‹ Les diners du baron d'Holbach, dans lesquels se trouvent rassemblés uneChapitre 24 sur 32 · CONDORCET · texte numérisé non relu

CONDORCET

On ne verra naître et briller l'âge d'or philosophique que lorsqu'on aura supprimé toutes les fondations. « Point d'hôpitaux qui ne peuvent î> servir qu'à entretenir la fainéantise {cC). Point » de médailles , point de ces honneurs subalter- » nés , avec lesquels la charlatanerie cherche à » payer la vanité ; il faut encourager et non cor- » rompre ; on ne devroit donner que des grati-

{a) Système de la Nature.

{b) Contrat social de /.-/. Rousseau.

(c) De l'Esprit.

{d) La fainéantise des blessés , des vieillards , des estropiés, des impotens, des enfans au maillot!...

-( 348 ) » fications et des pensions (a). Remarquons » encore que la bienfaisance n'est qu'une foi- » blesse , à moins qu'elle ne serve à l'utilité pu- » blique(^).

HELVÉTIUS

» Cependant il faut convenir que l'homme » qui sacrifie ses plaisirs , ses habitudes et ses

» plus fortes passions à l'intérêt public est

» impossible ; et , en s'abandonnant à son ca- M ractère, on s'épargne au moins les efforts inu- » tiles qu'on fait pour y résister (c). (On rit.)

TOUSSAINT

D'ailleurs, convenons-en, « une âme mortelle M n'a point de devoirs ; on croit lui faire beau-

[à) Cela est en effet plus solide; mais il nous semble que Fargent corrompra toujours beaucoup plus que des marques de distinctTon.

[b) Quoi! ces actes isolés de charité qui n'ont aucune influence générale, comme, par exemple, de soigner en secret des individus inutiles et souffrans ,~ et tant d'autres actions de cette espèce ^ ne sont pas vertueuses et ne prouvent que de \2i faiblesse ? Voilà une idée neuve, elle ne séduira pas les bons cœurs. Quel homme seroit-ce que celui qui , lorsqu'il s'agit de donner, de secourir, de faire du bien, calculeroit froidement si ce qii'on lui demande peut servir à rutiUté publique ? Tout ce que vient de dire M. de Condorcet , est tiré de son Éloge de M. TurgoU

(c) De r Esprit.

( 349 ) » coup d'honneur de vouloir la décorer d'une » prétendue loi née avec elle , comme de tant » d'autres idées acquises; elle n'est point la dupe » de cet honneur-là. Une âme bien organisée , » contente de ce qu'elle est, et ne poussant pas » ses vues plus loin, dédaigne tout ce qu'on lui » accorde au-dessus de ce qui lui appartient en » propre , et se réduit au sentiment (a). »

d'alembert, en riant.

c'est parler un peu crûment.

GRIMM

Crûment est le mot.

l'abbé morellet.

C'est parler très-conséquemment, lorsqu'on ne croit point à l'immortalité de Famé.

coirnoRCET.

On peut cependant combattre de telles idées ,

qui anéantiroient l'amour de la patrie.

n'ALElffBERT.

Bon ! la patrie , c'est un mot bien vide de sens (b).

{a) Discours sur la Fie heureuse.

{b) C'ëtoit Topinion des principaux philosoplies; d'Alem-* bert répète dans ses Lettres qu'il ne va pas en Russie, parce qu'il craint le froid y U ajoute toujours qu'il déteste la

HELVÉTIUS

ce Au fait , Messieurs , l'intérêt est l'unique juge

» de probité On doit regarder les actions

» comme indifférentes en elles-mêmes, sentir que 9 c'est au besoin de l'État à déterminer celles » qui sont dignes d'estime ou de mépris , et en- » fin au législateur, par laconnoissauce qu'il doit » avoir de l'intérêt public , à fixer l'instant où » chaque action cesse d'être vertueuse et devient » vicieuse (a).

TOUSSA.INT

» Le bonheur est une sensation agréable , un » bien-être , un plaisir , en un mot tout ce qui » flatte le corps : voilà le seul pilote qui conduise » à la félicité. Les objets étrangers , la vérité , le » savoir , la vertu ne sont que des biens d'idée , » des causes intrinsèques (b).

DIDEROT

M II faut au philosophe , outre le nécessaire

France, le pays des singes ; lui et M. de Voltaire n'appellent jamais les Français que des fFelckes , et ils se plaisent à les rabaisser en toute occasion , en éleyant sans cesse audessus d'eux les Anglais. M. de Voltaire traite ouyertement de sottise Tamour de la patrie , dans son Dictionnaire phi-losophiqu^ («Voyez dans cet ouvrage le mot Patrie)^

(a) De r Esprit.

{b) Les Moeurs,

( 35i ) « précis, un honnête superflu nécessaire, par » lequel seul on est heureux. La pauvreté nous » prive du bien-être , qui est le paradis du philo- » sophe (a) (3). »

l'abbé BirNAL.

Parlons un peu de ce qui nous intéresse tous. Savez^vous , M. Diderot , que tous les gens de goût se moquent de plusieurs articles de t Encyclopédie^ et franchement, ils n'ont pas tort. La hardiesse réussira toujours, il n'en faut rien rabattre ; mais il ne faut pas prêter au ridicule , il faut plaire aux gens du monde , et surtout aux femmes.

DIDEROT , avec emphase.

Àh! oui aux femmes!....

LE BARON^, en souriant.

Ce nom seul excite son enthousiasme.

DIDEROT

« Lorsqu'on veut parler des femmes% il faut

{a) Voilà du moins un style bien assorti aux aentimens % de telles idées doivent être exprimées ainsi. Le passage se trouve dans V Encyclopédie.

Nous possédons de madame du Châtelet (qui étoit une femme philosophe), un Traité du Bonheur, dans lequel l'auteur place au rang des choses qui contribuent le plus an bonheur l'état de santé qui fait aller régukèremeni à la garde^rohe.

( 35. ) M tremper sa plume dans l'arc-en-ciel, et jeter sur M sa lignela poussière dès ailes d'uo papillon (a).»

l'abbé 3IOBELLET, parlant à son voisin » en regardant Diderot.

Il est admirable ^slt son abondance^ sa fa* conde , son air inspiré /..... (b)

l'abbé RAYNA.L.

Revenons à l'Encyclopédie ; songez, M. Diderot, à ce que je viens de vous dire: il ne faut assurément pas céder aux criailleries des I>igots et des prêtres , je le répète; usons toujours asec courage de la liberté de penser , en même temps ne choquons point dans les choses indifférentes ce que les esprits superficiels appellent le bon goût.

DIDEROT

Que voulez-vous mon ami , « l'Encyclopédie >^ est un gouffre où des espèces de chiffonniers

(a) ( Œuvres de Diderot ) Le conseil n'est pas facile à suivre ; car il n*est pas donné à tout le monde de pouvoir tremper sa plume dans V arc-en-ciel ; mais les écrivains qui n'auront pas le génie de Diderot, se borneront à jeter sor leur ligne la poussière des ailes d*un papillon, ce qui certainement doit suffire pour parler des femmes avec beaucoup d'agrément.

