LA COMTESSE
Ne vous gênez pas. Je me trouve ici pour être serinée.
MERCURE
11 s'agit de l'expression de dépit donnée à l'intonation. La vérité demande une sorte de ton neutre. Je n'ai pas la prétention de vous apprendre les
vrais mouvements du cœur « Vous voilà, mon ami... » C'est un simple jeu de paroles, mais cela cache un véritable trouble dàme. Du reste, en thèse générale, il faut moins dire que penser. Il faut surtout expulser le moi, toujours haïssable, mais surtout au théâtre. Mon programme pourrait se réduire à quelques recommandations. L'art du comédien échoue misérablement s'il se transforme en pianophraseur. Il ne suffit pas, pour être intéressant, de varier ses intonations dans un sentiment de débit régulier ; de multiplier les poses pour donner l'idée du mouvement et simuler l'aisance ; il n'est pas naturel de s'adresser au public pour L'intéresser au jeu de ses paroles ou de sa physionomie. Il faut, au contraire, que la salle apparaisse vide ; le public n'est qu'un témoin toléré juge d'un fait. Votre action isolée ne doit avoir pour but que L'unité du groupe où vous êtes. Evitez de vous laisser distraire par les approbations; agissez en répudiant toute inlluence extérieure à La pièce, vous absorbant dans La pensée apprise et le mouvement du groupe où vous êtes, au point d'oublier votre propre identité. Enfin, parlez pour exprimer l'effet nécessaire, sans affectation, comme la nature Le conseille. Les vertus du Comédien se résument dans un mot : Vérité.
PROTÉE
Tu crois?.... Cela peut être — mais ne prévaudra jamais contre les traditions. Bon moyen, ma foi, pour indisposer Le public ainsi mis de côté. Un tel grand homme risque fort de passer sa vie sans engagement. A peine en voudrait-on pour souffleur.
KÛMUS
Mais La critiq ue ?
PROTÉE
0 naïveté des grands esprits! — la critique est presque toujours un écho — point un oracle. S'il se trouve quelque sage dans l'auditoire, il n'a guère d'autre influence qu'une belle indignation à huis-clos.
LE RÉGISSEUR
Reposez-vous, madame. Attention, maintenant, — à vous, là-bas! Posez votre chapeau sur La chaise : celte manœuvre vous met en relief. Soignez vos bras — ils ont L'air de deux bretelles. Quand vous parlez, ménagez les r : la langue n'est pas un feu de peloton.