‹ Les deux sourds; comédie en un acteChapitre 9 sur 27 · SCÈNE V · texte numérisé non relu

SCÈNE V

PLACIDE, seul.

Il doit être ici !... (il est vrtu en chasseur et dans le plus grand désordre. Il ferme la porte, puis s'avance avec précaution, courbé en deux, et le doigt sur la détente de son fusil, il fait le tour de la chambre

en regardant sous les meubles.) iXon ! riei) ! rien! rien! . OÙ peutil s'élre fourré? (il pose son fusil iur la table et s'assied.) Voilà un

lapin que j'aurais eu pour trente sous... allons, mêlions trenle-cinq et n'en parlons plus... (Se levant.) Si, parlons-en... pour l'avoir... ou pluiôi pour ne pas l'avoir, je me mels en campagne ce malin, à six heures. Je navais pas iaii trois cents pas que mon chien débusque un lapin... celui en question... j'épaule, v'ianl... le lapin pari, mais mon fusil ne part pas, lui... je m'élance après la bête, tout en mellant une autre capsule... je ne perdais pas mon lapin de vue... il ricochai!... il ricochait... je le vois qui va s'enliler dans un bois... j'aperçois un paysan de ce côlé, je lui crie : « Rabattez, rabattez!... cent sous pour vous !... » et le lapin valait

trenle-cinq sous... allons, mêlions trenio-six... ce brave homme rabat, me ramène l'animal; mon chien, qui l'avait perdu, va s'élancera sa poursuite,., j'épaule, v'ian! celte Ibis mon fusil part, mais mon chien ne part pas... je l'avais tué... un chien de cent vingt francs... et le lapin valait trente-six sous... niellons irente-sept... je donne cinq francs à mon rabatteur, qui ne m'a pas rabattu un sou... le vieil escroc!... ça fait cent vingt-cinq francs... .Je recharge mon arme, 'oui en courant.. ; mou lapin, hors de portée de fusil, me fait faire deux lieues... à la course... je m'anéle exiénué de fatigue el de sommeil, mes yeux se filment el cinq minutes après, je poursuivais encore mon lapin... en rêve... c'était moins fatigant... J'élais dans-les Pyrénées... il les franchit, je les franchis; il trav&rse l'Espagne, je la traverse... qu'est-ce que ça me faisait? je rêvais... nous arrivons à Gibraltar, il saute à la mer, je m'y élance, le mouvement que j'exécute me réveille el, en ouvrant les yeux, je vois, quoi?... mon lapin, qui grignotait un chou, el ça, à trois luèires cinquante de mon fusil;., furieux, je me lève, je saisis mon arme el je recommence la poursuite de ce lapin faniastique... il saule une palissade, moi aussi; il tombe sur ses deux pattes de devant, moi aussi; il rattrape l'aplomb avec celles de derrière, moi, privé des mêmes avantages, je rattrape l'aplomb sur le dos. — En ce moment, j'entends desclameurselTroyables, des pas d'hommes... on me poursuit avec des fourches, des faux, des fléaux, tout l'arsenal aratoire... alors, je perds la tête... et mon lapin, qui s'enfile, je crois, dans cette maison... je l'y poursuis avec rage et j'arrive ici, après avoir fait pour plus de cent cinquanie francs de dégâts... ça l'ail deux cent soixantequinze francs, outre le procès verbal et l'amende qui me coiileroul bien cent francs... Total trois cent soixante-quinze... pour un lapin de trente-sept sous, allons, mettons treule-

huit. (Bruit au dehors.) FiloUs!...

Il reprend son fnsil, s'élance vers la porte du fond et se trouve arrêté par Damoiseau qui entre avec le jardinier; alors il va à la deuxième porte de gauche et y trouve Bonilace ; il se dirige vers la première porte de gauche où le garde champêtre parait,

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