‹ Les dieux antiques; nouvelle mythologie illustree d'apres George W. Cox et les travaux de la science moderne, a l'usage des lycees, pensionnats, ecoles et des gens du mondeChapitre 44 sur 72 · PROCRIS, MYTHE GREC ET UTIH · texte numérisé non relu

PROCRIS, MYTHE GREC ET UTIH

Procris est la fille d'Erechthée, roi fabuleux d'Athènes, er de Hersé. Cet Érechthée ou Érïchtonios (car les deux noms n'en sont qu'un) est regardé comme le fils d'Héphaîstos et de Gê, la terre : il naquit ayant la forme d'nn serpentj et Athéné l'éleva. Son enfant. Procris, être d'une beauté merveilleuse^ gagna l'amour de Céphale, qui la trouva sur le mont Hymète; venant, lui, du rivage blanc d'Eubée. Mais Eos fut jalouse de voir Procris mariée à CéphaU; elle tenta Céphale, et le fit douter de la foi de son épouse. Céphale, parti, revint sous un déguisement (comme Sigurd, dans le conte Volsung, revient vers Brunehilde), et gagna l'amour de Procris par ce changement de forme. Procris découvrant la ruse, s'en fut en Crète; elle y resta dans un profond chagrin, jusqu'à la visite d'Artémis, qui lui donna la lance ne manquant jamais son but et le chien qui toujours dépiste sa proie. Procris, avec cette arme et le limier, revint à Athènes, et sans cesse triompha dans les chas-

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PROCRIS. tSg

ses. Son mari, que ce succès remplit d'enviCj demanda la lance et le chien, mais elle refusa de les lui céder autrement qu'en retour de son amour. Céphale lui donna cet amour, et découvrit immédiatement qu'il avait devant lui sa première femme. Procris. Craignant encore la jalousie d'Eos, Procris dans la chasse se tenait près de Cépbale, mais la lance de celui-ci la transperça, cachée par un fourré. Le prince, navré de cette mort, quitta Athènes et aida Amphitryon à débarrasser ses terres de bêtes nuisibles : puis, voyageant à l'Ouest, il atteignit le cap Leucade, oU sa force l'abandonna, et il tomba dans la mer.

Origine de cette histoire. Elle est issue de trois simples phrases, dont l'une disait "le soleil aime la rosée», tandis que la seconde dit "le matin aime le soleil» ; la troisième ajoutait que «le soleil est ta mort de la rosée». Un détail nous le prouve : on appelle Procris l'enfant d'Hersé, mot qui, même en grec, signifie -rosée»; et le nom de Procris lui-même vient d'un mot grec signifiant "scintiller». Éos, encore, est la déesse de l'Est ou du matin; et Céphale, un mot qui veut dire la «tête» du soleil.

Poursuivons et traduisons. Comme le soleil regarde de grand matin la rosée, Céphale de même gagne l'amour de Procris en sa première jeunesse: cependant l'amour de l'aurore pour le soleil se change en la jalousie qu'Eos ressent de Procris. Mais chaque goutte de rosée réfléchit le soleil; on disait pour cela de Procris qu'elle accorda son amour à Céphale, restant à travers son changement toujours le. même. Elle meurt de la lance d'Artémis qui représente les rayons du soleil quand il gagne de la force et sèche la rosée. Céphale donne cette

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mort involonrairement, tandis que k jeune femme s'attarde dans un fourre (lieu oii la rosée persiste longtemps), juste comme Pholbos ou Phœbus perd Daphné, et comme Orphée est séparé d'Eurydice. Toujours, ayant tué son épousée, Céphale doit voyager à l'occident, comme Héraclès, Persée et d'autres héros. Comme eux il peine pour tes autres; et, comme eux, meurt, au loin, dans l'Ouest, après sa tâche accomplie.

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ORPHEE. MYTHE 6REC ET UTIN.

(Grec : Orpheus.)

