DU CHOIX DES DOMESTIQUES ET DES OUVRIERS
Une maîtresse de maison ne peut pas tout faire par elle-même. Quelque bornée que soit la fortune de la famille, il est bien rare qu'on n'emploie pas une ou deux personnes aux« quelles ou confie les soins les plus pénibles, et qui prennent ainsi leur place au foyer domestique. Quoique ce rôle soit modeste en apparence, il acquiert bien vite la plus grande importance. Des gens qui vivent sous votre toit , qui vous soignent dans vos maladies, qui doivent, jusqu'à un certain degré, entrer dans
vos intérêts, ne vous seront jamais indifférents. Ils peuvent à leur gré faciliter singulièrement raccomplissement de vos desseins , ou vous causer quelquefois par leurs vices de véritables embarras. Quand on a auprès de soi des serviteurs dévoués, d'un caractère sympathique et loyal, d'une probité antique, on éprouve à chaque instant un sentiment de bien-être et de sécurité. Il est impossible, sans cela, de réaliser l'idéal de la famille, parce qu'il n'y a pas de famille solidement organisée, quand il y a, sous le gouvernement d'une maîtresse de maison, des intérêts opposés et des esprits contraires. L'unité d'action et d'idée étant la première condition d'un bon gouvernement, on comprend avec quelle facilité certains domestiques peuvent jeter l'anarchie au sein d'un ménage, et causer par leurs défauts des maux souvent irréparables. Imaginez-vous ce que deviendra la tâche d'une maîtresse de maison qui veut faire régner partout l'esprit d'ordre et d'économie, si les gens qu'elle emploie s'at-
tachent à faire naître sons ses pas des eiU'* barras insurmontables, s'ils travaillent à deviner ses plans, à déjouer ses combinaisons, à rendre inutiles sa vigilance et ses efforts? Connaissez-vous une situation plus laborieuse et plus critique, plus environnée de pièges et de périls? Il n'y a pas de guerre plus désastreuse que celle que l'on fait quand on ne peut pas compter sur ses soldats. Avec du courage et de la patience, on a raison de ses adversaires déclarés; mais que faire contre ceux dont on ne soupçonne ni les desseins ni la perfidie? Aussi une pareille situation est-elle vraiment intolérable 9 et amène-t-elle, si elle se prolonge, l'abdication réelle des maîtres de la maison. Pour éviter de semblables extrémités, il faut qu'ils choisissent des instruments plus dociles et plus sûrs. Si l'importance des bons dômes-' tiques est immense quand il ne s'agit que d'économie^ il est facile de comprendre ce qu'elle peut être quand il QSt question de l'éducation des enfants. A un certain âge, on subit profon-
démeut rinflueucc de ce qui vous environue. Celte merveilleuse aptitude de l'enfance à prendre pour règle toutes les actions d'autrui, qui là rend si propre à perpétuer les traditions de la famille, devient, avec un entourage sur lequel on ne peut pas compter, une difficulté sans cesse renaissante. Beaucoup de parents n'en ont pas d'idée, et ils s'imaginent assez naïvement que leurs enfants préféreront tou* jours leur influence à des conseils moins désintéressés. Us oublient que certaines distinctions échappent à la légèreté du premier âge; que ceux qui nous flattent constamment, sans jamais contrarier nos penchants, sont sûrs d'être écoutés avec une faveur qu'on n'accoi'de pas toujours à l'austérité des chefs de la famille. Ou agit puissamment sur le cœur luunain eu flattant ses inclinations , en se montrant peu scrupuleux sur le choix des moyens, en profitant habilement de ces moments d'irritation si fréquents à une certaine époque de la vie. C'est ainsi souvent qu'une corruption pro-
fonde ou le plus détestable esprit se glisse au sein de la famille ; que l'ennemi, établi paisiblement dans la place, entretient les dissensions avec une infernale diplomatie, et prépare habilement les révoltes.
On voit ce qu'il faut penser maintenant de la légèreté avec laquelle certaines personnes s'occupent du choix de leurs domestiques. Pourvu qu'un valet de pied ait bonne tournure , qu'une femme de chambre soit adroite, un cuisinier habile, tout est dit. Quelques personnes vont jusqu'à choisir leurs gens à la taille, comme des conscrits, et se servent sans doute du mètre pour apprécier leurs qualités morales. Il ne faut pas perdre de vue qu'une taille avantageuse, qui est une qualité pour un valet de pied, devient, à cause de la forme de certaines voitures, un défaut pour un cocher. N'est-ce pas le cas de dire avec-Boileau :
Le vrai peut quelquefois n'être pas vraisemblable ?
Une maîtresse de maison qui comprend l'importance du choix des domestiques, traite au contraire cette grande affaire avec toute la gravité et toute l'attention qu'elle mérite. Elle recherche avec le soin le plus scrupuleux tous les antécédents de ceux qui prétendent entrer chez elle; elle ne s'en rapporte point, en pareil cas, à ces certificats de complaisance dont on fait maintenant un si étrange abus. Ces attestations sont de véritables diplômes de vertu, et serviraient au besoin pour obtenir le prix Montyon, ou, s'il s'agit de femmes, pour solliciter la couronne des rosières. Des personnes qui se piquent de délicatesse, afin, disent-elles, de ne pas se faire d'ennemis, autorisant le scandaleux abus qu'on fait de leur nom , patronnent ainsi de leur autorité la crapule et la friponnerie. Une petite histoire nullement romanesque montrera mieux que tous les raisonnements l'inconvénient d'une semblable manière d'agir. Une femme du monde s'aperçut qu'un de ses domestiques lui
avait volé une soinme considérable. Elle s'empressa de le renvoyer, en lui donnant. un certificat qui pouvait passer pour la plus brillante attestation de vertu. Cet homme, muni d'une si belle pièce, alla se présenter chez une amie de son ancienne maîtresse, où Ton s'empressa de l'accepter. Vous jugez quelle fut la surprise lorsqu'on sut quelque temps après , de la bouche même de la personne qu'il avait servie, qu'on avait pris sans hésitation le plus insigne voleur! Les choses n'en restèrent pas là. Notre homme, après avoir été renvoyé, se servit du nom liono* rable de ses deux maîtresses pour faire des achats chez plusieurs marchands, et celles-ci furent obligées de venir expliquer devant le juge d'instruction l'abus étrange qu'on avait fait de leur confiance apparente. De tels traits prouvent assez que, par un excès d'indulgence, ou pour mieux dire de timidité, on peut être la cause involontaire de friponneries sans cesse renouvelées. Les honnêtes
gei» ne doivent pfts rester ainsi incHfférents, quané il s'agit de leurs intérêts réciproques^ ni se livrer iniituet)ement à l'aiHtece de» Iri*
S'il est important de bien choisir ses do-* tnestiques , i) n'est pas inutile de faire avec eux des conventions très-claires, et d'éviter toutes les. clauses qui donneraient Heu phis tard à des tnterprëtations ambiguës. Chacun en effet, quand roccâsion s'en présente, in* terprète tes conditions à Hpn avautage; il est toujours désastreux qu'on paisse faire planer sur une maîtresse de maison te soupçon de ruse ou d'indélicatesse. Il faut encore, lorsqu'on a pris avec ses gens des arrangements définitifs, tes exécuter toujours avec la plus scrupuleuse exactitude. Un respect presque minutieux de toutes les conventions exerce sur Fesprit des domestiques la pkis heureuse influence. Kien ne leur fait mieux comprendre qu'on traite sérieusement tout ce qui les regarde, qu*on respecte sincèrement leurs in-
térats; rien ne les dispose autant à se montrer eux^'inémes exacts et consciencieux dans raccomplissemeut de leurs devoirs.
Il est encore fort essentiel d'éviter toufee combinaison provisoire^ et de prendi*» le« do*» mestiques avec la ferme intention de les gar»^ der le plus longtemps possible. Une maison qui renouvelle fréquemment son personnel perd an peu de temps toute sa considénitioa. On suppose facilement que ceux qui la gouvernent ont un caractère difficile^ dés prétentions outrées^ des exigences extraot'dinaires; qu'ils manquent d'égards et d'humanité pour les gens qui les servent. Oo est obligé de convenir que ces suppositions ne sont pas toujours arbitraires, et que les maîtresses de maî^ son modérées et raiaonhables s'arrangent autant que possible pour garder loogliemps leurs domestiques, ^les comprennent qu'il importe avant tout de ne pas employer des marcenaireSy mats des gens qui s'attachent cordialement et sincèrement à ceux qui les
emploient, et qui identiBeiit jusqu'à un certain point leurs intérêts avec ceux des chefs de la famille. L'impartialité oblige pourtant d'avouer que, dans certains cas, les changements fréquents tiennent en grande partie à l'étrange étourderie avec laquelle on choisit ses domestiques.
On s'aperçoit, au bout de quelques jours, du peu de sûreté de leur service, de la gravité de leurs défauts, ou de leur incapacité à remplir les fonctions auxquelles on les destine. S'il ne s'agit que de cette incapacité, on de« vrait penser qu'on peut leur faire un tort assez grave en les prenant sans s'assurer de leur aptitude, pour les renvoyer au bout de quelques jours. Si pour soigner vos serres vous prenez le premier jardinier venu, vous pouvez conjecturer, sans beaucoup d'efforts d'esprit, que cet homme n'acquerra pas en quelques jours les connaissances variées qu'exige un travail de ce genre. Dans le cas oii vous auriez quelques raisons pour adopter des com-
binaisons de cette nature, il faudrait vous résigner à laisser à vos domestiqués le temps indispensable pour acquérir les connaissances nécessaires aux fonctions que vous leur destinez.
Quoique la question du nombre des domestiques n'ait pas la même importance que celle de leur choix , elle mérite pourtant un examen assez sérieux. On la considère généralement au point de vue de la dépense, et c'est le seul motif qui empêche la plupart du temps d'en prendre un plus grand, nombre. En effet, le préjugé vulgaire porte presque tout le monde à croire qu'on n'est jamais bien servi avec un nombre restreint de domestiques. Quelques maîtresses de maison, plus expérimentées que les autres, envisagent seules la question à un point de vue différent.
J'avoue que je partage complètement leur manière de voir. Tous ceux qui se sont mêlés, plus ou moins, de la direction des esprits, savent combien il^ est difficile de faire passer sa
volouté et sa pensée dans l'âme qu'on doit gouverner. La force de résistance que possède la personnalité humaine est vraiment effrayante, Ciiacun tend à se concentrer en soi, à ne voir les choses qu'à travers les préjugés de son intelligence, à ne les apprécier que par les impressions qu'elles lui causent. Il ne faut pas croire que les esprits bornés échappent plus que les autres à ce genre de travers, et qu'il soit facile de leur donner conscience de leur infériorité, quelque évidente qu'elle soit. Il est au contraire plus difficile de les convaincre, parce qu'ils échappent plus faciletnent à l'empire des raisons, et qu'ils se confient avec plus d'entêtement à leurs opinions personnelles. Comme il est essentiel, si l'on veut avoir une maison bien gouvernée, de faire subir à chacun de ses domestiques l'empire absolu de sa volonté et de ses idées, on comprend du premier coup d'œil que ces difficultés s'aggravent, dès qu'on veut en avoir un assez grand nombre.
