CHAPITRE XVIII
DU GOUVERNEMENT DES DOMESTICtUES.
Une des principales règles qu'on doit s'imposer dans le gouvernement de sa maison , c^est de ne jamais souffrir de la part de ses domestiques aucun acte contraire à la probité et aux bonnes mœurs. On trouve souvent des gens habiles à se faire pardonner leur corruption par des qualités agréables, ou par l'adresse avec laquelle ils flattent les travers de leurs maîtres. Ils savent si habilement manier les esprits, qu'on est toujours disposé à fermer les yeux sur leurs fautes, et à dépasser à leur
égard toutes les limites d'une raisonnable indulgence.
Une maîtresse de maison ne doit pas perdre de vue qu'en agissant ainsi on ne tient aucun compte des devoirs sociaux qui nous sont imposes. LeK ch^Fs et Isimille sont ^ti eMsl responsables de PâUlôrité qtt^ilft exercent sur leurs inférieurs^ et ils doivent avoir sans cesse devant les yeux que du bon exercice de cette autorité dépend la prospérité de la société tout entière. En effet, qu'est-ce que la société 9 sinon une réunion de familles qui se proposent d'atteindre le même but et de vivre sous les mêmes lois ? Si chacune de ces familles maintient dans son sein toutes les traditions conservatrices de l'ordre et de la morale, ta tâche des gouvernements se trouvera singulièrement simplifiée , et la réforme des moeurs s'opérera d'elle-même, sans secousse et sans bouleversement. C'est là une de ces térités fondamentales que nos contemporains sont trop disposés h méconnaître. On déclame,
fort ^oquemmeiit sans doute, sur la corrop* tîoQ du siède , sur les souffrances des classes pauvres^ sur rharmonie qui doit régner entre les différentes fractions de la société ; mais pei*sonne ne s'avise d'attaquer le mal où il est réellement, c'est-à«dire qu'on ne s'occupe pas de la famille, réalité vivante et saisissable, et qu'on poursuit des abstractions qui s'éva* nouissent à mesure qu'on. veut en approcher. Je comprends^ du reste, parfaitement cette manière d'agir. Rien B*est plus facile que de se déclarer, en général, partisan des réformes so« eiales; cela n'oblige à rien, ne gène en rien, et n'impose aucun sacrifice sérieux. En attendant que la société se corrige , on ne croit pas devoir s'occuper de ces améliorations positives que nos devoiirs nous imposent , et qu'il serait pourtant si facile de mettre en pratique.
C'est dans le eercle de la famille que cba^ cun devrait d'abord concentrer ses efforts , et réalise»* ces bonnes inteations dont on nous parle tant. C'est ainsi qu'on agirait, si l'on
avait un véritable désir du bien , une pensée sérieuse de progrès moral, une véritable envie de voir la France échapper aux catastrophes qui la menacent. Mais non! jamais il n'avait été autant question de informes, et jamais peut-être ou n'avait eu plus d'antipkthie pour toutes celles que la nécessité semble imposer, mais qui exigeraient de nous du dévouement et du courage.
Le courage est peut-être la qualité qui manque le plus à beaucoup de maîtresses de maison, qui sentent mieux que les autres la nécessité de sauver la société en sauvant la famille. I^a nature des femmes leur conseille volontiers d'agir par la douceur et par l'insinuation. Ces moyens sont sans doute excellenls, mais ils sont complètement insuffisants en certains cas et avec certains caractères. Lie pro* verbe ancien, — «Si vous voulez la paix, préparez-vous à la guerre, — c< doit être la règle de tout gouvernement. Une personne qui n'a que de la douceur et qui manque d'énergie est ioca*
pable de diriger une maison. La faiblesse est un des défauts qu'il est le plus difficile de dissimuler, et que quelques domestiques exploitent avec une rare habileté. Quand ils ne peuvent agir par la flatterie, ils imposent par la terreur leurs caprices et leurs volontés. Cependant ils se gardent bien de manifester en commençant toutes les exigences qu'ils se proposent de faire accepter ; ils habituent au joug les têt^s qu'ils veulent courber, comme ces habiles cavaliers qui demandent chaque jour à leur coursier un nouvel acte de docilité. Enfin il arrive un moment où ces persévérants diplomates deviennent les véritables maîtres delà maison. Tout s'incline devant cette autorité usurpée , tous la reconnaissent en murmurant , tous gémissent d'être obligés de la subir, souvent même les maîtres dont l'étrange faiblesse lui a donné naissance. Il n'est pas difficile de comprendre qu'une famille oîi se passent de tels abus est livrée aux lois du caprice et aux agitations de l'anarchie. Un pou-
