç puis plus, que je ne dois plus vivre... Mes enfants, je te les léguerai. Tu leur serviras d'exemple !
hn - LES DEUX SOEURS.
CÉCILE
Tu oublies que mon mari , qui n*a pas eu le fils qu'il souhaitait, déteste les enfants.
VALEKTINE.
Et, pour comble de malheur, ma mère, notre bonne mère, à qui j'aurais pu les confier, est mourante ; le chagrin que je lui ai causé lui a porté un coup mortel !
CÉCILE
Ton retour l'adoucira^ Du courage I c'est le dernier jour de cette cruelle épreuve.
Oui, du courage, j'en aurai, car il faut que j'en aie... Par sa déposition, qui a fait retomber sur lui seul toutes les charges de l'accusation, il m'a sauvée de l'opprobre de paraître assise à côté de lui sur le banc des coupables, où ma place était marquéç ; à mon tour, il faut que, par ma déposition, je l'arrache à une condamnation... Ah! dis-moi, Cécile, dis-moi que cette condamnation n'est pas possible!... dis-lemoi ! j'ai besoin de te l'entendre répéter.
CÉCILE
Je l'espère...
VALENTINE
L'espérer, ce n'est pas assez... Ah! s'il était condamné.