(6) Propres paroles de l'abbé Mordlet sur Diderot (fV* »e$ Mémoires^ tom. I^'^pag. 134, seconde édition).

D jettent péle-méle une infinité de choses mal » vues, mal digérées, bonnes, mauvaises^ détes- » tables , vraies , fausses, incertaines, et toujours j> incohérentes et disparat<ss (a). » U n'en est pas moins vrai que cMe entreprise irnmortalisera ses auteurs.

jd'alemrbrt.'

a Sans doute, mais on a employé trop de ma- « nœuvreis k cet ouvrage , et ôtf y a mis tîrop' de *> déclamations ; c'est un habit d'arlëi![uin , on il » y a quelques morceaux debonné étofife et trop » de haîlloiis (b). »

BAMlhAVlJLlSi

Elle rendra du moins l'important service d'anéantir la superstition (e).

(«r) Encyclopédie, taioX. Encyclopédie , de Diderot.

{b) Correspondance , tom. XXI , pag. 38.

(c) €*est ain» que (par un reste de respect qa'â» ne s'a- ▼ouoient pas ) , ils étoient oonveims d'<appel^ la Région. « Cest une remasque qui n'«Gb^>pera pas à l'Histoire, dit » M. de La Haz^e (Cours de Littérature), que quaiul les I* p}iiIosoplies%aB6-citk>ttes appuartoîieQt tous les jours à \m , » barre , les vases sacrés ei les omenMeas du culte, jaiBAÎs » ils ne se sont a^sés de dicte les dëpouilks du culte; ils s'en » IfMrdoient bien. C'étoient tonjoui» les dépouîllies du fanai> tisme ; quç de choses là-dedans pour quieonilue est«n ^taC Bder^^ddr!»

' TOUSSAINT

ïous les hommes dowent être égaux ^ tous les biens doivent être en commun, tonte propriété est urie usiâpation , tout maître est un tyran. Les peuples qui souffrent cette tyrannie sont des imbéciUes {a).

DA.MILAVILLE.

« Le christianisme n'a pas proprement pour i> objet de peupler la terre.,.. Ce culte proscrit le » divoi'ce que permettoient les anciens, et en cela » il devient un obstacle aux fins du mariage {b). » Le dogme de Timmortalité de l'âme pouvoit » être utile à l'humanité ; il est pourtant d'ex- » périence qu'il lui a toujours été funeste: cela ^ prouve que , dsuis le sens où ce dogme a été » reçu parmi les hommes, son seul effet est de » flatter leur orgueil ; il les rend ingrats envers » la nature (c) , ils croient ne tenir d'elle que

(a) Voilà les grandes idées que donne la philosophie (Voy. le Discours sur V Origine de V Inégalité des Hommes , de Rousseau ; le Code de la nature , les ouvrages intitulés de t Esprit, Révolution de r Amérique , et tant d'autres ou-* vrages de ce genre, non-*seulement remplis cf impiété, mais encore des déclamations les plus séditieuses.)

(b) f Encyclopédie y mot Population ^ article de Damilaville. ) Cest ce que les Jacc^ins ont répété d'après leurs maîtres , et c'est à quoi ils ont remédié.

(c) Qu'est-ce donc que cette respectable nature? qu'est-ct

M des choses méprisables qu ils ne doivent cher- » cher, nia conserver , ni à tFansmettre. Quel in- » térét des êtres pénétrés ;de ces idées pourroient- » ils prendre au maintien et à la propagation » d'une société dans laquelle ils ne se considèrent » que comme des passagers ; qui ne regardent ce » monde que comme un vaste caravansérail dont >j ils ont grand'hâte de sortir ? Pour eux la Pro- » vîdence fera tout ; ils ne se mêleront de riei;i.(a),.

que cet être abstrait, qui n'est pour les athées que le ha^* sàrd? et commeut lui doit-on de la reconnoissance ?

(a) Ils ne se mêleront que de soulager les infortunés , de les chercher, de les découvrir, de se dépouiller pour eux ; il est ▼rai qu'ils attendent dans une autre vie le dédommagement des injustices et des absurdes calomnies que soufTre si souvent sur la terre la piété parfaite d'un véritable chrétien j mais ils savent que les réccuitpenses immortelles, destinées à la. vertu ^ ne seront accordées qu'à la bonté, à la charité constante et au dévouement généreux pour ses semblables , pour la patrie et pour ses ennemis mêmes. Prétendre, que la loi de&, chrétiens ne peut que rendre insensible , égoïste , indifférent au bien public , c'est pousser Tanimosité jusqu'au dernier degré de l'aveuglement et de la démence. On a déjà vu dans cet ouvrage , par des faits irrécusables, que l'on doit au christianisme , l'abolition de l'esclavage . la civilisation européenne , et que , particulièrement en France , on doit à des religieux la restauration des lettres, le défrichement des terres , tous les établissemens de bienfaisance et les progrès de tous les arts utiles. Quoi ! cette foule de saints se dévouant , dans les calamités publiques , ^u soulagement d«

» Le plus grand des vices esl de tromper la na- » ture {a}.

DIDEROT

» Plus d'excellence en poésie , en peinture , » en musique, quand la superstition aura fait » sUr le tempérament , l'ouvrage de la vieil- «îesse(A).»

de tennis frères! Quoi! les frères et les sœurs de la Charité , et les prêtres qui vont porter des secours et des consolations divines aux pestifêrès abandonnés de leurs parens mêmes ! Quoi ! tous ces héros de fa Religion et de l'humanité ne sont que des égoïstes qui ne prennent aucun intérêt au bien de ta société ? Exposer sa vie , donner ses biens , se reftiser souverrt le nécessaire, compatir à toutes les douleurs, même a celles du vice , passer les mers ou parcourir les villes et tes campagnes , pour répandre les lumières d'une morale an- ^éli^ûe , sacrifier le sommeil et le repos , pour aller recueïïlir les derniers soupirs du mourant ; voilà ce que la philosophie appelle de VégoïsmeU.* Il est vrai que ces Ëommés apostoliques, loin de respecter la nature y combattent les passions désordonnées qu'elle inspire ; -et c'est là l'a plus grand crime aux yeux des philosophes modernes , puisque (comme ils le disent eux-mêmes) le bien-être person-nel sur la terre est le seul paradis réel.

{a) Encyclopédie , mbt Population.

(b) « ïe défie , dit Mf:' de La Harpe , qu^on trouve dans » cette phrase de Diderot , l'ombre de bon sens. S'il s'agit » de la superstition proprement dite , je ne vois pas J)our- » quoi dans ce cas même , un poète , un peintre, un musicien » perdroit son talent a^ant le temps , parce qu'il seroit supers-

COWDOaCET.