voir dont le droit est aussi contestable soulève perpétuellement des résistances et des récriminations* I^es enfants de la maison voient avec répugnance l'avilissement des chefs naturels de la famille y et les domestiques n'obâssent à leurs égaux qu'avec une répugnance visible. On ne saurait donc trop se prémunir contre les entraînements de la faiblesse, et, pour y échapper plus sûrement , il ne faut jamais tolérer chez ses gens le moindre acte qui ressemblé à de la domination. Cela est d'autant plus difficile, que la nature humaine n'a aucun goût pour la dépendance ; qu'elle s'efforce d'y échapper par tous les moyens ^ et qu'elle exige^ de ce eoté^ une surveillance infatigable. Mais cette surveillance n'est-elle pas une partie essentielle des obligations d'une maîtresse de maison; et peut-on, en la négligeant, accomplir les devoirs qui nous sont imposés par la volonté du ciel ? D'autres mères de famille tombent dans un inconvénient tout opposé. Elles se croient obligées de faire sans cesse des
actes d'autorité. Elles s'imagineraient avoir perdu leur journée, si elles n'avaient pas à chaque instant tourmenté leurs domestiques, imposé à celui-ci une contrariété inutile, dit à cet antre quelques paroles piquantes. Elles prennent pour de l'énergie cet esprit tracassîer; elles prétendent retremper l'autorité en la rendant intolérable. Pour elles, toutes les fautes sont égales. Une femme de chambre qui aura froissé un ruban est aussi coupable qu un voleur insigne ou un débauché notoire. Je n'ai pas besoin de dire ce que je pense d'une semblable manière de gouverner^ Toute femme douée d'un tact un peu délicat saura se préserver de toutes les exagérations; elle se gardera de traiter comme des crimes ces légères infractions ou ces faiblesses pardonnables auxquelles n'échappent pas les meiU leures natures ; elle s'attachera sans cesse à réaliser, selon la mesure de ses forces , cette admirable définition que la saiqte Écriture nous donne du gouvernement de la Provi»
dence : Doucement et fortemenL L'énergie de son autorité ne 1 empêchera jamais de coqserver, dans ses habitudes de commandement, cette urbanité et cette politesse que ne doit oublier en aucune circonstance une personne bien élevée.
Chacun fait des efforts plus ou moins grands pour que ses défauts et ses travers ne paraissent pas aux: yeux du monde. On emploie souvent j pour les dissimuler, beaucoup de finesse et de persévérance; ou n'est même pas fâché d'afTecter les qualités qu'on n'a pas, et de jouir d'une réputation bien supérieure à son mérite; mais on croit pouvoir se montrer dans son intérieur à peu près tel qu'on est , et ne prendre envers ses gens aucune espèce de précautions. Ne devrait-on pas songer quelquefois que cet excès de franchise compromet singulièrement l'exercice et les prérogatives de l'au- , torité ? Est-ce en étalant complaisamment ses défauts, et quelquefois ses vices, qu'on espère conquérir plus sûrement l'obéissance et le
respect ? On oublie trop facilement qu'un certain prestige doit nécessairement environner le pouvoir, et que les hommes ont besoin ^ pour l'accepter sans répugnance, de conserver bien des illusions sur son compte. C'est agir avec une grande légèreté que de ne pas respecter ces illusions, et de saisir au contraire toutes les occasions qui peuvent les dissiper. On n'a d'ailleurs aucune raison d'être fier de ses défauts, et je ne vois pas trop pourquoi on tiendrait à en faire parade aux yeux de ses domestiques. Il serait plus sage d'en rougir, et de travailler chaque jour à s*en débarrasser.
Mais, parmi les défauts que peut avoir une maîtresse de maison , il en est quelques-uns sur lesquels j'insisterai spécialement, parce qu'ils me paraissent plus directement opposés au but qu'elle doit se proposer d'atteindre : je veux parler de la colère , du caprice, delà partialité et de l'ingratitude.