D'ailleurs il ne suffît pa» d'9tc({uévir sur leur intelligence une influence incontestée; il faut encore, ce qui n'est pas moins laborieux , faire en sorte qu'ils vivent dans une certaine union. Il semble aux esprits peu ré* fléchis qu'une pareille union ne présente pas même l'ombre d'une difficulté; mais tous ceux qui t^nt l'expérience des affaires domestique? comprendront sans peine que c'est là un des plus graves embarras que la direction d'une maison puisse offrir. Lorsque les domestiques ne s'accordent pas pour rançonner leurs ma,U très, ils s'abandonnent volontiers entre eux au caprice de leur humeur et aux prétentions de leur orgueil. Il ne faut pas croire que l'es*» prit humain se passionne uniquement pour de grands intérêts, pour de grandes pensées. I^s travers de Thumanité s'exercent avec la même ardeur dans un village obscur de la Bretagne, qu'à Vienne ou qu'à Paris. Pour obtenir un banc de marguillier ou une place de conseiller municipal, on dépense quelque-
fois autant d'activité qu'il en faudrait pour gouverner une province. Les petites villes présentent en ce genre le plus curieux spectacle. Une mouche qui vole, une tuile qui tombe des toits, un voyageur qui traverse la cité 9 un journal qui s'égare , y deviennent Tobjet des commentaires les plus subtils, dans lesquels on dépense autant de logique et d'éloquence que s'il s'agissait de mettre d'accord l'Autriche et la Prusse, l'Egypte et la Turquie. Les dissensions qui divisent les empires ne donnent pas une idée suffisante de la gravité de pareils débats. Il se forme, à propos de la couleur d'un ruban , des sectes et des écoles. Les passions s'exaltent, les cœurs s'aigrissent, les vieilles amitiés se dénouent , longtemps avant qu'un parti ait remporté une victoire décisive. Il n'est pas difficile de voir que chacun pense comme César : a II vaut mieux être le premier dans un village des Alpes que le second à Rome. » Aussi avec quelle conviction , avec quelle pétulance, avec quel enthou-
siasme on se dispute l'empire d'un inonde imperceptible! Avec quel bonheur sincère et naïf on jouit de sa conquête! Etrange mystère que celui de la nature humaine, qui sait donner à quelques brins de paille la valeur d'une cou* ronne!
La famille n'échappe pas aux agitations de ce genre. Une femme de chambre dans sa lingerie 9 un cuisinier près de son fourneau , un jardinier au milieu de ses salades, se croient des puissances de premier ordre. Bien habile, mille fois habile la maîtresse de maison qui pourra dire à ces prétentions rivales : Tu n'iras pas plus loin ! Mais, pour éviter autant que possible ce genre de difficultés, il ne faut avoir que le nombre de domestiques rigoureusement nécessaire; c'est encore un moyeu de rendre moins compliqués les embarras de la surveillance et de la responsabilité, et d'empêcher ces dépenses superflues que le grand nombre de domestiques rend toujours plus faciles et plus fréquentes. D'ailleurs, rien n'est plus dé*
sa^rew( que les domestiques iaoccupés, dont l'activité ne manquera jamais de trouver des passe^temps tout aussi opposés à leurs vérita* blés intérêts qu'à ceux de leurs maîtres* Je sais bien qu'on m'objectera que les don)estî« ques, intéressés à restreindre le plus possible la tache qui leur revient, ne se prêteront jamais aux combinaisons que je conseille. Cela est vrai, s'ils n'y trouvent pas un avantage incontestable. Mais eh augmentant leurs gages en raison des efforts que vous leur imposez , en rendant par là leur condiUon meilleure qu'elle ne l'est ordinairement, vous ne manquerez pas de gens qui , pour avoir de plus forts gages, entreront volontiers dans vos vues. Peut^tre même trouverez «vous là un moyen d'éviter une classe de domestiques habîtuéai au désordre et à l'oisiveté de certaines maisons. Ils verront du premier coup d'œil que les goûts qu'ils ont contractés sont évidemment inconciliables avec la règle qui règne chez vous% Je sais bien qu'en agissailt ainsi
vous ne ferez pà9 d'économi^ft sur tes gages de vos domestiques, el que les trois que vous étirez peut-être vous coûteront autant que quatre. Mais si je conseille en beaueoup de choses des réductions sur les dépenses que l'on fait ordinairement , je crois qu'il faut agir en ce cas avec une certaine largeur. De bons domestiques sont des auxiliaires dont on ne sau* raît se passer et qu'on doit néi^essairement s*attacher, parce tjue, sans leur concours, tout gouvernement paisible et régulier devient à peu près impossible.
On est obligé , dans certaines situations ^ d'employer aussi des ouvriers qui peuvent exercer une influence plus ou moins grande sur l'esprit d'une maison. Les personnes qui habitent la ville se servent ordinairement d*ouvrîères destinées à faire la besogne que les femmes de chambre ne pourraient terminer seules. 1! se trouve en effet des moments oh le travail s^accumule tellement, que eelles*ci, avec la meilleum volonté du monde, ne peu*
vent suffire à tout. Il est fort essentiel , en pareil cas^ de ne pas introduire dans sa maison des personnes dont on ne connaît ni les habitudes y ni la probité, ni ta moralité. Si vous voulez préserver vos domestiques de l'es* prit de rapine et d'inconduite qui est devenu si général au sein des classes inférieures ^ vous vous trouverez dans l'obligation de pren* dre des précautions infinies. Malheureusement, la plupart des maîtresses de maison traitent ces questions délicates avec une impardonnable étourderie; elles ne paraissent même pas en soupçonner les immenses difficultés. Quand il s'agit d'avoir des ouvrières, elles prennent sans hésitation les premières qui leur tombent sous la main , ou bien elles se con* tentent d'une recommandation fort vague et de renseignements tout à fait superficiels. Pourtant cette classe de la société est loin de mériter une confiance aussi grande. Je neveux pas même faire une exception pour les petites villes de province, où l'on s'imagine trop faci-
iement qu'elles ont des mœurs beaucoup plus régulièi*es qu'à Paris. Il s'est opéré depuis quelques années de telles transformations, les communications deviennent si rapides et si fréquentes, que les habitudes licencieuses des gi*andes villes auront bientôt tout envahi. Il y aurait donc une extrême in^prudenee à continuer d'apprécier les choses d'après ce qui se passait il y a vingt-cinq ans. Le mouvement des esprits est si extraordinaire et si entraînant, que les populations se modifient plus complètement en quelques années^ qu'elles ne le faisaient autrefois dans un laps de temps considérable.
Quand on habite la campagne , soit pendant quelques mois, soit durant toute l'année, la question des ouvriers prend alors une tout autre importance. On est forcé d appeler chez soi des hommes de toutes les professions, soit pour aider aux domestiques en certains momenta de l'année, soit pour les travaux des champs. Il se présente encore un grand nom-
bre d'autves raiaans qui obKgent de s'adresser aux §ens du village, et qu'il est assea iDUlile d'exposer ici. Lorsque quelqu'un jouit d'une certaine aisance et occupe une position un peu élevée , les habitants de la campagne désirent tous qu'on ait recours à leurs serrices. La préférence que yous leur accordez leur donne en effet nne certaine considérati^m , et ao^ mente le nombre des personnes qui les emploient. Il est donc fort essentiel de n'appeler ckea soi que des hommes connus par lenr honnêteté, lenr caractère laborieux , et la régularité de leur conduite. Une fins qu'on sanra que vous attachez une véritable importance à n'employer que des gens vraiment reeoromandables, la préHérence que vous accorderea à quelques-uns deviendra pour tous un mobile d'encouragement que vous ne devez pas né* gliger.
Mais, quelles que soient les pi^aUttons que vous ayez prises pour le clK>ix des ouvriers y vous ferez toujours bien de ne pas leur don-
aer dans votre intérieur h positioii que vous accordée à vos gens. On grand nombre de personnes ont l'habitude de les nourrir et de i€9 faire vivre quelquefois fort k>ng*lemps avec leurs domestiques* Il résulterait de ce genre d'intimité plus d'un iticonvénient^ C'est ainsi que se formeraient, entre votre maison et le village, des lotions que vous devex rendre aussi rares que possibles. Cette espèce de t^lations ne présente aucun avantage 9 et n'a que des inconvénient qu« la ptiidence doit toujours prévoir et redouter. Je veux bien admettre qu'à cause de la pro* bité et de la moralité toute particulière de vos gens, vous n'ayez rien de sérieux à craiiidne; il «st toujours fort utile de ne pas leur fournir une occasion de dissipation, de promenades et de perte de temps. Il est plus facile de pi^ venir les abiis que d'y remédier ; et tout bon gouvernement doit éviter, autant que possible, tout cje qui pourrait leur fournir le moiadre prétex,le. D'ailleurs vous devrn vous aitadier
volonté et sa pensée dans l'âme qu'on doit gouverner. La force de résistance que possède ia personnalité humaine est vraiment effrayante« Ciiacun tend à se concentrer en soi, à ne voir les choses qu'à travers les préjugés de son intelligence, à ne les apprécier que pai* les impressions qu'elles lui causent. Il ne faut pas croire que les esprits bornés échappent plus que les autres à ce genre de travers, et qu'il soit facile de leur donner conscience de leur infériotîté, quelque évidente qu'elle soit. Il est au contraire plus difficile de les convaincre, parce qu'ils échappent plus faciletnent à l'empire des raisons, et qu'ils se confient avec plus d'entêtement à leurs opinions personnelles. Comme il est essentiel, si l'on veut avoir une maison bien gouvernée, de faire subir à chacun de ses domestiques l'empire absolu de sa volonté et de ses idées , on comprend du premier coup d'œil que ces difficultés s'aggravent, dès qu'on veut en avoir un assez grand nombre.
D'ailleurs il ne suffit pu d'acquérir sur leur intelligence une influence incontestée; il &ut encore, ce qui n'est pas moins laborieux ^ Ëiire en sorte qu'ils vivent dans nue certaine union. Il semble aux esprits peu réfléchis qu'une pareille union ne présente pas même l'ombre d'une difficulté; mais tous ceux qui 0nt l'expérience des affaires domestiquer comprendront sans peine que c'est là un des plus graves embarras que la direction d'une maison puisse offrir. Lorsque les domestiques ne s'accordent pas pour rançonner leurs maitrès, ils s'abandonnent volontiers entre eux au caprice de leur humeur et aux prétentions de leur' orgueil. Il ne faut pas croire que l'esprit humain se passionne uniquement pour de grands intérêts, pour de grandes pensées, JjCs travers de rhumanité s'exercent avec la même ardeur dans un village obscur de la Bretagne, qu'à Vienne ou qu'à Paris. Pour obtenir un banc de marguillier ou une place de conseiller municipal, on dépense quelque-
fois autant d'activité qu'il en faudrait pour gouverner une province. Les petites villes présentent en ce genre le plus curieux spectacle. Une mouche qui vole, une tuile qui tombe des toits, un voyageur qui traverse la cité, un journal qui s'égare, y deviennent Tobjet des commentaires les plus subtils, dans lesquels on dépense autant de logique et d'ëlo* quence que s'il s'agissait de mettre d'accord l'Autriche et la Prusse, l'Egypte et la Turquie. Les dissensions qui divisent les empires ne donnent pas une idée suffisante de la gravité de pareils débats. H se forme, à propos de la couleur d'un ruban , des sectes et des écoles. Les passions s'exaltent , les cœurs s'aigrissent, les vieilles amitiés se dénouent , longtemps avant qu'un parti ait remporté une victoire décisive. Il n'est pas difficile de voir que chacun pense comme César : a II vaut mieux être le premier dans un village des Alpes que le second à Rome. » Aussi avec quelle conviction , avec quelle pétulance, avec quel enthou-
siasme on se dispute l'empire d'un inonde imperceptible ! Avec quel bonheur sincère et naïf on jouit de sa conquête! Etrange mystère que celui de la nature humaine, qui sait donner à quelques brins de paille la valeur d'une couronne!
La famille n'échappe pas aux agitations de ce genre. Une femme de chambre dans sa lingerie, un cuisinier près de sou fourneau, un jardinier au milieu de ses salades, se croient des puissances de premier ordre. Bien habile, mille fois habile la maîtresse de maison qui pourra dire à ces prétentions rivales : Tu n'iras pas plus loin ! Mais, pour éviter autant que possible ce genre de difficultés, il ne faut avoir que le nombre de domestiques rigoureusement nécessaire; c'est encore un moyeu de rendre moins compliqués les embarras de la surveillance et de la responsabilité, et d'empêcher ces dépenses superflues que le grand nombre de domestiques rend toujours plus faciles et plus fréquentes. D'ailleurs, rien n'est plus dé*
sftstreux que les domestiques iaoccupés, dont lactivité ne manquera jamais de tit>uver des passe-temps tout aussi opposés à leurs vérita*blés intérêts qu'à ceux de leurs maîtres. Je sais bien qu'on m'objectera que les dome&ti* ques, intéressés à restreindre le plus possible la tache qui leur revient, ne se prêteront jamais aux combinaisons que je conseille. Cela est vrai, s'ils n'y trouvent pas un avantage incontestable. Mais eh augmentant leurs gages en raison des efforts que vous leur imposez , en rendant par là leur condition meilleure qu'elle ne l'est ordinairement, vous ne manquerez pas de gens qui , pour avoir de plua forts gages, entreront vol6ntier« dans vos vues. Peut-être même trouverez*vous là un moyen d'éviter une classe de domestiques habitué» au désordre et à l'oisiveté de certaines maisons. Us verront du premier coup d'œil que les goûts qu'ils ont contractés sont évidemment inconciliables avec la règle qui règne chez vous» Je sais bien qu'en agissait ainsi
vous ne ferez pa» d'économieè sur les gagea de vos domestiques, et que les trois que vous aurez peut-être vous coûteront autant que quatrei Mais si je conseille en beaucoup de choses des réductions sur les dépenses que Tort fait ordinairement y je crois qu'il faut agir en ce cas avec une certaine largeur. De bons domestiques sont des auxiliaire» dont on ne saurait se passer et qu'on doit nécessairement s'attacher, parce tjue , sans leur concotjrs , tout gouvernement paisible et régulier devient à peu près impossible.