Il est certain que tou^ doctrine religieuse est contraire au bonheur des nations , et que la /?kh raie nest corrompue que par son mélange avec

» titieux ; et quand Raphaël et Pergolèse auroient été supers- » titienx , je ne crois pas que cela eût empêché le premier » de faire son tableau de la Transfiguration , ni Tautre son » Stabat; si la superstition signifie (comme on a droit de le » penser y et comme tous ces philosophes-là , sans exception y » veulent qu*on le pense ) , la Rel^ion , e*est encore ( il faut 3> trancher le mot) une bêtise ; car qu'y a-t-ii de plus héte , » que de démentir des faits sans nombre , qui tous écrasent » dès qu'on les articule ; de démentir tous les chefs-d'œuvre » de tous nos grands artistes en tout genre , dans le siècle » dernier , et leur invariable attachement à la Religion qui » n'est pas plus douteux que leur mérite ? Il faut avoir un » front de philosophe pour s'exposer à cet inévitable excès » de confusion : mais je vais plus loin ^ et Je vais montrer un » effet tout opposé dans ce qu'il plaît à cette tourbe insolente «d'appeler superstition. Je veux montrer dans le progrès » de la piété , le progrès du génie; ce qui est si loin de son » alfoiblissement. Jusqu'à Phèdre , Racine avôît toujours été » très-bon chrétien , cela n'est pas équivoque ; mais il étoit )> plus , il étoit dév6t et dévot jusqu'à renoncer au théâtre » quand il fit ( ce qui est universellement reconnu pour son » chef-d'œuvre y çt celui de la seèi^e^ de l'aveu même de Yol- » taire) Jthalie; qui efoiroit , si un philosophe Be nous 1'^ » pre&oit pas , qu'u» homme est si pi odigieusement déchu I» quand il fait ime Athalie; et Descarto» ? Vous verrez qu'il » étoit devenu iflibéeille|, quand il kdssa «a ex-voto àNotre- » Dame*de-Lor6tte« »

ta Religion (a); mais j'ai là-dessus, Messieurs, un problème fort extraordinaire à vous proposer, et qui mérite toute votre attention : dites-moi , je vous prie, pourquoi « la Religion de Mahomet, » qui est la plus simple dans ses dogmes , la moins » absurde dans ses pratiques , la plus tolérante M dans ses principes, semble condamner à une yf incurable stupidité , toute cette vaste portion » de la terre où elle a étendu son empire , tandis » que l'on voit briller le génie des arts et des » sciences sous les superstitions les plus absur- » des (J?) , et au milieu de la plus barbare intolé- » rance. (c). ».

{a) (Vie de Turgot^ pag. 178.) Les maximes deTÉvangile qui corrompent la morale!... Est-il concevable <jue la Laine de la Religion puisse conduire un homme d'esprit à cet excès d'absurdité? mais il est juste qu'un sentiment si déprayé , si exécrable puisse priver celui qui l'éprouve des lumières les plus communes de la rabon , et c'est ce que noiis trouvons continuellement dans les écrits des plus célèbres philosophes modernes.

{jp) Parmi les chrétiens,

(c) (Esquisse sur les Progrès de V Esprit humain, par M. le marquis de Condorcet. ) L'auteur de l'un des plus beaux ouvrages que l'on ait publiés dans ce siècle [la Législation primitive) , citç ce passage , et il ajoute : « Il n'y a qu'à » lire le Coran, pour savoir ce qu'on doit penser de la sinty> pUcité de cette croyance, de la sagesse de ce culte, d« la

d'alembeat*

La question est en effet difficile à résoudre;

HELV3ÉTIUS.

Ce qui est évident y c'est que nous sommes courbés sous les préjugés les plus intolérables ; par exemple , dans les grands principes de Tinté" rêt de la patrie ^ il seroit utile d'anéantir l'amour paternel et filial. « Tous ces liens de père et d'en- » faut peuvent nuire à ceux des citoyens , et pro- «> duisent seulement des vices. sous l'apparence » de vertus de petites sociétés ^ dont les intérêts » presque toujours opposés à l'intérêt public , » éteindroient à la fin dans les âmes^ toute espèce » d'amour de la patrie !.... On ne peut soustraire » les peuples à ces calamités , qu'en brisant entre » les hommes tous les liens de parenté , et en dé- » clàrant les citoyens enfsins de l'Etat; c'est le seul » moyen d^étouffér lès vices (a). Les sentiniens » de la nature ne sont que des illusions, dçs pré-

D tolérance, etc. Condôrcet ne donne point l'explication de » ce prétendu phénomène. »

M. de Bonald fait encore sur cet étrange paragraphe d'excellentes réflexions qu'il termine ainsi :

« J'ose dire qu'on chercheroit en vain un autre exemple de » préjugés philosophiques plus ahsurde^.et d'une déraison » plus complète. »

(a) De V Esprit.

» jugés 5 on n'aimeptus ses enfans dès qu^ils ont » atteint Tàge de Tindépendance-o. Alors le père » ne voit en eux que des héritiers avides.... et s'il » aime ses petits-fil s, c'est qu'il les regarde comme » les ennemis de ses ennemis {a). D'ailleurs toute » espèce de dépendance étant injuste , le fils ne » dépend pas plus du père que celui-ci de sa » progéniture (J>).

TOUSSAINT. '

M L'amour filial n'est pas d'une obligation si » générale qu'il ne puisse être susceptible de dis- » pense. Un père dont on n'éprouve que des té- » moignages de haine , toute là distinction qu'on 3» lui doit, c'est de le traiter en ennemi respec- » table (c). »

HELVÉTIUS

Conçoit-on l'indignation qu'inspirent aux esprits vulgaires des maximes fondées sur l'expérience et sur des faits.

GRIMM

Et ils croyent bonnement renverser cet ordre

(a) De r Esprit.

(îi) Code de la Nature.

[c] (Les Jlf«?wry. ) Comparez tous ces préceptes philosoplûques à ceux de TAncien et dir^ouyeau-Testament recueillis dans le chapitre précédent.

invariable de choses , par quelques phrases sottement sentimentales.

HBIiVlÉTIUS.

Rien n'est stupide comme leurs thèses sur l'amitié. « Il n'en est pas moins vrai qu'un homme » d'esprit, en prédisant l'instant où deux amis » cesseront de s'être utiles, peut calculer le » moment de leur rupture, comme l'astronome » calcule le moment de l'édipse {a). »

CONDOllCET.

Ajoutons à tout ceci une grande vérité : c'est que a les grandes âmes sont les seules qui ne se » réconcilient jamais ; les fripons savent nuire » ou se venger , mais ils ne savent pas haïr (b). »

(a) De r Esprit.

(b) CVie de M. de Tur^tj par M. le marquis de Condorcet.) Quels sentimess ! quelle» maximes!... Il y a de la noirceur et de la cruauté dans la haine, puisque toutes ses pensées , tous ses désirs sont J3arbares. Quel état que celui d*une âme qui maudit constamment une créature humaine, qui s'afflige du bien qui lui arrive, qui ne lui souhaite que du mal , et dont les vœux secrets sont des attentats ! La haine n'est jamais eoie mpte de bassesse , parce qu'elle ne sauroit l'être de perfidie ; car alors même qu elle se déclare, elle est toujours forcée par les bienséances sociales , de dissimuler ses mouvemens les plus coupables ; elle fer'^it horreur, si elle se iiiontroit sans déguisement. £n sapposaitt qu'elle s'interdise de nMuvaises actions , elk est toujours une férocité conpentrée. Il n'existe point de haine

LE BA.RON

Ceci rappelle naturellement la belle épitaphe de Sjlla , qui ordonna de tracer sur sa tombe ces paroles remarquables :

u n rendit toujours an centuple le bien et le mal qu'on lui fit. »<

l'abbé morellet.

