TOUS A LA FOIS
Oui 9 parlez , parlez.
{a) Ces messieurs, dans leur commerce intime, se pto-* diguoient mutuellement cette épithète, comme on peut le voir dans leurs lettres.
1 ABB]^ GAGLIAIf^I tire un fauteuil au milieu de la chambre; on se rapproche pour former un cercle autour de lui; l'abbé prend sa perruque d'une main et gesticule de l'autre (a).
«Je suppose. Messieurs, celui d'entre vous 9 qui est le plus convaincu que le monde est » l'ouvrage du hasard, jouant aux trois dés, je » ne dis pas ^dans un tripot , mais dans la meil- » leure maison de Paris , et son antagoniste ame- » nant une fois, deux fois, trois fois, quatre ^> fois , enfin constamment rafte de six.
» Pour peu que le jeu dure, mon ami Diderot, » qui perdroit ainsi son argent, dira sans hési- » ter, sans en douter un seul moment, les dés » sont pipés, je suis dans un coupe- gorge.
» Ah , philosophe ! Comment ? parce que dix 9 ou douze coups de dés sont sortis du cornet , » de manière à vous faire perdre six francs, vous » croyez fermement que c^est en conséquence » d'une manoeuvre adroite, d'une combinaison » artificieuse , d'une friponnerie bien tissue ; et » en voyant dans cet Univers un nombre si pro- » digieux de combinaisons mille et mille fois plus » difficiles, et plus compliquées, et plus soute-, » nues, et plus utiles, etc. , vous ne soupçonnez pas » que les dés de la nature sont aussi pipés (i)?... »
(a) Mémoires de Vabbé Môrelletf pag. i36, tom. f**, seconde édition.
DÎDÊROT*
Vous raisonnez , mon ami , de la rrtanière du monde la plus piquante (a); mais il faut revenir au simple. « La véritable manière de /philoso- « pher, seroit d'appliquer l'entendement à Ten- » tendement , l'entendement et l'expérience aux » sens 9 les sens à la nature , la nature à l'investi- » gation des instrumens , les iustrumens à la re-> » cherche et à la perfection des arts, qu'on jet- » teroit au peuple pour lui apprendre à respec- » ter la philosophie (^).» {Pensées sur tinter* prétation de la Nature ^ par M. Diderot. )
b'alehbert.
Cela est très-profond.
LE BARON
Oh! il a une profondeur!.. Ah ça, M. d'Alembert,
vous nous aviez promis la dernière fois de nous
apporter une lettré du patriarche de Ferney.
d'alembert.
Il faut vous satisfaire ; en voici une qui vous
(a) Cest le jugement de M. Morellet, sur ce discours.
ijb) Je ne saîs^pas si cela peut s'appeler la véritable manière de philosopher; mais ce n'est certainement pas la véritable manière de raisonner juste et avec clarté.
( lOO )
égayera. (U tire une lettre de &sl pocbe, la déploie et lit tout haut. )
^i Je VOUS demande en grâce, mon cher maître ^ » de me dire ce que c'est qu'un livre contre ces » pauvres déistes, intitulé la Religion vengée, » et dédié à M, le Dauphin, dont le premier » tome paroît déjà, et dont les autres suivront » de mois en mois , pour mieux frapper le pu- » blic.
» Savez-vous quel est ce mauvais citoyen , qui » veut faire accroire à M. le Dauphin que le » royaume est plein d'ennemis de la Religion ? » Mandez-moi le nom du coquin, je vous prie, » et le succès de son pieux libelle. Votre France » est pleine de monstres de toute espèce (a).
(On rit.)
D Â.LEMBERT continuant.
» Je ne conçois pas comment tous ceux qui » travaillent à V Encyclopédie ne s'assemblent » pas, et ne déclarent pas qu'ils renonceront à » tout, si on ne les soutient : faites un corps, » Messieurs; un corps est toujours respectable.
{a) Supplément aux Œuvres de Voltaire , correspond dance de étAlemherty tom. XX de V Ouvrage y et le tome !•' de la Correspondance.
' Le mauvais citoyen , le coquin , lejnonstre eut bien tort , en effet , de dire que les philosophes attaquoient la Religion.
« Je sais bien que ni Gicéron , ni Locke n'ont » été obligés de soumeltre leurs ouvrages aux s commis de la douane des pensées (a). Je sais » qu'il est honteux qu'une société d'esprits su- » périeurs , qui travaille pour le bien du genre » humain , soit assujettie à des censeuFs indignes » de vous lire ; mais ne pouvez- vous pas choisir » quelques reviseurs ^ raisonnables ? Ameutez- » YQus ^ et vous serez les maîtres ; je vous parle « eu républicain, mais aussi il s'agit de la répu- » blique des lettres. Moquez-vous de tout et » soyez gais.» {Correspondance, etc., même tome 5^ lettre 19.)
DIDEROT
Cette lettre a bien le cachet du patriarche de Ferney !
l'aBBIÎ GAGÏjIANU
It est inimitable.
b'alembekt.
Voulez-vous voir ma réponse ?
(à) Appeler le» censeurs, les oomrnù de la douane des pensées!;,». Si cette phrase se trou'^Foit dans les Lettres de Voiture, elle y paroitroit bien ridicule. Cette expression rappelle oe passage de Barthélémy Gracian , un ancien auteur :
«c Les pensées, partent des vastes côtes de la mémoire, a s'.embar^ent sur la mer de l'imagination, arrivent au port
LE BARON
Assurément.
d'alembert.
La voici : (n Ut tout haut,}
« La Religion vengée^ mon cher et illustre p philosophe , est Touvrage des anciens maîtres » de François Damiens (a). Quelqu'un qui lit le » Journal de Trévoux me dit hier que dans le ï> àevui^T journal vous étiez nommément et in- » décemmeîit attaqué. Cppoêïe, dit-on, quis'ap* V pelle l'ami des hommes ^ et ^ui est r ennemi i> du Dieu que nous adorons (b). Voilà comme
V de l'esprit pour être enregistrées à la douane 4e Tenteade^ » ment. »
(a) C'est ainsi qu'il désignoit les jésuites , parce que Da^ miens servit quelques mois dans klir maison ; la calomnie est aussi absurde qu'elle est atroce ; mais il est bien certain , bien avéré , que les régicides d^e 98 étoient des disciples passionnés de la philosophie modenie. Au reste, cet acharnement inouï contre les jésuites, prouve combien ils étoient utiles à la Religion , par leur talent et par l'éducation qu'ils donnoient à la jeunesse.
[b) Conçoit-on qu'on se plaigne sérieusement de oçtte accusation, quand ceikii qui en est robjet njs s'qccu|^ dans toute sa'COi?respondan<ie , ^liieiies. moyieoSide détruire ^ Religion et toute reëgkm , qu'il use domiâ àb eonseîls que relativement à ce'pXDJet, dipi'il tentnne toutes «es lèttirts par un exécrable bla^hémc ?
w ils vous habillent, et voilà ce que M. de Maies- » herbes , le protecteur déclaré de toute la ca- » naille littéraire , laisse imprimer avec appro- M batiou et privilège.
DIDEROT
U est vrai que ce procédé est i>aroque.
DUCLOS
Mais , pas trop dans les principes du gouvernement
LE BABOir.