On ne se défie pas assez de la colère et des
mouvements impétueux qu'elle inspire. Cer-
laines persounes trouvent le secret de s'en faire une grâce, et de la présenter comme la preuve incontestable d'un bon cœur, en faisant quelques concessions sur les imperfections de leur tête. Mais, pour gouverner un ménage, une mauvaise tête est^-elle un si grand avan*»' tage ? Il me semble , au contraire, qu'on peut perdre facilement, par quelques accès de vio* lence, le fruit de longs efforts et des plus sages calculs. La colère vous enlève, en effet, tout sentiment de prudence et de retenue; elle vous fait avouer vos plans, trahir vos secrets, révéler vos antipathies. Un gouvernement est-il possible avec ces explosions inattendues qui détruisent en quelques instants les projets les mieux combinés? D'ailleurs est^il nécessaire, pour prouver qu'on a bon cceur, de compromettre périodiquement le repos et souvent tous les intérêts de la famille ? Ces cœurs excellents, quand une fois le courroux les aveugle , n'épargnent plus personne , et frappent à tort et à travers sur les amis autant que
sur lea ennemis. On fait ainsi des blessures inguérissables, et l'on soulève contre soi des antipathies que le temps et les bons procédés sont impuissants à détruire, Chaque jour on perd une relation agréable, un serviteur fidèle, une amie dévouée. Le vide s'agrandit à chaque instant, et, au lieu dé comprendre la véritable cause de cet abandon universel , on passe sa vie à déclamer avec emportement contre l'ingratitude et l'inconstance des homn mes. Pauvre genre humain ! que de fols nous le rendons ainsi responsable de nos imperfec^* tions ou de nos vices ! C'est absolument comme dans certains romans où la société répond toujoursdes fautes des individus qui la composent. Un fripon devient assassin , une grisette cour» tisane, uu débauché voleur, un dissipateur chevalier d'industrie; gardez^^vous d'accuser les faiblesses ou la perversité de ces bonnettes personnages ! C'est cette abominable concurrence, cet horrible capital, cette infâme société, en un mot tout ce que vous voudrez.,»
sauf la dépravation des individus ! Si vous ayez un peu de bon sens, vous souriez sans doute de ces paradoxes bizarres : mais prenez-y garde ! nous ne sommes pas aussi étrangers à cette manière de raisonner que nous aimons k le croire; seulement, nous nous servons d'un autre vocabulaire. Nous, conservateurs , nous n'accusons pas la société de nos travers ou de nos souffrances; c'est à la fatalité des circonstances , c'est à des entraînements qu'il nous plaît d'inventer, à l'ingratitude des hommes , à la malignité du monde que nous nous en prenons...; enfin, nous avons recours à une infinité d'abstractions ingénieuses pour éviter de nous avouer à nous*mêmes que nous avons manqué ou de courage, ou de patience , ou de générosité, ou de toute autre vertu.
Les caprices doivent être évités avec autant de soin que les violences. Rien n'est moins propre cl diriger les autres qu'un caractère qui subit toutes les impressions, qui passe en un instant delà tristesseà la joie, de l'irritation àl'enthou-
siasme. Comment voulez«voiis que vos gens s'habituent à respecter votre volonté, à la croire éclairée et raisonnable quand ils s'aperçoivent qu'elle est plus mobile que les vents ? S'ils soupçonnent que des motifs frivoles y des impressions fugitives, des sentiments que rien n'explique, deviennent la règle de vos appréciations et dé vos ordres, ils ne reconnaîtront jamais en vous ce pouvoir ferme, régulier, impartial, qui doit présider aux destinées de la famille ; vous-même vous ne verrez leurs qualités et leurs défauts qu'à travers le prisme de votre pétulante imagination. Tantôt un de vos domestiques deviendra pour vous un trésor de vertu, un être doué de toutes les qualités, de toute l'intelligence, de toute la sensibilité dont vous avez besoin pour ne pas être trop tourmentée. Lui seul est en état de vous comprendre, d'entrer dans vos vues , de deviner vos intentions. H s'arrange toujours de façon à vous préserver des sollicitudes et des ennuis de la vie. 11 lit dans vos regards,
devine vos intentiiMis, saisit d'un coup dœil la signification de vos sourires. Les choses vont ainsi tant que vous voyez en rose; malheureusement^ quelques jours plus tard vous ver* rez en noir. Cette personne dont les services vous semblaient si nécessaires et si commodes vous devient subitement à charge ; vous êtes choquée de la lourdeur de son intelligence, frappée de la gaucherie de ses manières. Vous lui prêtez peut^-étre de noirs desseins; saphj« sionomie ne vous paraît plus honnête, et voua lui trouvez des airs de conspirateur. Vous êtes assez portée à ci'oire que c'est un ennemi ca« chéy qu'il en veut à votre eonsidération, ou au moins à votre bourse. Avec c^tte disposition d'esprit, si vous avez le bonheur de le sur* prendre en fraude, vous vous donnerez la sa* tisfaction de le renvoyer... afin d'accorder plus tard aux regrets que vous causera sa perte toutes les larmes de vos yeux.
Puisqu'il s'agit de manies, j'en veux citer une singulière. Certaines femmes sont comme
les eofaat8> qui ne se trouvent bien nourris que chez les étrangers* Elles ont une aptitude singuliere et une étonnante perspicacité pour découvrir les qualités des domestiques de leurs amies. Comme elles ne les voient qu'en passant ) elles n'en aperçoivent naturellement que les côtés avantageux. Quelqu'un qu'on entrevoit à peine^ et qui n'a aucune raison de blesser vos idées et vos habitudes^ vous paraîtra toujours préférable à ceux que vous avez perpétuellement sous lesyeuxy et dont l'intimité Vous permet de connaître tous les défauts* C'est cette illusion commune qui fait qu'on s'imagine qtie les lieux où Ton n'est pas jouissent d'un printemps perpétuel, et que le pays qu'on habite est affligé de tous les fléaux. Avec cette humeur voyageuse qui s'élance toujours au delà des limites de la réalité et souvent même du possible 9 <kk ne peut avoir envers ses gens une équité convenable ^ et l'on manque souvent même de reconnaissance pour des services excellents et dévoués.