Avouons pourtant que, si chacun rendoit le mal au centuple^ le monde deviendroit un théâtre de vengeance et de carnage, et la clémence cesseroit d'être une vertu.

DAMILAVILLE.

Le mal ne seroit pas grand, car c'est \à vertu. des dupes.

LE BARON

Le pour et le contre peuvent se soutenir, comme dans toutes les discussions philosophiques, mais nous pouvons employer mieux notre temps , si M. d'Alembert a reçu des nouvelles de Ferney.

THIRIOT

Assurément il en a reçu , cai^ je lui aï porté ce

platonique. Quand on se livre à cette afireuse passion , il est possible de ne pas faire des crimes dignes de mort y mais. <m fait toujours des méchancetés^

matin deux gros paquets dont Tun a traîné longtemps en route.

KATNAL.

Ainsi donc , il en a une provision toute fraîche.

LE BAROIV.

Quel bonheur !

d'alembert.

J*en ai apporté cinq ou six bien choisies, dont je vous lirai des fragmens.

LE BARON

Rapprochons-nous de lui.

d'alembert.

Ecoutez donc : (il déploie une lettre. ) Je VOUS ai prévenu que je ne lirois que des morceaux détachés , afin de vous faire part dans une seule séance de ce qu'il y a de plus saillant dans ces lettres. (U lit tout haut.) « Mlle Corneille est bien » élevée ; il faut remercier Dieu d'avoir arraché » cette âme à l'horreur d'un couvent (4).

» O mes frères, travaillez sans relâche ; semez » le bon grain (a).

» Sans doute, il faut se réjouir que Jean-Jac- M ques ait osé dire ce que tous les honnêtes gens » pensent, et ce qu'ils devroient dire tous les

(a) Correspondance, tom. XX, pag. i<^a>

» jours \d) ; mais ce misérable n'eo est que plus » coupable d'avoir insulté ses amis , ses bienfai*- » teurs ; sa conduite fait honte à la philosophie. » Ce petit monstre n'écrivit contre vous et con- » tre les spectacles, que pour plaire auxprédi- » cans de Genève , et voilà ces prédicans qui » obtiennent qu'on brûle son livre et qu'on dé- » crête l'auteur de prise de corps. Vous m'a- » vouerez que le ma^got s'est conduit coince un

» fou (é). ( On rit. )

» A l'égard de Luc (c), tantôt mordant, tantôt » mordu, c'est un bien malheureux mortel, et » ceux qui servent ces Messieurs-là, sont de ter- >j ribles imbécilles. Gardez-moi ce secret avec »> les rois et avec les prêtres (d),

» Ma mission va bien , et la moisson est asseï » abondante; tâchez de voire côté d'écïairer U » jeunesse autant que vous le pourrez {e). (On rit)» 3> Comment donc, ce Lebrun me pique de ses

, (a) Les impiétés qui se trouvent dans Emile , quelques pages après les plus grands âoges donnés à la Religion , à sa morale et à la vérité frappante de$ preuves de la révâar tion...

(6) (Correspondance y tom. XX, pag. 2o3.) Quel style et quelle bassesse d'expressions!

(c) Le roi de Prusse.

(d) Correspondance y tom. XX) pag. 6o,

(e) Même volw^e, pag. 2x4.

» épines^ lui qui m^a Êiit une si belle ode pour «m'engager à prendre b nièce à Pierre? mon » cher philosophie , je vous embrasse de tout » mon cœur, et je vous serai attaché tant que je » végéterai sur notre ^obule terraquë (a). i>

n ALEMBEftT , continuant.

En voici une autre. ( il déploie une autre lettre. ) « Mon cher et grand philosophe, il faut que je vous » parle morale ; il y en a tant dans ce diaboli- » que dictionnaire (è), que je tremble que l'au- » teur et l'ouvrage ne soient brûlés par les en- » nemis de la morale et de la littérature. Le plus , » grand service que vous puissiez me rendre est » de bien assurer sur votre part de Paradis, >* que je n'ai aucune part à cette œuvre d'Enfer; » il y a trois ou quatre personnes qui crient, que » j'ai soutenu la bonne cause, que je combats » dans l'arène jusqu'à la mori contre les bêtes » féroces (c). Ces bonnes âmes me bénissent et » me perdent ; c'est trahir ses frères que de les M louer en pareille occasion; il faut agir en con- » juré et non pas en zélé [d). Si jamais vousren-

^a) Correspondance, tom. XX, pag. 242 et suiv.

Çb) Son Dictionnaire philosophique.

(c) Les bétes féroces combattoient de leur côté contre les obscénités et les turpitudes de tous genres , les plus infâmes.

[etj En conjuré est un mot précieux.

ri contrez quelque pédant à grandrabalouà petit » rabat, dites leurbien, je vousen prie, que jerenie

» tout dictionnaire (a) Je crois qu'il y a dans

» Paris très-peu d'exemplaires de cette abomina- » tion alphabétique, et qu'ils ne sont pas entre u des mains dangereuses ; mais dès qu'il y aura » le moindre danger , je vous demande en grâce » de m'aVertir, afiii que je désavoue l'ouvrage » dans tous les papiers publics avec ma candeur » et mon innocence ordinaires (b). J'attends cer- » tains papiers dont vous ne me parlez pas , et » dont je vous rendrai bon compte, quand ils yy me seront parvenus (c) ; on gardera le secret » comme chez des initiés et des conjurés.

» Je crois que les malins et les gens à réquisi- M toires, sont trop occupés de finances pour » brûler de la philosophie. C'étoit , comme je » vous l'avois dit , cet honnête abbé d'Estrées , » qui avoit été le premier délateur. Vous savez » qu'il est généalogiste; c'est une belle science. » Il étoit à la campagne en qualité de généalo- » giste et de polisson , chez M. de la Roche-

(a) On supprime ici une impiété.

{b) Phrase banale qu'il répète souvent dans ses Lettres. Se glorifier de la lâcheté, de la duplicité , quel excès d'aTilissement! ( Correspondance ^ tom. XX, pag. 3i6.)

{c] Ce mystère n'est point expliqué dans la Lettre.

(367) » Aymon , dont la terre touche à celle du pro- » cureur-général (a). »

GRIMM

Polisson est charmant!'

l'abbé morellet.

Il est unique !

d'alembERT, continuant.

« Ma reconnoissance est vive , je l'avoue (b) , » mais ce n'est pas elle qui fait mon enthou- » siasme pour vous; c'est votre zèle aussi intré- » pide que sage; c'est votre manière d'avoir » toujours raison ; c'est votre art d'attaquer le » monstre , tantôt avec la massue d'Hercule , » tantôt avec le stylet le plus affilé; et puis, » quand vous l'avez mis sous vos pieds, vous » vous moquez de lui fort plaisamment. Que M j'aime votre style ! que votre esprit est net et » clair (c) !

d'alembert , s'interrompant.

