‹ Les diners du baron d'Holbach, dans lesquels se trouvent rassemblés uneChapitre 19 sur 32 · PLUSIEURS VOIX · texte numérisé non relu

PLUSIEURS VOIX

LE MARQUIS

Voici comment s'exprime sur l'esclavage le respectable auteur des Hel viennes, (il lit tout haut,)

(^45) « Si l'Europe entière est libre,* si la seule pen- *> sée de rhomme sous le joug nous révolte , si le » colon avide est forcé de cacher dans un autre » hémisphère les fers qu'il a forgés pour ses » semblables , reconnotssez au moins à quelle » école ce cri de la nature a repris son énergie. » Quel homme , avant le Christ et sou Évangile, » entendoit cette voix si puissante et si impé- » rieuse parmi nous ? Quels philosophes même , » avant le Christ, en réclanïoient les droits? Ils » ont gémi eux-mêmes sous le joug, et Font » cru légitime (a); pas im seul n'avoit dit : Un A esclave est un homme , et tout homme est mon » frère. Et qu'étoient-ce alors que tes^ villes, les » sociétés et les femilîes? Un mékndge odieux, » inconcevable d'infortunés vendus, de tyrans » acheteurs, d'esclaves dans les fers et de mai- » très dont la verge et le fouet étoient lescep- » tre ; d'infortunés opprimés qui ne pôûvoient » pas même dire: Mes bras sont 'à moi; ^ de » riches oppresseurs qui, sans remfords et 'du » même sang-froid ^ calèuloient dans leurs pos- » sessions des hommes et des boeufs! c'étolt-là » le monde et tout le genre humain , avant » l'école évangélique. Ces crimes étoient ceux

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(a) Épictète ifîit esclave <?Épaphrôdlté.' BWueotfp d'autres eurent le même sort. * ' { , ' . c

» du Grec , du Romain , de l'Égyptien , du M Perse j de l'Indien , du Germain , du Gaulois , » du Sarmate, de toutes les nations. Ce crime » nulle part n'alarmoit les consciences^ nulle » part., ni la philosophie , ni la loi ne défen- » doient à l'homme d'acheter l'homme , de » le fouetter , de l'opprimer , de le tuer , » de l'immoler. Je le sais, et j'en frémis. U » est encore des esclaves; mais au moins le » cSu^étieto ne les jettera pas , vieux ou infirmés ^ « dans une île déserte , pour prix de leurs serai vices (voyez Plutarque sur Caion). Il est en- » core des ^daves ; mais au moius il n'en est » plus «n Europe; et celte soif forcenée qui y> vôUs pousse ain^delà des tropiques, ne les )> soustraira >pas à k protection du Dieu de l'É- M vangile ; il vous suit sur les mers , jusque éuv » les rives du Niger et dans vos colonies les V plus lointaines ;il vous crie :K^t esclave, c'^st 9 . moi qui l'ai créé , îe^uis son père ; si tu es son » bourafew y ^i tu n'adoucis pas |^ rigueur de «on » sort, j'bggraverai le tien pat les feux allumés » dans ma colère (a), o

(a) rnYoue que , malgré mon respect pour la philosophie moderne, ces paroles prononcées , l^Évangile à la main , me paroissent plus solennelles et plus persuasives que lorsqu'on les dît au nom de Diderot, d'Helyétius, >de iUynal) de Danton, de Maiat et de Roberspierre.

DUCLOS

Gela est très-beau, et je dirai de plus que tous les verbiages de nos confrères les philosophes contre les prêtres sont fort injustes et fort dangereux.

Voici sur ce snjttt un beau passage de M. de La Haxpe. {Cours de LUtératurt).

« Suffit-il de s'indigner contre Poppresseiir pour légîti-

» mer tout dans l'opprimé ? Si nous n'ayions que le crime

» à opposer au crime ; le poignard à l'injure, et le massacre

» à rusin*pation, où «n seroil le mooràe? A <te qirïl étoit

» dasa l'enlance des sociétés, au ^eul eqipire de la viçleace;