On est obligé , dans certaines situations ^ d'employer aussi des ouTriers qui peuvent exercer une influence plus ou moihs grande sur l'esprit d'une maison. Les personne» qui habitent la ville se sei^vent ordinairement d'ouvrières destinées à faire la besogne que les femmes de chambre ne pourraient terminer seules. 11 se trouve en effet des moments oh le travail s'accumule tellement, que celles-ci, avec la meilleure volonté du monde, ne peu*
vent suffire à tout. Il est fort essentiel ^ en pareil cas^ de ne pas introduire dans sa maison des personnes dont on ne connaît ni les habitudes, ni la probité, ni la moralité. Si vous voulez préserver vos domestiques de l'esprit de rapine et d'inçonduite qui est devenu si général au sein des classes inférieures ^ vous vous trouverez dans l'obligation de pren* dre des précautions infinies. Malheureusement, la plupart des maîtresses de maison traitent ces questions délicates avec une impardonnable étourderie; elles ne paraissent même pas en soupçonner les immenses difficultés. Quand il s'agit d'avoir des ouvrières, elles prennent sans hésitation les premières qui leur tombent sous la main , ou bien elles se coatentent d'une recommandation fort vague et de renseignements tout à fait superficiels. Pourtant cette classe de la société est loin de mériter une confiance aussi grande. Je ne veux pas même faire une exception pour les petites villes de province, oti l'on s'imagine trop faci-
lement qu^elles ont des mœurs beaucoup plus rëguiièras qu'à Paris. Il s'est opéré depuis quelques années de telles transformations, les communications deviennent si rapides et si fréquentes, que les habitudes licencieuses des gt*andes villes auront bientôt tout envahi. Il y aurait donc une extrême imprudence à continuer d'apprécier les choses d'après ce qui se passait il y a vingt*cinq ans. Le mouvement des esprits est si extraordinaire et si entraînant, que les populations se modifient plus complètement en quelques années^ qu'elles ne le faisaient autrefois dans un laps de temps considérable.
Quand on habite la campagne , soit pendant quelques mois, soit durant toute Tannée, la question des ouvriers prend alors une tout autre importance. On est forcé d appeler chez soi des hommes de toutes les professions, soit pour aider aux domestiques en certains moments de l'année, soit pour les travaux des champs. Il se présente encore un grand nom*
bre d'autres raiaou» qui obKgent de s'adresser aux gens du village, et qu'il est assex inulile d'exposer ici. Lorsque quelqu'un jouit d'une certaine aisance et occupe une position un peu élevée , les habitants de la campagne désirent tous qu'on ait recours à leurs senrices. La préférence que yous leur accordez leur donne en effet nue certaine considératii»! , et ao^ mente le nombre èe$ personnes qui les em« ploient. Il est donc fort essentiel de n'appeler ehesE soi que des hommes connus par leur honnêteté*, leur caractère laborieux, et la ré» gularitéde leur conduite. Une fois qu'on saura que vous attachez une véritable importance à n'«nployer que des gens waiment reeommandables, la préférence que vous aecorderea è quek|ttes*uns deviendra pour tous un mobile d'encouragement que vous ne devez pas né« gliger-
Mais, quelles que soient les précabttons que vous ayez prises pour le clioix des ouvriers y vous ferez toujours bien de ne pas leur don-
nu» dam votre intérieur la position que vous accord» à vos gens. Un grand nombre de personnes ont i'habitiide de les nourrir et de le$ faire vivre quelquefois fort long*temps avec leurs domestiques* H résulterait de ce genre d'inltmité plus d'un inconvë** nient. C'est ainsi que se formeraient, entre votre tnataon et le village , des lotions que vous devez rendi*e aussi rares que possibles* Cette espèce de t^iations ne présente aucun avantage 9 et n'a que àes inconvénients qun I9 prudence doit toujours prévoir et redouter. Je veux bien admettre qu'à cause de la pro-* bitë et de la moralité toute particulière de vos gens, vous n'ayez rien de sérieux à craindre; il est toujours fort utile de ne pas leur fournir une occasion de dissipation, de promenades et de perte de temps, il est plus facile de pt*é*venir les abus que d'y remédier ; et tout bon gouvernement doit éviter, autant que possible, tout ce qui pourrait leur fournir le moindre prétexte. D'ailleurs vous devee vous aitadier
à ne laisser pénétrer parmi vos domestiques aucune autre influence que la votre, à conserver chez vous une complète unité d'idées et d'habitudes : ce sont là dés principes qu'cm ne peut se lasser de reproduire. Or cette unité d'habitudes et d'esprit , que je ne sau* rais trop vous recommander, disparaîtra bien vite , si vous permettez aux ouvriers de s'éta* blir chez vous et d'y prendre leurs repas.
Je sais bien qu'on mettra en avant des raisons d'économie pour expliquer une pratique toute contraire, puisque les ouvriei^s qu'on ne nourrit pas exigent naturellement une rétribution plus considérable. Si vous examinez les choses de près, vous verrez que cette économie n'est qu'apparente, et que vous ne l'estimez réelle que parce que vous n'êtes pas obligé de payer chaque semaine votre boulanger et votre boucher. Si tant de personnes tiennent à nourrir les ouvriers , c'est qu'elles ont une grande répugnance pour les payements faits régulièrement , et qu'elles regardent
comme une espèce de gain toul ce qui peut les retarder. Il importe assez peu à une mai* tresse de maison dont l'administration est plus régulière, de payer aux fournisseurs ou aux ouvriers la nourriture des gens qui travaillent chez elle. J'irai plus loin : j'ose affirmer que toute personne qui veut se rendre un compte exact des dépenses de sa maison, ne voudra jamais nourrir un seul ouvrier. La présence des ouvriers est presque toujours une cause de pertes, de frais inutiles, de repas éternels, de confusion dans les calculs, en un mot, de tous les abus qu'on doit le plus redouter. Si cette manière d'envisager les choses paraissait singulière, au premier coup d'œil , aux personnes inexpérimentées, une étude plus sérieuse de la question , un essai des deux méthodes les ramèneront bientôt à ma manière de voir.
fois autant d'activité quNI en faudrait pour gouverner une province. Les petites villes présentent en ce genre le plus curieux spectacle. Une mouche qui vole^ une tuile qui tombe des toits, un voyageur qui traverse la cité 9 un journal qui s'égare, y deviennent l'objet des commentaires les plus subtils, dans lesquels on dépense autant de logique et d'éloquence que s'il s'agissait de mettre d'accord l'Autriche et la Prusse, l'Egypte et la Turquie. Les dissensions qui divisent les empires ne donnent pas une idée suffisante de la gravité de pareils débats. Il se forme, à propos de la couleur d'un ruban , des sectes et des écoles. Les passions s'exaltent , les cœurs s'aigrissent, les vieilles amitiés se dénouent , longtemps avant qu'un parti ait remporté une victoire décisive. Il n'est pas difficile de voir que chacun pense comme César : a II vaut mieux être le premier dans un village des Alpes que le second à Rome. » Aussi avec quelle conviction , avec quelle pétulance, avec quel enthou-
siasine on se dispute l'empire d'un monde imperceptible! Avec quel bonheur sincère et naïf on jouit de sa conquête! Etrange mystère que celui de la nature humaine, qui sait donner à quelques brins de paille la valeur d'une cou* ronne!
La famille n'échappe pas aux agitations de ce genre. Une femme de chambre dans sa lingerie, un cuisinier près de son fourneau, un jardinier au milieu de ses salades, se croient des puissances de premier ordre. Bien habile, mille fois habile la maîtresse de maison qui pourra dire à ces prétentions rivales : Tu n'iras pas plus loin ! Mais, pour éviter autant que possible ce genre de difficultés, il ne faut avoir que le nombre de domestiques rigoureusement nécessaire; c'est encore un moyeu de rendre moins compliqués les embarras de la surveillance et de la responsabilité, et d'empêcher ces dépenses superflues que le grand nombre de domestiques rend toujours plus faciles et plus fréquentes. D'ailleurs, rien n'est plus dé-
safitreiu que les ilooiestiques inoccupés, dont i'actîvité ne manquera jamais de tix>uver des passe-temps tout aussi opposés à leurs vérita* blés intérêts qu'à ceux de leurs maîtres. Je sais bien qu'on m'objectera que les domesti* ques, intéressés à restreindre le plus possible la tache qui leur revient, ne se (fêteront jamais aux combinaisons que je conseille. Ceb est vrai, s'ils n'y trouvent pas un avantage incontestable. Mais eh augmentant leurs gages en raison des efforts que vous leur imposez , en rendant par là leur condition meîUeare qu'elle ne l'est ordinairement, vous ne manquerez pas de gens qui , pour avoir de fl^B forts g^ges, entreront volontiers dans vos vues. Peut^tre même trouverez -vous là un moyea d'éviter une classe de domestiques habitué» au désordre et à l'oisiveté de certaines maisons. Ils verront du premier coup d'œil que les goûts qu'ils ont contiactés sont évidemment inconciliables avec la règle qui règne chez Y0us% Je sais bien qu'en agissailt ainsi
vous ne ferez pas deconomieft sur les gages de vos domestiques, et que les trois que vous aurez peut-être vous coûteront autant que quatre. Mais si je conseille en beaucoup de choses des réductions sur les dépenses que Ton fait ordinaii^ment, je crois qu'il faut agir en ce cas avec une certaine largeur. De bons domestiques sont des auxiliaires dont on ne saurait se passer et qu'on doit nécessairement s*attacher, parce q[ue , sans leur concoiirs , tout gouvernement paisible et régulier devient à peu près impossible.
On est obligé , dans certaines situations ^ d'employer aussi des ouvriers qui peuvent exercer une influence plus ou moins grande sur l'esprit d'une maison. Les personnes qui habitent la ville se servent ordinairement d'ouvrières destinées à faire la besogne que les femmes de chambre ne pourraient terminer seules. Il se trouve en effet des moments oh le travail s^accumule tellement, que celles-ci, avec la meilleui^e volonté du monde, ne peu*
vent suffire à tout. Il est fort essentiel , en pareil cas y de ne pas introduire dans sa maison des personnes dont on ne connaît ni les habitudes, ni la probité , ni la moralité. Si vous voulez préserver vos domestiques de l'esprit de rapine et d'inçonduite qui est devenu si général au sein des classes inférieures ^ vous vous trouverez dans l'obligation de prendre des précautions infinies. Malheureusement, la plupart des maîtresses de maison traitent ces questions délicates avec une impardonnable étourderie; elles ne paraissent même pas en soupçonner les immenses difficultés. Quand il s'agit d'avoir des ouvrières, elles prennent sans hésitation les premières qui leur tombent sous la main , ou bien elles se contentent d'une recommandation fort vague et de renseignements tout à fait 6upei*ficiels. Pourtant cette classe de la société est loin de mériter une confiance aussi grande. Je neveux pas même faire une exception pour les petites villes de province, où l'on s'imagine trop fad-
lement qu^elles ont des mœurs beaucoup plus régulières qu'à Paris. Il s'est opéré depuis quelques années de telles transformations, les communications deviennent si rapides et si fréquentes y que les habitudes licencieuses des grandes villes auront bientôt tout envahi. Il y aurait donc une extrême in^prudence à continuer d'apprécier les choses d'après ce qui se passait il y a vingt*cinq ans. Le mouvement des esprits est si extraordinaire et si entraînant, que les populations se modifient plus complètement en quelques années^ qu'elles ne le faisai^it autrefois dans un laps de temps considérable.