C'est l'^itié qui parle.

. LE BAROJir.

Et la vérité.

{a) C Correspondance ^ tom. XX, pag. 33i.) Qu'est-Cfi^ que l'emploi de Polisson chez un archevêque ?

{b) Sur un éloge public de Voltaire fait par d'Alembert. (c) Suppression d'un bls^phème.

{Correspondance^ tom. XX, pag, a5i. }

d'aL£MBEIit, continuant.

» Le monde se déniaise furieusenient; une » grande révolution dans les esprits s'annonce » de tous côtés; vous ne sauriez croire quels » progrès la raison a Êiits dans une partie de » l'Allemagne (a). Je ne parle pas des impies » qui embrassent ouvertement le système de » Spinosa; je parle des honnêtes gens qui n'ont » point de principes fixes sur la nature des » choses, qui ne savent pointée qui estimais » qui savent très - bien ce qui n'est pas ; voilà M mes vrais philosophes (è).

» Mon cher appui de la raison^ fournissez- » nous souvent de ces petits stylets mortels , à w poignée d'or, enrichie de pierreries (c)... Vous M avez bien raison de citer le vers des Plaideurs : » Que de fous! etc.; mais il nç tiendra qu'à vous M de dire bientôt : Que de fous']' ^\ guéris ! Tous » les honnêtes gens commencent à entendre » raison; il est vrai qu'aucun d'eux ne veut être » martyr, mais il y aura secrètement un très- » grand nombre de confesseurs , et c'est tout ce >^ qu'il nous faut. Frère Helvétius, réussira sans

(fl) Ce qui a produit les sociétés secrèêes»

(b) ("Correspondance j lom. XX, pag. 55a.) Le ceste de cette lettre est d'une telle impiété , qu'oa ne peut ie transcrire.

(c) Suppression d'un bla^hème.

» doute auprèl de Frédéric (a); s'il pouvoit D partir delà quelques traits qui secondass^it 3» les vôtres, ce seroit une bonne affaire (è).

» J'aime à vous voir rire au nez de vospoli« j> cfainelles (c) à qui vous donnez tant de nasar* » des ^•.«. Les croquignoles aux cuistres théo- » logiens sont, je crois, parties (é). Courage, ï> Archimède ; le ridicule est le point fixe avec le- » quel vous enlèverez tous ces maroufles, et les » ferez disparoître (/).

» Je suis bien sûr que vous approuverez qu'on » estime, qu'on méprise, qu'on aime ou qu'on » haïsse, très-indépendamment des titres'; je » vousaimerois et je vous louerois , fiissiez-vous » pape ; et tel que vous êtes , je vous préfère à « tous les papes , ce qui n'est pas coucher gros. » (Oiuit.) {gy Mais je vous aime et vous révère » plus que personne au monde (5).

THIRIOT

Il a des expressions si plaisantes (h) ?

[a) n alloit à Berlin.

{b) Correspondance y tom. XX, pag. 356 et suir. (c) Cest ainsi qu'il désigne les Jésuites. ^

• {d) Suppression d'un blasphème^ [e) Des libelles contre les Jésuites.

(/) Correspondance , tom. XX , pag. SSg et suir. [g) Même volume, pag. 36a.

{h) £t de si bon goût.

« Le petit-fils de mon maçon , devenu évêque » d'Annecy, joint aux fureurs du fanatisme

» une mauvaise foi consommée (a). Vous sa-

» vez qu'il écrivit contre moi au Roi l'année >» passée ; mais ce que vous ne savez pas , c'est

» qu'il écrivit aussi à {b) Rezzonico ; il y eût

^ un bref du pape , dans lequel je suis très-dai- » rement désigné (c), de sorte que je fus à la fois i> exposé à une lettre de cachet et à une èxcom- )) munication majeure. »

l'abbé RATITAL.

Quelle horreur!

GRIMM

Et quelle niaiserie !

DAMILAVILLi:.

Et dans le xviii* siècle.

COKnOBGET.

Cela fait pitié.

n AI^MBEHT^ poursuivant.

« Mais que peut la calomnie contre l'inno-

{a) Cet évéque d'Annecy étoit Tun des plus respectables prélats qui aient existé; on a de lui des lettres à M. de Voltaire, qui sont des modèles parfaite de douceur , de raison et de dignité.

{b) On supprime une épithète infâme.

{c) Pour avoir publié des écrits obscènes remplis d'impiété . Quelle injustice ! . . .

(i70 » cencé ? (On rît.) Je reçois dans mon lit le viati- » que que m'apporte mon curé , dey^t tou^ Jes » coqs de ma paroisse, et je déclare qUe l'évéque » d'Annecy est un calomniateur , et j'en passe » acte par-devant notaire^V oilà mon maçon d'Anr » necy, furieux , désespéré comme tin damnée.... » menaçant mon pieux confesseur et mion no«» » taire. Quoique cet énergumène soit Savoyard, » et moi Français , cependant il peut me nuire » beaucoup , et je ne puis que le rendit odieux » et ridicule : ce n'est pas jouer à uû jeu 0gal« » Toutefois , j'espère que je ne perdrai pss la » partie; car, heureusement , nôuâsQii^^es au 9 dix-huitième siècle , et le marouifle croit être » au quatorzième. Vous avez encore à Paris des » gens de ce temps-là ; c'est sur quoi nous gé- » missons. Il est dur d*étre borné aux ^émisse- » mens ; mais il Eaïut au moins qu'ils se faussent » entendre, et que le boçuf-tigre (a) frémisse. On » ne peut élever trop haut sa voix en faveur de » l'innocence opprimée (b).

» L'évéque d'Annecy, soi-disant prince de » Genève , a voulu non-seulement me damner » dans l'autre monde , mais me perdre dans ce-

(tf) Cest ainsi qa'il désignoit réréqoe. {b) Tome XXI de ToaTrage et tome n de la Correspondance^ pag. zo.

(370 V hn-ci. n m'a calomnié auprès du Roi; il a » coDJuréSa Majesté ttès - chrétienne de me » chasset de la terre que je défriche ; il a M employé contre moi > sa truelle , sa crosse , sa 9i Croix y. sa plume*, et tout l'excès de son ab-> » surde méchanceté ; c'est le calomniateur le yf plurs béte qtd soit dans l'Église ; je n'ai pu le » chasser d'Annecy , parce que je n'ai pas douze » mille hommes à mon service. Je n'ai pu com* 3» battre l'excès de son insolence et de sa bêtise, » qu'avec les armes défensives dont je me suis » servi. J'ai agi en citoyen , en sujet du Roi , qui » doit être de la religion de son prince , et je » braverai les scélérats persécuteurs jusqu'à mon » dernier moment (a).

• » Je ne dois pas être content du procédé de(ô).... 3> Je lui pardonne, à condition qu'il assommera » un bœuf-tigrè, quand l'occasion s'en présentera; » mais je ne lui pardonne qu'à cette condition (c^* (Rire général.)