» et c'est toi qui yeux nous j ramener? — Je .suis Tami des

» noirs. — Non , tu es Tennemi de leurs maîtres. — Je veux

)> punir les maîtres et venger les esclaves. — Tu as tort; il

» faut délivrer ceux-ci et éclairer ceux-là ; tu feras le bien de

» tous ; autrement tu ne réussiras qu'à les perdre les uns par

» les autres . Quoi , ces esclaves sont sous la verge , 6t tu leur

» mets le fer à la mfiin? Cest là tout ce qiie fait ja pbiloso-

» pliie. Ma raison n'auroit pas même besoin de ma religion

» pour m'apprendre à ne pas combattre le mal par le mal,

» mais à vaincre le mal par le bien \ et c'est ainsi que je ferai

» tomber la verge sans aiguiser le fer; que je ferai du maître un

» bomme sans faire de l'esclave un assassin; que j'appellerai

» la justice sans déchaîna* la vengeance; et n'en connois^tu

» pas les effists P Ne aont-ils pas toujours plus ou moins récir

» proques ? Ces esclaves tueront ou ils seront tués; ils incen-

» dieront les terres et ils mourront de faim; ils raviront l'or

» de leurs maîtres et s'extermineront en se le disputant.

» N'auras^tu pas fait un bel ouvrage?»

( 248 ) l'abbé »iorellet.

« Cette mauvaise opinion des prêtres énoncée

» comme un fait général , est biêri'ianti-philoso-

« phique. L'estime que nous devons* tous à la

» culture de l'esprit , à l'instruction, conduit

» bien plutôt un homme sensé à avoir des prêtres

» une meilleure idée que de tout autre classe

» également nombreuse de la société. Leur édu-

M cation est en général plus sévère et surtout

» plus, longue; la, plupart acquièrent des connois-

y> sances qui les mettent fort au-idessus du corn-

» mùn dés hommes. Les principes de la morale

» religieuse, qui est presque en tout la même

» que la nioràle purement civile , leur sont plus

» familiers. Pour peu que les motifs religieux se

». joignent d^ns Içur esprit à ceux-là, il doit en

» résulter en eux une tendance plus forte à être

» justes, bons, vrais; en un mot, ou il faut

» penser que l'instruction ne tend qu'à corrom-

» pre les hommes, ce qui est bien peu philoso-

» phique, ou il faut croire que , toutes choses

» égalas d'ailleurs, U classe des citoyens parmi

» lesquels il y a le plus d'instruction est celle où

» il y a aussi le moins de corruption (a).

(a) Le même abbé Morelfet dit encore , dans îe même ouvrage (ses Mémoires) , que les études du séminaire de la Sorbonnc étoient exrnlï*»ntes, et qu'on y discutoit les plus

(»49) M II est vraiment absurde de pfrétendre qu'un » état qui prescrit des devoirs sévères, une vie M appliquée , des pratiques journalières de reli- » gion et de bienfaisance , et qui , d'un autre M côté, ne fournit par lui-même et directement M aucune occasion , aucune tentation de violer » les lois de la morale, qu'un état semblable, dis- » je , donne à ceux qui le professent , le caractère » général d'immoralité que leur attribuent leurs » eniiemis (a). » •

LE MARQUIS

Avec une façon de penser si raisonnable, vous devez être bien indigné , Monsieur l'abbé, de la constante animosité et de l'injustice choquante, contre ^les prêtres, de MM. de Voltaire, Diderot, Hel vétiu^ et d'Alembert ; car dans tous leurs ouvrages elles sont bien révoltantes {b).

grandes questions de la métaphysique, de la morale, et même de la politique»

Il faut lire dans, les Soirées de SainthPétersbourg Télogc des études religieuses , et celui de saint Thomas , qui fut surnommé l'ange de V école, « saint Thomas, dit M. deMaistre, » qui vivoit dans le xiii* siècle , fut l'une des plus grandes têtes )> qui aient existé dans le monde , » et M. de Maistre \e prouve par les citations les plus intéressantes.

• {a) Mémoires de Vahhé Morellet^ tom. Il, pag. 400.

{b) Et dans leurs lettres.

(:i5o) Je n'akne l'exagération dans ancwi genK.

DUCLOS

Il n'est pas question d'exagération. Monsieur vient de citer un fait, et qui est très-scandaleux, sur la .publication des secrets intimes.

LE SÀROXC.

Ah ! ça , Messieurs , j'espère .t]ue cette diaoossion très-oiseuse ne sera pas poussée pins loin.

BUÇXOS.

Oiseuse! pas du tout

LE HAJlQ^CaB.

