‹ Les diners du baron d'Holbach, dans lesquels de trouvent rassemblés, sous leurs noms, une partie des gens de la cour et des littérateurs les plus remarquables du 18e siécleChapitre 20 sur 41 · DU CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

DU CHAPITRE IX

(i) Il n*est pas surprenant que cet ouvrage soit de la plus étrange incohérence , puisque tous les philosophes de ce temps donnèrent à l'auteur un grand ndmbre de morceaux détachés de leur composition , qui , à leur commundément , furent insérés dans le livre , et très-souvent sans aucun à-propos , et communément placés à côté d'autres morceaux contradictoires.

(a) « Qui rejette la Religion (dit M. de Montesquieu) ar- » rache les fondemens de la société. Dire que la Religion >» n'est pas un motif réprimant , parce qu'elle ne réprime pas » toujours , c'est dire que les lois civiles ne sont pas un mo- » tif réprimant non plus.

» C'est mal raisonner contre la Religion de rassembler dans » un ouvrage une longue énumération des maux qu'elle a » produits, ou plutôt, pour parler plus correctement, aux- » quels elle a servi de prétexte , si l'on ne fait de même celle » des biens qu'elle a faits. Si je voulois raconter tous les » maux qu'ont produits dans le monde les lois civiles , la » monarchie , le gouvernement républicain , je dirois des » choses effroyables.

» Un prince qui aime la Religion et qui la craint , est un

» lion qui cède à la main qui le flatte ou à la voix qui l'a- » paise. Celui qui craint la Religion et qui la hait , est comme » les bêtes sauvages qui mordent la chaîne qui les empêche » de se jeter sur ceux qui passent. Celui qui n'a point du » tout de religion , est un animal terrible qui ne sent sa li- »berté que lorsqu'il déchire ou qu'il déyore { Montes- » quieuj,y>

Voilà, en faveur de la Religion, d'éclatans témoignages qui ne sont pas suspects. Ce qu'il y a de plus extraordinaire^ c'est que J.-J. Rousseau , qui s'est livré à tous les excès dans lesquels peuvent entraîner l'orgueil et l'inconséquence , a cependant rendu les mêmes hommages à la Religion. C'est lui qui a écrit les pages suivantes. « Nous sommes tous , dit-il ,

V devenus docteurs , et nous avons cessé d'être chrétiens. » Non , ce n'est point avec tant d'art que l'Evangile s'est » étendu par tout l'Univers , et que sa beauté ravissante a » pénétré les cœurs. Ce divin livre , le seul nécessaire à un

V chrétien , et le plus utile de tous à quiconque ne le seroit » pas, n'a besoin que d'être médité pour porter dans l'âme l'a- » mour de son auteur et la volonté d'accomplir ses préceptes. » Jamais la vertu n'a parlé un si doux langage, jamais lapins » profonde sagesse ne s'est exprimée avec tant d'énergie et » de simplicité ; on n'en quitte point la lecture sans se sentir » meilleur qu'auparavant (a).... On dit que le calife Omar, » consulté sur ce qu'il falloit faire de la bibliQthèque d'Alexan- » drie; répondit : Si ces livres contiennent des choses oppou sées à l'Alcoran , ils sont mauvais, il faut les brûler; s'ils » ne contiennent que la doctrine de l'Alcoran, brûlez-les » encore , ils sont superflus. Nos savans ont cité ce raison-

(a) Réponse de J.~J. Rousseau au roi de Pologne , sur la critique d» son Discours sur les Sciences,

» nemtfnt comme le comble de Tabsurdité. Cependant, sup- » posez Grégoire le prand à la place d'Omar, et rËyangîle * » à la place de TAlcoran , la bibliothèque auroit été brûlée , « e^ ce seroit peut-être le plus beau trait de la -vie de cet il- » lustre pontife... Que devons-nous penser de cette foule '» d'écrivains obscurs et de lettrés oisifs, qui dévorent en pure » perte la substance de l'Etat ? Que dis-je , oisifs ! et plût à lu Dieu qu'ils le fussent en effet ! les mœurs en seroient plus » saines et la société plus paisible; mais ces vains et futiles » déclamateurs vont de tous côtés , armés de leurs funestes » paradoxes , sapant les fondemens de la foi et anéantissant » la vertu ; ils sourient dédaigneusement à ces vieux mots de

V patrie et de religion , et consacrent leur philosophie à dé-

V traire et avilii* tout ce qu'il y a de sàeré parmi les hommes. » O fureur de se distinguer, que ne pouvez-vous point (a) ! » C'est encore ce même écrivain quia fait, dans Emile, un si bel éloge de l'Évangile. Ce discours est trop célèbre et trop digne de l'être pour ne pas le placer ici.