» Vous savez peut-être que non-seulement » j'ai reçu mes lettres-patentes , de frère Amatus » de Lamballa , notre général, résidant à Rome y » mais que je suis père temporel des capucins

[a) Scélérat^ parce qu'on lui avoit demandé une rétractation de ses luîamies [Correspondance y tom. XXI, p. x4). ' (b)Xtt nom de la personne n'est pas dans la lettre. (c) Correspondance ^ tom. XXI, pag. 32.

(375) , » de mon petit pays. Je vous donnemamalédic-- 9 Itonsi vous ne m'écrivez pas* et si. vous ne me »* maadez.pasce que .vous savez de l'assemblée » du clergé (a). (OxiritatuE^late.)

» Je me ce^rde dans votre entrepi^ise illus- » tre (by comme votre préte-nom ; on veut dres- » ser un monument contre le fanatisme, ^ntre la » , persécution ; c'étoit vous , c'étoit Diderot qu^l » falloit mettre là ; mais je me tiens pierre d'atten- » te ; il ne seroit pas mal que Frédéric se mit au » rang des souscripteurs ; cela épargneroit de » l'argent à des gens de lettres trop généreux » qui n'en ont guère; il me doit cette répara- » tion (c) , et vous êtes le seul qui soyez â portée » de lui proposer cette bonne œaVi:é philoso*» » phique (d). »

Jd'alembert, s'intenrompant. . ;

Ce n'est pas sans dessein , ]MLesfi(ieuiis ^ que je vous lis de suite les passages dç pes lettries,,

(a) {Correspondance , tom. XXI, pag. 40,) Il eut «i effet très-sérieusement cette ridicule hypocrisie \ il sollicita idyemeut ce titre, et il obtint les lettres-patentes.

(6) La statue que les amis dé M. de Voltaire voulaient lui Élire élever par ffouscription.«

(c) Du toH d'avoir trouvé mauvais que rkomroe qu'il avcnt comblé de bienfaits , Teùt déchiré de mille manières dft^# ses lettres et ses libelles.

{d) Correspondance fstom, XXI, pag, 53^ 54.

(374) rëlatife à'da^fftluè; il est bcAi que >ou& coimoî^ siéz rkitétet extrême qu'il y met^ càr c'est un coup de partie pour la philosophie. Cette imposante statue donnera le plus grand ëclat à la cause de la raison, et en la contemplant , l'imagination de tout penseur Terra 'autour d'elle tous I^s préjugés enchaînés et terrassés , et tous les cuisttcfs de l'Europe démasqués et confondus. •

" LE BiillON.

Ouï , c'es* tai coup de partie. ' ■ ' ^

p ALE^ÇERT, reprenant sa lecture.

« Vous êtes ami de l'archevêque de Toulouse , » je ^is persuadé que vous l'avez mis î^u rang » des souscripteurs; mandez -moi, s'il vous » plaît , si M. et nladame de Choiseul ont sous- » crit , ou s*fls î*drit oiiblié ; il est très-nécessaire •^) iqu'ils sousierivent (à)i îë Vous' recommande :»^^'^tartout Frédéric , non pas parce qu'il est roi ^ » mais parce qu'il me doit une réparation- ' ' )V a ne me sied pas d'en parler à Catherine , M rhérbine ; ce serpit a Protagoras Diderot d'eti :»^ ^pyjre à ç^ttça^^oqe , mais surtout il faudroit » dire qu'on ne recevra qu^ peu ; qu doit ména- » ger sa.boufâe^ que Mustapha épuise {b). Le roi

(a) Correspondance y Xom. XXI, pag:' 6'5'ct smr.

{b) (Mémie amkuo&e^' pag. '7r. J'^e qui «ignHie qu'on a'o-

( 375 ) » {philosophe de Danemarck a-t^ £adt ce qu'il » disoit (a)? »

D*ALEMBERT^ s^interrompaiit.

J'ai fait tout ce qu'il desiroit : j'ai écrit plusieurs fois au roi de Prusse ; je viens enfin d'obtenir une réponse; il donnera 200 louis. Le rot de Danemarck souscrira. J'ai fait encore beaucoup d'autres démarches , et vous devez tous vous unir à moi, pour une chose d'un si grand intérêt.

^ . LE BAROK.

Assurément.

OR-IHIME*

C'est ce que nous ferons certainement , et j'ai déjà commencé (i). »

soit pas demander beaucoup d'argent , dans la crainte de ne pas avoir la souscription*.

(a) ^Correspondance, tom. XXI, pag. 90.) Cest-jb-dire a-t-il souscrit pour la statae ? *

{è) Tons ces détails et beanconp d'antres se trouvent dans le même volume de la Correspondance, La gloire humaine «st bien peu de chose, mais qu'elle est méprisable lorsqu'on emploie, pour l'acquérir^ des intrigues aussi viles!... On voit dans cette Correspondance les mêmes manœutres pour obtenir des pensons du ministère français et des princes étrangers , et pour les places à l'Académie , qu'on vouloit ne donner qu'aux /hèr^^ et amis. On cabaknt avec fureur » pour en éèarter tons les gens religieux , quelque mérite qu'ils

d'alemBERT^ coiitiniiaiit«

ce II s'élève une génération nouvelle qui a le » fanatisme en horreur. Les premières places » seront un jour occupées par des philosophes , 3» le règne de la raison se prépare ; il ne tient » qu*à vous d'avancer ces beaux jours, et de faire » mûrir les fruits des arbres que vous avez » plantés. Confondez donc ce maraud de Cré- » vier (a) ; fessez cet âne qui brait et qui M rue (è).

» Cinq ou six personnes de votre trempe suf- » firoient (c) et pour éclairer le monde.

» C'est une pitié que vous soyez dispersés,

eussent , entre antres le savant et respectable président de- Brosses , Tun des hommes qui a fait le pins d*honiienr à sa province (la Bourgogne). Comme il ayoït réfuté quelques mauvais ouvrages de M. de Voltaire , ce dernier en con^ servoit , suivant sa coutume , un ressentiment implacable , qu'il poussa jusqu'à déclarer à l'Académie , par l'organe de son confident d'Alembert, qu'il renonceroit à son titre d'académicien, si l'on recevoit le nazillonneur; c'est ainsi qu'il désigne le pirésident. L'Académie eut la foiblesse de céder à cette menace, et, malgré le cri public, le président ne fut pas reçu.

(a) Continuateur de V Histoire ramaine, qui avoit eu l'audace de parler avec beaucoup déraison et de talent contre l'impiété.

(b) Correspondance, tom. XX, pag. 290.

(c) Ici l'on supprime un horrible blasphème*^

(377) » san6 étendard et sans mot de ralliement. Si ja- » mais vous faites encore quelqu'ouvrage en fa- » veur de la bonne cause , frère Damilaville me :/> le fera tenir avec sûreté.... »

DAMILAVILLE.

Oui, j'en répondis; j'ai pris des mesures certaines contre la féroce inquisition des cuis^ très.

LE BARON

Nous nous en rapportons à vous.

b'alembert.

C'est une confiance qui lui est bien due. (u repreiid sa lecture. )

ce Vous ne serez point compromis par des » bavards coinme vous l'avez été. On mettra le » nom de feu M. Boulanger à la tête de l'ouvrage. » Vous êtes comptables de votre temps à la rai- » son humaine (a) (6).