A propos de prêtres, ilest une^i^tracetb/iphilosophique qui m'a toujours parutrès^plaisante : « à » entendre les philosophes, oesont lesprétres qui » ont imaginé pour leur intérêt la Divinité, la » Religion, le culte; ce sont eux qui ont trompé » le monde; il n'y a pa.s de lieu. commun plus » rebattu dans la philosophie moderne , et qui » revienne plus souvent dans le Système de la » nature : il y a pourtant une petite difficulté ; » .c'est qu'avant d'avoir des prêtres , il a fallu » nécessairement avoir des dieux; avant d'avoir » des prêtres , il a fisbUu c<inv«uir généralement » de la nécessité d'ipi culte; il faut donc que les » déclamateurs avouent que l'idée de la Divinité

( a5i ) » et le besoin d'une Beligion ne sont pas des in- » ventîpns des prêtres; ^au contraire nous » n'avons des prêtres que parce que tous les » peuples ont cru à la Divinité et même à une » Religion ; et certainement cette croyance , cette » volonté , ce besoin ne pouvoient venir desprè- » très qui n'existoient pas encore (a). »

M. GAILLARD

LWgament est un peu fort.

Il ne tombe pas sur vous, M. Gaillard, car vous avez toi^'onrs pairlé avec ménagement de la Religion 'et avec impartialité des prêtres; et nommément dans votre excellente histoire de François I" 5 quand vous citez le beau discours de cet évêque qui, au Conseil de Charles-Quint, fut d'avis de renvoyer généreusement François P' sans rançon et sans imposer une seule condition; on se moqua de cette proposition éuangéligue , et , vo«8 remarquez Urèsrjudicîensement que si

(a) Courv de Litîétxuure àe M. de La Harpe : a Jugez » niainteiianft,.4it M^ ria La fiappe^ du degré 4'iii^pndence » ou d'ineptie que .suppose une di£Baanation habituelle , tel-

> lement absurde et cotttradidtoire', que, pour l'appuyer, il

> faut soutenir une impossibUilé de ptincipes et de faits ; il «faut soutenir que l'effet a existé avant la cause, ou en » d'autres termes, qtié detucet denl ne fbnt pas quatre, et » qu'il fait jour à minuit ; c'est toùtxmi.

Ton eût suivi ce uoble conseil , on auroit évité tous les maux que Pon a soufferts.

LE BARON

Cela est fort bien; mais M. Gaillard n'ignore pas que son dernier ouvrage , si estimable et si brillant à tant d'égards^ la RwaUtédela France et de Vjdngleterrej excite dans ce moment une grande rumeur , et ce qu'il y a de pis, parmi les gens raisonnables.

.. : -^ . LE J\fA.RQUIS.^ . , .

Je mc: flatte de . n'être pa$i i|lSf;Qsé, et je ne suis nullement du noipbiie de aîes gens misonnabies.

• M. bAILLA-AD.

Je siais qu'on me reproche d'avoir dit naïvement qu'il y a du merveilleux dans l'histoire de Jeanne^i'Arc.

LE BARON

Convenez que la naïveté est un peu forte.

l'abbé morellet.

Et à quoi bon dire une telle folie ?

J/L. GAILLARD

Je l'ai dite sans système , comme un fait.

LE BARON ET l'aBBÉ MORELLET.

Comme unjhitk,...

M. GAILLA.RD.

Ouï, Messieurs , comme un fait qu'il m'a paru impossible de nier; Usez mes vieilles chroniques (a).

XE baron:

Vous verrez que des vieilles chroniques ne peuvent pas mentir.

M. GAILLARD

' Non, quand elles sont d'une infinité d'auteurs, la plqp^rt de différens pays,, et qui tous s'accordent parf«|itepieot svx k fait et sqr tous les dé-*

^ai|?. ,.r; '.•..■

LE BARON

Cette excuse, si on l'admettoit, nous méneroit

:.• . ^ ht MARQUIS. .

Oui, mais elle nojus méneroit bien.

' . . ;. , M. GAILLARDé

On veut bien m'acéorder le mérite de ne jamais négliger une recherche historique ; et il est cert£^n que j'en ai fait d'immenses pour écrire cette histoire; et, après tout ce travail, j'ai été convaincu malgré moi, je vous assure,

(a) Phrase qne répétoit toujours M. Gaillard aux reproches que les philosophes lui faisoient à ce sujet

(»54) qu'il y a réellement eu quelque chose de miraculeux dans la vie de leaiuie-d'Arc; ainsi j'ai dû le dire.

