‹ Les dévotes epistres de Katherine d'AmboiseChapitre 11 sur 11 · DE MON TRES PUISSANT SEIGNEUR ET SAUVEUR · texte numérisé non relu

DE MON TRES PUISSANT SEIGNEUR ET SAUVEUR

IHESUSCRIST

Ébiènes J'ay receu ton registre , Fondée en dueil ta pitoyable epistre ,

Ou tu descrips , en toute humalité,

De ton esprit la grant legereté,

Tes pechés tous esperant L'amender, Comme as voullu le m'escrire el mender.

Cou pourpos de louenge est tres digne, Et de salut le marc et le vray signe.

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Mais que le fasse, sans rompre la promesse, Qui envers moy se doit, comme la messe, Veritable estre, que pardevant n'as faict ; Dont tu pechas et commis grant for faict Par plusieurs foys, en ensuyvant tes pères, Lesquels premiers commirent vitupères

Par transgresser mes injunctions et dictz, Et avoir creu le serpent interdictz. |

LC; non pourtant quelque offence qu'ayes faicte, Tant vile sois, ordouse et putrefaicte,

Je ne sçauroys , ma fille de concorde ,

Te refuser nommer misericorde.

Je ne pourroys desnier ta demande,

Posé qu'el soit, veu tes meffaictz, fort grande. Moy mesme ay dit, or ma parolle est seure, Mon Evangille l'afferme et je l'asseure,

Que a quelque heure que le pecheur dira

Du fond du cueur peccavi, s'oublira

Le sien delict, et recepvra pardon.

— lj —

Je L'ay conclus et octroyé par don.

” + 0 ma fille, cela que j'ay prediet, Promis jadis, y mectre contredict

Je ne scauroy, sans estre veu imjuste,

Et tu sçais bien que Dieu fut et est juste.

Par quoy ne puis refuser ta requeste ;

Et m'eusses-tu autant faict de moleste Que fist Judas, et tous aultres pecheurs Depuis Adam, envers moy transqgresseurs.

Davantage tu as esleu ma mère

Pour advocate, et quyder ton affaire.

Tu es prudente, car de riens l'escondire Jenepourroye; Royne est de mon empire, Ayant puissance, icelle que je l'ay.

Impossible est luy faire aulcun delay

De rien qui soit, a son vueil et desir ;

Mais justement parfaire son plaisir,

Sa volunté, sans y penser desdict

Chose au contraire, rien buy est interdhet

ET

fe. m'a baillé et presenté ton cueur'; Lequel me donnes ; tu ne pourroys meilleur Choisir pour garde que moy, je le L'asseure. Icelluy prens, te recepvant en l'heure Pour mon espouse et dame par amours.

Ainsi pensant que jamais laches tours

Ne me feras. À cela je me range.

Plus que de moy tu ne feras eschange , Ainsi que font plusieurs aultres mondaines, En promesses volages et soubdaines.

Constante et forte te maintiendras et ferme.

Ainsi ma mère le m'a dit et l'afferme , Faisant pour toy le veu et la promesse Dont pour monstrer que j ayme lasimplesse, L'humilité de toute creature ,

Pour commencer d'amour la conjecture, L'anneau de paix et de remuission

Tenvoye la bas, veue ton intencion.

Tu le garderas pour et en souvenir

De ton espoux, bien t'en pourra advenir.

— litj —

(M cueur, lequel tu m'as icy transmys.

Aurang sera de mes par facts amys ,

Mys et posé en ung repositoyre

Celestiel, divin, triumphatoyre,

Ou d'ennemys il n'aura jamais garde.

Icelluy prens en main et saulreqarde.

Pour recompense, ous vices et pechés

Que jusques ey L'ont voullu empechés , Faisant lesser mon chemin vertueulr ,

Le tout efface, et encor plus je veutr,

Si envieulr te demendoit par voye

Qui t'a baillé l'anneau que je l'envoye, Pour quel faveur icelluy tu comportes,

Dy leur tout hault que Cil pour qui le portes Est acomply et plain d'honnesteté

Le parangon de toute humilité,

Le beau des beaux, le meilleur des meilleurs, Riche et puissant prince de tous seigneurs.

Plus, sid'amour il te vouloit blasmer,,

Fay leurresponce que suis digne d'aymer :

Et que l'anneau pourteras dans ton doy, En despit d'eulx et pour l'amour de moy.

Et ne te chaille d'injure qu'on te dye,

Si de toy sont en folle jalousye.

Ne plus ne moins, lesse tout descouller.

On ne scauroit garder foulz de parler.

Persevère tousjours de mieulx en nueulx Ung vray aymant a tousjours envieulz, Note ce poinct.Je seray ton garant,

En tous tes faictz aydable et secourant.

Mès que tu soys juste en ton maintenir.

Ceulx du jourd'uy promectent sans tenir.

Ne soys icelle, car c'est ruse evidente,

De mocquerie et voysine et parente.

LZ'Æyes esqard doncques dorenavant

A ton espoux, qui tant benignement

T'a recueillye de charité emprins, Veuqu'envers luy avoys commis mesprins.

