SCÈNE III
THIBAUDIER, CÉCILE, puis ANNETTE.*"
Comment 1 il n'est pas encore levé, monsieur Garadoux?
* Annette, décile, Thibaudier.
•• Cécile, Annette, Thibaudier .
»W Cécile, Thibaudier.
8 LES DEUX TÏMTBC3
CÉCILE
Non. Il ne parait jamais avant dix heures...
Ça ne m'étonne pas... tous les soirs il s'empare de mon journal... Dès qu'il arrive, il monte dans sa chambre... et il le lit pour s'endormir.
CÉCILE
Eh bien?... et vous...
Moi?... je le lis le lendemain...
CÉCILE
Ah! c'est un peu fort...
Je t'avoue que ça me prive... et si tu pouvais lui en toucher un mot... sans que cela ait l'air de venir de moi 1
CÉCILE
Soyez tranquille! je lui parlerai!
Vrai! tu oseras?...
CÉCILE, résolument.
Tiens !
J'admire ton assurance... A dix-huit ans... Moi, c'est plus fort que moi... La présence d'un étranger dans ma maison... ça me trouble... c'a m'anéantit...
ANNETTB.
Pauvre père '
Mais cela va bientôt finir, Dieu merci! CÉCILE.
Comment?
Oui, toutes ces demandes, ces présentations... j'en suis ma-
lade!... Que veux-tu? j'ai passé ma vie dans un bureau... à l'administration des Archives... et des Archives secrètes, encore! Nous ne recevions jamais personne... ça m'allait... Voilà pourquoi je n'aime pas à causer avec les gens que je ne connais pas.
CÉCILE
Vous connaissez donc beaucoup monsieur Garadoux?
Pas du tout, mais il m'a été recommandé par mon notaire... que je ne connais presque pas non plus. Il s'est présenté carrément. . Nous avons causé pendant deux heures... sans que j'aie eu la peine déplacer quatre mots... Il faisait les demandes et les réponses... cela m'a mis tout de suite à mon aise :
Air du Piège.
« Bonjour monsieur, commment vous portez-vous? Bien ! je le vois... Grand merci, moi de même. Maître Godard vous a parlé pour nous...
Tant mieux ! Ma joie en est extrême.
Croyez, monsieur, que je serais flatté D'être admis dans votre famille...
Hein ?... Pas un mot?... Allons! c'est arrêté; Vous m'accordez la main de votre fille. »
CÉCILE
Et vous lui...
11 paraît que je lui ai accordé ta main... à ce qu'il m'a dit. Alors il est venu s'installer ici depuis quinze jouis... et, aujourd'hui même, nous devons aller à la mairie pour k:ire les publications.
CÉCILE
Aujourd'hui?
C'est lui qui a décidé ça... moi je ne me mêle de rien!
CÉC1LE.
Mais papa...
9uoi?
CÉCILE
Esl-ce qu'il vous plaît beaucoup, monsieur Garadoux?
C'est un charmant garçon... qui a une facilité de parole...
CÉCILE
Il est veuf! je ne veux pas épouser un veuf l
Mais..
CÉCILE
Mais si par hasard... un autre prétendu se présentait?
Commcntl un autre prétendu!... encore des demandes! des entrevues! il faudrait recommencer! ah ! non, non! * (il va s'asseoir près de la table, à gauche.)
CÉCILE
Celui dont je parle n'est pas un étranger... vous savez bien... monsieur Jules Frémissin...un avocat...
Un avocat !... je ne pourrai jamais causer avec un avocat I
CÉCILE
C'est le neveu de ma marraine...
CTHIBAUDIER.
Le neveu! le neveu! je ne l'ai jamais vu!
CECILE
Je croyais que ma marraine vous avait écrit...
Il y a trois mois... avant Garadoux... ce n'était qu'un projet en l'air... et puisque ce monsieur n'a pas paru, c'est qu'il n'a jamais pensé à toi!
Oh 1 si, papa... j'en suis sûre.
* Thibaudier, Cécile.