PRÉPARATIONS SYSTÉMATIQUES
Tout le monde connaît les préparations dites systématiques , dans lesquelles les Diatomées — ou autres objets microscopiques — sont, à l’aide de procédés particuliers, rangés dans un ordre déterminé. Les plus célèbres sont les fameux Typenplatte de J. Moller, qui présentent, les uns 20 Diatomées types, ou tests alignés suivant un ordre toujours le même, les autres 100 et même 400 Diatomées classées méthodiquement. Les procédés employés par M. J. Moller sont restés secrets et aucun préparateur, que nous sachions, n’a encore obtenu des résultats aussi parfaits que l’opérateur allemand ; toutefois, on trouve maintenant dans la commerce des plaques-types contenant jusqu’à 200 Diatomées classées (1) qui peuvent remplacer les Typenplatte de Moller. Beaucoup de diatomistes s’occupent aujourd’hui de ce genre de travaux, non seulement pour ranger dans un ordre déterminé plusieurs espèces dans une même préparation, mais surtout pour séparer les espèces les unes des autres et les disposer chacune à part dans des préparations distinctes.
(1) On trouve ces préparations systématiques au laboratoire du Journal de Micrographie, à Paris
• VJ TECHNIQUE DES DIATOMEES
Pour résoudre ce problème, il faut pouvoir choisir dans un mélange de Diatomées tel et tel frustule, l’enlever, le porter sur une lamelle destinée à le recevoir et l’y déposer à une place donnée. En outre, il faut que le frustule, une fois déposé à l’endroit choisi, y reste et ne puisse pas se déplacer.
Plusieurs instruments ont été inventés qui permettent de manier ainsi les objets microscopiques, pièce à pièce, et de les ranger comme on le désire. Le plus connu de tous est le doigt mécanique [mechanical finger) de M. J. Zentmayer, de Philadelphie, que nous * avons présenté à l’Exposition Universelle de 1878 à Paris. Malheureusement, cet appareil, qui paraît le plus satisfaisant de tous, est assez compliqué et d’un prix élevé. Mais, pour les besoins ordinaires de leurs études, les diatomistes emploient des appareils plus simples qui leur permettent d’arriver à peu près aux mêmes résultats : par exemple, de trier les frustules dans un mélange, d’en faire des préparations séparées.
Il y a déjà longtemps, Bourgogne le père, qui avait d’ailleurs une grande adresse de main et une longue habitude de ces travaux délicats, faisait des triages de Diatomées en se servant d’un pinceau composé d’un seul poil, — si cela peut encore s’appeler un pinceau, — et l’œil armé d’une loupe d’horloger à fort grossissement, il séparait avec habileté les plus grosses espèces contenues dans un mélange.
C’est, en somme, son procédé qu’on a perfectionné.
On emploie pour manier les frustules un poil emmanché : on s’est servi d’un poil de blaireau, coupé court, puis d’un morceau de poil de barbe, puis d’un cil; aujourd’hui, on emploie surtout un cil de chien ou de porc, fixé solidement au bout d’un manche ou saisi à demeure dans les mors d’une pince fine; puis, on opère sous un microscope armé d’un objectif d’un pouce de foyer et d’un oculaire très fort, ce qui permet d’obtenir un grossissement suffisant pour bien distinguer les objets, tout en conservant une distance focale assez grande pour manœuvrer sous la lentille.
Il faut pouvoir fixer à la platine, à l’aide d’une vis de pression une sorte de plateau ou de rallonge pour soutenir la main qui opère à la hauteur de la platine, ou bien l’on place près du microscope un bloc de bois d’une hauteur convenable pour soutenir la main et éviter le tremblement résultant de la fatigue.
Les Diatomées à trier sont placées sur une lamelle, sous l’objectif, et, à côté, on place une autre lamelle sur laquelle les frustules choisis doivent être déposés.
Il y a donc là une première difficulté, qui est de faire tenir les deux lamelles dans un même champ de microscope, ce qui force, comme nous l’avons dit, à n’employer qu’un objectif faible, le
grossissement étant obtenu par l’oculaire et l’allongement du tube. De plus, il est difficile de se servir d’un prisme redresseur, qui serait cependant utile, car le microscope renverse les objets et les mouvements. Mais le prisme redresseur diminue beaucoup le champ. D’ailleurs, on prend très vite l’habitude d’opérer dans l’image renversée, et toutes les personnes qui ont disséqué sous le microscope composé savent travailler dans ces conditions.