Ce nu>t de reconnaissance à propos de services rendus par les domestiques paraîtra peutêtre étrange à plus d'une oreille; c'est à dessein que je l'emploie, parce que je crois qu'il est y en certains cas, l'expression exacte du sentiment que l'on doit éprouver. £n effet, s'il se trouve un grand nombre de cœurs mercenaires, gouvernés exclusivement par des sentiments bas et intéressés, il existe aussi des âmes généreuses et dévouées qui ne croient jamais en faire assez pour accomplir les devoirs que leur impose cette noblesse naturelle, précieux apanage de toutes les natures distinguées. Jjes gens de ce caractère, quand leur situation les oblige de servir, s'acquittent de leur besogne avec le zèle d'un ami, bien plus qu'avec l'exactitude d'un serviteur. Au lieu de s'épargner, ils s'exténuent; au lieu de ménager leurs £orces, on a besoin de contenir leur courage. Loin que les épreuves, les souffrances ou les dangers les épouvantent, on dirait qu'ils sont heureux de satisfaire leurs généreux instincts
d'abnégation et de sacrifice. Ils s'identifient tellement avec leurs maîtres, qu'ils partagent leurs joies, souffrent de leurs douleurs, vivent, en un mot, avec eux d'une même vie, s'inspirent des mêmes idées et des mêmes sentiments. Heureuses , mille fois heureuses les maisons auxquelles le ciel accorde de pareils trésors ! Mais croyez-vous que ceux qui les possèdent puissent les considérer comme des domestiques vulgaires ^ et , à cause de leur condition inférieure, se dispenser à leur égard dos sentiments de la reconnaissance ? J'aime à croire que personne n'oserait défendre une pareille thèse; et , s'il se trouvait quelqu'un qui voulût la soutenir, il mériterait de ne connaître que ces âmes mercenaires qui ne voient jamais dans un maître qu'un ennemi qu'il feut toujours maudire , ou qu'une proie bonne à dévorer.
Mais, pour conquérir l'affection de ses domestiques, il faut éviter l'oitibre même de la partialité , et montrer en toute occasion une sollicitude sincère et cordiale pour leur santé, et même pour leur avenir.
Rien ne révolte les hommes comme les préférences injustes , rien ne paralyse davantage les meilleures intentions. Certaines maîtresses de maison croient pouvoir sans inconvënient afficher des préférences qui ne sont pas toujours fondées sur une justice bien intelligente et bien exacte. Ces prédilections aveugles peaveht laîre à leur autorité un tort irréparable. En effet , si elles se montrent toujours sévères pour les uns et indulgentes pour les autres^ comment né s'attîreraient-elles pas Taotipalliîe de ceux qui n'éprouvent que des rigueurs? C'est surtout quand il est question de vigilance que la partialité se montre plus à découvert, et produit en même temps plus d'inconvénients. Quelques personnes se confient aveuglément à des domestiques Favoris, tandis qu'elles exercent sûr les autres une surveillance impitoyable. N'est-ce pas faire assez comprendre à ces derniers le peu de cas qu'on I^it de leur probité, et l'inquiétude que donne leur manière d'agir? Pour qite la vigilance
perdç le caractère odieux qu'elle peut facilemeot avoir, ai Ton s'avise de l'exercer avee maladresse, il faut qu'elle soit perpétuelle et universelle, et qu'elle ne puisse paraître à qui que ce soit une précaution dirigée contre lui , mais une simple mesure de bon ordre , inspi-» rée par le désir d'empêcher des négligçncea dans 1^ service, et par l'intention de se rendre un compte exact de ses affaires et des dépenses de sa maison. Une fois que ces règles seront bien établies et considérées comme une organisation permanente, tout le monde s'y ^umettra sans résistance et sans murmure. £n agissant d'une autre façon, en prenant des mesures transitoires et individuelles , on ne pourrait éviter des querelles, des dissensions sans 6n.
L'impartialité que je recommande doit se montrer surtout dans les maladies des domestiques. C'est ordinairement en pareille circonstance qu'ils peuvent juger si leur maître a pour çux un intérêt véritable et affectueux.