Je ne dys pas ces motz pour l'irriter,

Quelque chose que vueille interpreter.

L'acordest faict , et le pardon donné , De toy et moy signé et ordonné.

C. que Le mande n'est que pour L'advertir Que tu ne soys siprompte a divertir, Qu'aultre foys fus ; oultre je te conseille, Ainsi qu'amant pour son amye veille,

Qu'au temps qui veint ne te monstres estrange Au gardien de toy, c'est ton bon ange.

Si son conseil eusses voullu ensuyvre ,

Le monde immonde qui mainct esprit enyvre, Me l'eut deceue, la chair, aussile dyable, Note ce dit, qui n'est songe, ne fable, Iceulx l'ont faict delesser esquicté,

Pour obeyr a sensualité ,

Sonteschauquectes, el larronsinfernautr, Faicts el domptez pour induyre a tous maulr.

Tu as suyvy leur on famie et bende

Par moult de temps, dont tu devoys la mende

— lu —

A moy ton Dieu, qui L'eus voullu contraindre Faire payement sans espargner ou faindre, Qu'eusses tu faict, povrette creature ?

Ton corps et ame alloit a l'aventure.

Cr donc la charité profonde De ton amy, le bien en luy abonde.

Que sivouloit les pecheurs condempner, Sentence juste sur iceulx ordonner,

Tout aussi tost qu'ils ont commis offence, Le povre monde yroit en descadence,

Et deffauldroit, entens-tu bien ce dicte, Grant besoing est que tu soye exercite Aux deffectifz estre doulx et propice , Non pas user de riqueur de justice, Comme piteulx de leur paine les tyre , Par devers moy en doulceur les retyre.

Aucunes foys par tribulation

Je les esprouve et par temptation.

P, ces deux poinctz retourne le pecheur

= lui —

A recongnoistre son Dieu et créateur.

Ce non pourtant ne vouldroye ordonner Temptacion aucunement donner,

Que l'on ne puisse porter et sosterur.

A toy sur tous en peult se souvenir :

T'emptacion, contemple bien mes dicts, Est le sentier qui meyne en paradis.

T'emptacion faict a cueur retourner, Bon gré mal gré le pecheur destourner..

Temptacion qui faict crier : hélas!

Faict plus de bien a la fin que soulas.

Mais que pacience conduyse en bon espour, Le desvoir esvitant desesporr.

| pee troys pirates que j ay devant nommés Larrons, faulsaires, pour bien les blassonnes, Ils sont là bas pour servir de telz mectz.

Pour ce, ma mye, garde leur entremectz.

Lemonde est prompt promettre sans tenir.

Par ses promesses mainct en à faict venix

lu

Vif —

À perdilion, usant de menterte.

Proumect a tous esperance de vie,

Longue et certaine; mais quant la mort survient, De ses promesses pour vrayne luy souvient,

En delaissant, comme cault et rusé,

Tous ceulæ qu'il a par promesse abusé.

1) avantage la chair ne faict pas moins ; Etpuys le dyable des deux frères germains, Cil tient la peaultre du navyre infernal, Le conduysant comme grant qouvernal ; Voir de tel sorte que si la creature

Ne se retire de soubz la couverture

De ma passion douloureuse et acerbe ,

À grande paine, note bien ce proverbe, S'absentera de ces larrons predicts ,

Que n'en recoipve dix mille contredictz.

S aulvelé aultre ne veuilles enchercher Que mon cousté, vien toy dedans cacher.

— lie —

Prou large il est et au long parfendu :

Pour tous pecheurs amplement estendu Voire et sans doubte auleun ennemy me faire.

Approchés vous, en moy voulant complaire , Courés , trottés avec mesure et ordre,

À haulte voir criés misericorde

Juste le fust de mes tres sainctes armes, C'est de ma croix, ou receus les alarmes

De mort mordant, qui sur moy eut viqueur l'our heur venir a vous aultres meilleur.

2 Linsi le fist Maria Magdalaine , Semblablement la bonne Egipcienne.

Qui au plustost que ma croix embrassée Eurent, ensemble estaché leur pensée,

La chair, le monde, en cas pareil le dyable, Lesard in faict, puant, abhominable, [lsne craignyrent telle secte mauldicte, Considérant qu'el estoit interdicte Pourlapoursuytede monemprinse saincte

nr

(#) mon espouse, 0 ma mye, el sans faincte Je L'avertis, tout ainsi que doit faire

Le bon amy, garde de te deffaire

Et corrumpre la foy que m'as promise.

As de par moy entendu la divise

Des troys faulsaires qui font certainement Mainte povre ame aller a dampnement :

Croy le conseil de ton loyal espoux,

Non pas d'iceulz, et tu auras repoux Avecques moy, en mon palais Royal, Auquel jamais n'entre cueur desloyal.

Celuy est dit le manoir d'oraison,

Ou Charité et ma fille Raison

Ont audience, qouvernes toy par eulr Et les enssuys; il l'en adviendra mieulx.

Qui est la fin du Dicte que L'envoye, Prenant congé, a tant que je te voye.

Fix par Mo K. D'AMBOYSE.

Tours. — Impr. Mae.

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