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LE DINER DES PEINTRES I I J

Viollet-le-Duc, Carolus Duran, Matout, Charles Busson, Duménil, Leroy. Le dîner a été fondé en 1849 ; tous les peintres célèbres en ont fait partie. La date de la réunion est le dernier jour de chaque mois ; on se met à table à sept heures.

Donnons le menu d'un de ces repas :

Huîtres d'Arcachon. — Croûte au pot, — Horsd'œuvre. — Côtelettes à la Soubise. — Poularde truffée. — Salades, — Timbale de macaroni. — Desserts.

Comme vins : du chablis, du bordeaux, du volnay de 1853 etdu Champagne à indiscrétion.

Les solitaires de la Thébaïde n'ont jamais connu pareilles choses ; il est vrai qu'à l'époque où ils vivaient, les huîtres d'Arcachon étaient inconnues et le Champagne n'existait pas. Mais peut-être avaient-ils trouvé le moyen de rendre les sauterelles délicieuses. C'est une question que résoudra probablement un des Trompettes de l'avenir.

Les Francs-Comtois habitant Paris avaient d'abord fait partie du Dîner de l'Est, puis ils ont voulu former un groupe dont les membres seraient tous nés dans la province qui formait un des plus beaux fleurons de la couronne des ducs de Bourg-osne.

La Franche-Comté, habitée par une population énergique, jouissant sous le gouvernement des rois d'Espagne de privilèges qui en faisaient un État autonome, lutta pour maintenir un ordre de choses qui lui offrait toutes les garanties morales et matérielles d'indépendance politique.

La division de l'ancien comté de Bourgogne en trois départements n'a point fait oublier l'antique et

glorieuse dénomination, les habitants du Doubs, de la Haute-Saône et du Jura sont toujours des Francs- Comtois.

Plusieurs fois déjà on avait tenté de fonder une réunion ; après plusieurs efforts infructueux, l'association fut enfin créée, grâce à MM. Ulysse Robert, Chapoy, Bouchot et Paulin Teste. Il fallait une étiquette à la nouvelle société, le Dîner de l'Est était surnommé la Soupe au lard ; celui des Auvergnats s'appelait la Soupe au choux, la Comté avait aussi son mets national : les Gaudes, cette bouillie de farine au maïs, donna son nom à l'association naissante.

Pour se moquer des Francs-Comtois, on a répandu cette proposition, attribuée à un indigène, à un visiteur:

« Voulez-vous des gaudes, mon bon monsieur, nos cochons n'en veulent plus. »

N'en déplaise à l'auteur de cette plaisanterie, les gaudes sont un mets excellent.

Les fondateurs se réunirent le 12 février 1881. Le

1 5 du même mois les quatres organisateurs assemblés en conseil étudiaient les moyens à employer pour développer la société. M. Ulysse Robert amenait deux adhérents nouveaux. MM. Beauquier et Ernest Courbet.

A toute société qui se respecte et veut vivre, il faut une constitution. Les premiers membres formèrent le comité des fondateurs. M. Robert fut nommé président, M. Bouchot assesseur, M. Chapoy secrétaire et M. Paulin Teste secrétaireadjoint.

Le moyen adopté pour affirmer l'existence du groupe ne pouvait être qu'un dîner. On décida que ce repas aurait lieu tous les mois ; la date en fut fixée au 3 mars, et l'on décida en même temps d'en offrir la présidence à M. Francis Wey.

Le premier repas eut lieu au Bœuf à la mode, rue de Valois.

Au dessert, M. Beauquier, député du Doubs et membre de la Société des Gens de lettres, remercia,

dans une heureuse improvisation, les membres fondateurs et développa cette idée, qu'il est bon de conserver les sentiments d'amour et de respect pour ces anciennes provinces qui forment l'unité française.

Le nom, les Gaudes, fut accepté avec enthousiasme et reçut sa consécration officielle. La société, si modeste au jour de son début, est arrivée au chiffre respectable de 350 membres.

Le 5 mars fut élu le comité, composé d'abord des quatre fondateurs, auxquels on adjoignit M. Ernest Courbet.

Depuis cette première réunion, les Gaudes ont tenu régulièrement leurs assises mensuelles, La politique est bannie de ces dîners où se rencontrent les opinions les plus variées. Le restaurant du Bœuf à la Mode ne pouvant plus contenir les associés, chaque mois plus nombreux, on émigra aux Batignolles, chez Lathuille.

Parmi les artistes qui font partie des Gaudes nous

citerons Clésinger, le statuaire célèbre mort en 1883 ; les peintres: Gérôme, membre de l'Institut; Jean Gigoux, qui a fait des portraits très remarquables ; A. Rapin, paysagiste qui s'inspire des sites pittoresques de la Franche-Comté : Pointelin, qui reproduit également les beaux points de vue du Jura; Tony Faivre.

Parmi les savants: l'illustre M. Pasteur, membre de l'Académie des sciences et de l'Académie française ; M. Bouquet, également de l'Institut, — Académie des sciences.

M. Bertin, sous-directeur de l'École normale, fait partie des Gaudes, ainsi que M. Révillont, conservateur au Louvre, M. E. Courbet, outre sa grande habileté à manier les chiffres est un lettré de grande valeur, un écrivain de talent, et, ce qui ne gâte rien, d'une obligeance rare. Parent du célèbre peintre d'Ornans, c'est lui qui organisa, en 1882, au palais des Beaux-Arts, la belle exposition des œuvres de Gustave Courbet.

MM. Ulysse Robert et Henri Bouchot sont archivistes-paléographes. Le second a publié, chez Jouaust, une belle édition de Brantôme et est attaché à la Bibliothèque nationale; M. Teste, élève de TÉcole des langues orientales, est également à la Bibliothèque.