Quand on habite la campagne , soit pendant quelques mois, soit durant toute l'année, la question des ouvriers prend alors une tout autre importance. On est forcé d appeler chez soi des hommes de toutes les professions, soit pour aider aux domestiques en certains moments de l'année, soit pour les travaux des champs. Il se présente encore un grand nom-
hre d'autfes raidona qui obKgept de s'm^resser aux gens du village, et qu'il est asses ioittile d'exposer ici. Lorsque quelqu'un jouit d'une certaine aisance et oocupe une position un peu éleirëe , les habitants de la campagne désirent toi»t qu'on ait reeours à leurs senrieea. La préférence que tous leur accordez leur donne en effet nue certaine eonsÀd^ation, et au^ mente le nombre èe$ personnes qui les em« ploient. Il est donc fort essentiel de n'appeler ehesK soi que des hommes connus par lenr honnêteté^ leur caractère laborieux^ et lu ré» gularitéde leur conduite. Une ISms qu'on sanra que vous attachez une véritable importance à n'ranployer que des gens vraiment recoromandables, la préférence que vous aecorderea i que)ques«ttns deviendra pour tous un mobile d'encouragement que vous ne devez pas* né* gliger.
Mais, quelles que soient les pi^aUtions que vous ayez prises pour le clK>ix des ouvriers , vous ferez toujours bien de ne pas leur don^
ncr dans votre intérieur ii posîtîoii que vous accordée à vos gens. Uti graad nombre de personnes ont l'habitude de les nourrir et de les faît^ vivre quelquefois fort long*lemps avec leurs domestiquas. Il résulterait de ce genre d'intiintté plus d'un iiiconvé^ ni«nt« C'est ainsi que se formeraient ^ entre votre maison et le village, des relations que vous devez rendt*e aussi rares que possibies. Cette espèce de relations ne présente aucun avantage, et n'a que dra inconvénients qu« le prudence doit toujours prévoir et redouter. Je veux bien admettre qu'à cause de la pro* bité et de la moralité toute particulière de vos gens, vous n'ayez rien de sérieux à craiiidn;; il est toujours fort utile de ne pas leur fournir une occasion de dissipation, de promenades et de perte de temps. 11 est plus facile de pt*évenir les abiis que d'y remédier ; et tout bon gouvernement doil éviter, autant que possible, tout ce qui pourrait leur fournir le moindre prétexte. D'ailleurs vous devee vous attacher
à ne laisser pénétrer parmi vos domestiques aucune autre influence que la votre, à conserver chez vous une complète unité d'idées et d'habitudes : ce sont là des principes qu'on ne peut se lasser de reproduire. Or cette unité d'habitudes et d'esprit , que je ne saurais trop vous recommander, disparaîtra bien vite , si vous permettez aux ouvriers de s'éta* blir chez vous et d'y prendre leurs repas.
Je sais bien qu'on mettra en avant des raisons d'économie pour expliquer une pratique toute contraire, puisque les ouvriers qu'on ne nourrit pas exigent naturellement une rétribution plus considérable. Si vous examinez les choses de près, vous verrez que cette économie n'est qu'apparente, et que vous ne l'estimez réelle que parce que vous n'êtes pas obligé de payer chaque semaine votre boulanger et votre boucher. Si tant de personnes tiennent à nourrir les ouvriers , c'est qu'elles ont une grande répugnance pour les payements faits régulièrement , et qu'elles regardent
comme une espèce de gain toul ce qui peut les retarder. Il importe assez peu à une maitresse de maison dont l'administration est plus régulière, de payer aux fournisseurs ou aux ouvriers la nourriture des gens qui travaillent chez elle. J'irai plus loin : j'ose affirmer que toute personne qui veut se rendre un compte exact des dépenses de sa maison, ne voudra jamais nourrir un seul ouvrier. La présence des ouvriers est presque toujours une cause de pertes, de frais inutiles, de repas éternels, de confusion dans les calculs, en un mot, de tous les abus qu'on doit le plus redouter. Si cette manière d'envisager les choses paraissait singulière, au premier coup d'œil , aux personnes inexpérimentées, une étude plus sérieuse de la question , un essai des deux méthodes les ramèneront bientôt à ma manière de voir.
CHAPITttE XVIL
DEVOiaS ENVERS LES DOMESTICITES.
Il est peu de personnes qui se trompent sur les devoirs des domestiques à leur égard» On sait qu'ils doivent être probes, soumis et respectueuxv Chaque fois qu'ils s'écartent des oblif;atioiis qui leur sont imposées par la re« ligion et par la société, on sait les letir rappeler dans les termes les plus significatifs. Mais combien de gens s'imaginent avoir à leur tour quelques devoirs à remplir envers leurs domestiques ? On conçoit facilement que l'égoîsme inspjre de pareils préjugés ; mais qui
pourrait se flatter de les concilici* avec les doctrines de l'Évangile? a Maîtres, disaient les apôtres^ rendez le droit et Tëquité à vos serviteurs , sachant que vous avez aussi un Seigneur dans les cieux(i)... Il ny a pas en lui acception de personnes (a). » De tels enseignements condamnent assez clairement le mépris outrageant témoigné souvent à tous ceux dont on est obligé de réclamer les services. Ce mépris n'est pas toujours un mouvement instinctif, il est chez certaines personnes un véritable système, qu'elles défendent par des raisons qui leur paraissent fort ingénieuses. A leurs yeux, la dépendagice à laquelle sont astreints les domestiques, leur mauvaise éducation, le peu de soin qu'on prend de leur moralité, les condamnent presque généralement à devenir la proie des sept péchés capitaux. Il faut donc les considérer
(i) Saint Paul, Épitn aux Colossiens, ch. iy, y. i. (a) Idem y Épttreaux Éphésienê^ ch. yi, y. 9.
comme des instruments indispensables, mais n'en attendre aucun sentiment sincère y aucun acte désintéressé , aucun attachement sérieux. Je sais bien que cette appréciation j toute sévère qu'elle semble , n'est qu'une peinture trop fidèle de ces domestiques des grandes villes qu'on élève sans aucun principe de religion et de morale, et qui trouvent dans les antichambres , et souvent même dans les déplorables exemples de leurs maîtres, le complément d'une si mauvaise éducation. Mais il en est d'autres qui sortent de pauvres et laborieuses familles, chez lesquelles les fortes convictions, les traditions de l'honneur paraissent héréditaires. Ce serait donc une injustice révoltante que de rendre toute une classe responsable des erreurs et des vices d'individus méprisables. Au lieu de se montrer si partial, il vaut mieux travailler de toutes ses forces à préserver les gens qui nous servent des défauts de leur condition.
Que de maîtres sont en effet la première cause
de ia ctéaiorftlisAtion de teurs domestiquer! Si Ton se moatrail «oins indulgent pour leurs vices quattd ils coraœeocent à se produire , on les empêcherait souvent de coatracter de dé* plorables habitudes^ qu'on essaye vainement plus tard de déraciner de leur cœur. H fisul eli effet tenir compte de la nullité de leur édu* cation > se rappeler sans cesse qu'ils ne sont pas d^une nature angélique, et ne jamais laisser à leurs ntauVais penchants une liberté qu'ils pourraient un jour dépk>rer. Si vous êtes bien convaincue de l'importance des obli* gâtions que voiiu» avez envers vos domestiques , vous deviendrez pour eux un véritable appui dabs la laboiîeuse carrière de la vie. Voire maison ne sera jamais le théâtre de ces soandales qui ne sont si communs que parce qu'ils trouvent une sorte d'âûtonsatson dans la coupable mollesse de ceux qui ne devraient jamais le» tolérer. Mais est-ee asseï d'accuser leur mollesse? Ne voit-on pas tous les joura des maîtres donna* à leurs gens des exemples
d'autant plus dësagtreux que leur position est plus ^vée ? Gomment voulea-vousi qu'ils montrent uu bien grand respect pour les pni« tiques religieuses y quand vous agisses , sous leurs yeux , avec un souverain mépris de toutes les traditions des ancêtres; quand ils s'aper* çoivent que vous ne respectez pas plus les lois de Dieu que les lois de TÉglise ? On ne donne pas impunément à ^ esprits si peu éclairés l'habitude d'un se^ticisme audacieux, que leur logique brutale pousse bientôt jusqu'aux dernières conséquences. Les sévèi'es leçons de la révolution française sont loin d'avoir porté tous leurs fruits. N'avons-^nous pas vu sous la Restaurati<m et sous Louis-Philippe la bour* geoisie renouveler toutes les fautes du derniei' siècle 9 et préparer, à Kaide d'un proS)é]3rtisme voltairien , tous les triomphes de l'anarchie ? C'est en vain que TAngteterre leur présentait des modèles de réserve et de sagesse. Persoime, au sein de cette nation si éminemment politique et conservatrice f ne s'avise de se faire
une gloire de son mépris pour les croyances générales. Tous se conforment aux habitudes de la communion à laquelle ils appartiennent, et donnent aux classes inférieures Texemple du respect des lois de la religion. Sans elle, il n'est pas plus possible de maintenir Tordre social que de bâtir une cité dans les nuages. Nous aimons mieux , en France , déclamer longuement contre la dépravation de nos ouvriers et de nos domestiques, sans nous apercevoir qu'ils n'ont suivi que trop fidèlement la funeste direction qu'on leur imprime depuis le dix«huitième siècle.
Malheureusement , les doctrines qu'ils puisent dans leurs rapports avec leurs maîtres deviennent facilement contagieuses. Les personnes qui passent une partie de l'année à la campagne pourraient se convaincre , avec un peu d'attention , de la funeste influence exercée quelquefois par leurs gens sur les villages des environs. La simplicité un peu naïve de ces hommes des champs les dispose à écouter
avec une grande faveur tout ce qu'on leur rapporte des grandes villes. On sait avec quelle facilité des émissaires des clubs de Paris ont, en i849) changé en quelques semaines l'esprit de départements entiers. Des multitudes ^ jusque-là étrangères à toutes les mauvaises passions de notre époque, se sont réveillées avec la fièvre du fanatisme révolutionnaire. Je veux bien que vous n'ayez pas à redouter de ceux qui vous servent une in* fluence de cette nature, et je crois volontiers qu'ils se garderont bien de professer une politique qui n'ait pas votre approbation; mais croyez-vous qu'il ne puisse pas exister de prédications aussi désastreuses que celles du socialisme? Quand on verra les gens qui vous environnent afficher en toute occasion les doctrines les plus irréligieuses, dédaigner les offices de la paroisse , mépriser ouvertement toutes les pratiques de l'Église; quand on les entendra l'épéter sans cesse que ce sont là les opinions des grandes cités qu'ils habitent ordi*
à ne laisser pénétrer parmi vos domestiques aucune autre influence que la vôtre, à conserver chez vous une complète unité d^idëes et d'habitudes : ce sont là des principes qu'on ne peut se lasser de reproduire. Or cette unité d'habitudes et d'esprit , que je ne saurais trop vous recommander, disparaîtra bien vite , si vous permettez aux ouvriers de s'établir chez vous et d'y prendre leurs repas.
Je sais bien qu'on mettra en avant des raisons d'économie pour expliquer une pratique toute contraire, puisque les ouvriei*s qu'on ne nourrit pas exigent naturellement une rétribution plus considérable. Si vous examinez les choses de près, vous verrez que cette économie n'est qu'apparente , et que vous ne l'es* timez réelle que parce que vous n'êtes pas obligé de payer chaque semaine votre boulanger et votre boucher. Si tant de personnes tiennent à nourrir les ouvriers , c'est qu'elles ont une grande répugnance pour les payements faits régulièrement , et qu'elles regardent
comme une espèce de gain toul ce qui peut les retarder. Il importe assez peu à une maitresse de maison dont l'administration est plus régulière, de payer aux fournisseurs ou aux ouvriers la nourriture des gens qui travaillent chez elle. J'irai plus loin : j'ose affirmer que toute personne qui veut se rendre un compte exact des dépenses de sa maison, ne voudra jamais nourrir un seul ouvrier. La présence des ouvriers est presque toujours une cause de pertes, de frais inutiles, de repas éternels, de confusion dans les calculs, en un mot, de tous les abus qu'on doit le plus redouter. Si cette manière d'envisager les choses paraissait singulière, au premier coup d'œil, aux personnes inexpérimentées, une étude plus sérieuse de la question , un essai des deux méthodes les ramèneront bientôt à ma manière de voir.