Il faut encore que la lamelle sur laquelle on porte le frustule pris au bout du poil soit recouverte d’un léger enduit agglutinatif qui y fasse adhérer le frustule et qui ne lui permette plus de se déplacer.
M. Huyttens qui, l’un des premiers, s’est occupé du maniement des objets microscopiques, passait sur la lamelle le bout du doigt portant une gouttelette de glycérine. Le léger enduit de glycérine, le transport achevé, était chassé par la chaleur.
M. Bourgogne père se servait de ce qu’il appelait son encollage faible auquel M. H. Van Heurck a substitué une couche très mince d’une solution de colle forte pure, solution un peu moins épaisse que celle dont se servent les menuisiers. La solution est appliquée à chaud sur le cover chauffé aussi ; on la laisse sécher à l’abri de l’air. Au moment de l’emploi, on ramollit l’enduit en chauffant légèrement la lamelle, la face enduite en dessus. Et l’on peut répéter l’opération aussi souvent qu’on le veut, si l’on désire ajouter de nouveaux frustules sur la préparation.
Quand le dépôt des Diatomées est achevé, on chauffe un peu, l’enduit se ramollit, les frustules s’y collent à demeure.
On achève alors la préparation en déposant sur le cover une goutte de vernis au copal et à l’essence de lavande, ou de styrax, ou de baume du Canada, et on l’applique sur un porte-objet comme nous l’avons indiqué pour les préparations dans les baumes.
La couche de colle étant extrêmement mince, elle ne gêne aucunement pour l’étude des Diatomées au microscope, bien que son indice de réfraction (1,32) soit un peu inférieur à celui du verre.
M. J. Brun recommande pour encollage la glycérine adragantèe préparée ainsi :
On traite 1 gramme de gomme adragante blanche, pulvérisée, par 50 grammes d’eau distillée bouillante qui dissout seulement la moitié de la gomme. On filtre et on ajoute au liquide filtré un volume égal de glycérine très pure.
M. J. Brun dépose sur la lamelle à monter une très petite goutte de glycérine adragantèe et c’est dans cette goutte qu’il porte, avec la pointe du cil emmanché, les frustules choisis. Le peu de colle qui reste à chaque fois au bout du cil facilite l’adhérence des frustules que l’on veut saisir.
Quand le triage est opéré, il ajoute un peu d’eau distillée à la
VI TECHNIQUE DES DIATOMEES
gouttelette de gomme avec un petit pinceau bien lavé, il enlève les poussières avec un cil robuste et dispose les Diatomées sur le cover. Il fait alors volatiliser la glycérine au bain-marie ou dans une étuve à 100°. Lesfrustules adhèrent au verre, grâce à la très petite couche de gomme qui y reste. L’indice de réfraction de la gomme adragante est sensiblement égal à celui du verre (1,52).
Appareils et procèdes de M. Rataboul.
M. Rataboul a inventé divers petits instruments qui facilitent beaucoup ces délicates manipulations et permettent de ranger les Diatomées aussi régulièrement qu’avec le doigt mécanique de Zentmayer.
Le premier de ces instruments, qui sert pour le triage des grosses espèces, est composé d’une planchette épaisse A (PL III, Fig. 1) servant à donner à l’appareil la stabilité voulue. Un bloc de bois B à pans coupés s’y trouve Fixé et sert à soutenir les mains, comme les supports à plans inclinés des microscopes simples actuels. Dans un angle de la planchette est une tige verticale en laiton D, portant une branche horizontale doublement articulée, à l’extrémité de laquelle est monté un doublet ou une loupe Coddington F, qui peut ainsi s’élever ou s’abaisser et prendre toutes les directions que l’on veut (1).
