II. HISTOIRE NATURELLE
centre (PI. I, fig. 2) en se retirant des extrémités. Bientôt le plasma concentré, au milieu du fruslule, sous forme d’une masse ellipsoïde, augmente de volume et oblige les deux valves du frustule à s’écarter (PL I, fig. 3) ; ce que l’on constate facilement en faisant rouler les frustules dans la préparation. Les masses protoplasmiques sortent alors des frustules par les côtés les moins cintrés, qui se sont entr’ouverts, et viennent se placer l’une contre l’autre et parallèlement aux valves des deux frustules vides (PL I, fig. 4), sans qu'il y ait jamais de fusion entre les deux masses. Ce fait enlève donc toute idée de conjugaison; c’est un simple rajeunissement de la cellule, une reproduction asexuée. »
« Les deux masses protoplasmiques constituent les auxospores ; elles renferment les noyaux ; elles sont nues et ont une teinte brun foncé dans toute leur étendue (PL I, fig. 5). Le volume des auxospores s’accroît rapidement, surtout dans le sens de la longueur (fig. 6 et 7) ; il atteint le double de la longueur des cellulules mères (fig. 8). »
« Dès que l’accroissement a pris fin, on voit apparaître une membrane sur les auxospores; le plasma coloré se relire légèrement des extrémités (PL I, fig. 9) et, bientôt après, ce dernier prend la forme caractéristique du chromatophore des Cymbellées. Aussitôt que le plasma coloré a acquis sa forme définitive, on voit les auxospores, d’abord subcylindriques et droites, s’arquer plus ou moins fortement (fig. 9 et 10). En même temps, les extrémités s’atténuent et la membrane ne tarde pas à se plisser vers les deux pointes du frustule, tout en restant lisse au centre (fig. Il), et l’on voit alors apparaître les premières traces de la ligne médiane (PL I. fig. 12), À ce moment, l’enveloppe du jeune frustule est plus fortement marquée, c’est le commencement de la silicification, c’est-à-dire du dépôt de la silice dans la cellulose de la membrane primitive. (1). »
Là s’arrêtent les observations de M. P. Petit. Il lui a été impossible de suivre plus loin le développement du frustule qui alors se trouve être deux fois plus grand que la cellule mère.
Le même observateur a aussi rencontré, mais dans un état avancé, les auxospores du Navicula crassinervia. Elles étaient plus ou moins développées. Les unes (PL I, fig. 14) commençaient seulement à s’accroître ; d’autres (fig. 15) laissaient voir, sur les extrémités, un plissement analogue à celui des auxospores du Cocconema cistula (1).
Ces observations confirment celles du Dr Schmitz sur la formation des auxospores du Cocconema cistula (2) et sont, au contraire, en contradiction avec les théories émises par MM. Thwaites, Carter, W. Smith et Lüders qui croient à une véritable conjugaison sexuelle.
Pour nous, nous croyons à une action sexuelle. Nous voyons qu’il y a
(1) Bull. Soc. Bot. de France , T. XXXII, 1885, (Sess. de Charleville).
(2) Bot. Zeitung , 1872, p. 217. — lïr Scbmitz. — Ueber die Auxosporenbilduwg der Diat Halle, 1877.
nécessité d’un contact entre deux protoplasmas, nous pensons que ce contact a un but, que ce but est une influence qu’ils doivent exercer l’un sur l’autre ; nous savons que les observateurs, dans les cas cités plus haut, n’ont pas pu reconnaître par quel mode, quel mécanisme s’exerce cette influence, s’il y a fusion partielle des protoplasmas, échange d’un élément des cellules pendant la conjonction de ces cellules, — mais quels que soient ce mode et ce mécanisme, de quelque manière que se produise cette influence, nous pensons qu’il y a dans ce phénomène une action sexuelle. Nous rappellerons, à cette occasion, que pendant plus d’un siècle, on a vu les Infusoires s’accoupler, sans pouvoir se rendre compte de la nature du phénomène, et c’est seulement à une époque tout-à-fait récente qu’on a reconnu que cette conjugaison s’accompagne de l’échange d’un élément cellulaire, d’un noyau accessoire ou nucléole. Nous pensons qu’il en sera de même pour la conjugaison des Diatomées et que quand les observations seront plus nombreuses, qu’on aura pu appliquer à cette étude les ressources de la technique moderne, on reconnaîtra dans ce phénomène quelque chose d’analogue a ce qu’on appelle « génération sexuelle » chez les autres Protorganismes. Cette génération, d’ailleurs, n’a pas toujours pour but la production d’œufs, de spores ou de germes, mais d’individus nouveaux, rajeunis si l’on veut, remontés au type de l’espèce, doués d’une activité vitale plus intense et d’une aptitude plus grande à la multiplication üssipare.
C’est là, du reste, le seul phénomène connu qui, dans le cycle biologique d’une Diatomée, rappelle une reproduction sexuelle. D’autres, il est vrai, ont été signalés, mais outre qu’ils sont encore moins étudiés que ceux dont nous venons de parler, ils ne présentent pas une ressemblance aussi frappante avec les processus de génération sexuelle que l’on connaît chez les autres Protorganismes et l’on peut aussi bien les considérer comme une sporulation asexuelle que comme une reproduction sexuelle.
« L’apparition subite d’espèces, dit M. J. Deby, là où précédemment il n’en existait pas ; leur succession périodique chaque année en des saisons indéterminées, sans qu’on puisse en trouver dans l’intervalle dans la même localité, font pressentir la possibilité d’un mode de génération qui n’est pas encore suspecté, par germes, par micro ou macrozoospores, peut-être même dans le premier cas avec formation de zygozoospores comme cela a lieu pour tant d’ Algues inférieures vivant dans les mêmes conditions que les Diatomées. »
En effet, le Dr MalteoLanzi,lors de ses études sur la matière mucilagineuse qui entoure le frustule des Diatomées, matière qu’il a, comme nous l’avons dit, regardé comme un thalle, et que nous avons désigné sous le nom de thalame , le Dr Matteo Lanzi, disons nous, a signalé des faits que nous ne pouvons passer sous silence (1).
M. Lanzi. — Le thalle des Diatomées [Ann. Soc. B. de Microscopie et Journal de Micrographie , 1878).