CHAPITaK XVIL
DEVOIRS ENVERS LES DOMESTICtCJES.
Il est peu de personnes qui se trompent sur les devoirs des domestiques à leur égard» On sait qu'ils doivent être probes^ soumis et respectueux^ Chaque fois qu'ils s'écartent des obligations qui leur sont imposées par la religion et par la société , on sait les leur rappeler dans les termes les plus significatifs. Mais combien de gens s'imaginent avoir à leur tour quelques devoirs à remplir envers leurs domestiques ? On conçoit facilement que l'égoïsme inspjre de pareils préjugés ; mais qui
pourrait se flatter de les conciliei* avec les doctrines de TÉvangile? a Maîtres, disaient les apôtres^ rendez le droit et Téquité à vos serviteurs , sachant que vous avez aussi un Seigneur dans les cieux(i)... Il n'y a pas en lui acception de personnes (a). » De tels enseignements condamnent assez clairement le mépris outrageant témoigné souvent à tous ceux dont on est obligé de réclamer les services. Ce mépris n'est pas toujours un mouvement instinctif, il est chez certaines personnes un véritable système, qu'elles défendent par des raisons qui leur paraissent fort ingénieuses. A leurs yeux, la dépendi^nce à laquelle sont astreints les domestiques, leur mauvaise éducation, le peu de soin qu'on prend de leur moralité, les condamnent presque généralement à devenir la proie des sept péchés capitaux. Il faut donc les considérer
(i) Saint Paul, Éptti'e aux Colossiens, ch. nr, \. i. (a) Idem, Épitreaux Épkéskns^ ch. ti, ▼. 9.
comme des instruments indispensables, mais n'en attendre aucun sentiment sincère j aucun acte désintéressé , aucun attachement sérieux. Je sais bien que cette appréciation , toute sévère qu'elle semble , n'est qu'une peinture trop fidèle de ces domestiques des grandes villes qu'on élève sans aucun principe de religion et de morale, et qui trouvent dans les antichambres , et souvent même dans les déplorables exemples de leurs maîtres, le complément d'une si mauvaise éducation. Mais il en est d'autres qui sortent de pauvres et laborieuses familles, chez lesquelles les fortes convictions, les traditions de l'honneur paraissent héréditaires. Ce serait donc une injustice révoltante que de rendre toute une classe responsable des erreurs et des vices d'individus méprisables. Au lieu de se montrer si partial, il vaut mieux travailler de toutes ses forces à préserver les gens qui nous servent des défauts de leur condition.
Que de maîtres sont en effet la première cause
4e la dëmoralîsation de leurs domestiques! Si Ton se mootrail «oins indulgent pour leurs vices quand ils comtneuoent à se produire , ou les empêcherait souvent de contracter de dé* plorables habitudes^ qu'on essaye vainement plus tard de déraciner de leur <9oeur. Il foui eb effet tenir compte de la nullité de leur édu* cation > se rappeler sans cesse qu'ils ne sont pas d'une natiure angélique, et ne jamais laî»» ser k leurs nlauVais penchants une liberté qu'ils pourraient un jour déplorer» Si voua êtes bien convaincue de l'importance des obligation! que vous avez envers vos domestiques, vous deviendrez pour eux un véritable appui datas la laboi*ieuse carrière de le vie* Votre maison ne sera jamais le théâtre de ces siMindales qui ne sont si communs que parœ qu'ils trouvent une sorte d'autorisation dans la coupable mollesse de œuk qui ne devraient jamais les tolérer. Mais est-ee assea d'accuser leur mollesse? Ne voit«on pas tous les jours des maîtres donner à leurs gens des «xemples
d'autant plus dësai&tret» que leur pcâition est plus âevée ? Gomment voulea-vouft qu'ils i&ontrent un blea graud respect pour les pra« tiques religieuses , quand vous agisses , sous leurs yeux , avec un souverain mépris de toutes les traditions des ancêtres; quand ila s'aper* çoivent que vous ne respectez pas plus les lois de Dieu que les lois de l'Église ? On ne donne pas impunément à ^es esprits si peu éelairés l'habitude d'un scepticisme audacieux , que leur logique brutale pousse bientôt jusqu'aux dernières conséquences. Les sévèi^es leçons de la révolution française sont loin d'avoir porté tous leurs fiiiits. N'avons-nous pas vu sous la Restauration et sous Louis-Philippe la bourgeoisie renouveler toutes les fautes du dernier siècle , et préparer, à Faide d'un prosélytisme voltairien y tous les triomphes de l'anarchie ? C'est en vain que ^Angleterre leur présentait des modèles de réserve et de sagesse. Personne, au sein de cette nation si éminemment politique et conservatrice ^ ne s'avise de se faire
une gloire de son mépris pour les croyances générales. Tous se conforment aux habitudes de la communion à laquelle ils appartiennent, et donnent aux classes inférieures Fexemple du respect des lois de la religion. Sans elle, il n'est pas plus possible de maintenir Tordre social que de bâtir une cité dans les nuages. Nous aimons mieux , en France , déclamer longuement contre la dépravation de nos ouvriers et de nos domestiques , sans nous aper« cevoir qu'ils n'ont suivi que trop fidèlement la funeste direction qu'on leur imprime depuis le dix-huitième siècle.
Malheureusement , les doctrines qu'ils puisent dans leurs rapports avec leurs maîtres deviennent facilement contagieuses. Les personnes qui passent une partie de l'année à la campagne pourraient se convaincre , avec un peu d'attention , de la funeste influence exercée quelquefois par leurs gens sur les villages des environs. I^ simplicité un peu naïve de ces hommes des champs les dispose à écouter
avec une grande faveur tout ce qu'on leur rapporte des grandes villes. On sait avec quelle facilité des émissaires des clubs de Paris ont, en 18499 changé en quelques semaines l'esprit de départements entiers. Des multitudes, ]usque*là étrangères à toutes les mauvaises passions de notre époque, se sont reveillées avec la fièvre du fanatisme révolutionnaire. Je veux tien que vous n'ayez pas à redouter de ceux qui vous servant une influence de cette nature, et je crois volontiers qu'ils se garderont bien de professer une politique qui n'ait pas votre approbation ; mais croyez-vous qu'il ne puisse pas exister de prédications aussi désastreuses que celles du socialisme? Quand on verra les gens qui vous environnent afficher en toute occasion les doctrines les plus irréligieuses , dédaigner les offices de la paroisse , mépriser ouvertement toutes les pratiques de l'Église ; quand on les entendra répéter sans cesse que ce sont là les opinions des grandes cités qu'ils habitent ordi*
à ne laisser pénétrer parmi vos domestiques aucune autre influence que la vôtre, à conserver chez vous une complète unité d'idées et d'habitudes : ce sont là des principes qu'on ne peut se lasser de reproduire. Or cette unité d'habitudes et d'esprit , que je ne saurais trop vous recommander, disparaîtra bien vite , si vous permettez aux ouvriers de s'établir chez vous et d'y prendre leurs repas.
Je sais bien qu'on mettra en avant des raisons d'économie pour expliquer une pratique toute contraire, puisque les ouvriei*s qu'on ne nourrit pas exigent naturellement une rétribution plus considérable. Si vous examinez les choses de près, vous verrez que cette économie n'est qu'apparente , et que vous ne l'estimez réelle que parce que vous n'êtes pas obligé de payer chaque semaine votre boulanger et votre boucher. Si tant de personnes tiennent à nourrir les ouvriers , c'est qu'elles ont une grande répugnance pour les payements faits régulièrement , et qu'elles r^ardent
comme une espèce de gain toul ce qui peut les retarder. Il importe assez peu à une maîtresse de maison dont l'administration est plus régulière, de payer aux fournisseurs ou aux ouvriers la nourriture des gens qui travaillent chez elle. J'irai plus loin : j'ose affirmer que toute personne qui veut se rendre un compte exact des dépenses de sa maison, ne voudra jamais nourrir un seul ouvrier. La présence des ouvriers est presque toujours une cause de pertes, de frais inutiles, de repas éternels, de confusion dans les calculs, en un mot, de tous les abus qu'on doit le plus redouter. Si cette manière d'envisager les choses paraissait singulière, au premier coup d'œil , aux personnes inexpérimentées, une étude plus sérieuse de la question , un essai des deux mé* thodes les ramèneront bientôt à ma manière de voir.
CHAPITftE XVIL
DEVOIRS ENVERS LES DOMESTiaUES.
Il est peu de personnes qui se trompent sur les devoirs des doniestiques à leur égard» On sait qu'ils doivent être probes, soumis et respectueux^ Chaque fois qu'ils s écartent des obligations qui leur sont imposées par la religion et par la société, on sait les leur rappeler dans les termes les plus significatifs. Mais combien de gens s'imaginent avoir à leur tour quelques devoirs à remplir envers leurs domestiques ? On conçoit facilement que Tégoïsme inspire de pareils préjugés ; mais qui
pourrait se flatter de les concilici* avec les doctrines de i'Évangile? a Maîtres, disaient les apôtres^ rendez le droit et Féquité à vos serviteurs , sachant que vous avez aussi un Seigneur dans les cieux (i)... Il n'y a pas en lui acception de personnes (a). » De tels enseignements condamnent assez clairement le mépris outrageant témoigné souvent à tous ceux dont on est obligé de réclamer les services. Ce mépris n'est pas toujours un mouvement instinctif, il est chez certaines personnes un véritable système, qu'elles défendent par des raisons qui leur paraissent fort ingénieuses. A leurs yeux, la dépendsyace à laquelle sont astreints les domestiques, leur mauvaise éducation, le peu de soin qu'on prend de leur moralité, les condamnent pre»* que généralement à devenir la proie des sept péchés capitaux. Il faut donc les considérer
(i) Saint Paul, Épitre aux Colossiens, ch. nr, \. i. (a) Idem, Épltrtaux Éphésiens^ ch. vi, ▼. 9.
comme des instruments indispensables, mais n'en attendre aucun sentiment sincère j aucun acte désintéressé y aucun attachement sérieux. Je sais bien que cette appréciation , toute sévère qu'elle semble, n'est qu'une peinture trop fidèle de ces domestiques des grandes villes qu'on élève sans auctin principe de religion et de morale, et qui trouvent dans les antichambres , et souvent même dans les déplorables exemples de leurs maîtres, le complément d'une si mauvaise éducation. Mais il en est d'autres qui sortent de pauvres et laborieuses familles, chez lesquelles les fortes convictions, les traditions de l'honneur paraissent héréditaires. Ce serait donc une injustice révoltante que de rendre toute une classe responsable des erreurs et des vices d'individus méprisables. Au lieu de se montrer si partial, il vaut mieux travailler de toutes ses forces à préserver les gens qui nous servent des défauts de leur condition.