LE BARON

Le miraculeux est que vous ayez pu penser ainsi.

M. GAILLARD

Lisez mes vieilles chroniques.

l'aBBA GAGLlAlf L

Au reste, il y a de si belles choses dans cet ouvrage , il est si instructif et si attachant, qu'il faut pardonner à l'auteur ce jugement anti-philosophique.

l'abeé jhorellet.

On y a remarqué de très-grands sentiment contre le despotisme et sur la liberté.

LE MARQtJÏS. ' -

Oui, car ses sentiiheni^ sont sages, modérés, et ne tendent point à bouleverser les ômpîrcSb

LE BARON. '

On ne sauroit parler avec trop de véhémence contre les tyrans.

LE MARQUIS

Mais en respectant le^^^ouvcrnemenft/ et les Souverains.

LE BAaON.

Tout souverain qui n'est pas un tyran peut le devenir.

LE MARQUIS

On peut dire aussi que tout homme qui n'est pas un scélérat peut le devenir; faut-il, dans cette supposition, désirer qu'il soit pendu?

LE BAROlir.

Assurément, s'il avoit tous les moyens et tout le .pouvoir qui assure la possibilité d'abuser de l'autoiité et de la force.

LB MARQttrS.

La conclusion est sévère! Ainsi vous ne voulez ni autorité y m pouvoir ; comment gouvernerez*vous? •»

' LE BARON

Par les lois.

LE MARQUIS

Il faut une autorité forte et respectable pour les £adre suivre , car elles contrarient sans cesse les passions et les intérêts particuliers; il faut donc un chef, et quand il ne s'appelleroit que consul , il peut , tout comme un roi , devenir un despote.

LE COMTE

On ne tarit point sur ce sujet, et je vous avoue,

Messieurs, que ces disputes. me paroissent bien vailles ; me permettez-vous de vous citer , sur cette matière, des vers d'un de nos sfnciens poètes, qui, dans son genre, ne manquoit pas de philosophie.

l'abbé morellet.

Vous embeUissaz les vieux poé't^ en l^s. ressuscitant (a) : nous vous écoutons.

LE COMTE

Voici ces vers : • ^

Oui , penser s'aflranchir , c'est une rêverie ;

La liberté par songe en^la terre est chérie ;

Rien n'est libre en ce monde , et chaque homme dépend ,

Comtes , princes , sultans (6) , de quelque autre plus grand.

Tous lés hommes Tivans sont ici ba'^ esclaves ;

Mais suivant ce qu'ils sont, ils diffèrent d'entraves;

Les uns les portent d'or et les autres de fer,

Et , n'en déplaise aux vieux^ ni leur philosopher ,

Ni tant de beaux esprits qu'on voit en leurs écoles^

Pour s'affranchir, crois-^inoi, 'ne«6nt que des paroles.

Au joilg nous, sommes nés ,,^ et n'a j^4l^ été

Homme qu'on ait vq vivre en pleine liberté.

En vain me retirant enclos en une étude',

Penserois-je laisser le joug de servitude , '

(à) Le comte de Tressan a remis en nouveau langage, avec beaucoup d'agrément, plusieurs Fabliaux.

(b) Les sultans dépendent des janissaires ou d'un voisin re> doutable, etc.

Étant serf du désir d'apprendre et de savoir , Je ne feroi» si non que changer de devoir; Cestrarrét de nature, et personne en ce monde, Ne sauroLt contrôler sa sagesse profonde (a).

DUCLOS

Eh bienf je trouve plus de bou sens dans ces vers-là que dans toutes les diatribes de Raynal.

l'abbé morellet.

Tous les vrais philosophes désapprouvent ses déclamations (i) ; seriez- vous curieux , Messieurs, de voir le jugement qu'un illustre philosophe porte de cet ouvrage ?

l'abbé GAGLIA]!ri.

Assurément, li ABBE HORELLET, tirant de sa poche un p^ier.

Voici une lettre que j'ai reçue hier de M. TurgOt. ( On se rapproche pour écouter. ) Je VOUS passe le commencement qui ne parle que vaguement de l'ouvrage et de l'auteur , et j'arrive à l'opinion positive sur l'un et l'autre. ( Il lit ) « J'ai été un «peu choqué de l'incohérence de ses idées, et de » voir tous les paradoxes les plus opposés mis

(a) Régnier le satirique.