» Avez-vous entendu parler de ce nouveau lé- » glslateur de la littérature, nommé Clément {b)i » J'ai lu cet animal ; j'admire ce ton décisif que » prennent aujourd'hui les gredins de la littéra- » ture. Ce polisson qui juge si impérieusement

[a) Suppression de plusieurs blasphèmes {Corre^pQn-' dancé, tom. XX, pag. 3oa).

(6) Qui , par ses excellentes critiques, excita dans le public une si vive sensation. .

(378) n ses maitres , présenta, il y a deux ans , une tra* )) gédie aux comédiens qui ne purent en lire que 7» deux actes. Ne pouvant parvenir à l'honneur » d'être jugé, il s'est mis à juger les autres ; c'est » lin petit élève de Fréron (à).

ce Tqus les philosophes sont^trop tièdes; ils » se contentent de rire des erreurs des hommes, » au lieu de les écraser (bj. Les missionnaires y> courent la terre et les mers ; il £siut au moins 3> que les philosophes courent les rues , il faut 3« qu'ils aillent semer le bon grain de maisons en » maisons. Acquittez-vous de ces deux grands » devoirs , mon cher frère ; prêchez et écrivez ; » combattez , convertissez ; rendez les fanatiques » si odieux et si méprisables , que le gouvernc- » ment soit honteux de les soutenir. On pensera » un jour en[ France , comme en Angleterre, où » la Religion n'est regardée pat le parlement que » comme une affaire de politique; mais pour en >ï venir là, mon cher frère, il faut du travail et » du temps (cj.

» Je prie l'honnête homme qui fera matière ,

{a) Les comédiens n'ont jamais fait Timpertinence de refuser d^entendre une pièce jusqu'au bout , et Clément n'» jamais été Félère de Fréron.

{Correspondance , tbm.XXI^ pâf. 9S. )

{b) Sont-ce ks erreurs 00 les hommes qn'U iant écrasera

{cy Correspondance f toœ. XX* pag. 3^

, ( 379 0 » (on rît) de bien prouver que le je ne*sais quoi, » qu'on nomme matière j peut aussi-bien pen- » ser que le je ne sais quoi qu'on nomme » esprit (aj. »

d'al.EMB£BT, s'interrompànt, et s*adréssant à l'abbé Morellet.

Voici quelque chose de joli pour vous : « Je l'ai vu ce brave Mords-les , qui lès a si bien » mordus; il est dû naturel des vrais braves , » qui ont autant de douceur que de courage ; il » est visiblement appelé a l'apostolat (b), »

l'abbé MOBlLliET.

Il est bien [doux: d'être désigné avec un tel éloge dans de telles lettres.

(a) Dans d'anti^es lettres et dans plusieurs de ses ouvrages^ il déclare nettement qu'il croit le monde étemel , c'est-à-dire qu'il n'a point eu de commencement et qu'il n'aura point de £n : qu'aiiisi la matière n'ayant pas été créée (ce qui ^anéantit toute idée de l'existence de Diett)^ c'esV le hasard qui a tout fait , et qu^, en se jouant ^ à produit les deux y les astres, la terre , les végétaux , les animaux et l'homme : sj^ tème qui rappelle ce mot de Pascal qui , à propos du pouvoir merveilleux que l'impiété attribue au .hasard , dit que l'c^i pourroit aussi-bien soutenir qu'il serbit très-possible q l'un cornet d'encre tombé accidentellement sur des feuilles •de papier blanc, formât, entrés-belle écriture le 2) iVco^r^ de trente pages' y prononcé par if. ïè premier Président , à !r 'ornière séance tlu pàrlemëiit. ' .

{b) Cotrespondànce , tom. XX, pag. 337.

Je ne puis me refuser à la petite vanité de rappeler une de celles où il a écrit à Thiriot (a) : « Embrassez pour moi l'abbé Mords'lesj Je ne » connois personne qui soit plus capable de ren- » dre service à la raison.

» Voilà certes un éloge dont je puis être vain, » et je le conserve pour que' mes amis et ma » famille , en fassent honneur à ma mémoire, » quand je ne serai plus {b). »

nAMILA.VnXE.

Cela en vaut la peine.

d'alembert.

Je reprends ma lecture , qui sera bientôt finie.

LE BARON

Tant pis.

^ d'alembert, lisant.

« Je vous prie de me dire le nom d'un an* » cien recteur du collège du Plessis, auteur des 3) trois volumes de Lettres sous le nom de queK 9 ques Juifs. Cet homme est un des plus mau- » vais chrétiens et des plus insolens qui soient » dans l'Église (c). (On rit.) »

{a) Lettres qni ont été recnei&ies en date dn 19 nov. 1 760.

{b) ( Mémoires de Vabhé MoreUet, tom. I*' , pag. a^x.)

(c) ( Correspondance , tom. XXI , pag. a6i. ) Cest ainsi

qu'il désigne Tabbé Guénée , auteur des savantes et sprituelle^

d\leMBERT, s'interrompant.

Je lai ai répondu que ft l'auteur, secrétaire de » ces Juife, est un jpauvre chrétien nommé Gué- » née j ci-devant professeur au collège du Plessis, » et aujourd'hui balayeur ou sacristain de la cha- » pelle de Versailles (a). (Nouveaux rires.) On aîs- » sure que ce saint Amhroise (b)y qui, par hu- » milité, a oublié d'apprendre l'orthographe (ce » qui nous a empêché de lui donner un de » nos fauteuils dont il avoit grande envie , et » nous fort peu) ; on assure donc que ce Chry^ »♦ sostâme non lettré a représenté au gouveme- » ment que , choisir pour ministre des finances » un homme qui ne va pas à la messe est un » crime qui tient de la bestialité ; on lui a ré- » pondu que sa remontrance tenoit de la bêtise^ » et on l'a renvoyé dire la messe, et Guénéela, ser- « vir (c). (On rit.) »

Lettres de quelques Juifs; ouvrage qui a eu tant d'éditions, et qui est encore aujourd'hui si universellement estimé. L'auteur étoit ausâ distingué par ses vertus que par ses talens , et il a laissé la mémoire la plus justement honorée.

{a) Sacristain ou balayeur!,,. Ecclésiastique qui occupoit les places les plus honorables I

[b) Il parle du cardinal de la Roche-Aymon. Le style de racadémicien est si obscur et si inconrect que cette explication est nécessaire.

(c) {Correspondance, tom. XXI, pag. !io3.) On sait ce

b'alehbert, s'intenonipant

.Mais à présent , venons à la fin de la lettre. (UUt.)

t€ Mon adorable philosophe, vous me comblez » de joie, en me faisant espérer que vous ne » vous en tiendrez pas aux Jésuites. Un homme » qui a des terres près de Citeaux, me mande » que le chapitre général va s'assembler : on » donne à chacun six bouteilles de vin pour sa ^ nuit (à) : ces moine&>là ne vous paroissent-ils ' j> pas plus habiles que les Jésuites ? Détruisez , ^>^ détruisez tant que vous pourrez , mon cher >> philosophe , vous servirez l'État et la philoso- » phie (b).

