‹ Les deux timides, comédie-vaudeville en un acteChapitre 17 sur 29 · SCENE X · texte numérisé non relu

SCENE X

FRÉMISSIN, CECILE.

FRÉM1SS1N.

Il est parti!... et je n'ai pas trouvé un mol!... Imbécile... brute... âne... crétin!...

CÉCILE , entrant gaiement du fond et venant de la gauche.

Eh bien! monsieur Jules?

FRÉMISSIN.

Elle!

CÉCILE

Vous avez causé avec mon pure?

FRÉMISSIN.

Oui, mademoiselle...

CÉCILE

Et... avez-vous été content de L'enirevueï

FRÉMISSIN.

Enchanté!... Et la preuve e'nsi au m cot allé me chercher ce

que je lui demandais...

LES PEUX TIMIOKS Ml

CÉCILE, naïvement.

Il me cherche?

FRÉMISS1N.

Non ! pas vous... dos greffes de rosiers!

CÉCILE, étonnée.

Des greffes !

FRÉMISSIN.

Oui, mademoiselle... pendant un quart d'heure... c'est «à ne pas y croire ! nous n'avons parle* que du Géant des batailles et du Triomphe d' Avranckcs.

CÉCILE

Mais pourquoi cela?

FRÉMISSIN.

Ah ! parce que... parce que je suis possédé d'une infirmité déplorable. Je suis timide !...

CÉCILE

Vous aussi?

FRÉMISSIN.

Mais, timide jusqu'à l'idiot sine, jusqu'à l'imbécillité! Ainsi, on me tuerait plutôt que de me faire dire tout haut ce que je me dis tout bas depuis trois mois... c'est-à-dire que je vous aime ! que je vous adore ! que vous êtes un ange !...

CÉCILE

Mais il me semble que vous le dites très-bien !

FRÉMISSIN, stupéfait de son audace.

Je l'ai dit ! ! 1 Oh ! pardon ! ça ne compte pas, ça m'a échappé t... Je ne vous le dirai plus... jamais... je vous le jure !..-.

CÉCILE, vivement.

Ne jurez pas... Je ne vous demande pas de serment !... Timide... un avocat ! ça doit bien vous gêner pour plaider.

FRÉMISSIN.

Aussi, je ne plaide jamais!... ça m'est arrivé une fois... et ça ne m'arrivera plus.

tjae s'est- il donc passé?

IRÉM1SSIN.

Ma tante m'avait procuré un client... car Dieu m'est témoin que je n'ai pas été le chercher. C'était un homme violent... il avait laissé tomber sa canne sur le dos de sa femme...

CÉCILE

Et vous le défendiez ?

FREMISSIN.

Vous allez voir si je l'ai défendu 1... Le grand jour arrive... tous mes camarades étaient à l'audience... J'avais préparé une plaidoirie brillante... Je la savais par cœur... Tout à coup, un grand silence se fait... et le président me dit en m'adressant un geste bienveillant : < Avocat ! vous avez la parole ! » Je me lève... Je veux parler... impossible! rien, pas un mot! pas un son ! Le tribunal me regardait, le président me répétait'. Vous avez la parole... Je ne l'avais pas du tout ! Mon client me criait : Allez donc! allez donc! Enfin, je fais un effort! quelque chose d'inarticulé sort de mon gosier : « Messieurs, je recommande Je prévenu à... toute la sévérité du tribunal. » Et je retombe sur mon banc !

CECILE

Et votre client ?

FREMISSIN.

11 a été condamné au maximun ! six mois de prison!

CÉCILE

C'est bien fait I

FREMISSIN.

C'était trop peu pour ce qu'il m'avait fait souffrir 1 Aussi, je n'ai jamais voulu recevoir d'honoraires... Il est vrai qu'il a négligé do m'en offrir. — Et maintenant que vous me connaissez...'voyez s'il m'est possible d'adresser moi-même à monsieur votre père... une demande...

CÉCILE

Je ne puis pourtant pas lui demander ma main pour vous...

FRÉM1SSIN, naïvement.

Non! ça ne serait pas convenable; alors, j'attendrai que ma tante soit guérie !

CÉCILE, vivement.

Attendre ! mais vous ne savez donc pas qu'il y a ici un autre prétendu ?

FRÉMISSIN, tressaillant.

Un autre ?

CÉCILE

Installé... accueilli par mon père !

FhvMISSIN, passant devant de.* Ah 1 mon Dieu I uneNtte ! un rival I

CÉCILE

Mais je ne l'aime pas, et si l'on me force à l'épouser, j e mourrai certainement de chagrin !

FRÉMISSIN.

Mourir ! vous ! (Avec résolution.) Où est votre père ? qu'il vienne t

Vous parlerez ?

FRÉMISSIN.

Oui ! je parlerai !

CÉCILE

A la bonne heure !

FRÉMISSIN.

Envoyez-moi monsieur votre père !

CÉCILE

Je vais le chercher !.,. courage! courage 1 (Elle iort par le font

et tourne à gauche.)

• Cécile, Frémissin.

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