Orphée passe pour fils du fleuve Eagre et de la muse Calliope. Son histoire est des plus belles. Ce mythe brillant gagna l'amour de la belle Eurydice, qui mourut bientôt après de la morsure d'un serpent. Orphée, malheureux de cette perte, n'eut plus le cœur d'éveiller sur sa lyre d'or la musique, qui faisait que bêtes, arbres et hommes le suivaient avec délices. Il se détermina donc à chercher Eurydice dans la terre des morts; et, ayant

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ipî LES DIEUX ANTIQUES.

adouci le chien d'Hadès, Cerbère, par son chant, il fut conduit devant Polydegmon et Perséphone, qui lui permirent d'emmener sa femme ; à condition qu'il n'en regarderait pas le visage aimé avant qu'elle eût atteint la terre. Orphée, oubliant sa promesse, se retourna trop tôt; et Eurydice lui fut ravie presque avant qu'il pût la voir. La douleur d'Orphée imposa de nouveau silence à sa musique, cela jusqu'aux temps où il mourut sur les bords de l'Hébre. Son nom est le même, Orpheus, que l'indien Ribhu, appellation qui paraît avoir été, à une époque trés-primiiive, donnée au soleil. On l'applique, dans les Védas, à de nombreuses déités.

Le sens primitif semble avoir marqué l'énergie et le pouvoir créateurs. Orphée représente, dans l'opinion de quelques-uns, les vents qui arrachent les arbres dans leur course prolongée, en chantant une sauvage musique. Aussi faut-il voir comme le mélange de deuK notions qui viennent aboutir à la légende d'Orphée : l'idée du matin, avec sa beauté de courte durée, s'y fond comme dans l'histoire d'Hermès, avec l'idée de la brise qui accompagne ordinairement l'aurore. Le nom d'Eurydice vient du mot qui a donné leiir forme aux noms comme Europe, Eurytos, Euryphassa, et beaucoup d'autres : tous dénotant le vaste jaillissement de l'aurore dans le ciel- Alors qu'est-ce que le serpent qui mord Eurydice? Le serpent des ténèbres, qui tue le beau crépuscule du soir. Le pèlerinage d'Orphée enfin représente le voyage que, pendant les heures de la nuit, le Soleil passait pour accomplir afin de ramener, au matin, l'Aurore, dont il cause la disparition par sa splendeur éblouissante. Réminiscences : voir dans ce départ final d'Eurydice une autre forme de la mort de Daphné et de celle de Procris.

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EUROPE, MVTHE GREC ET LITIN.

(Grec : Europe.)

Europe, selon l'histoire connue, est la fille d'Agénor et de Téléphassa, et la sœur de Cadmos (le Cadmus latin) et de Phœnix. Née en Phénicie, elle fut, dans sa première jeunesse, conduite à Delphes, par Zeus, qui avait pris la forme d'un taureau blanc.

Terminons cette histoire. Agénor ordonna à ses fils de partir à la recherche de leur soeur, et Téléphassa, allant avec eux, voyagea à l'Ouest jusqu'en Thessalie. Arrivée là, Théléphassa tomba de faiblesse et mourut; et Cadmos, continuant, rencontra Phoïbos ou Phœbus. Le dieu lui dit qu'il aurait des nouvelles de sa sœur à Delphes; et qu'après l'avoir trouvée, il suivrait une vache, qui le mènerait en un lieu oCi il devait bâtir une ville. Il quitta Delphes, ayant trouvé sa sœur; et comme ils passaient, une vache se leva et alla devant eux, ne se couchant, pour se reposer, que lorsqu'ils atteignirent

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l'endroit où Cadmos bâtit la ville de Thèbes. Cadmos

passa le reste de sa vie, voici à quoi : il tua d'abord un

dragon prés du puits d'Ares (âg. 144); et, après une année

d'autres labeurs, reçut

deZeus pourfemme Har-

raonia. Cadmos et Har-

monia donnèrent le jour

à lao, à Sémélé et à

Agave; et, finalement,

sévirent amenés parZeus

^ dans l'Elysée, 1

des bons. Ainsi ce nom

d'Europe, comme Eury- £ pbassa, Eurynome, et

a beaucoup d'autres,expri-

' me le vaste jaillissement

g) de l'aurore, laquelle est

I ravie de l'Est à l'Ouest

par Zeus (Dyaus, le ciel), représenté dans les trèsvieux poèmes sous la forme d'un taureau. Et les autres noms s'expliquent bien d'eux-mêmes:

la Phénicie, oli est née Europe, est la terre de pourpre du matin, comme Délos, la Lycie et Ortygie, tous pays où Phœbus et Artémis voient le jour. Phœnix, frère de l'héroïne, est le maître du grand héros Achille, amant de Briséis ; et Téléphassa (celle qui brille de loin) est, comme Télèphe et Télémaque, un nom de la lumière de l'aurore, qui, éclatant à travers

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le ciel, meurt dans l'Ouest. On a identifié ce nom de Cadmos avec le mot syrien Kédem, l'Est; et c'est de la sorte un nom du dieu Soleil. Comme Phœbus, Thésée et Œdipe, il extermine les monstres ; et, comme eux, reçoit ensuite en récompense une belle épouse.