Que de maîtres sont en eifet la première cause
de la dëaaoralMAtlon de bsurs domestiques! Si l'on se mootrait «oins indulgent pour leurs vices quand ils commenoent à se produire , on les eoipécherait souvent de contracter de dé* plorables habitudes^ qu'on essaye vainement plus tard de déraciner de leur coeur. Il £sut eii effet tenir compte de la nullité de leur édn* cation > se rappeler sans cesse qu'ils ne sont pas d^une nature aogélique, et âe jamais lai»* $er à leurs mauvais penchants une liberté qu'ils pourraient un jour dépk^rer. Si vous èlË& bien iCon vaincue de l'importance des obli* gation$ que vous avez envers vos domestî* ques, vous deviendrez pour euK un véritable appui dabs la laboi*ieuse carrière de la yie* Voire maison ne sera jamais le théâtre de ces soandales qui ne sont si communs que parce qu'ils trouvent une sorte d'àiïtorisatàon dans la coupable mollesse de ceux qui ne devraient jamais les tolérer. Mais est-ce asseï d'accuser leur mollesse? Ne voit-on pas tous les joura des maîtres donner à leurs gens des laempies
d'autaDl plus désastreux que leur position est plus élevée? Gomment voulea-voiia qa'iïs montrait un biea grand respect pour les pra« tiques religieuses ^ quand vous agisses^ sous leurs yeux , avec un souverain mépris de toutes les traditions des ancêtres; quand i)a s'aper* çoîvent que vous ne respectez pas plus les lois de Dieu que les lois de l'Église ? On ne donne pas impunément à ^e» esprits si peu éclairés l'habitude d'un scepticisme audacieux, que leur logique brutale pousse bientôt jusqu'aux dernières conséquences. Les sévèi^es leçons de la révolution française sont loin d'avoir porté tous leurs fruits. N'avons-nous pas vu sous la Restauration et sous Louis-Philippe la bourgeoisie renouveler toutes les fautes du dernier siècle y et préparer, à Taide d'un prosélytisme vdltairien , tous les triomphes de l'anarchie ? C'est en vain que TAngleterre leur présentait des modèles de réserve et de sagesse. Personne, au sein de cette nation si éminemment politique et conservatrice y ne s'ayise de se faire
une gloire de son mépris pour les croyances générales. Tous se conforment aux habitudes de la communion à laquelle ils appartiennent, et donnent aux classes inférieures Fexemple du respect des lois de la religion. Sans elle, il n'est pas plus possible de maintenir l'ordre social que de bâtir une cité dans les nuages. Nous aimons mieux , en France , déclamer longuement contre la dépravation de nos ouvriers et de nos domestiques , sans nous apercevoir qu'ils n'ont suivi que trop fidèlement la funeste direction qu'on leur imprime depuis le dix-huitième siècle.
Malheureusement , les doctrines qu'ils puisent dans leurs rapports avec leurs maîtres deviennent facilement contagieuses. Les personnes qui passent une partie de l'année à la campagne pourraient se convaincre , avec un peu d'attention , de la funeste influenoe exercée quelquefois par leurs gens sur les villages des environs. La simplicité un peu naïve de ces hommes des champs les dispose à écouter
avec une grande faveur tout ce qu'on leur rapporte des grandes villes. On sait avec quelle facilité des émissaires des clubs de Paris ont, en 18499 changé en quelques semaines l'esprit de départements entiers. Des multitudes^ jusque-là étrangères à toutes les mauvaises passions de notre époque^ se sont réveillées avec la fièvre du fanatisme révolutionnaire. Je veux bien que vous n'ayez pas à redouter de ceux qui vous servent une influence de cette nature, et je crois volontiers qu'ils se garderont bien de professer une politique qui n'ait pas votre approbation ; mais croyez-vous qu'il ne puisse pas exister de prédications aussi désastreuses que celles du socialisme? Quand on verra les gens qui vous environnent afficher en toute occasion les doctrines les plus irréligieuses , dédaigner les offices de la paroisse , mépriser ouvertement toutes les pratiques de l'Église ; quand on les entendra répéter sans cesse que ce sont là les opinions des grandes cités qu'ils habitent ordi*
à ne laisser pénétrer parmi vos domestiques aucune autre influence que la vôtre, à conserver chez vous une complète unité d'idées et d'habitudes : ce sont là des principes qu'on ne peut se lasser de reproduire. Or cette unité d'habitudes et d'esprit , que je ne saurais trop vous recommander, disparaîtra bien vite, si vous permettez aux ouvriers de s'éta* blir chez vous et d'y prendre leurs repas.
Je sais bien qu'on mettra en avant des raisons d'économie pour expliquer une pratique toute contraire, puisque les ouvriei*s qu'on ne nourrit pas exigent naturellement une rétribution plus considérable. Si vous examinez les choses de près, vous verrez que cette économie n'est qu'apparente, et que vous ne l'estimez réelle que parce que vous n'êtes pas obligé de payer chaque semaine votre boulanger et votre boucher. Si tant de personnes tiennent à nourrir les ouvriers , c'est qu'elles ont une grande répugnance pour les payements faits régulièrement , et qu'elles regardent
comme une espèce de gain tout ce qui peut les retarder. Il importe assez peu à une mai* tresse de maison dont l'administration est plus régulière, de payer aux fournisseurs ou aux ouvriers la nourriture des gens qui travaillent chez elle. J'irai plus loin : j'ose affirmer que toute personne qui veut se rendre un compte exact des dépenses de sa maison, ne voudra jamais nourrir un seul ouvrier. La présence des ouvriers est presque toujours une cause de pertes, de frais inutiles, de repas éternels, de confusion dans les calculs, en un mot, de tous les abus qu'on doit le plus redouter. Si cette manière d'envisager les choses paraissait singulière, au premier coup d'œil , aux personnes inexpérimentées, une étude plus sérieuse de la question , un essai des deux méthodes les ramèneront bientôt à ma manière de voir.
CHAPITaE XVII.
DEVOIRS ENVERS LES DOMESTICtUES.
Il est peu de personnes qui se trompent sur les devoirs des doxuestiques à leur é^ard» On sait qu'ils doivent être probes, soumis et respectueux^ Chaque fois qu'ils s'écartent des obligations qui leur sont imposées par la religion et par la société, on sait les leur rappeler dans les termes les plus significatifs. Mais combien de gens s'imaginent avoir à leur tour quelques devoirs à remplir envers leurs domestiques? On conçoit facilement que l'égoïsme inspire de pareils préjugés ; mais qui
pourrait se flatter de les concilici* avec les doctrines de rÉvangile? a Maîtres, disaient les apôtres^ rendez le droit et Téquité à vos serviteurs , sachant que vous avez aussi un Seigneur dans les cieux(i)... Il n^y a pas en lui acception de personnes (a). » De tels enseignements condamnent assez clairement le mépris outrageant témoigné souvent à tous ceux dont on est obligé de réclamer les services. Ce mépris n'est pas toujours un mouvement instinctif, il est chez certaines personnes un véritable système, qu'elles défendent par des raisons qui leur paraissent fort ingénieuses. A leurs yeux, la dépendi^nce à laquelle sont astreints les domestiques, leur mauvaise éducation, le peu de soin qu'on prend de leur moralité, les condamnent presque généralement à devenir la proie des sept péchés capitaux. Il faut donc les considérer
(i) Saint Paul, Éj^tre aux Colossiens, ch. nr, v. i. (9) Idem, Épttrt aux ÉphéHens^ cb. ti, y. 9.
coimine des instruments indispensables, mais n'en attendre aucun sentiment sincère y aucun acte désintéressé , aucun attachement sérieux. Je sais bien que cette appréciation y toute sévère qu'elle semble , n'est qu'une peinture trop fidèle de ces domestiques des grandes villes qu'on élève sans aucfûn principe de religion et de morale, et qui trouvent dans les antichambres , et souvent même dans les déplorables exemples de leurs maîtres, le complément d'une si mauvaise éducation. Mais il en est d'autres qui sortent de pauvres et laborieuses familles, chez lesquelles les fortes convictions, les traditions de l'honneur paraissent héréditaires. Ce serait donc une injustice révoltante que de rendre toute une classe responsable des erreurs et des vices d'individus méprisables. Au lieu de se montrer si partial, il vaut mieux travailler de toutes ses forces à préserver les gens qui nous servent des défauts de leur condition.
Que de maîtres son t en effet la première cause
de la dëmoralîsAtion de leurs domestiques! Si Ton se mootraii «oins indulgent pour leurs vices quand ils coimneooent à se produire , on les empêcherait souvent de contracter de dé* plorables habitudes) qu'on essaye vaioement plus tard de déraciner de leur ooeur. Il £aut eH ^et tenir compte de la nullité de kur édu* cation > se rappeler sans cesse qu'ils ne sont pas d^une nature aogélique, et âe jamais lai»» ser à leurs mauvais penchants une liberté qu'ils pourraient un jour déplorer. Si vous êtes bien convaincue de l'importance des oUi^ gâtions que vous avez envers vos dooiestî* ques, vous deviendrez pour eux un véritable appui dabs la laborieuse carrière de la vie. Voire maison ne sera jamais le théâtre de ces scandales qui ne sont si communs que parce qu'ils trouvent une sorte d'âûtorîsatson dans la coupable mollesse de ceux qui ne devraient jamais les toléi^r. Mais est-ce asses d'accuser leur mollesse? Ne voit-^m pas tous les jours des maîtres donner à leurs gens des exemples
d'autant plus dësastretix que leur position est plu» élevée? Coinment vouleA-vous cpi'ils montrent uu bien grand respect pour les pni« tiques religieuses ^ quand vous agiases, sous leurs yeux , avec un souverain mépris de toutes les traditions des ancêtres; quand il$ s'âper* çoîvent que vous ne respectez pas plua les lois de Dieu que les lois de l'Église ? On ne dcmne pas impunément à ^es esprits si peu éelairés rhabitude d'un scepticisme audacieux, que leur logique brutale pousse bientôt jusqu'aux dernières conséquences. Les sévères leçons de la révolution française sont loin d'avoir porté tous leurs finiits. N'avons-nous pas vu sous la Restauration et sous Louis-Phiiippe la bourgeiHsie renouveler toutes les fautes du dernier siècle y et préparer, à Paide iVun prosélytisme voltairîen y tous les triomphes de l'anarchie ? C'est en vain que TAngleterre leur présentait des modèles de réserve et de sagesse. Personne, au sein de cette nation si éminemment politique et conservatrice ^ ne s'avise de se faire
une gloire de son mépris pour les croyances générales. Tous se conforment aux habitudes de la communion à laquelle ils appartiennent, et donnent aux classes inférieures l'exemple du respect des lois de la religion. Sans elle, il n'est pas plus possible de maintenir Tordre social que de bâtir une cité dans les nuages. Nous aimons mieux , en France , déclamer longuement contre la dépravation de nos ou* vriers et de nos domestiques , sans nous apercevoir qu'ils n'ont suivi que trop fidèlement la funeste direction qu'on leur imprime depuis le dix-huitième siècle.
Malheureusement , les doctrines qu'ils pui* sent dans leurs rapports avec leurs maîtres deviennent facilement contagieuses. Les personnes qui passent une partie de l'année à la campagne pourraient se convaincre , avec un peu d'attention , de la funeste influence exercée quelquefois par leurs gens sur les villages des environs. La simplicité un peu naïve de ces hommes des champs les dispose à écouter
avec une grande faveur tout ce qu'on leur rapporte des grandes villes. On sait avec quelle facilité des émissaires des clubs de Paris ont, en i849i changé en quelques semaines l'esprit de départements entiers. Des multitudes ^ jusque-là étrangères à toutes les mauvaises passions de notre époque^ se sont réveillées avec la fièvre du fanatisme révolutionnaire. Je veux bien que vous n'ayez pas à redouter de ceux qui vous servent une in* fluence de cette nature, et je crois volontiers qu'ils se garderont bien de professer une politique qui n'ait pas votre approbation; mais croyez-vous qu'il ne puisse pas exister de prédications aussi désastreuses que celles du socialisme ? Quand on verra les gens qui vous environnent afficher en toute occasion les doctrines les plus irréligieuses y dédaigner les offices de la paroisse , mépriser ouvertement toutes les pratiques de l'Église ; quand on les entendra répéter sans cesse que ce sont là les opinions des grandes cités qu'ils habitent ordi*
Bairement^ pensez^vous que les populations agricoles écoateni avec imlifSérence ces dangereux enseignements ? Vous figurea^vous par hasard que l'exemple du seepticisme et de rimmoralité soit pour eux sans inconvénient ? Si les hommes n'ont pas un ^rand attrait ponr )es idées d^ordt^ et de justice , ils ont , a» contraire, un entraînement très-vif pour lotit ce qui les débarrasse des prineipes de ta subordination et des règles de )a probité. L'histoire des dernières années prouve combien cet entraînement est puissant, même au sein de ces paisibles habitants de la campagne qu'on croyait inaccessibles à toutes les influences du temps présent. On voit donc combien sont aveugles les maîtres de maison qui n'attachent aucune importance à la conduite et aux opinions de leurs gens, et ne lenr demandent autre chose qu'un service agréable et commode.