Oui, d'un gouvernement imJbéciUe^
Comme tous les gouvernemens actuels qui vieillissent dans les idées gothiques , au milieu d'une régénération qui fermente; mais écoutons* notre ingénieux lecteur.
d'axjsmbert lisant.
» J'ai donné à Thiriot le peu d'anecdotes que je » savois sur les différens personnages dont vous
» me parleZo J*y ajoute (a).... (Tout le monde rit aux
éclats. )
(a) Nous lûsson^ id une lacune , parce qu'il est impossible qu'une plume décente puisse copier les i,iiijimes anecdotes, les calomnies obscènes et ineptes <pù «6 trouvent
dans cette lettre.
( Correspondance , tpi»^ XX , lettre 1 3 . )
( io4)
'aleMBERT continuant.
» Je vous remercie de m'avoir envoyé votre » charmante épître sur l'agriculture , qui ne parle » guères d'agriculture, et qui n'en vaut que D mieux; des gens de vDtre connoissance , qui )) .^e sont pas descendus à' Israël^ car ils servent » et Baal et le Dieu d^ Israël , l'ont trouvée si » bonne qu'ils ont voulu la lire à la Reine ; mais M il y avoit deux vers, mal sonnans et offensans )• les oreilles pieuses ^ qu'il a fallu Corriger pour D mettre votre épître en habits décens , et pour » la rendre propre à être portée aux pieds du » trône , et croiriez-vous que c'est moi qui ai fait î> cette correction? Mais cela est encore trop bon ?> pour Versailles (a),
Ti Oui , en vérité , mon cher maître , notre théâ- » tre est à la glace , vos pièces seules ont du mou- » vement et de l'intérêt, et, ce qui vaut bien cela, 3> de la philosophie (A). Corneille disserte , Ra- » cine converse et vous nou« remuez (c).
(d) Correspondance y tom. XX , lettre 84*, {h) Cest-à-dire beaucoup de traits contre la Religion et les prêtres.
(c) Cinna, Rodogune, le Cid^ les Horaces, Pofyeucte, etc. , ne contiennent que de froides dissertations !. . . . On ne trouve dans AthaUei, dans Bajazet^ Andromaque, Britannicus , Phèdre y ^higénie, que de froides conversations !.... Qi\ l^'a jamais poussé plus loin l'adulation et l'injustioe.
( ïo5 )
» Savez-vous que les Paadours ne laissent pas » de faire encore quelques incursions par-ci, par- M là sur nos terres. Un curé de Saint-Herbland M deAouen, nommé Leroi,jqui prêche à Saint- » Eustache^ vous a honoré , il y a environ » quinze jours, d'une sortie apostolique , dans » laquelle il a pris la liberté de vous mettre en » accolade avec Bayle. N'oubliez pas cet h©n- D néte homme à la première bonne digestion » que vous aurez ; son sermon mérite qu'il soit » recommandé au prône. (On rît.) En voilà assez 9 sur les sots et les sottises (a)... »
BUGLOS.
Pardon , si je vous interromps , mais cela est aussi trop fort,
p'alembbrt.
DUCLOS
Que diable, pourquoi cette colère contre ce prêtre ; vous raffolez tous de Bayle ; vous le prônez ss^ns cesse; ^insit accolade dont vous parlez D'est nullement injurieuse.
Ces passages se trouTent dans la Correspondance ^ t. XX , lettre 94.
{(tij Correspondance, tom. XX, lettre 99.
( io6 ) b'alembeut.
Mon cher Duclos , soyez sûr qu'il est toujours utile de dauber la prètraille (a). (On rit )
DUCLOS
Oui , mais l'inconséquence...
LE BAROir.
Laissez-le donc achever sa jolie lettre.
l'abb]5 morellçt.
Oui., oui , et nç l'interFompez plus.
b'alembert.
Ne gênons point la liberté.
I l'abbé GAoï/iAin;
On la gêne beaucoup , en nous empêchant de vous écouter.
d'alembert.
Alors donc , je poursuis.
« Savez vous ce que dit Astruc ? Ce ne sont ?> point des jansénistes qui tuent les Jésuites y c*est p tEncjrclopédiey morbleu^ éest V Encyclopédie ï f» Il pourroit bien en être quelque chose , et ce ?> maroufle d' Astruc est comme Pasquin, il parle » quelque/bis d^ assez bon sens. (Rire général, ) i> Pour moi, qui vois tout «u ce moment couleur » de rose, je vois d'ici les jansénistes mourant go l'année proc^ine de leur belle mtdrt; je vois
( 1^7 ) » la tolérance s'établir , les prêtres mariés , la » confession abolie , et le fanatisme écrasé (a).
l'abbiê gagliaki.
Bravo, bravo.
DIDEROT
Excellent,
n'AliEBlCBERT poursuivant.
» Avez - vous entendu parier d'une nouvelle » feuille périodique intitulée : la Renommée lit"
> lércUre , où on dit que vous êtes assez maltraité?
> Que de chenilles qui rongent la littérature ! » On dit que l'auteur de cette infamie est un ^ certain Lebrun , à qui vous avez eu la bonté » d'écrire une lettre de remerciement sur une s mauvaise ode qu'il vous avoit adressée [b), Lais- « sons-là toutes ces irîlenies et dites-moi où vous * en êtes de Corneille (c).
^ Permette2><moi , mon cher et illustre mai- » tre , d^ajouter^ quelques réflexions bonnes
' ifd^ On sait que sous la {^mne des philosophes , fanaiisme eK superstition ûgnifieut reii0u>n.
Ce passage se trouve dans la Correspondance , tom. XX, lettre loo,
[b) C est ce ménie Lebrun qui depuis,,.
Les Encyclopédistes, par des moiaces et des flatteries, trouvèrent le moyen de le subjuguer.
(c) Correspondance^ %om, XX, lettre x3.
( io8 )
» OU mauvaises à celles que je vous ai déjà faites. » Les juifs , cette canaille béte et féroce (3), les » juifs , les chrétiens ^rabins et sorbonistes,tous D ces polissons consentent à se partager entre » eux sur quelques sottises ; mais tous crient de t> concert haro sur le premier qui osera se mox) quer des sottises , sur lesquelles ils s'accor- » dent (a). Mon avis seroît donc de faire à ces » pauvres chrétiens beaucoup de politesses , de » leur dire qu'ils ont raison ^ et qu'il e^*: impos- » sible que tout le monde ne finisse pas par pen- » ser comme eux ; mais qu'attendu la vanité et l'or » piniâtreté humaine , il est bon de permettre à » chacun de penser ce qu'il voudra , et qu'ils » auront bientôt le pisdsir de voir tout le monde » de leur avis ; qu'à la vérité il s'en damnera » bien quelques-uns en chemin jusqu'au mo- » ment marqué.... (A) pour cette réunion et con- D viction universelle , mais qu'il faut sacrifier » quelques passagers ppur amener tout le reste » à bon port. ( On rit. ) Voilà mon cher et grand » philosophe^ sauf votre meilleur avis, comment 3> je voudrois plaider notre cause commune ; je » travaille, en mon petit particulier et selon mon
(a) On voit l'injustice calomnieuse de ceux qui os6ien% accuser ces messieurs d'irréligion.
(b) On st^prime ici un blasphème.