Que d'explications éclatent à la fois, pour qui approche des ombres de la légende la clarté étymologique! Toutefois, moins clairvoyante que nous, l'antiquité finit par considérer ce conte comme fournissant une preuve évidente que la Béotie a été colonisée par la Phénicie syrienne; mais une telle preuve d'un tel fait est à peine suffisante, et ne peut, dans aucun cas, dériver de la fable.

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MELEIGRE, DIEU GREC ET UTIN.

(Grec : Météagros.)

jRE(fig. 146) est lefilsd'Œchef de Calydon^ et d'Althée.

, comme il dormait dans son :au, les Moires se présentèiain k sa mère; etj désignant le de bois brûlant dans le ; dirent qu'aussitôt le branumé, Méléagre mourrait. Le : grandit, fort, brave et beau, EdipCj Persée-, Bellérophon, es grands héros. Ainsi qu'eux il accomplit de grands exploits, et fut notamment de l'expédition des Argonautes, entreprise dans le but de recouvrer la toison d'or possédée par la Colchide ; et aussi de la grande chasse de Calydon, tendant à détruire un sanglier monstrueux. Artémis avait envoyé ce fléau pour punir Œnée, lequel avait négligé de donner à la déesse une part dans un sacrifice. A cette ctiasse du san-

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MËLÉAGRE.

gUer assistaient encore nombre des héros qui participèrent à l'expédition des Argonautes : le principal fut Atalante, hlle de Scliœnéosj chef d'Arcadie. Cette belle vierge perça la première le sanglier, qui fut ensuite tué par Méléagre. Le partage de la dépouille venu, Méléagre désirait la tête; et les Curetés de Fleuron, qui avaient aidé les Calvdo-

Fig. 146. — Méléigra ot AlsUnte.

niens dans leur chasse, ne furent point contents, eux, de n'avoir que la peau! Une querelle surgit, où Méléagre tua le chef des Curetés, qui était le frère d'AIthée. Guerre alors entre les gens de Pleuron et ceux de Calydon : à laquelle, au bout de peu de temps, Méléagre refuse de prendre part, parce qu'Althée, dans le chagrin de la perte de son frère, lui donne sa malédiction. Conséquence de l'inaction de Méléagre : ceux de

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tgi LES DIEUX ANTIQUES.

Calydon perdirent du terrain et furent constamment défaitSj jusqu'à ce que la femme de Méléagre, Cléopâtre, le décida à se produire. Aussitôt qu'il apparut) les ennemis se mirent en déroute : mais les hommes de Calydon ne voulurent pas lui donner de prix; et Méléagre se retira de nouveau dans ses appartements secrets. Althée, que l'humeur taciturne de son âls rendait plus courroucée encore, alla chercher le brandon et le jeta dans le feu. Comme le bois se consumait, la force de Méléagre déclina; et la dernière étincelle éclatant, il mourut. La mon d'Althée et de Cléopâtre suivit de près celle de ce grand héros.

La vie de Méléagre, c'est la vie du soleil, ou l'existence unie à cette torche du jour ; quand la torche se consume, il meurt. Cette histoire, elle aussi, ressemble à d'autres. Méléagre est identique à Persée, à Phoïbos, à Céphale, etc., en beauté et en force, dans ses actes bienveillants et dans la brièveté de sa vie; ainsi que par ses accès d'action et d'inaction, il ressemble tout à fait à Achille et à Paris. Qu'est-ce que cette inaction? Le temps que le soleil passe derrière le voile des nuages, d'où il surgit soit pour gagner la victoire, comme Achille et Odyssée (l'Ulysse latin), soit pour mourir comme Méléagre et Héraclès. Alors qu'est-ce qu'Atalante? Un être que l'on peut comparer à Daphné et à Artémis, mythes dont elle porte la lance infaillible : elle vient censé d'Arcadîe, parce que, comme Délos, Lycie, Phénicie, et d'autres termes, le nom de cette terre est un mot qui, originairement, désigna éclat et splendeur. Althée, maintenant, pourquoi devait-elle, après avoir retiré le brandon du feu, l'y rejeter? Les vieilles légendes disant

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