Mais si l'on veut que les domestiques coni« prennent les obligations de leur position, il
faut leur appi^endre à la respectât*, en leur montrant toute l'e&time à laqu^le ils ont droit. Rien ne dégrade et n'avilit les hommes comme de leur témoigner à chaque tns'^ tant qu'on regarde leurs pensées et leurs actes comme tout à fait sans conséquence. Ils cmt y dans toutes les conditions , un gt*and besoin de tnériler l'approi^tion des autres «^ et ce sentiment empêche plus d'un désordre^ contient plus d'une mauvaise passion . Si voits vous arrangez de façon à ne pas laisser igno^ rer à vos gens que vous regardez ia probité et la moralité comme des vertus étrangères à leur classe ^ vous en trouverez certainemeitf qui accq>teront sans hésitation des thëotnes dont ih ne verront que le coté favorable à leurs convoitises-. Une appréciation ^e ce genre leur paraîtra toujours du pluis gran<l poids; M ils se considéi^eraient comme dupes s'ils s'imposaient des sacrifices auxquels ils savent bien que vous ne croiriez pas. Ne se-rait-il pas plus raisonnable et plus chrétien
CHAPITaE XVII,
DEVOiaS SNVERS LES DOMESTiaVES.
Il est peu de personnes qui se trompent sur ies devoirs des doxoestiques à leur égard» On sait qu'ils doivent être probes^ soumis et respectueux% Chaque fois qu'ils s écartent des obligations qui leur sont imposées par la religion et par la société, on sait les leur rappeler dans les termes les plus significatifs. Mais combien de gens s'imaginent avoir à leur tour quelques devoirs à remplir envers leurs domestiques ? On conçoit facilement que Tégoïsme inspire de pareils préjugés ; mais qui
pourrait se flatter de les €H>ncilicr avec les doctrines de rÉvangile? « Maîtres, disaient les apôtres^ rendez le droit et Téquité à vos serviteurs , sachant que vous avez aussi un Seigneur dans les cieux(i)... Il n'y a pas en lui acception de personnes (a). » De tels enseignements condamnent assez clairement le mépris outrageant témoigne souvent à tous ceux dont on est obligé de réclamer les services. Ce mépris n'est pas toujours un mouvement instinctif, il est chez certaines personnes un véritable système, qu'elles défendent par des raisons qui leur paraissent fort ingénieuses. A leurs yeux, la dépendi^ce à laquelle sont astreints les domestiques, leur mauvaise éducation, le peu de soin qu'on prend de leur moralité, les condamnent presque généralement à devenir la proie des sept péchés capitaux. Il faut donc les considérer
(i) Saint Paul, Épitre aux Colossiens, ch. iy, \. i. (9) Idem, Épitre aux Éphésiens^ ch. yi, ▼. 9.
comme des instruments indispensables, mats n en attendre aucun sentiment sincère , aucun acte désintéressé , aucun attachement sérieux. Je sais bien que cette appréciation , toute sévère qu'elle semble, n'est qu'une peinture trop fidèle de ces domestiques des grandes villes qu'on élève sans aucfQn principe de religion et de moi^ale, et qui trouvent dans les antichambres , et souvent même dans les déplorables exemples de leurs maîtres, le complément d'une si mauvaise éducation. Mais il en est d'autres qui sortent de pauvres et laborieuses familles, chez lesquelles les fortes convictions, les traditions de l'honneur paraissent héréditaires. Ce serait donc une injustice révoltante que de rendre toute une classe responsable des erreurs et des vices d'individus méprisables. Au lieu de se montrer si partial, il vaut mieux travailler de toutes ses forces à préserver les gens qui nous servent des défauts de leur condition.
Que de maîtres sont en effet la première cause
do la démoralisAtlôn de leurs domestiques! Si Ton se moo trait osoias indulgent pour leurs vices quaad ils cominetioent à se produire , oa les empêcherait souvent de contracter de dé* plorables faabitudes» qu'on essaye vainement plus tard de déraciner de leur cœur. H fiaut eti effet tenir compte de la nullité de leur édu* cation > se rappeler sans cesse qu'ils ne sont pas d'une aature angélique, et ùe jamais laisser à leurs mauvais penchants une liberté qu'ils pourraient un jour déplorer. Si vous' êtes bien i^onvaincue de l'importance des obli* gâtions que vous avez envers vos domestîques, vous deviendrez pour eux un véritable appui datas la laborieuse carrière de la vie. Voire maison ne sera jamais le théâtre de ces soandales qui ne sont si communs que parœ qu'ils trouvent une sorte d'autorisation dans la coupable mollesse de ceux qui ne devraient jamais les tolérer. Mais est-ce assex d'accuser leur mollesse? Ne voit-on pas tous les jours des maîtres donner à leurs gens des exemples
d'autant plus désastreux que leur pcsition est plus ^vée? Comment voulea-vous ffu'ils montrent un bien grand respect pour les pra<» tiques religieuses , quand vous agisses, sous leurs yeux , avec un souverain mépris de toutes les traditions des ancêtres; quand ils s'âper* çoivent que vous ne respectez pas plus les lois de Dieu que les lois de TÉglise ? On ne donne pas impunén^nt à ^es esprits si peu éclairés Thabitude d'un scepticisme audacieuiB, que leur logique brutale pousse bientôt jusqu'aux dernières conséquences. Les sévèi^es leçons de la révolution française sont loin d'avoir porté tous leurs finiits. N'avons*nous pas vu sous la Restauration et sous Louis-Philippe la bourgeoisie renouveler toutes les fautes du dernier siècle, et préparer, à Taide d'un prosélytisme voltairien , tous les triomphes de l'anarchie ? C'est en vain que TAngleterre leur présentait des modèles de réserve et de sagesse. Personne, au sein de cette nation si éminemment politique et conservatrice ^ ne s'avise de se faire
une gloire de son mépris pour les croyances générales. Tous se conforment aux habitudes de la communion à laquelle ils appartiennent, et donnent aux classes inférieures Texemple du respect des lois de la religion. Sans elle, il n'est pas plus possible de maintenir Tordre social que de bâtir une cité dans les nuages. Nous aimons mieux , eu France y déclamer longuement contre la dépravation de nos ouvriers et de nos domestiques y sans nous apercevoir qu'ils n'ont suivi que trop fidèlement la funeste direction qu'on leur imprime depuis le dix-huitième siècle.
Malheureusement , les doctrines qu'ils puisent dans leurs rapports avec leurs maîtres deviennent facilement contagieuses. Les personnes qui passent une partie de l'année à la campagne pourraient se convaincre , avec un peu d'attention , de la funeste influence exercée quelquefois par leurs gens sur les villages des environs. La simplicité un peu naïve de ces hommes des champs les dispose à écouter
avec une grande faveur tout ce qu'on leur rapporte des grandes villes. On sait avec quelle facilité des émissaires des clubs de Paris ont, en i849i changé en quelques semaines l'esprit de départements entiers. Des multitudes, ]usque«là étrangères à toutes les mauvaises passions de notre époque^ se sont réveillées avec la fièvre du fanatisme révolutionnaire. Je veux bien que vous n'ayez pas à redouter de ceux qui vous servent une influence de cette nature, et je crois volontiers qu'ils se garderont bien de professer une politique qui n'ait pas votre approbation ; mais croyez-vous qu'il ne puisse pas exister de prédications aussi désastreuses que celles du socialisme? Quand on verra les gens qui vous environnent afficher en toute occasion les doctrines les plus irréligieuses , dédaigner les offices de la paroisse , mépriser ouvertement toutes les pratiques de l'Église ; quand on les entendra répéter sans cesse que ce sont là les opinions des grandes cités qu'ils habitent ordi*
naîrement, pensez^vous que les populations agricoles écoutent avec incVifSérence eeê dan* gereux enaeignements ? Vous figuress'vous par hasard que l'exemple du seepticisme et de riminoralité soit pour eux sans iiiconvénient ? Si les hommes n'ont pas un grand attrait ponr tes idées d^ordi'e et de justice , ils ont , an ecun traire, un entraînement très^vif ponr tout ce qui les débarrasse des principes de la subordination et des règles de )a probilé. L'bisloire des dernières années prouve coiii* bien cet entraînement est puissant, même au sein de ees paisibles habitants de la campagne qu'on croyait inaccessibles à toutes les influences du temps présent. On voit donc com» bien sont aveugles les maîtres de maison qui n'attachent aucune importance à la conduite et aux opinions de leurs gens , et ne lear demandent autre chose qu'un service agréable et commode.
Mais si l'on veut que les domestiques corn* prennent les obligations de leur position, il
faut leur apprendre à la respect^', en leur montrant toute l'estime à laqu^le ils ont droit. Rien ne dégrade et n'avilit les hommes comme de leur témoigner à chaque instant qu'on regarde leurs pensées et leurs actes comme tout à fait sans conséquence. Ils ont y dans toutes les conditions , un grand besoin dd tnérîter l'approbation des autres ; et ce sentimefit empêche plus d'un désordre ^ contient plus d'une mauvaise passion. Si vous vous arrangea de (açon à ne pas laisser igno^ rer à vos gens que vous regardez la probité et la moralité comme des vertus étrangères à lour classe ^ vous en trouvereE certainemeqjt qui accepteront sans hésitation des théories dont ils ne verront que \e coté favorable à leurs convoitises^ Une appréciation do ce genre lair paraîtra toujours du plu» grand po^s; et ils se considéi^raient comme dupes s'ils s'imposaient des sacrifices au!^quels ils savteut bien que vous ne croiriez pas. Ne se» rait-il pas plus raisonnable et plus chrétien
CHAPITftE XVIL
DEVOIRS ENVERS LES DOMESTICkUES.
Il est peu de personnes qui $e trompent sur les devoirs des domestiques à leur égard» On sait qu'ils doivent être probes, soumis et respectueux^ Chaque fois qu'ils s'écartent des obligations qui leur sont imposées par la religion et par la société, on sait les leur rappeler dans les termes les plus significatifs. Mais combien de gens s'imaginent avoir à leur tour quelques devoirs à remplir envers leurs domestiques ? On conçoit facilement que l'égoïsme inspire de pareils préjugés ; mais qui
pourrait se flatter de les concilici* avec les doctrines de rÉvangile? a Maîtres, disaient les apôtres^ rendez le droit et Téquité à vos serviteurs , sachant que vous avez aussi un Seigneur dans les cieux (i).«. Il n'y a pas en lui acception de personnes (a). » De tels enseignements condamnent assez clairement le mépris outrageant témoigné souvent à tous ceux dont on est obligé de réclamer les services. Ce mépris n'est pas toujours un mouvement instinctif, il est chez certaines personnes un véritable système, qu'elles défendent par des raisons qui leur paraissent fort ingénieuses. A leurs yeux, la dépend^ce à laquelle sont astreints les domestiques, leur mauvaise éducation, le peu de soin qu'on prend de leur moralité, les condamnent presque généralement à devenir la proie des sept péchés capitaux. Il faut donc les considérer
(i) Saint Paul, Épitre aux Colossiens, ch. xvi \. i. (a) Idem, Épiin aux ÉphésUns^ ch. vi| ▼. 9.
comme des instruments indispensables, mais n'en attendre aucun sentiment sincère , aucun acte désintéressé , aucun attachement sérieux. Je sais bien que cette appréciation , toute sévère qu'elle semble, n'est qu'une peinture trop fidèle de ces domestiques des grandes villes qu'on élève sans aucun principe de religion et de morale, et qui trouvent dans les antichambres , et souvent même dans les déplorables exemples de leurs maîtres, le complément d'une si mauvaise éducation. Mais il en est d'autres qui sortent de pauvres et laborieuses familles, chez lesquelles les fortes convictions, les traditions de l'honneur paraissent héréditaires. Ce serait donc une injustice révoltante que de rendre toute une classe responsable des erreurs et des vices d'individus méprisables. Au lieu de se montrer si partial, il vaut mieux travailler de toutes ses forces à préserver les gens qui nous servent des défauts de leur condition.