( 109 ) » petit esprit, à donner de la considération au » petit troupeau ; je viens de faire entrer dans » l'académie de Berlin Hehétius,
» Vous avez écrit une lettre charmante au » prince Louis , qui en est ravi et la montre à » tout le monde , et en vérité il mérite ce que » vous lui dites par la manière dont il traite les » gens de lettres (a).
M Vous ne voulez donc pas, mon cher et illustre » maître être l'auteur de cette abomination al- D phabétique qui court le monde , au grand » scandale des Garasse de notre siècle (A) ? Vous » avez assurément bien raison de ne vouloir » pas être soupçonné de cette production d'en- » fer (c) , pour moi j'y ai reconnu au moins » quatre mains : celle de Bdzébuth , àiAstarothy » de Lucifer et ^Asmodée j après tout , puis- 1) qu'il faut bien trois paus^res chrétiens , pour » faire le Journal chrétien , ( car ils sont tout
(a) Cest-à-dire les philosophes.
Coirespondance ^ tom. XX y lettre i3i. ^
{b) Son Dictionnaire philosophique , qu'il anroit dû tonjours désavouer y non-seulement pour l'intérêt de son caractère, mais aussi pour celui de sa gloire littéraire; car. ce livre infâme est à tous égards le plus mauyab et le plus plat qu'on ait jamais fait.
(c) Remarquons en passant , que soupçonner d'une production, n'est pas français.
( lïO )
M autant à cette édifiante besogne), je ne vois pas » pourquoi il faudroit moins de trois ou quatre » pauvres diables , pour faire un dictionnaire dia- » bolique (a). ( On rit ans éclats. ) -
l>'AL£ltBERT ^ continuant.
7> Je ne m'aperçois pas que cette abomination n alphabétique cause autant de scandale que yous » l'imaginez ; les pédans à grande rabats {b) , les » seuls à craindre dans cette circonstance , sont » allés voir leurs confrères^ les dindons (c) , et D quand ils reviendront de leurs chaumières , le » mal sera trop vieux pour s'en occuper , ils » n'ont rien dit à Saûl (d).
» Adieuy mon cher et illustre confrère, vous 30 me comblez de satisfaction , par tout ce que » vous me dites de, mon ouvrage. Je le recom- » mande à votre protection ^ et je crois qpi'en » effet il pourra être utile à la cause commune ^ » et que la superstition, avec toutes les révérences
(a) Correspondance, tdm^ XX , lettre 144*
(b) Les niagistrats\da parlement.
{c) Tournure noble et déficate qui sig;D:^e q^ils sont partîs pour la canipâgne.
((d) Pièce en prose de M. de Toltaire, aussi mauyaise qu'impie.
Ceê passages se trouvent dans la Correspondance, t. XX y lettre 145.
» que je fais semblant de lui faire , ne s^en tron- » vera pas mieux. Si j'étois comme vous assess » loin de Paris j pour lui donner des coups de » bâton , assurément ce seroit de tout mon » cœur, de tout mon esprit et de toutes mes /or" M ces.... (à) ; mais je ne suis posté que pour lui » donner des croquignoles , en lui demandant » pardon de la liberté grande , et il me semble » que je ne m'en suis pas mal acquitté (b). » (Rire»
prolongés. )
d'alEMBEKT poursuivsmt.
» Adieu , mon cher maître , moquez- vous tou- » jours de tout; car il n'y a que cela de bon (c). »
l'abbjé mobeixet.
Voilà des lettres ravissantes.
DIDEROT
On y trouve de tout ; une grande profondeur de philosophie , et la gaieté la plus piquante..
l'aBBE 6AGLIAKT.
ï)es mots dignes de passer en proverbes.
D ALEMBERT
Il fau:t observer que tout cela est écrit d'un trait de plume.
(a) On supprime ici un blasphème.
(b) Correspondance, tom. XX, lettre iSir
(c) Correspondance, tom. XX, lettre i5;^.
( lia )
LE BARON
Oh ! oui, d'inspiration, on le sent. Ah ça, Messieurs , je vous préviens , que j'aurai l'honneur de vgus présenter, dans quinze jours, un de mes arfciens amis , le marquis de ; c'est une conquête à faire.
pudLOs.
Elle sera difficile ; on dit qu'il est dévot.
d'alembert.
Dévot!.... A-t-il de l'esprit?
LE BARON
Il en a beaucoup ; il a fait d'excellentes études.
D^ALEMBERT
C'est donc un hypocrite ; il est impossible aujourd'hui qu'un homme d'esprit soit dévot.
DUCLOS
Ma foi, je suis moins incrédule sur les dévots; à quoi pourroit mener l'hypocrisie ; cela étoit bon dans le siècle dernier^ mais de nos jours....
LE BARON
Je vous assure qu'il est de bonne foi. Ses opinions viennent du cercle où il a vécu ; c'est un homme qui a été bercé avec tous les préjugés de famille , toutes les idées chevaleresques d'amitié , de fidélité aux vieux principes.
(Ii3)
l'abbé GAGIilANI.
S'il y a du grandiose dans son caractère , nous viendrons à bout de l'éclairer ; nous lui ferons liaïr la servitude et chérir la philosophie toujours noble et tolérante.
nucLos.
En général , méfiez- vous des gens de la Cour , ils ont plus de finesse que vous ne pensez.
d'alembekt.
Bah ! avec des éloges on en fait ce qu'on veut.
DUCLOS
Je sais bien que c'est ainsi que vouS' avez capté le boif chevalier de Jaucourt ; mais il y en a de plus rétifs.
d'alembert.
Le fait est qu'il faut cacher à ces Messieurs les grands desseins et l'étendue de notre plan. L'esprit superficiel et léger des courtisans seroit incapable de comprendre , de sonder , et d'approfondir ces idées véritablement hardies; on ne peut même fronder devant eux le gouvernement ( et encore jusqu'à un certain point ), que lorqu'on sait qu'ils sontmécontens du Roi ou des ministres ; mais on leur inspire assez facilement le mépris de la superstition.
BUeLOS.
Fort bien , maïs ne tous y trompez-pas : ils
ne veulent point du îotit k destruction du culte
et de la Religion ;dès qu'ils spnt dans leurs terres,
, ils vont à la messe avec la régularité la plus édi^
fiante. >
d'alembert.
Sans doute , afin de ne pas perdre Thabitude de la fausseté, et pour ne pas se rouiller loin de Versailles.
l'abbé morellet.
A propos des gens de la Cour, que pensez-vous, Messieurs, de l'ouvrage du chevalier de Chasteltix?
n'ALEHBEtfT (en souriant).
La FéUcité publique? mais nous pensons que c'est un chef-'dœuifre.
l'abbé morellet.
L'auteur n'est pas ici ; nous ne sommes qu'entre nous : parlons sérieusement.
l>Il>i;ROT.
Eh bien, cela manque- de chaleur, cela n'a ni plan , ni but ; cependant on y trouve quelques idées philosophiques.
d'alembert.
Oui, oui, l'auteur mérite d'être encouragé.
DIDEROT
Ses intentions sont bonnes , mais son sty te manque d'éclat, et ses pensées de profondeur!..^ Il est si difficile de bien écrire! « On a une idée D juste de la chose y elle est présente à la mé- D moire; cherche-t-on l'expression, on ne la » trouve pas. On combine les mots de grare et » d'aigu, de prompt et de lent, de doux et de 9 fort; mais le réseau, toujours trop lâche, ne
» retient rien Un musicien saisira le cri de
» la nature, lorsqu'il se produit violent et inarti- » culé; il en fera la base de sa mélodie ; c'est sur » les cordes de cette mélodie j qu'il fera gronder la » foudre, etc , etc., etc {a).