Les infirmités sont en effet les épreuves les plus dures de leur position. Séparés presque toujours de leur famille, et privés de ces consolations qui sont si douces au milieu des découragements que la souffrance inspire, ils attendent de la bonté de leur maître -cette sollicitude vraiment fraternelle que la religion doit conseiller à toutes les âmes chrétiennes. Si rÉvangile nous promet les fav^eurs du ciel pour un verre d'eau donné à un indigenty ne . devons-nous pas penser que le Sauveur des honranes verra avec complaisance des soins affectueux prodigués à ceux qui ont tant de fois employé à notre service les forces de leur corps et les ressources de leur intelligence? D'ailleurs un cœur vraiment sensible ne peut pas voir avec indifférence les souffrances et les angoisses de ceux qui ont tant de fois contribué, par leurs bons offices et leur fidélité, au bien-être et au charme de sa vie. Une existence en quelque sorte commune établit entre ceux qui vivent sous le même toit
des obligations de bienveillance beaucoup plus rigoureuses qu'envers ceux avec lesquels nous n'avons que des relations passagères. La charité chrétienne saisit avec empressement de semblables occasions pour manifester les ressources infinies dont elle semble avoir le glorieux privilège. Elle se garde bien de montrer à des gens déjà fort malheureux les ennuis et les contrariétés que cause nécessairement la privation de leur service. Elle n'ignore pas que des soins, en quelque sorte matériels, sont souvent bien insuffisants pour calmer les inquiétudes d'une âme livrée aux agitations de la maladie, et elle trouve dans l'inépuisable bonté de son cœur de douces paroles et de fraternelles consolations.
Quelques personnes s'imaginent à tort que la bonté dont on use envers ses domestiques entraîne tous les inconvénients d'une familiarité qu'elles jugent exagérée. Je sais bien que certains caractères gardent difficilement cette
mesure que la raison et la prudence suggè-
rent, el qu'ils trouvent les moyens d'abuser des conseils les plus sages; mais il n'est pas difficile de comprendre , quand on a un peu d'intelligence et de fermeté , qu'on peut avoir pour ses gens toute la bienveillance possible y en maintenant la distance qui doit toujours séparer les maîtres des serviteurs. Il faut év'h» ter de passer de la hauteur à une intimité dont les inconvénients sont innombrables. Ja* mais les domestiques eux-mêmes ne trouveront mauvais qu'on reste fidèle aux exigences de sa position y et n'estimeront beaucoup quelqu'un qui n'eu tiendrait pas compte. Leur appr^ ciation de ce genre de convenances est ordi* nairement très-sûre et très<»exacte ; ils sentent très-bien qu'on ne peut concilier la femilia* rite avec le commandement. J'ai même remarqué plus d'une fois qu'ils n'ont qu'un penchant fort médiocre pour ceux qui , après les avoir traités en égaux 9 sont obligés de temps en temps d'user des privilèges de leur auto» rite. Ces transitions , qui leur paraissent ioex-
piicablaii) blessent beaucoup plu» leur amour"^ pi^opre qu'une sage mesure entre la hauteur et la familiarité. I^ hauteur, sans doute, rond odieui^; mais la familiarité rend sou« vent ridicule, quand elle n'avilit pas. Ou peut , ^ans orgueil , respecter toutes lea convenances de sa situation , parce que les lois de la hiérarchie sociale sont fondées sur des considérations do l'ordre le plu;^ élevé,
I«'affection qu'une maîtresse de maison doit témoigner à ses domestiques ne sq borne pa$ au présent, mais elle s'étend avec intérêt jusqu'à l'avenir qui leur est réservé. On doit désirer naturellement qu'ils finissent leurs jours dans une honnête aisance, et qu'ils se prépa* rent, pendant les jours de travail et d'acti* vite» des ressources suffisantes pour leur vieiU lesse. Or, Texpérience prouve qu'ils entendent souvent mal leurs affaires, et que, même avec des habitudes d'ordre et d'économie, ils ne savent pa» tirer de leur argent tout le parti
possible. Je crois qu'il n'est pas indigne de la sollicitude d'une maîtresse de maison de leur donnei* des conseils fort utiles sur l'emploi qu'ils peuvent faire de leurs épargnes, et sur les moyens dont ils doivent se servir pour les augmenter. Ne pourra-t-elle pas plus d'une fois profiter de cette occasion pour réprimer avec adresse ce goût de luxe et de dépense si corn» mun chez les jeunes domestiques^ et pourtant si contraire à leurs intérêts? Âi-je besoin de dire que ce zèle vigilant doit s'exercer avant tout quand il est question de leurs destinées immortelles? Quelques femmes, même parmi celles qui sont chrétiennes,* accomplissent-elles en cela leurs devoirs essentiels? 11 ne sufBt pas de désirer des domestiques attachés aux principes religieux et à toutes les pratiques du catholicisme, il faut s'arranger de façon à leur laisser le temps et lesmoyens nécessaires pour obéir aux lois que l'Église leur impose. Si vous les écrasez le dimanche d'une multitude de choses à faire , vous leur fournirez des pré-
textes spécieux pour se dispenser de l'assistance aux offices divins j et vous les priverez ainsi de ces enseignements qui peuvent seuls maintenir en eux la vie morale, et les préserver de la contagion des mauvais exemples qui trop souvent les environnent. Vous devriez veiller encore à écarter de leurs mains ces livres pénétrés de l'esprit d'irréligion et d'anarchie qui gâtent insensiblement leur cœur, et les préparent à recevoir avec bienveillance les doctrines destructives de tout ordre social. S'ils ont contracté le goût de la lecture, et que ce goût soit conciliable avec leurs occupations, il ne serait pas sage de leur interdire une distraction qui peut avoir bien moins d'inconvénients que beaucoup d'autres pour lesquelles on se montre quelquefois bien indulgent. Il est plus sage, en pareil cas, de profiter des ressources que présentent ces bibliothèques paroissiales , qu'on ne saurait trop multiplier dans un siècle où toutes les classes se montrent
avidest de di^traclions inteliectuelles , et de fournir aio$i à Fesprit de ses domestiques une in&tructio» solide et saine.
