SCÈNE VIII Damoiseau, Placide, puis Boniface
Placide, à Damoiseau, Comment, monsieur, vous permettez que ce drôle ? . . .
Damoiseau. Un parfait serviteur, monsieur, le modèle des domestiques.
Placide. Je vois bien. {A part.) Décidément, il 5 est sourd. {Damoiseau se lève^ ferme la fenêtre^ après avoir repris son fusil qu* il avait déposé près de cette fenêtre, puis il va fermer la porte du fond et met son fusil dans le coin à gauche, — Plcu:ide suit tous ses mouvements avec une espèce d'inquiétude,) lo
Damoiseau, se rasseyant près de lui. Maintenant, mon cher monsieur, causons. . . ( Criant. ) confidentiellement.
Placide, à part. Si c'est là le diapason de ses confidences, cela va être fatigant.
Damoiseau. Monsieur, je suis rond en affaires ... si 15 je vous ai invité à dîner, ce n'est pas pour manger. . .
Placide, à part. Pour quoi faire alors ? t^ Damoiseau. Si vous aviez été marié, je vous aurais laissé mettre au vfolon,^ mais vous êtes garçon ! ... et, moi, je suis père, père'd'une fille. . . Je ne sais pas si 2c . vous lui conviendrez tout à>fakit. . .
Placide, à lui-même. Je ne crois pas. . . (// prend son chapeau quHl a posé sur le ^^h^fc|.)
Damoiseau. . . Mais vous me co^Mg parfaitement et je vous l'offre en mariage. ^^^v ^
Placide, apart, stupéfait, se h^wiMt et pimmhi^gaHche, Elle doit être bossue I v î
Damoiseau,^ sc^Jevïïhr aussi. Cent cinquante mille ' francs de dot ! \. }
Placide, à part. Alors deux bosses!... {Haut et saluant ) Monsieur ! . . . (^11 va pour sortir )
Damoiseau, le retenant J'avais une idée fixe: . . . vous seriez beau comme Apollon, riche comme Crésus, que^ 5 je vous dirais: tTouchez-là, vous n'aurçz pas ma fille!» . . . mais, suivez mon raisonnement . .
Placide. J'y mets quelques efforts. iL
Damoiseau. Mon cher monsieur, vous ne vous êtes peut-être pas aperçu que je suis sourd? lo Placide. Ah bah!... (^ A part) Elle est raide cellelà!^
Damoiseau. Je le suis ! . . .
Placide. Parole d'honneur?* . . .
Damoiseau. Je vis seul. . . ici. . . avec ma fille. . . elle 15 ne voit que moi, ne parle qu'avec moi. . .
Placide, apart Elle doit fièrement s'amuser. . .
Damoiseau. Eh bien ! . . . Suivez toujours mon raisonnement !
Placide. J'y mets de plus en plus tous mes efforts. 20 Damoiseau. Supposez, entre elle et moi, un gendre, comme on m'en a proposé trente-six*. . . un homme doué de ses facultés auriculaires: ma fille et lui auraient causé entre eux comme des gens qui ont l'oreille fine. . . de telle sorte que, pour n'être pas isolé, il m'eût fallu leur crier à 25 chaque instant : « Qu'est-ce que vous dites ? » . . . C'était impossible ! . . . nous nous rendions ^ mutuellement insupportables. . . tandis qu'avec un gendre aussi sourd que vous l'êtes. . . car vous l'êtes encore plus que moi. . . cet inconvénient ne se produira pas ; . . . comme sourd, vous 30 parlerez très haut à ma fille. . . elle vous parlera de même ... et je serai à la conversation. . . tout naturellement, sans efforts et sans trucheman. . . Vous saisissez mon idée ? . . .