LE BAAOK.
C'est, raisonner en homme qui a long-temps médité sur l'art d'écrire.
p ALEMBEBT.
'Ex qui sait joindre l'exemple au précepte.
LE BARON
Le chevalier de Cha$teltii£ est aimé dans le monde. On lui reproche de faire, dans la convetsatiôn, un usage trop fréquent des pointes et
(a) Fils naturel de Diderot II e&t inutiïe d'in^ster sur le ridicule -visible d'un tel galîmathias.
des calembourgs ; mais il a de la politesse , de la grâce ; il plaît aux femmes ; il a des mœurs douces.....
DIDEROT
Tant pis : les passions sobres font les hommes
communs (a) C^est le comble de la folie ^ que
de se proposer la ruine des passions {b)
l'abbe gagliani.
Oui, comme le dit fort bien l'auteur de VEs^ prit (c) : « Loin de nous tous ces pédans épris » d'une fausse idée de perfection. Rien de plus » dangereux dans un Etat , que tous ces morale listes déclamateurs et sans esprit , qui, concen- » très dans une petite sphère d'idées, répètent » continuellement ce qu'ils ont entendu dire à » leurs mies , recommandent sans cesse^ la mo- » dération des désirs, et veulent, en tous les
(a) «Passons, dit M. de La Harpe , sur Texpression sobre » que Fauteur croit neuye, et qui n'est que forcée. Il est faux » que les passions modérées ( comme l'auteur Touloit et de- » Yoit dire) fassent toujours des hommes communs. Aris- » tide, Marc-Aurèle, Phocion étoient très-modérés dans » leurs passions , très-sobres dans tous les sens pcMir répéter » le terme d<s l'auteur : étoient-ce des hommes communs? » et combien j'en pourrois citer d'autres ! » ( Cours de Littérature, )
(b) Pensées philosophiques de Diderot, {c) Helvétius.
( 117 ) » cœurs, anéantir les passions» Le sentiment est 9 lame de& passions. Or, le sentiment n'est point » libre ; ce n'est point parce qu'on«le veut , qu'on 9 aime ou qu'on hait; il ne peut donc être cri* » minel (a), »
DUGLOS.
Ehbien, Messieurs, je ttouve que c'est aller trop loin. Certes, Fénélon, Corneille n'étoient pas des hommes communs ; ils avôient assuré went des passions très-sobres (b). »
D AL£MB£B7'
Les écrits philosophiques ont exalté toutes les g[randes imaginations , et c'est un bien qui doit produire des actions éclatantes, de nouveaux chefs-d'oeuvre littéraires , et d'utiles réformes dans la politique et dans le corps social. Le génie françois commençoit à é^éteindre , il falloit le ra-^ nimer; on n'acquiert point d^asceni;lant par la douceur sur une nation usée ; on ne l'entrîiîne
(a) De tespriu
(6) Dans ces derniers temps on ta vu en Allemagne une secte d^itluminéSy qui avoit pris ces mots pour devise : Rien par raison^ tout par passion. Il est résulté de cet engagement eç qu'on devoij: en attendre, des sui(;ides et une horrible dépravation de mœurs. UvtûcXe passion dans le Dictionnaire philosophique de Voltaire, est exécMiMe; ^onqbscémtfé et . ma iafamie sont telles , qu'il est impossible d'«n rien citer.
( ii8 )
que par la force; celle des passions est ta plus ^ puissante de toutes , puisqu'elle est puisée dans ià nature. Laûsogos donc agir la philosophie; «lie ne peut alarmer que ceux qui manquent de prévoyance et de profondeur.
DUGLOS se levant brusquement , et prenant son chapeau
pour s*en aller.
Sfessteurs , fvà rUoimeur d^ Yxpfus souhaiter le
Jbon 5om (il jâit à part en s*en ^ant. ) ilstènMfeFOQt tant qu'ils me rendront dévot !... («) ( Il sort précis
pitamment.)
d'alembert.
. QueLoriginal!
DIBEAOT. .
. J[« TQtis,r{4 toujours dit , c'est un «sprit très-
^^erous,, ,,.....,.,... - ^, . ...
• •:.■■ ■:•" i;,-..! -«««A^off. .
ri XI .a de la âsanchisé. :'. ..
DIDEROT
C'est-à-d^re que par fois il a de la brutalité. [ H a bien peint Jes courtisans dans ses Consi-
^) Ciestrtûiutle «MKlrairfî. Jli)}«>tpk Jainwiaoiimiia Corne,
Fort bien , mais on peut lui reprocher quelques petits ménagemens inutiles pour certains, préjugés : en tout ^ il n'est pas franc du collier. (H regarde à la pendule. ) Que vois-je? Il est six heures passées ! J'avois prowis à ipa4^nioiselle d'Espinasse d'être chez elle à cinq heures; comme le temps passe ici !
LE BARON
C'est VOUS qui l'abrégez ; jxi'^ M pa^ew plus YÎte çncore pour vous où vousâUeÉ.
BALÉMBERT, .
Ajdieu, Messieurs; à demain chez'Madame iGeoffrin. '
niyécndlans le grand monde , et ses taBIeaux, dans ce genre, manquent absolument de yérité , et sont d'un mauvais ton ; mais 9 dans le reste de Touyrage, on trouve, au milieu de quelques erreurs, des remarques judicieuses et beaucoup d'esprit et de finesse ; enfin \ on ne peut hii reprocher les galimathias de Diderot, les principes odieux d*Helvctius, la pédanterie de d'AJerobert , son acbarnement contre la Rèligion , et les grossièretés en tous genres , et les calomnies qui ont tant de fois souillé la plume de Voltaire.
NOTES
tfV eHÀPÏTRE VI.