Les journalistes et hommes de lettres: MM. Jules Valfrey, du Moniteur universel; Camille Etiévan, secrétaire de la rédaction du Siècle ; Firmin Javel, rédacteur de V Événement ; Callet, de la Justice; Jean- Léon Billot, dit Jules Billaut, ancien rédacteur du Gaulois et ancien directeur de la Presse ; Japy ; Grandmougin ; le docteur Monin du GilBlas.

Hommes de loi; MM. Ducreux, président de chambre à la cour d'appel de Paris; H. Chapoy avocat à la cour d'appel.

Citons encore le général de division Lamy.

MM. le comte Wernes de Mérode, Gustave Oudet, ces deux derniers sénateurs du Doubs.

Députés MM. Beauquier, Marquis et, Gaudy. Membres honoraires: le peintre Français, M. J. Quicherat, directeur de l'École des Chartes ; M. Hérisson, député, secrétaire d'État aux travaux publics dans le ministère Duclerc, ministère que M. Henri Rochefort a irrévérencieusement appelé une ménagerie. M. Hérisson a passé des travaux publics au commerce.

LE DINER DU PLUVIER

LE DINER DU PLUVIER

Le café Saint-Roch est depuis des années le lieu de rendez-vous d'artistes et de littérateurs. Situé au coin de la rue Neuve-des-Petits-Champs et de la rue Saint-Roch, il a été démoli pour l'ouverture de l'avenue de l'Opéra et reconstruit à peu près sur le même emplacement. On l'appelait dans le quartier le café Robespierre, parce que le célèbre conventionnel avait été jadis un de ses habitués.

En 1866, Philibert Audebrand, qui fréquentait cet établissement, émit l'idée de fonder un dîner. La première réunion eut lieu chez Brébant. On rédigea les statuts de la nouvelle société, et il fut décidé que le président serait élu chaque mois au scrutin secret :

qu'on ne s'occuperait pas de politique, et, enfin, que nul ne parlerait pendant plus de cinq minutes. Mais il s'agissait de trouver un nom au dîner; cela était plus difficile que de rédiger des statuts. Toutes les cervelles étaient en ébullition, chacun se mettait l'es prit à la torture pour attraper ce nom qui semblait introuvable. Les plats succédaient aux plats, la situation devenait critique, lorsque le maître d'hôtel apporta solennellement un pluvier. Le même cri s'échappa de toutes les poitrines haletantes ; on avait trouvé : l'oiseau mort et sur le point d'être dévoré donnait son nom au dîner naissant.

Le Pluvier comptait parmi ses membres: A. Grenier, un normalien qui rédigeait, à cette époque, la Situation, journal fondé par le roi de Hanovre, pour défendre les intérêts des princes allemands dépossédés par la Prusse. M. Grenier, ancien élève de l'Ecole d'Athènes, ne rapporta pas en France un bon souvenir des descendants de Thémistocle, de Léonidas et autres héros de même nature. Aussi, dans le Consti-

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tutionnel, leur fit-il une guerre acharnée, et les susdits descendants de héros — héros eux-mêmes — ne lui élèveront-ils pas de statues. S'ils n'obtinrent pas la Thessalie et l'Epire, M. Grenier fut pour quelque chose dans cette déconvenue. De la Foulhouse, un peintre doublé d'un poète ; Aimé Maillart, musicien, auteur des Dragons de Villars ; Auguste Rolland, ancien secrétaire de Proudhon et l'un de ses exécuteurs testamentaires. Possesseur d'un grand nombre de lettres intimes du célèbre écrivain, lorsqu'on fit paraître sa correspondance, il refusa de les communiquer à ses héritiers. Rolland quitta le Constitutionnel pour aller en province, à Périgueux, diriger le journal le Périgord. On a de lui une traduction des Lettres de la Palatine ; Porion, peintre ; Eugène Schnerb, alors directeur de Paris-Caprice. puis rédacteur de Paris-Journal. Lorsque M. Edmond About prit la direction du XIXe Siècle, M. Schnerb devint un de ses collaborateurs et fut ensuite nommé préfet de la Corse, puis de Vaucluse,

directeur de la sûreté au ministère de l'Intérieur et ensuite préfet de la Gironde. H. Rousseau, chef de bureau au ministère de l'intérieur et plus tard préfet de l'Aisne ; Ernest Dottain, normalien comme M. Grenier, mort au commencement de 1880, rédacteur en chef des Débats. Le premier dîner fut d'une succulence telle que les convives attendris et reconnaissants couronnèrent de roses M. Dottain, qui l'avait commandé. Ce spectacle arracha quelques larmes aux assistants. On voulut porter l'écrivain en triomphe, mais son poids fit avorter cette tentative, très flatteuse pour celui qui en était l'objet.

M. Gustave Chaudey, fusillé sous la Commune par ordre de Raoul Rigault ; Emile Blavet, Paul Bocage, neveu du célèbre comédien, romancier et auteur dramatique ; Emile Daclin, journaliste, employé aux beaux-arts, sous-chef du cabinet de M. Bardoux après 1870 et nommé sous-préfet de Saint-Claude, au mois de janvier 188 1 ; Armand Lapointe, romancier.

LE DINER DU PLUVIER

A un dîner qu'il présidait, Philibert Audebrand présenta le célèbre guitariste espagnol Huerta, l'auteur de YHymne de Riego.

La guerre et la Commune amenèrent la suppression du Pluvier ; on essaye de le reconstituer; peutêtre que, comme le Phénix, il renaîtra de ses cendres.

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