(6) Et tous ces vrais philosophes^ comme on Ta vu, y a voient travaillé; mais on parlait ainsi devant les gens de la Cour.

» en avant et défendus avec la même chaleur, le » même fanatisme. Il est tantôt rigoriste comme » Richardson, tantôt immoral comme Helvétius, » tantôt enthousiaste des vertus douces et ten- » dres , tantôt delà débauche (a), tantôt du cou- }) rage féroce ; traitant l'esclavage d'abominable, }) et voulant des esclaves ; déraisonnant en phy- D sique , déraisonnant en métaphysique et sou- » vent en politique ; il ne résulte rien de son li- » vre (è), sinon que l'auteur est un homme de » beaucoup d'esprit, très-instruit, mais qui n'a » aucune idée arrêtée et qui se laisse emporter » par l'enthousiasmed'un jeune rhéteur. Il semble » avoir pris à tâche de soutenir successivement » tous les paradoxes qui se sont présentés à lui » dans ses lectures et dans ses rêves. Il est plus » instruit, plus sensible qu'Helvétius; mais il est » en vérité aussi incohérent dans ses idées et aussi » étranger au vrai système de l'homme (a) (c). »

LE CHEVALIER

Voilà un jugement très-remarquable, et, à dir© le vrai, c'est celui de tous les bons esprits.

(a) Enthousiaste de la débauche!,,.

. (6) D'après cet extrait , fait par un philosophe , il devroit en résulter une juste indignation et un profond mépris.

(c) Mémoires de Vakbé Morellet, tom. I", paç. 222.

LE BAROK.

Il faut pourtant convenir que l'on trouve dans l'ouvrage des morceaux de la plus haute éloquence.

LE MABQUIS.

Mon cher baron , si vous preniez la peine de relire avec un peu d'attention ees morceaux d^une haute éloquence , vous n'y trouveriez, je vous assure, que de l'en^iliase et du gahmathias.

LE BARON

Vous avez beaucoup de goût , mais tout écrivain philosophe vous paroît ridicule.

Il y a de la philosophie moderne dans les ouvrages de Montesquieu , cç qui ne m'empécbj^ pas de regarder cet auteur comme un grand écrivain ; les gens religieux peuvent faire leç mêmes reproches aux écrits de MM. Duclos et QaiUard,^ et personne ne rend plus sincèrement que moi justice aux talens de ces littérateurs si justement célèbres. Mais il est vrai que ces Messieurs out gardé des mesures ; qu'ils ont rendu de grands hommages à la Religion (a); qu'ils ne Tout jamais attaquée avec insoleAçe et blasphème , et que l'on sent, eu les. lisait, qu'ils Q^çurQïit jia»wa le dessein de corrompre les mœurs, ni de renverser les ti'ônes.

M. GAILLARD

Quant à ces projets insensés, je suis convaincu qu'ils ne sont jamais entrés dans la tête de Voltaire et de ses amis (3).

DUCLOS

Moi , je n'ai pas un si bon caractère ; je crois fermement qu'ils veulent faire une secte , et par conséquent une révolution.

LE BAROTT.

Quelle folie !

l'abbé morellet.

Voilà une imputation, qui, j'ose le dire, est bien peu réfléchie. Rien n'est plus innocent que la philosophie c< qui demeure contenue dans l'en- >» ceinte des spéculations, et ne cherche dans ses » plus grandes hardiesses qu'un exercice pai- » sible de l'esprit ; tel est manifestement le ca- » ractère de la philosophie de ceux de nos amis^ » qui même vont le plus loin , comme Diderot » et les autres (a).»>

DUCLOS, avec colère , et frappant du pied.

Mais encore une fois, comme on vous l'a déjà dit , ne &ites donc pas imprimer vos Exercices

(a) Mémoires de Fahbé MoreUet, tom. I", pag. 139.

paisibles de T esprit; contenez dans Venoéinte des spéculations y ces grandes hardiesses,

LE COMTE

Messieurs, vous oubliez la nouvelle représentation àrOpéra; songez que, pour éviter lafoule, ii faut arriver de bonne heure,

LE BAROIf.

Séparons-]:^)us donc.

l'abbé morellet, à part.

• Pour aujourd'hui , ce sera sans regret.

NOTES

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