' (X) M. àe Voltake, dans ses lettres à d^l^nibert, montre un profond cka^frin*^iir quelques tLrîicleS'àeY£m^ciopédief, qui sont raisonnables, parce qu'ils ont été faits dans les commencemens de Tentreprise par deux ou trois hommes esiLBiiBlâe& qai)>écEivôi6nt «dd bonus ibi; des. artic^s oot été philosophiquement corrigés par les renvois imaginés par V(kderot, et dont nous ayons déjà expliqué l'artifice' dans les chapitres précédens. .I^e inctt athéisme .fut ainû corrigé , modifié et détruit j^r le stratagème âiss renyofs. Jj'a^ticle étoi% bon ; le voici :
«( Le mQUvement ii'étant pas essentiel à la matière , et la )» matière n'ayant pu se le donner à elle-même, il s'ensuit pf> qu'il y a quelque autre substance que la matière, e,t qu^ y>- cette substance n'est pa3 un corps.. ^ Le npLOUvement n'étant o» pas de l'essence, de la matière , il faut nécessairement qu'elle » l'ait reçu d'ailleurs. Ifllè ne peut l'aToir reçu <^u néant ^ car » le néant ne peut agir. Il y a donc une autre cause qui a » imprimé le mouvement à la matière , qui ne peut être ni » matière , ni corps ; c'est 'ce que nous appelons esprit. . . Si 9 le monde s'étoit formé par le seul mouvement de la ma> n tière, pourquoi se seroit-elle si épuisée dans ses commeor
» cemens, qu'efie ne puisse pliîs et n'ait pa depuis plusieurs » siècles forioer des astres' nouveaux ? Pourquoi ne produii roit<-dle pas tons les jourtf des animaux et des honunes 1 par d'autres voies que par celles de la génération, si elle
> en a produit autrefois? Il faut donc croire qu'une cause s mtelligeàftie et toute-puissante a formé , dès le commencent ment, cet Univers en cet état, de perfection où nous le » Tojons aujourd'hui. On fait vois aussi qu'il y a du des-
> Kia dans la cause qui a produit l'Univers; c'est la der'- ^ lû^re des absurdités de croire et de dire que l'œil n'a pa^
> été fait pour voir; nil\>reille pour entendre. Il &iut,dàns » ce malheureux système, réfbrmer le langage le plus rai- » sonnable et le mieux «établi , afin de ne pas admettre de * GouBoissanoéet d'intelligence dans le premier auteur du
> monde et des créatures. Il n'est pas moins absurde de » croire que si ks premiers hommes sont sortis de la terre > i- iraient reçu paarlout la mèn^ figure de corps et les mêmes ^ traits, sans que l'un ait eu une partie plus que l'autre; '».6tidank une autre situation. Mais c'est parler conformé- ^ ttiéfit à la raison ' et à Texpérience , de dire que lé genre » humain soit sorti d'un même moule , et qu'il a été fait d'un 9 aièâae sangl » • • >
Si l'on admet làn Dieu, on ne peut se le représenter que
aitts'les traits; augustes qui conviennent au souverain ab--
iohiy<a«i eréateor dé to|it'ce qui existé. )^urce étemelle de
la justice et de la «vérité, Dieu ne peut;nous tromper, et tous
'«(fi ^déérets do'iventètse équitables. Ces. notions si naturelles,
me suf&roieni'sënleft ponr^me convaincre de l'immortalité de
i^ime.' Bntlisaitf liiistolre, en jetant les yeux sur la terre,
je vois souvent le cri^e impuni , le vice triomphant , l'inno-
çeQce opprimée el^la veiftu nuilheuréuse; Je sais que l'hoçime
t)ci«nx ne gotlteia jamais ' le bdnheùr et lé repos; mais il
( laa )
fnat à force de corruption , s'endurcir conine Ics^ ismords ^ obtenir des succès éelatans, ei s'eniTxa: d-unefautsègkvke. Je sais que fhomme Tecmeux %umnetti tonjourt'^^iBoiisalatioDfi au IcMdd de ;5on Ame; cepeadant s^il est peroécnté, eïtioBUiié, s'il perd les djeta-dc soniktfcetioiiy si la imère et les maladies se joignent à lasrt de maux, je Le tms fétirmolime infortunée d'un ^ovt.à. fimesteu Fvis-jiB craîre alun que la justice étemdie ne lui itiendra oompte, ai de ses ificrifices vertueux , ni de sa désignation , ni de aes «anffranoes? et qn'a^ près cette viedëpliurable, le cvéateurr^t^longezadailsle Béant «et être malheureux? Puis^je croire qi^e Je acâérat.aBquel -tout a prospéré, Fnsm^atsurhenrfux, Cromnvel, juair.exemer pie, l'assassin de son roi, n'ait eu api^ la mort qu*tm destin semblable à «dut du monarque ipifoziiinié qu'il eonfâsuait sur réehafaud ? Comment concilier ai^eo cet a£fveiu( syBtèmo , l'idée 4'mi Dieu , d'un ëxe souyerainement équitable? « I>ie««idit M. » Tabbé Gaudiat, Dieu peut àbaïaâomxes! les mm pQU^.un » temps ; cette .preuve paasagère devient un pi^çux ayi^n- >» tage; mais il faut enfin qu'il les justifie, <p'jyi ^teaTeRge, p qii'il les couronne. Cette ptotection est essentidQmnfifitDea- 9 fermée dans l'idée dé la justice. Ainsi, mo^ rivmMrtâlité D de l'âme , c'est nier les perfections de YÈXreSi^içgiéxm^^ if est m anéantir sa loi ; .. . éler à Dieu J'Mtrtbnjt essentiel dtétre lit « sousce, la règle du bien, l'en^mi^u mal^ destieidôi (zmre... Dieu est la Térité et iapuisiianee$:Mapm>^9«efises D et sesmoiacesaont séelles; la consciidnce qui les expi^nie » estftnse; ainsi, lumières, ivfttraits, semorâs!^ ^oittoe.qiii » nous annonce salqt^ annonce Firat^ortcdUé^.
(a) (Oh a tant déelamié sur l'/ittriîéâBe'.et tta Voûh>eUf:dts^
' prêtres , que Bourekii des meiEeui|s eisprils^ par ihad»itude ut salls^
réfleiâon , répètent qaelques-^unes >de ces pbrase&t Le Fqjnage-
d'Espagne 4^ Tiàip avtialet tiéridique Af . de fio^rgoing. , iofipe-
me jpkîsàiile dialraotioii de ce genre, fin parlant de la /a*- «ewe chartreiifie ée- Xérès, à l^ vue de Cadix , il dît ^tie ces rdigîeox donaentà $temte pmf»rês enfans Uur première édueéOion, et qu'en ùuére Us donnent aussi un asite à douze pauf^res vièillanis infirmes^ qu'Us nourrissent y qu'ils ser- »^f€ èt^ils poignènt d'Orne manière iouehante^ ce qui, -ajoute M. de BonrgoiBg , doit leur faite pardonner îeur jààuse oisiveté. T>oiis les jcnirs servir et soigner douie vieiliurds , instruése trente enfans, est «ne ^é aàsez bien emplojée , et qwtU :est plttsant «d'appeler une pieuse oisiveté.