GHAPiras XIX.
liB TRAVAIL.
Il ne faut pas conclure de ce que j'ai dit précédemment, que je veuille réduire toute Tactivité d'une femme à la direction des affaires domestiques. J'ai déjà fait remarquer que f dans certaines situations , il est fort utile de prendre une part plus ou moins étendue aux soins du ménage* Mais, quelque situa* tion qu'on occupe, je ne crois pas qu'on doive se dispenser du travail des mains* Les femmes ont pour ce genre de travaux une aptitude si décidée, qu'on ferait évidemment violence à le^Ts goûts et à leur vocation en (H*éàendaat
le leur interdire. Ce genre d'occupation remplit les heures que tous les membres de la famille passent ordinairement réunis. Il n'empêche ni les jeux des enfants, ni les conversations des personnes plus âgées, et il donne à une mère de famille une contenance laborieuse qui lui sied beaucoup mieux qu'un air d'ennui et d'oisiveté. Cet air-là n'a jamais de grâce y quelle que soit la fortune qu'on ait et le rang élevé qu'on occupe dans le monde. Qui peut se vanter, à l'époque bouleversée où nous vivons, de n'avoir jamais besoin du travail de ses mains? Qui peut se flatter d'avoir toujours autour de soi d'activés femmes de chambre disposées à vous épargner tous les soins de la vie? Que de personnes n'ont pas entendu dire à leurs grand'mères qu'elles ont été heureuses, au jour de la proscription et de l'exil, de se trouver plus adroites que beaucoup de leurs amies ! Il n'est pas toujours nécessaire de recourir aux révolutions pour faire naître la teiTeur des revers de la fortune. Le sort d'une femme est lié à
taut d'autes destinées , qu'elle doit , même au sein dé l'opulence^ se préparer avec sagesse à toutes les éventualités. D'ailleurs, pour bien apprécier la besogne des autres , le temps et les matériaux qu'on y doit employer, il faut savoir travailler soi-même, avoir, en un mot , autre chose dans l'esprit que des notions vagues et spéculatives*
J'ai déjà fait remarquer qu'on commande très-mal, quand on n'a pas une idée précise des choses qu'on voulait faire exécuter.
Cependant, il faut faire au travail des mains une part raisonnable dans les occupations de sa journée. Quelques femmes se passionnent trop exclusivement pour cette manière de passer le temps. Pendant que leur activité se consume à exécuter des broderies compliquées, ou à méditer des tapisseries savantes, le gouvernement de la maison est abandonne à des mains étrangères. N'est-ce pas le cas de répéter le mot de l'Évangile : — « Il fallait faire ceci et ne pas omettre cela?» — Je n'ai
pas besoin d'insister sur cette manière bornée d'envisager les devoirs de sa position : j'ai tâché de montrer l'importance des afibires domestiqaeS) et la nécessité d'y consacrer tout ie temps qu'elles exigent. Je croîs devoir ajouter une considération qui n'est pas sans portée. Comme je l'ai démontré dans un autre ouvrage (i), une femme intelligente ne doit jamais perdre de vue le gouvernement de son imagination. Cette faculté est exigeante, elle a des besoins impérieux qu'on ne méconnaît jamais impunément. Or, je ne crois pas que le travail des mains, s'il est trop prolongé, puisse fournir un aliment suffisant à l'activité dévorante de quelques esprits. Il pourrait, au contraire, trop développer ce penchant à la rêverie, qu'il faut savoir contenir dans certaines limites, si l'on ne veut pas qu'il absorbe les facultés les plus actives de l'âme. Comme les
(i) Voy. la Femme ckréiienne dans ses rafporis m'ec le
monde, — Imagioalion.