« Je vous avoue que la majesté des Écritures m'étonne ; 3» la sainteté de l'Évangile parle à mon cœur. Voyez les livres » des philosophes, avec toute leur pompe; qu'ils sont petits ' » près de celui-là! Se peut-il qu'un livre à la fois si sublime » et si simple soit l'ouvrage des hommes. Se peut-il que > celui dont il fait l'histoire ne soit qu'un homme lui-même? » Est-ce là le ton d'un eitthousiaste ou d'un ambitieux sec- » taire ? Quelle douceur! quelle pureté dans ses mœurs ! quelle » grâce touchante dans ses instructions ! quelle élévation dans » ses maximes ! quelle profondeur de sagesse dans ses dis- » cours ! quelle présence d'esprit ! quelle finesse , quelle jus- » tesse dans ses réponses! quel empire sur ses passions ! Où

(a) J.-i. Rousseau. Discours qui a remporté le prix à rAcadémie de DijoD.

y» est l'homme , où est le sage qui sait agir, souffrir, mourir » sans foiblesse et sans ostentation ? Quand Platon peint son » Juste imaginaire couvert de tout l'opprobre du crime , et » digne de tous les prix de la vertu , il peint trait pour trait

V Jésus-Christ. La ressemblance est si frappante y que tous » les Pères Font sentie , et qu'il n'est pas possible de s'y trom- «per... Avant que Socrate eût loué la sobriété, avant qu'il » eût défini la vertu , la Grèce abondoît en hommes ver- » tueux ; mais où Jésus-Christ avoit-il pris chez les siens cette » morale élevée et pure dont lui seul a donné les leçons et » l'exemple? Oui , si la vie et la mort de Socrate sont d'un » sage , la vie et la mort de Jésus-Christ sont d'un Dieu. Di- » rons-nous que Thistoire de l'Évangile est inventée à plai- » sir ? Mon ami , ce n'est pas ainsi qu'on invente , et les faits » de Socrate sont moins attestés que ceux de Jésus-Christ. Au » fond , c'est reculer la difficulté sans la détruire : il seroit » plus inconcevable que plusieurs hommes d'accord eussent » fabriqué ce livre , qu'il ne l'est qu'un seul en ait fourni le » sujet... £t l'Évangile a des caractères de vérité si grands, » si frappans , si inimitables , que l'inventeur en seroit plus

V étonnant que le héros. »

(3) H y a encore un petit nombre de personnes dans le monde littéraire, qui rient de pitié lorsqu'on dit que ce sont les philosophistes qui ont fait la révolution. Cependant il est certain { et on peut le voir dans les collections de journaux) , que toutes les motions les plus odieuses faites aux Jacobins , sont tirées des ouvrages de MM., de Voltaire , de J.-J. Rousseau, d'Helvétius, de Diderot, de Condorcet, de Saint- Lambert, de Raynal et de d'Alembert (a).

{a) En effet, on a conseillé ou prescrit dans ces écrits, toi^t ce que noué avons va , et même le costome transparent des femmes , dorant le

H est certain que Ton voit, dans les lettres de ces écri- Vains, la conjuration la plus clairement formée contre la Religion , la monarchie et les mœurs. Enfin , il est certain encore que les Jacobins , dans le temps même de la terreur , n'ont pas été aussi loin que les philosophes : voilà ce que prouvent, à ne laisser aucun doute, toutes les citations si exactes, si fidèles que l'on a réunies dans ce volume, et les lettres de Voltaire , où il répète sans cesse ^ d'un ton de triomphe, que tout annonce une révolution.

règne de Roberspierre. L'article Nudité , dans le Dictionnaire philosophique, est Élit pour prouver que nous devrions aller tout nus.

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