Que de maîtres sont en effet la première cause
de la dëmoraltsatîon de feun domestiques! Si Too se mooirail «oins induigent pour leurs vices quaad ils coimneiioent à se produire y ou les empêcherait souvent de coatracter de dé* ploraUes faabîiudes, qu'on essaye Taioement plus tard de déraciner de leur ooeur. Il faut eti effet tenir compte de la nullité de kur édu» cation > se rappeler sans cesse qu'ils ne sont pas d^une nature angélique, et ùe jamûs lasaser à leurs mauvais penchants une liberté qu'ils pourraient un jour déplorer. Si vous êtes bien convaincue de l'importance des obligations que vous avez envers vos domestiques, vous deviendrez pour eux un véritable appui datas la laboi*ieuse carrière de la vie. Votre maison ne sera jamais le théâtre de ces seandaies qui ne sont si communs que parce qu'ils trouvent une sorte d'autorisation dans la coupable mollesse de ceuk qui ne devraient jamais les tolérer. Mais est-ce assea d'accuser leur mollesse? Ne voit-K>n pas tous les jours des maîtres donner à leurs gens des exemples
d'autant plus désastreux que leur pcâitton est plus ^vée ? Gomment voulea-vous qu'ils montrent uti blea grand respect pour les pra« tiques religieuses , quand voua agisses, sous leurs yeux , avec un souverain mépris de toutes lee traditions des ancêtres; quand ila s'aper* çoivent que vous ne respectez pas plus les lois de Dieu que les lois de l'Église ? On ne donne pas impunément à ^es esprits si peu éclairés l'habitude d'un scepticisme audacieux , que leur logique brutale pousse bientôt jusqu'aux dernières conséquences. Les sévèi^es leçons de la révolution française sont loin d'avoir porté tous leurs finiits. N'avons-nous pas vu sous la Restauration el sous Louis-Philippe la bour* geoisie renouveler toutes les fautes du demiei' siècle, et préparer, à Faide d'un prosélytisme voltairien , tous les triomphes de l'anarchie ? Cesl en vain que FAngleterre leur présentait des modèles de réserve et de sagesse. Persoime, au sein de cette nation si éminemment politique et conservatrice ^ ne s'avise de se faire
une gloire de son mépris pour les croyances générales. Tous se conforment aux habitudes de la communion à laquelle ils appartiennent, et donnent aux classes inférieures l'exemple du i*espect des lois de la religion. Sans elle, il n'est pas plus possible de maintenir l'ordre social que de bâtir une cité dans les nuages. Nous aimons mieux , en France , déclamer longuement contre la dépravation de nos ouvriers et de nos domestiques , sans nous apercevoir qu'ils n'ont suivi que trop fidèlement la funeste direction qu'on leur imprime depuis le dix-huitième siècle.
Malheureusement , les doctrines qu'ils puisent dans leurs rapports avec leurs maîtres deviennent facilement contagieuses. Les personnes qui passent une partie de l'année à la campagne pourraient se convaincre , avec un peu d'attention , de la funeste influence exercée quelquefois par leurs gens sur les villages des environs. La simplicité un peu naïve de ces hommes des champs les dispose à écouter
avec une grande faveur tout ce qu'on leur rapporte des grandes villes. On sait avec quelle facilité des émissaires des clubs de Paris ont, en i849i changé en quelques semaines l'esprit de départements entiers. Des multitudes^ ]usque*là étrangères à toutes les mauvaises passions de notre époque, se sont réveillées avec la fièvre du fanatisme révolutionnaire. Je veux bien que vous n'ayez pas à redouter de ceux qui vous servent une influence de cette nature, et je crois volontiers qu'ils se garderont bien de professer une politique qui n'ait pas yotre approbation ; mais croyez-vous qu'il ne puisse pas exister de prédications aussi désastreuses que celles du socialisme? Quand on verra les gens qui vous environnent afficher en toute occasion les doctrines les plus irréligieuses , dédaigner les offices de la paroisse , mépriser ouvertement toutes les pratiques de l'Église; quand on les entendra répéter sans cesse que ce sont là les opinions des grandes cités qu'ils habitent ordi*
une gloire de son mépris pour les croyances générales. Tous se conforment aux habitudes de la communion à laquelle ils appartiennent, et donnent aux classes inférieures l'exemple du respect des lois de la religion. Sans elle, il n'est pas plus possible de maintenir Tordre social que de bâtir une cité dans les nuages. Nous aimons mieux , en France , déclamer longuement contre la dépravation de nos ouvriers et de nos domestiques , sans nous apercevoir qu'ils n'ont suivi que trop fidèlement la funeste direction qu'on leur imprime depuis le dix-huitième siècle.
Malheureusement , les doctrines qu'ils pui« sent dans leurs rapports avec leurs maîtres deviennent facilement contagieuses. Les personnes qui passent une partie de Tannée à la campagne pourraient se convaincre, avec un peu d'attention , de la funeste influence exercée quelquefois par leurs gens sur les villages des environs. La simplicité un peu naïve de ces hommes des champs les dispose à écouter
avec une grande faveur tout ce qu'on leur rapporte des grandes villes. On sait avec quelle facilité des émissaires des clubs de Paris ont, en i849i changé en quelques semaines l'esprit de départements entiers. Des multitudes ^ jusque-là étrangères à toutes les mauvaises passions de notre époque^ se sont réveillées avec la fièvre du fanatisme révolutionnaire. Je veux bien que vous n'ayez pas à redouter de ceux qui vous servent une influence de cette nature, et je crois volontiers qu'ils se garderont bien de professer une politique qui n'ait pas votre approbation ; mais croyez-vous qu'il ne puisse pas exister de prédications aussi désastreuses que celles du so* cialisme ? Quand on verra les gens qui vous environnent afficher en toute occasion les doctrines les plus irréligieuses, dédaigner les offices de la paroisse , mépriser ouvertement toutes les pratiques de l'Église; quand on les entendra répéter sans cesse que ce sont là les opinions des grandes cités qu'ils habitent ordi*
Bairemenl, paosez^vous que les populations agricoles écoutent avec indîfSsrence ce» dan* gereun enseignements ? Vous figurea^'vous par hasard que l'exempie du scepticisme et de rimmoralité soit pour eux sans inconvénient ? Si les hommes n'ont pas un grand attrait ponr les idées d'ordi^e et de justice , ils ont , an ccm traire, un entraînement très^vif pour font ce qui les débarrasse des principes de ka subordination et clés règles de la pMbîlé. L'histoire des dernières années prouve com* Imn cet entramement est puissant, même au s^n de ees paisibles habitants de la campagne qu'on croyait inaccessibles à toutes les in« floences du temps présent. On voit donc conw bien sont aveugles les maîtres de maison qui . n'attachent aucune importance à la conduite et aux opinions de leurs gens, et neleorde» mandent autre chose qu'un service agr^bie et commode.
Mais si l'on veut que les domestiques com» prennent les obligations de leur position, il
faut leur appi'endre à la respectât*, en leur montrant toute l'estime à laquelle ils ont droit. Rien ne dégrade et n'avilit les hommes comme de leur témoigner à chaque \ns* tant qu'on regarde leurs pensées et leurs actes comme tout à fait sans conséquence. lis ont y dans toutes les conditions , un grand besoin de tnérîter l'approbation des autres; et ce sentiment empêche plus d'un désordre ^ contient plus d'une mauvaise passion. 8i voits vouft arrangez de feçon à ne pars laisser (gno* rer à vos gens que vous regardez ia probité et la moralité comme des vertus étrangères à leur classe y vous en trouverez certainemenit qui accq>teront sans hésitation des théoiîes dont ils ne verront que le coté favorable k leurs convoitises- Une appréciation de ce genre Irar paraîtra toujours du pins grand poids; et ils se considéi^eraient comme dupes s'ils s'imposaient des sacrifices auxquels ils savent bien que vous ne croiriez pas. Ne serait-il pas plus raisonnable et ptus chrétien
de leur donner, de leur dignité d'homme et de leur qualité d'enfant de l'Église ^ une idée plus élevée et en même temps plus juste ? Ne serait-il pas plus prudent de leur représenter l'immoralité y non pas comme une nécessité de leur éducation et de leur position, mais Comme une exception qui couvre de honte ceux qui s'y livrent ? Il me semble qu'il vaudrait mieux agir ainsi, que de leur fournir d'avance l'excuse d'un fatalisme complaisant. L'honneur, qui fait des merveilles au milieu des camps, enfantera des miracles au foyer domestique. Il saura encours^ger le dévouement et la résignation, servir d'appui aux principes sacrés de la religion, contribuer ainsi à la régénération des âmes les plus avilies, et retremper les courages les plus affaiblis; mais, pour l'invoquer avec succès, il faut avant tout le comprendre, l'avoir enraciné au fond du cœur. Il ne suffit pas qu'il soit sur nos lèvres, il faut que notre vie en devienne chaque jour un modèle éclatant.
Pour accomplir des devoirs aussi élevés, une femme chrétienne doit se rappeler sans cesse que son nom de mère de famille ne s'applique pas seulement à ses enfants. Le& anciens nommaient avec raison famille tout ce qui vivait sous Tautoritc des chefs de la maison. Pourquoi n'adopterions-nous pas tout ce que cette idée a de juste et de profond? N'est-ce pas un sentiment chrétien que d'avoir pour tous ceux qui vivent sous votre toit, qui deviennent vos auxiliaires et vos compagnons, un peu de cette bonté dont le cœur d'une mère n'est jamais avare ? On agit par l'affection bien plus encore que par l'autorité. Ce sentiment presque naturel qu'une véritable maîtresse de maison a pour les gens qui la servent donne à tout ce qu'elle commande une puissance de persuasion, toujours refusée à la sécheresse du cœur* Elle transforme son autorité en protection charitable, que finissent par bénir ceux-là même dont elle contrarie les caprices ou réprime les mauvais penchants. I^es hommes
aeoteat jusqu'à un certain degré ia nécessité d'une autorité régulière; maïs ils éprouvent aussi le besoin de croire qu'on les gouverne arec bienveillance et désintéressement, de pen« ser qu'en leur donnant des ordres on accomplit un devoir, et qu'on ne cède à aucun mobile d'orgueil et d'égoisme. Une fois qu'ils ont acquis une pleine confiance en ceux auxquels ils doivent obéir, beaucoup de difficultés s'apla* nissent. La bonté provoque l'affection, de même que les manifestations d'un caractère trop personnel soulèvent à diaque instant des résistances inattendues.
L'Évangile résume toute éet!^ théorie par un mot profond , en conseillant aux maîtres de devenir les serviteurs de tous. Cela ne veut-il pas dire que pendant que des frères moins fa^ vorisés que nous des dons de la fortune nous rendent , dans l'ordre matériel , une infinité de senrices, nous devons, n<Ms, leur être utiles, autant que nous le pouvons, par notre bienveillance, notre intelligence, notre affee-
tioo ? C'est ainsi qu'au {K>int éè vu« du chrâ* tianisme toutes les rigueurs du commandemeiit s'adoucissent ^ et que la dureté et l'oppressioti sont rigoureusement coudaminées , oommu coutraîres à c^te fraternité «ublime que l'ËvaDgile a révélée au monde. Pendant que les philosophes et les hommes d'État cher*dient à rétablir dans toutes les classes la paix et l'harmonie, l'Évangile nous apprend en quelques phrases précises et profondes les véritables lois de toute focmne organisation sociale , les principes qui doivent encore une fois sauver et purifier le monde. Que les classes élevées travaillent donc à se pénétrer de ces principes sacrés; qu'elles sachent de jour en jour répondre, par de nouveaux dévouements^ aux déclamateurs qui les insultent et les calomnient. Il leur reste, au sein d'un pays tourmenté par les passions de l'anarchie, bien des devoirs sérieux à remplir, bien des fautes à réparer, bien des vérités à proclamer, bien des exemples à donner. 11 faut qu'elles sachent,
toutes les fois que le devoir Texige , enseigner l'esprit d'abnégation et de sacrifice , marcher à la tête de la société , non-seulement par leui^ lumières et par leurs richesses , mais encore par un courage poussé jusqu'à l'héroïsme. Qu'elles abandonnent donc généreusement toutes les habitudes qui énervent les volontés y amollissent les caractères et précipitent la décadence des classes comme celle des sociétés , et des jours de gloire et de bonheur pourront encore briller sur notre France.