occupations dont je parle laissent à la tête toute sa liberté^ à la fantaisie toute son indé** pendance^ je comprends facilement que, dans une disposition particulière d'esprit et de cœur^ on le»préfere à beaucoup d'autres manières de passer le temps. Mais il n'est pas question de ce que Ton aime le mieux ; il s'agit bien plu^ tôt de nous gouverner avec sagesse, et de nous mettre toujours en état de remplir les devoirs sacrés de notre position*
Ce sont les exigences et même les habitudes raisonnables de cette position qu'il faut con» sulter dans le choix des travaux manuels. Il ne faut pas s'imaginer que tous ces travaux aient la même importance au point de vue de l'é* eonomie domestique. On écoute trop facile* ment 9 lorsqu'il s'agit de se créer des occupations de ce genre 9 ses prédilections et ses goûts. Il n'est pas rare de voir des femmes, dont la fortune est fort modeste et les enfants nombreux, consumer en travaux futiles un temps qui devrait être employé d'une manière
beaucoup plus intelligente et beaucoup plus fructueuse. Chacun se demande pourquoi l'on dépense tant d'industrie à s'occuper de fleurs artificielles ou de tapisseries, lorsqu'on pourrait très-bien employer son adresse de façon à diminuer les dépenses communes? Ce genre de travaux entraîne , en effet , des frais assez considérablesy et cet argent trouverait facilement un emploi beaucoup plus utile. Ainsi , si vous achetiez pour votre église les fleurs dont vous voulez parer les autels, elles vous coûteraient moins cher que celles que vous tenez à faii'e vous-même, seraient certainement plus solides et peut-être plus belles, et vous gagneriez, en outre, tout le temps que vous perdez. Il ne faut pas beaucoup de science économique pour comprendre ce calcul. Quant à la tapisserie, on peut la défendre à l'aide de raisons plus ingénieuses que fortes. On dira que les meubles de ce genre sont d'un assez grand prix, et que les achats de laine et de canevas sont fort peu de chose, quand on les compare
à la cherté de la main-d'œuvre. Ce qui donne à ces apologies une base fort contestable, c'est que dans votre situation vous pouvez proba« blenient vous arranger de façon à remplacer avec beaucoup d'avantage un meuble de tapis* série, qui n'est pas toujours en harmonie avec l'ensemble de votre maison. Vous passez à ce travail un temps considérable, et cela peutêtre pour un modeste castel ou pour un petit salon de ville. Contentez- vous de moquette, vous dépenserez moins d'argent qu'il ne vous en faudrait pour les matériaux de votre travail, et vous aurez beaucoup de temps à donner à la direction de votre maison et à des travaux dont le résultat vous sera certainement plus utile, et peut- être même plus agréable.
J'ai vu des femmes s'occuper de tapisserie,— sans aucune espèce de bon goût, — et dire gravement qu'elles préféraient ce genre d'ouvrage , parce qu'il exigeait de l'adresse et le sentiment des arts. Mais si vous tenez à
faire preuve d'habileté^ vous trouverez dans la broderie plus d'une occasion d'e\ercer votre talent. Ce genre de travail^ qui ne manque assurément pas de distinction, présente une multitude d'avantages que n'a jamais la tapisserie. Il n'exige, pour ainsi dire, pas de dépense, puisqu'il faudrait, dans toute hypothèse, acheter les matériaux qu'on emploie, et que la batiste, la mousseline et le tulle ne vous coûte* ront que le tiers du prix que les marchands vous les vendraient, s'ils étaient déjà brodés. Vous aurez ainsi la satisfaction de donner à votre toilette, avec très-peu d'argent, un caractère particulier d'élégance et de bon goût. Rien n'entre mieux dans vos intérêts bien entendus, ainsi que dans ceux de votre ménage. Les ouvrages que l'on fait au crochet présentent à peu près les mêmes avantages, si Ton met de côté le point de vue du bon goût, •— • qui ne me regarde pas. — J'avouerai, du reste, volontiers qu^on va souvent chercher fort loin des ressources d'occupation que Tu-
tile et modeste couture présente incontestable*» ment. Quelques femmes, — et ce ne sont pas les plus adroites, — en parlent comme d*une habitude indigne de leurs mains délicates. Cette appréciation est fort injuste,et ne sera pas, j'en ai la conviction, partagée par celles qui connaissent toutes les ressources d'un genre d'ouvrage trop décrié. Pourtant, qu'y a-t-il de plus simple que de voir une mère de {eimi\\sjh^^np de confectionner elle-même Ces jolis costumes d'enfants qui coûtent si cher à celles qui ne savent pas les faire elles-mêmes ? N'existe-t-il pas d'autres ouvrages de ce genre que l'usage permet, même aux femmes du rang le plus élevé? Quant à celles dont la fortune est beaucoup plus modeste, heureux leur mari et leurs enfants, si elles agissent dans leur ménage en véritables couturières, si elles n'abandonnent à personne le soin de leur linge, et si elles surveillent avec une science vraiment compétente tout ce qu'elles ne peuvent pas faire elles-* mêmes! J'ai déjà dit qu'il fallait déployer dans
ces conditions modestes une grande activité personnelle, une vraie passion pour le travail, une modestie courageuse qui ne dédaigne rien de ce qui peut être utile aux intérêts communs. Ces excellentes ménagères passent avec une égale ardeur de la broderie à la couture, et de la couture au tricot.
Il vient de m'échapper un mot bien prowquc- ! Pourtant le tricot est un de ces ouvrages dont les applications variées s'adaptent à toutes les conditions de la vie, tant l'adresse féminine a su trouver en ce genre de travail de combinaisons ingénieuses! J'avoue, pour mon compte, être un des admirateurs les plus convaincus de cette adresse, <}uand je vois les pauvres lui devoir ces bas excellents et ces gilets moelleux qui leur rendent de si grands services pendant les longs jours de Thiver.
