‹ Les dieux en voyageChapitre 103 sur 162 · DEUXIÈME TÉMOIN · texte numérisé non relu

DEUXIÈME TÉMOIN

Soulevons-le ; nous le porterons dans la voiture.

LE BLESSÉ (râlant)

Laissez-moi je me sens mourir

l'officier

Messieurs, vous pouvez certifier que le duel a été loyal, (u s'éloigne.)

MOMUS

Loyal comme la haine. Docteur, quelle en a été la cause ?

le médecin

Un écrit bien innocent — quelques lignes railleuses jamais déplacées au bout de la plume d'un homme d'esprit. Ce bretteur a pris en main une cause générale que ses collègues mieux élevés lui abandonnaient de grand cœur. Un bal vient de servir de prétexte à la sanglante rencontre ; une boutade contre l'épaalette a dirigé l'épée meurtrière.

MOMUS

J'aurais mis une condition à celle rencontre : par exemple, l'obligation première pour les deux champions d'écrire simultanément une page sur la bravoure. Un seul pistolet chargé eut été remis au vainqueur pour venger non pas l'outrage supposé, mais l'éloquence méconnue. Qui ressent fortement, doit peindre avec des couleurs puissantes. A chacun son arme familière. Quand le géant lève son poing, je ramasse des pierres ; le lion montre-t-il ses grilles, j'arme mon fusil ; la femme me sourit-elle — je lais appel à ma raison ; au sabre du soldat en fureur, j'oppose une cuirasse que rien ne peut entamer : l'épigramme ou l'indifférence. Ainsi le lâche adroit n'aura plus raison du courageux innocent — et raison, hélas ! jusqu'à la mort.

LE MÉDECIN

11 a cessé de vivre : — c'était un remarquable esprit.

MOMUS

Et son adversaire un remarquable tireur — les chances lurent égales !

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