I^oii '^ktot'^œtce' atiiin<ysitë centre>les ecèiësiastiqnes? Depuis TÎngt-ciiiq MIS ils^oat martyrs ou dépomUës !... Qnand ils-enrent das lickesses et de k considération, le cnhe felipeux ATdit de l-éèkrt et de la majesté ; les pauvres étoient toida|*ë^ç les kéfâtaux mieux administrés; le peuple et les i^agedis contenus , instruits' de leurs .d'evoîrs ; Téducafion fvi&BpK fondée sur d'excellentes bases ; la jeunesse docile et modeste , et la nation florissante ; il y avoit alors Une mo- ^le UQ^Icfruie, nof^-«e|]]^i|ient lionne , mus sublime; «i!étoit fçUe 4^ i'Év^fif^ 'QfUAJ lei^r influence a dîsiâiiié , tonaies liçiM AOçiaux se sont Xj^lâ^béi^) quan^.M^i^e et iéi ««épris Q}^ xffp^^Uçé^ If^ 'f es^^t et l'estioie ^cpi'on . àvoit ^ofir efo;, on ^fijf^ypfsé Ip» a^t(EiU» et les tn^i^es, ^ w a ç^^fm h Fr^Ree ' (E^bMf«if}&^*- X^'f ecclé$iasiÂ(|ues p9it:^u âfi g^s^i^.)mm 9 S!^ jAfia ma ifiipifw i^ p)w pur et j^u#. «içs^ectabk qve IV tifii^ depe^-^onçs^ dopt ^ sestp,-:oii'4 foRl.€»atA?0'f- Upài^i i(8.4^yoji^j^i:^:s richesses jblw^ ^pfi p^itîçuli^m ^ la piété, i^fà ;Lepr ;traxail , à de$ défi^cjten^n^ Ae^ A^im^ i^-
. «X)d»s Ips jin't et ?rpi«.,siiples, dit, jenîWirUnt.4*f«tt4 w » ^«élèlfcp Uislpri^ («)i Us,4»e,^laf»ftiçiifpoift^4^^;^FWM
(a) M. Gaillard, Histoire de François /^. '
» ravagea que des brigamls guerriers, ne se lassoient point
» d'exercer. Les dïamp* que le démon de la destruction ve-
M noit de parcourir la flamme à la main ^ renaissoient et iruo-
» tifioient par les efforts du sèle et de la charité. Tandis que
» les soldats pUloient et brûloient, les religieux défirichoient ;
«i par eux , les landes produisoient , le sable devenoit fenUe $
. V les nuuais s^çchangeoient en jardins» les eaux mortes et croit*
» pissantes en canaux , Ti^ifiant les déserts qui se-^uvroîent
» de bàtimens. né^e^sajrea k la culture; le traT^tl éloit pour
» les moines le înjâx du travail pour les pauvres. Ces ri^
>) cbesses arracl)Lées à la terre dans ces.teii^.de.cidainités
» publiques y la charité les z^épandoit dnus le sein des mal*-
» heureux,; on rehdoit la liberté au piî^ni^ier) ouk assuioit
y> la su^isistance à l'infirme, des soi^lagemeqs-i la'veuve, des
» secours à l'orphelin ; on nourrissoit jusqu'au barbare » dont
. » -les. bras énervés par Tige i)i'avoient plus- la force de dé^
7f truire ; la charité se veqgeoit de la.fureiir par. d^s "bkeor
» faits. » ' i . ■ "j
Dans aucune autre cliasse , on n'a fkît de la fortuné un^ msage plus humain et plus utile. Lorsque jadis on voyageoit en Franbë , on reconnoissoit à l'instant, par la beauté de la culture , la propreté des chaumières et l'aisance ùe& paysans , "que' Pon éloit su* les terres d'une abbaye. Leur état \ettt interdisoit l'usage des brillantes supérfluités d'im luxe nvtneux; et, en méàie 'temps, il leur prescrivoit des aumènes que- les moins 'charitables parmi eux' ne pouvoiént se dispenser de distribuer; et, dans les besoins' de PÉtat, on trouYoit en eux de grandes ressources; parles «ib/z^^Tuftictr 1^ plus magnifiques.. Les religieux de la Trappe , au nombre ' de cent vingt , n'Savoient que trente mille livres de rente , et , avec ce revenu*, ilsachetoient tous les ank pour mille écus de blé, qu'ils distribuoient aux pa^uvres de la campagne ;, en^^
outre , ils entretenoîent des familles entières dans les village* Toisins , et ils recevoient plus de quatre mille hôtes par an. Si, parmi ces voyageurs, il y en avoit de, malades, on les gardoit tout le temps de leur maladie, et Ton donnoitde l'argent à ceux qui n'en avoient pas assez pour continuer leur route;t Comment avec un tel revenu, une maison de cent vingt personnes pouvoit-elle faire ces immenses charités? Cest que tons ces religieux cultivoient eux-mêmes leurs terres, leurs bois , leurs jardins ; qu'ils ne mangeoient que des légumes à l'eau, ne buvoient point de vin; n'avoient pour toute chaussure ordinaire que des sabots; pour vétemens, que des robes de laine, qui duroient quatre ans; pour meuble, qu'une paillasse , etc. Malgré le malheureux succès de tant de calomnies atroces répandues pendant près d*iui siècle contre les prêtres, il n'en est pas moins vrai que nous leur de?ons tout. Ce sont eux qui , par l'instruction évangélique, ont formé la véritable civilisation, qui n'est autre chose que la perfection des idées morales. Ce sont eux qui ont défriché des terrains iiAmenses , et donné les premiers d'utiles, leçons ^agriculture. Ce fut une société de frères réunis sous le nom de Frères des Ponts , qui éleva en France les premiers ponts d'one solide et savante construction.
La plus grande partie de nos hôpitaux a été fondée par des prêtres , ainsi qu'un gifand nombre de manufactures. La littérature, les sciences et les arts leur ont les mêmes obligations'. Ce sont des ecclésiastiques , qui , par les plus laborieuses et les plus savantes recherches , ont seuls débrouillé le chaos de l'histoire. Ce sont des prêtres missionnaires qui nous ont fait jouir des plus précieuses richesses des autres parties du monde, de la soie, du quinquina , de la cochenille et d'une infinité de plantes bienfaisantes. Que ne doi-
veB« paé ampénlleaii Toyaigies des taiammm»i»e» , la bo«i** nique Y U fpéôgiïLphie et^hkloiré nAtareUe? Qœ ne lear a paé dé réduèatîon ptUîque et même les éducations particulières, dont les prêtres iUÀemit presque toujours ehai^iés? Ce sont encore eux qui' ont rapporté de la Grèce et. dé l'Asie les plus précieux manuscrits , en nous consenrant , nalgré la guerre et le pîUAge , tous eeux> que nous possédions , ei qui i dans tous les temps, ont rétabli les études et les lettres tombées en décadence , et même en oubli. La littérature n'a jamais dur sa renslissance qu'aux ecclésiastiques. Dans le IX* siècle, sous Chàrlemagne et Loui^le^Délwnnaire, on? ne Voit de seîe&ce que parmi les prêtres.
Dans k x* siècle, surnoasmé lé Mêle de fer ^ où les Hongrois, les Normands et les Sarrasins inondèrent etraTagè-* 'rentla France; où la barbarie anéantit les monumeiif du géale^ où les monastères furent pillés et ab«idonnés, on ne vit que des désordres , des répudiations , des mariages cassés. Quelques religieux ccmservoieht seuls le dépêt saeré de la morale^ et celui des livres "dérobés à fii fureur des Bar-> bares :' Hervé , arclfevéqne de Reims , Albon , abbé dé Fleuryy et quelques autres. Mais damS ce même siècle parut tin pM^ nomène, Gerbert, ecclésiastique qui avoit été en Espagne, en rapporta des manuscrits' rares qu'il tenoit des Sarrasins. Ce fut lui qui introduisit eu Frande les chîffrea arabes ou indiens' que les Sarrasins lui avoient fait coHnOitre. Gerbert étoit mathématiciefi et mécanicien ; ce fut enéore lui qui cons^ truiâif la première borloge à roues. H fîlt arcbevêquede Reims, pms de Raveiine , et enfin pape sous le nom de Silvestre H. Il eut un illustre disciple , le roi Robert , auquel il inspira Tamour de la vertu et le g6ùt des lettres.