Tous les ouvrages dont je viens de parler exigent plus ou moins d'adresse et de patience, mais aucun ne peut se passer de persévérance. Quelques femmes portent dans leurs travaux
la déplorable mobilité de leur caractère : elles en commencent une multitude avec une ardeur qui promet des merveilles ; mais dès qu'il se présente une difficulté, qu'une nouvelle idée leur passe par la tête, tout est bien vite abandonné. Une telle manière d'agir est caractéristique; elle indique presque toujours un défaut d'ordre et d'économie. En effet; fient toutes ces dépenses, ces avances d'argent dont on ne retire presque jamais aucun profit, et qui semblent seulement faites pour satisfaire les caprices d'une fantaisie sans frein ?
Parmi les ouvrages dont j'ai parlé, la couture et le tricot présentent un grand avantage : c'est de pouvoir être employés efficacement au soulagement des pauvres. Depuis quelques années, l'esprit de charité a fait en France de grands progrès. Les classes aisées comprennent mieux chaque jour la nécessité d'une activité personnelle dans la pratique des œuvres destinées au soulagement des indigents. On se contente moins que jamais de quelques au-
mones dispersées au hasard ; on veut entrer d'une manière active dans les intérêts des pau« vres, s'occuper du développement de leur mo» ralité^ les consoler des épreuves qu'ils endurent, leur donner^ en un mot^ tous les secours que peut inspirer une compassion ingénieuse et vraiment fraternelle. Ce sont là de grandes ^t brunes pensées, très-propres assurément à conjurer les dangers de l'avenir, et à maintenir, dans toutes les fractions de la société, ces relations cordiales qui sont si conformes à l'esprit de rÉvangile. Cette renaissance de la charité parmi nous a donné à plusieurs femmes l'heureuse idée de s'occuper elles-mêmes de travaux destinés aux pauvres ; elles se sont vite aperçues qu'elles pouvaient ainsi les secourir d'une manière beaucoup plus efficace en faisant des avances très-peu considérables. En efiet, les indigents, occupés avant tout de leur pain quotidien , manquent souvent des vêtements les plus essentiels, et s'exposent ainsi, surtout pendant la saison la plus rude, à contracter
les plus graves infirmités. Pour remëdiei* à ces iuconvénients, on voit des femmes d'un i*âng élevé travailler avec ardeur la bure et la laine, et façonner ainsi, pour leurs protégés, des vêtements chauds et solides qui les mettent à Tabri des souffrances et des maladies auxquelles rhiver donne si souvent naissance. Il y a quelque chose de touchant dans ces soins délicats que savent inspirer un bon cœur et une religion éclairée. L'aspect de ces vêtements grossiers, au milieu des meubles élégants d'un riche salon^ rappelle sans cesse à 1 ame les épreuves de la pauvreté, et la sympathie qu'elles doivent inspirer à toutes les femmes qu'anime le véritable esprit de i'Évangile. C'est une pensée bonne et saine d'avoir, au sein de l'abondance et du luxe , les souffrances de ses frères toujours présentes detnnt les yeux, afin de mieux comprendre et de ne jamais perdre de vue que la Providence a constitué les riches les trésoriers et les protecteurs des indigents 4 tandis que les pauvres devien*
nent à leur tour, auprès de Dieu, leur plus solide appui.
Il existe dans uae contrée de la France un usage remarquable qui parait inspiré par des idées tout à fait analogues : chaque semaine, toutes les femmes de la maison travaillent un jour entier pour les indigents. Ce jour-là, on abandonne tous les autres ouvrages, quel que soit l'intérêt qu'on y mette et l'ardeur qu'on y porte. De même qu'on consacre une journée à Dieu, une autre est donnée aux pauvres, qui sont ses enfants bien-aimés^ et qu'on est heureux de pouvoir servir comme ceux qui représentent le plus fidèlement le genre de vie qu'a mené le Sauveur durant sa vie mortelle. De pareils usages sont très-propres à donner au soin des pauvres un caractère profondément religieux et moral. Il le faut considérer^ non plus comme un mouvement de compassion que l'humanité doit inspirer à tous les cœurs sensibles, mais comme un des principaux devoirs imposés à tous ceux auxquels
la Providence confie les richesses de la terre. Les mères de famille ne peuvent trop multiplier de semblables habitudes , afin de faire pénétrer profondément dans le cœur de leurs enfants ces grands principes de la charité chré^ tienne, que Tégoïsme travaille toujours à combattre et à faire oublier. Les jeunes intelligences sont vivement impressionnées par les exemples qu'on leur met ainsi sous les yeux , et ils contribuent puissamment à fortifier en elles les nobles instincts et les bons enseignements.