Sur le sommet plat du bloc de bois est fixée la platine sur laquelle on opère. C’est un secteur en cuivre C épais de 3 millimètres, noirci sur sa face supérieure.- Il est fixé sur le bloc par une vis à large tête plate V, mais pas assez serré pour qu’il ne puisse tourner dans son plan autour de cette vis comme centre. Il est, en outre, percé de deux trous ronds (&, c, Fig. 2), inégaux, mais dont les centres sont situés à la même distance du centre de la vis Y, de sorte que les rayons V b et V c sont égaux. Il est bon que cette platine tournante soit assez grande pour que si, dans le transport des Diatomées, on laisse échapper un frustule, il tombe sur la platine et ne soit pas perdu.
On comprend facilement le mode d’emploi de ce petit appareil. Le cover sur lequel on a déposé les Diatomées à trier est fixé sur le plus grand trou c de la platine, et celui sur lequel on veut placer
(1) Cette double articulation peut être réalisée d’une manière bien simple. La pièce E, qui la représente, peut être un simple bouchon percé, avec une lime queue de raty de deux trous voisins et perpendiculaires. Dans l’un on enfonce à frottement dur la tige verticale D et dans l’autre le support horizontal du doublet. On peut ainsi élever ou abaisser la loupe en élevant ou abaissant le bouchon qui la porte sur la tige D, comme on peut allonger ou raccourcir le levier horizontal en l’enfonçant plus ou moins dans le bouchon. Quand celui-ci est usé par les frottements, on le remplace par un autre.
les frustules choisis est collé sur le plus petit trou b. Sur ce petit cercle on trouvera aisément le centre, s’il s’agit, par exemple, d’y monter une seule Diatomée. On fixe les covers sur la platine avec un peu de paraffine que l’on fond à l’aide d’une petite tige métallique chauffée. On dispose alors la loupe au dessus du cover c. Avec le poil emmanché on choisit un frustule ; puis, de la main gauche, on imprime un léger mouvemeni de rotation à la platine jusqu’à ce que le cover b vienne se placer sous la loupe. On y dépose alors le frustule dans la position voulue ; — et l’on recommence.
Il n’y a pas, ordinairement, de miroir. Les Diatomées se voient, en effet, plus distinctement sur un fond noir que sur un fond éclairé. Aussi, est-il avantageux de coller un peu de papier noir sous les ouvertures &, c, de la platine. Si, cependant, il est nécessaire d’éclairer par dessous, on peut disposer en N un petit miroir.
Cet appareil est très commode toutes les fois qu’on a à trier de grosses espèces, et que la loupe, qui ne renverse pas les images, donne un grossissement suffisant. Mais pour les très petites espèces, alors qu’il faut un grossissement de 100 à 150 diamètres, on est obligé de remplacer la loupe par un microscope composé, en cherchant toujours à obtenir surtout le grossissement par l’oculaire pour avoir plus d’espace sous l’objectif.
L’appareil doit alors être modifié. Laplatine tournante estmontée de la même manière sur uneplaque de cuivre A (Fig. 3.) percée d’un trou à son centre. Cette plaque est fixée solidement avec des vis sur la platine du microscope de manière que son trou central, sur lequel on amènera successivement les ouvertures b , c, coïncide avec le trou de la platine du microscope. On dispose, de chaque côté de l’instrument des blocs, devant servir d’appuie-mains, et l’on opère sous le microscope composé comme on a fait sous le doublet, mais les images et les mouvements sont renversés*.
Mais alors, il devient le plus souvent nécessaire, pour donner au poil des mouvements assez petits et assez sûrs, de le monter en doigt mécanique. On se sert alors d’un petit instrument dont le principe est dû à M. J. Chalon.
Une bande de cuivre Cj(Fig. 74) formant bague ou ceinture, serrée par une vis U, peut être fixée solidement à la partie inférieure du tube du microscope, au dessus de l’objectif. Elle porte sur un de ses côtés une tige D qui, par deux articulations à boule M et S, soutient le poil emmanché Z. L’articulation M permet tous les mouvements à la tige T qui la traverse et dont on peut régler la longueur avec la vis de pression R. La boule de l’articulation S est traversée par la tige P qui porte le poil, et la longueur de cette tige peut de même être réglée en l’enfonçant plus ou moins dans la boule S. Le poil a donc, lui aussi, des mouvements dans tous les sens. On règle la hauteur de