Au XII' siècle , un célèbre théologien , Pierre Loiabard , se fit une prodigieuse réputation par le livre fameux qiû lui
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a mérité le nom de maître des sentences. On regarde Turré Lombard comme k Tnd fondateur de l'unirersité de Parii. Alcoin, sons Charlemagne, n*avoit fondé que des école» particulières : d'illustres prélats furent dans ce sièck les plus ardens protecteur* dés lettres et des arts. A cette époque , de yastes édifices , de grandes églises s'éleyèrent de toute» parts dans la capitale et dans les provinces. Pour les bâtir et pour les décorer , on vit renaître , à la voix de la Religion , tous led arts à la fois, Tarcbitecture, la sculpture , la pein-« ture, l'orfèvrerie. Dans œ tempis, ces arts étoient exercés par des ecclésiastiques. L'architecte d'un pq;it bâti sur la Saône, en loSo, fut Tarcbevéque de Ljon. Des' religieux preaoient le titre de maitres-maçdns ; d'autres , coaiime lious l'avons déjà dit, celui de Frères des Poât» : un évéqne d'Auxerre desfilia trois prébendes de sa cathédrale pour un peintre, pour un vitrier, pour un orfèvre (a). Enfin, dans ce même ftLècle, Fabbé Suger, grand homme d'Ëtat, ministre intègre , ecclésiastique vertueux , écrivoit ses ouvrages histoincpies, faisoit de grandes fondations : Saint-Bernard com|»osoit ses éloquentes œuvres sacrées) f^nsieurs prêtre^ Gultivoient avec succès la poésie latine y et un moine , nommé Geoffiroiy donnoit aux nations modernes la première idée du théâtre, par les tragédies pieuses de sa composition, gu'^ fidsoit représenter k ses écoliers*
Dans le xzn* siècle , Tuniversité fut entièranent établie (b)*
((t)Toyes sur tovs ces fidts historiqaes , l^âibien', Fies désilîustfes Arehitêctes; etTabbé Lehtttkf, État des Seiertces en FraPtce, depuis Èo^ hert jusqu'à Phiiippe-le'Bei.
(h) "Elit fat nommée nniTenité, parce <pi'clfe conteûoit toiu les ébl' TanA, et qa'eUe enseîgnoit tontes les sciences. Ses premien statuts fnïeat dressés an commencement dn xiii« siède , par Robert de Coiatçon ,
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ti'on ne trouvoit presque plus de savans que dans soti sein, et' tous ces savans étoient ecclésiastiques. Ce corps de savans et de geù& de lettres, reeonnoissant le souverain pontife pour chef, il en résultoit que le pape étoit à la fois le modérateur universel de la littérature ainsi que de la Religioii. Cétoient aussi les ecclésiastiques qui exerçoîent la théorie de la mé^ decine sous le nom ^e physique : ils abandonnoient aux laïcs la composition et l'emploi des remèdes. De là viennent les apothicaires : en prescrivant les opérations manuelles , ils ne les faiisoient pas ; de là viennent les chirurgiens.
On trouve dans tous les siècles suivans , im nombre égal d'ecclésiastiques d*un mérite supérieur : c'est encore à des ecclésiastiques que Ton doit l'éclat que les lettres et les arts répandirent sur le xvi" siècle et sur le règne de François I«' ; ce prince attira eh France le Génois Benoit Tagliacarne , si distingué par son talent pour la poésie latine : François l^*^ lui confia l'éducation des princes , ses fils , et lui donna Tévéché de Grasse. Etienne Poncher, évéque de Paris, avoit seul eu le courage, dit M. Gaillard (a), de combattre la colère aveugle de Louis XII contre les Vénitiens , et de s'opposer à la ligue de Cambrai : il fut disgracié; François I*'^ lui donna l'archevêché de Sens , et le chargea du soin d'attirer en France les savans étrangers. Ce fut par le conseil de ces grands hommes que François I*' , malgré les désastres de la guerre , immortalisa son règne par son amour pour les lettres et par la fondation du collège royal.
Le vertueux évéque de Lisieux qui , sous Charles IX sauva sa ville et son diocèse des fureurs de la Saint-Barthélnny ;
dit le cardinal de Saint-Étienne, légat dn Saint-Siège. Les papes et nos rois la comblèrenirde favems. «.
(d) Histoire de François /"" .
les cardinaux d'Ossat et du Perron , dont le profond savoir et les rares talens furent si utiles à Henri-le^-Grand et à la France, le cardinal de Rambouillet, célèbre par son habileté dans les a£faires ; appartiennent à ce siècle.
Le XYii* siècle ofire des noms et des ecclésiastiques plus célèbres 'encore , parce que la langue française, perfectionnée et ûxée par des chefs-d'œuvre , assure aux bons écrits de ce temps une immortelle renommée, et que l'histoire des personnages illustres de cette époque si récente , est connue tle tout le monde. Saint-Yincent-de-Paul qui établit les pères de la mission , qui fonda deux hôpitaux pour les vieillards, Vrm pour vingt hommes, l'autre pour vingt femmes, qni rétablit l'Hôtel-Dieu , fonda celui des Enfans-Trouvés , institaa les Sœurs de la Charité , qui fut le protecteur des émi- ■ grés de la Lorraine , le bienfaiteur, pendant 1 a guerre, des pauvres habitans de la Champagne et 4® la Picardie , celui de la ville d*Ëtampes, des pestiférés et des galériens de Marseille, etc. Dans ce siècle où la Religion sanctifia les talens ^ plus éminens , on vit briller ensemble dans la chaire ^angélique, Bossuet et Bourdaloue; l'illustre archevêque de Cambrai, appartient à ce siècle. Santeuil, chanoine de Samt-Yictor , illustra. son nom par ses poésies latines et sacrées; on pburroit citer une foule d'autres littérateurs laussi distingués dans la même classe , et un nombre égal de sàvans dans tous les genres de négociateurs et d'hommes d'État. Mais en voilà peut-être assez pour justifier les prêtres de VinudUté et de la^pieuse oisiveté qu'on leur reproche avec tant d'acharnement et d'animosité depuis soixante-dix ans.
(3) Le chef des prétendus philosophes modernes , pour attaquer les lois données par Moïse , s'est permis, suivant sa coutume , une foule de mensonges et de citations fausser. Le savant auteur de l'excellent ouvrage intitulé : Lettres de
quelques Juifs à M. de Voltaire , a réfuté ses erreurs avec une clarté et une précision qpi ne laissent rien à désirer, et il a prouvé que ces lois , attaquées par l'ignorance réunie à la mauvaise foi , étoient d'une admirable sagesse. Les lois rituelles , qui défendoient de manger certains animaux malsains (a)) furent sans doute très-sages. « Où est le ridicule, » dit l'auteur des Lettres , que des nourritures malsaines aient D été interdites , et que d'autres , qui peuvent paroître agréa- » blés à quelques peuples, aient été prohibées pour desrai- » sons particulières qu'on ne peut condamner quand on les «ignore. Parmi ces lois rituelles^ les unes avoient pour ob- » jet d'inspirer aux Hébreux une horreur invincible pour les » superstitions abominables de leurs voisins. De là ces déi> fenses de passer leurs enfans par le feu [b) , de les stygma- » tiser(c). D'autres lois étoient destinées à leur retracer les
» merveilles opérées pour eux par l'Étemel D'autres,
» comme autant d'emblèmes et de paraboles utiles , cacboient » un fonds admirable d'instruction.. . D'autres furent l'effet » d'une sage politique.... Il est même des lois qui paroissent » a'voir été spécialement destinées à servir de preuves sub- » sistantes et palpables d'une providence continuelle de Dieu » sur son peuple, et de la mission divine de son premier » conducteur. Telle fut, entre autres, la loi du repos de » toutes les terres pendant Tannée sabbatique; loi singulière,
(a) Tels qaeles poissons sans écailles, les porcs, les hérissons, les hiboux, les sauterelles , les rats , les lézards, les serpens. On mangeoit des santereUes en Orient ; on en mange encore dans l'Arabie, ainsi qufi des lésards et de certains rats. '
(b) Gomme £dsoient les adoratetuv de Moloch.
(c) Quelques idolâtres s*imprimoienft sur la peau diverses figures en l'honneur de leurs dietuc
«unique, et qui aatnrellemeat ne devoit Venir à Fesprît «d'ancmi l^[i;slateiir. Elle étoit fondée ^rxr une promesse «expresse: Faites ce que je vous con^mande ^ dit le Sei- » gaear ; que si vous dites : que mangerons-nous la sep- ^dèrne année , si nous ne semons pas et si nous ne recueils hns pas ? Je vous donnerai ma bénédiction la 'sixième 9 année ^ et cette année produira pQur £roû.. Lévit. 25 , x8ji » 21. Cette loi ne peut être fondée que sur la ceititude. que
> dut avoir le lé^lateur que chaque sixième ^nnée produi-: »roit aboxidan^ment pour trois. San^s cela. Moïse couroit V risque de faire périr ses concitoyens de fuuine , et d*atti- »rersur sa mémoire la malédiction publique. Or, cette cer« ititade, de qui pouYoit-elle Tenir que 4e Dieu? Conçoit-on •qu'il eût osé porter une pareille loi ,.s*il n*eût été qu'un \é^
> gislateur ordinaire ? Mais ce qui auroit été le combl^ de la
• folie dans un politique qui n'auroit eu que des ressources » humaines , est une démonstration qn'il en £\y;pit d'autres ,
> ^ que le Seigneur, dont il se disoit le ministre , l'^^ssistoit
• effectiyement et yeilloit sans cesse sur Israël... Toutes les 9 parties de la législation mosaïque annoncent la fa^ute et » divine sagesse du législateur [a). Ses dogmes sont raison- » nables <t sublimes ^ ses préceptes religieux ef mor^m^ , » sains et purs ; ses lois politiques , militaires et civiles, sont
* sages , équitables et douces ; ses lois , même rituelles , fon> » dées en raison ; toutes , en un mot , sont admirablement » çalculées.sur les desseins et les vues du législateur, sur les M circonstances des temps , des lieux , des cKmats ; sur les 9 inclinations des Hébreux et les mœurs des peuples voi- «sins» Dans cette législation, rien qui contredise les lois
• de la nature ou celUs de la vertu* Tout y respifo la
(4) VamS^ïu du cet ouvragée prouve cette vérité en entrant dans le pins grand détail sur tontes les parties de la législation mosaïq^^^ç^
» piété , la justice , l*honnétêté , la bienfaisance. Son oB^ » jet , son ancienneté , son origine, sa durée, les taleifs , le » génie et les vertus du législateur, le respect de tant de peu-* o pies , tout concourt à en prouver Teicellence. Vos plusr » grands honimes (a) l'ont admirée et l'ont regardée comme . » la première source du droit divin et humain (b) ; et i^ous 9 » Monsieur, vous n'y voyez qa*absurdité et que barbarie!,, » Monsieur de Voltaire a surtout déclamé contre les lois militaires des Juifs. Il a répété qu'elles étoient inhumaines et barbares. Écoutons encore là-dessus l'auteur que je viens de citer. Je me bonlerai à quelques exemples frappans.
« La législation juive défendant d'enrôler la jeunesse aie- » dessous de vingt ans,,. Elle ordonne que quand les trou- ))pes sont rassemblées les chefs déclarent que quiconque » ayant bâti une maison , ne Va point habitée , ou étjrant *> planté une vigne , n'en a pas recueilli le fruit ^ ou etjrant » pris une épouse , n'a point habité avec elle , soit libre de » s'en retourner dans sa maison , et dispensé du service n pendant cette année {c),,„ Que si l'armée étoît obligée de » passer sur les terres des citoyens ou des alliés, la loi défend » d'y faire aucun dégât... Tu paieras tout y dit-elle , jusqu'à » l'eau que tu boiras Les lois ne permettoient d'cai-
(a) Cest nn Juif qui parle à M. de Voltaire.
(b) « Noos ponyons citer entre antres le chancelier qui , de nos jours , » a £dt à la France nn honnenr ùnmortel par ses vertus et ses talens. Ce » grand homme avoit tant de respect pour la législation mosaïque ; il es* » timoit le droit des Juifs si sage , qn'il s'étoit fidt extraire et rédiger par » ordre de matières , un corps des lois juives. Mais les d'Aguesseau , les » l'Hôpital, les Bacon, petits légistes, foibles génies en comparaison dé » nos philosophes ! »
( Note de l'auteur des Lettres. )
(c) Deutéronome.
» treprendre^ aucune gaerre par caprice, par axobitioB
» On ne poùvoit prendre les armes que pour se défendre « contre d'injustes invasions , ou ppur tirer satisfiiction de» ' j» torts qui aVoient été £aîts ; et ce n'étoit que sur le refus » deréparations qu'il étoit permis d'entrer dans le pays en- » nemi ; la loi même alors ne vouloit pas. qu'on y fît de dé- » gàts inutiles;... elle défendoit d'en couper les arbres frui- > tiers... Lorsqu'après avoir défait l'ennemi on mettoit le s siège devant ime de ses villes, la loi obligeoit défaire aux » habitons des offres de paix (a),.. Si parmi les prisonniers » de guerre, dit la loi , tu vois une captive qui plaise à ton » cœur, et que tu veuilles Vépouser, tu l'emmèneras dans » ta maison ; là, vêtue de deuil et les cheveux coupés , elle » pleurera pendant un mois son père et sa mère ; alors tu » viendras vers elle, et tu seras son mari , et elle sera ta ^Jemme{b). »
Voilà ces lois militaires que M. de Voltaire appelle des lois d'une cruauté, d'une barfmrie détestables. Il est vrai qu il ne les a pas citées, et qu'il leur a imputé des cruautés qui n'étoient en usage que chez les païens , des cruautés qui ont été exercées par son héros, un empereur philosophe , Julien l'apostat , dont les troupes , comme le remarque V auteur des Lettres, aux sièges de Najora , Malcha et Dacires , firent un massacre général , sans distinction d'âge ni de sexe. M. de Voltaire a écrit que l'usage des Juifs étoit de tuer les mâles dans les villes prises d'assaut, et qu'il leur étoit toujours ordonné de tuer tout, excepté les filles nubiles ; tandis que la loi ne permettoit de tuer que ceux qui portoient les armes', et qu'elle prescrivoit d'épargner les femmes et les en- Ceins; et M. de Voltaire, et ses partisans, et ses copiâtes ont
(a) Deatéronome.
(i>) Deatéronome.
répéibé «t écrit mille' hh que la loi ordoiiïioit de ttteir lies ènfans , les femmes mariées , tout, enfin , excepté lesJUks mibiles. «N'est-il pas clair, lui demande Fantenr des Lettrés, » que c'est calomnier grossièrement nos lois , où Montrer » éridémmeût à toute la terré que tous ne lè^ avez jamais » lues? »
>. t «II. 4
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