» Diep vous maintienne , mon cher destruc- » teur , dans la noble résolution où vous êtes » de faire main-basse sur les fanatiques, en fai- » sant patte de velours.

» Mon cher philosophe , utile et agréable au

qaf on doit penser de ces jolies moqueries ; tons les vieillards de ce temps se rappellent cpie le cardinal de la Roche- Aymon n'avoit pas adopté Torthographe de Voltaire; mais qu'il avoit beaucoup d'esprit, et qne même on citoit de loi qne infinité de bons mots.

(a) On ne sait à qtuA se rapporte ehaeun , cela signifie à chaque moine. Conte absurde qu*il seroit ridicule de réfuter sérieusement.

(6) Correspondance, tom. XX, pag. 34a et sniv.

» monde , sachez que votre ouvrage est comme 3» vous , et qu'aucun enfant n'a jamais si bien res« » semblé à son père. Sachez que dès qu'il parut u dans Genève , entre les mains de quelques » amis , tous dirent : il écrit comme il parle ; » le voilà, je crois l'entendre. Quand on l'avoit » lu , on le relisoit ; on en cite tous les jours des » passages. J'écrivis à mon ami , M. de Cidevillcj » que je le croyois déjà répandu à Paris ; je lui » parlai du plaisir qu'il auroit à le lire , et je lui A recommandai, dans deux lettres consécutives, » de ne vous point nommer, précaution entre » nous fort inutile ; il est impossible qu'on ne » vous devine pas à la seconde page. Vous aurez » à ^a fois le plaisir de jouir du succès le plus » complet, et de nier que vous ayez rendu ce ser- » vice au public , devant les fripons et les sots, qui » ne méritent pas même la peine que vous pre-* » nez de vous moquer d'eux (a).

» U y a un déchaînement aussi violent que » ridicule , à la Cour, contre les philosophes ; » j'ignore si vous quitterez cette nation de singes, » et si vous irez chez les ours {b) ; mais si vous » allez en oursie , passez par Chez nous (c).

» Savez-vous bien que nos ennemis sont d^-

(a) Correspondance, tom. XX, pag. 846 tt soiv.

[b) Cest-à-dire en Russie.

{c) Correspondance y tom. XX, pag. 371»

( 384 ) » chaînés contre nous d'un bout de l'Univers à » l'autre ?Connoissez-vous le jésuite /ro, résidant ji actuellement à Pékin? C'est un petit Chinois, » enfant trouvé , que les Jésuites amenèrent 9 il y a » environ vingt-cinq ans, à Paris. U a de l'esprit, s>il parle français mieux que chinois, et il est D plus fanatique que tous les missionnaires en- » semble; il prétend qu'il a vu beaucoup de phi- 3» losophes à Paris ^ et dit qu'il ne les aime, ni ne » les estime, ni ne les craint ; et où dit-il cela ? dans p un gros livre dédié à monseigneur Bertin ; tout 3» cela est plus dangereux qu'on ne pense (a).

» Mon cher et grand philosophe , je vous con- » jure encore d'affirmer, sur votre part du Para- » dis, que votre frère n'a nulle part au Portatif{b): » car votre frère jure, et ne parie pas, que jamais » il n'a composé cette infamie ; et il faut l'en » croire , et il ne faut pas que les frères soient » persécutés. Ce n'est point \e mensonge officieux » que je propose à mon frère , c'est la clameur » officieuse , le service essentiel de bien dire que j> ce livre, renié par moi, n'est point de moi ; c'est » de ne pas armer la langue de la calomnie et la » main de la persécution (c).

(a) Correspondance , tom. XXI , pag. aSg. {h) Dont il étoit l'auteur. Cest son Dictionnaire ({u*il appelle ainsi.

(c) {Correspondance, tom: XXI, pag. 817 et suiv.) Il

9 Je suis tombé aujourd'hui sur l'article Die- » donnaire, où' vous parlez de Bajrle en votre » Encyclopédie : Heureux s'il (woitplus respecté » la Religion etJes mœurs ! ou quelque chose d'ap- » prochant.. Ah! que vous m'avez contristé! il » faut que le démon de Jurieu vous ait possédé » dans ce moment-là. Vous devez faire pénitence » toute votre vie de ces deux lignes. Qu'auriez- » vous dit de plus de Spinosa elde LaFontaineia)? >) Que ces lignes soient baignées de vos larmes! » Ah! monstres ! ah ! tyrans des esprits! quel des- » potisme affreux vous exercez , si vous avez con- » traint mon frère à parler ainsi de notre père (i)! »

ne reniait pas et ne pouvoit renierez livre en parlant à son digne confident, qni partageoit toute sa haine contre la Religion et) avec ce même confident, il appelle calomnie Fopinion uniyerselle^ très-fondée, qui lui attribue cet ouvrage!..

[a) La Fontaine ici n'est cite que comme licencieux , et Spinosi^ comme impie. M. de Voltaire a , dans ce genre ^ renchéri sur Tun et l'autre , et tous les chefs des philosophes modernes ont soutenu mille fois Taf&eux système de Spinosa.,

[b) (Corresipondance , tom. XX , pag. 3i8. ) Ainsi , voilà Bayîe déclaré, d'une manière solennelle ^X pathétique y père des philosophes modernes^ et par le chef de la secte! Cependant le lecteur doit se rappeler que d'Alembert, dans une de ses lettres, s'écrie, avec une véhémence qui va jus-qu'à la fureur, qu'un prêtre, un cuistre ^ un calomniateur a osé, dans on de ses écrits, mettre en accolade Boy le et VoUaire,

o'AliEMBBRT ,. s'iiiterrompant.

Je lui aï répondu qu'il me faisoit une querelle de Suisse (a) : ce Premièrement , je n*ai point dit : jo Heureux s* il eût respecté la Religion et les » mœurs! Ma phrase est beaucoup plus modeste; » mais d'ailleurs qui ne sait que, dans le maudit » pays où nous écrivons , ces sortes de phrases w sont stjrle de notaire , et ne servent que de pas- » se-port aux vérités qu'on veut établir d'ail- » leurs [b] ? ( On rit. )

HELViTITJS.

Voltaire est sujet à faire ^insi des querelles de Suisse. Il m'a écrit aussi pour me gronder de ce que j'avois conseillé gravement V adultère y en ajoutant : « qi^il n^est pas temps encore de » dire sérieusement ces choses; que cela choque » tjvp les idées reçues; mais qu'il faut les dire » gaiement avec le voile de la pkus4mterie {e).y^ Pour moi, je trouve qiEi'il ne faut ménager aueaapréjugé.

DAMILAVILLE.

C'est bien mon avis.

(a) Ses propres pseroleè àêma sa réponse.

(i^) CùPfe^ponâance y t(Mn. XX , pag. 3i^.

[e) {Y^ffw tes Lemt9 de Voltaire à HeMUus. ) B ne Mt <|ii'iin p€u âe érokurê povr être profondément kidigiié de tant d« duplicité et de corruption^

(387-) Et le iâieii aussi.

DIDCROT.

Et dans une de ses lettres, qu'on m'a communiquée, il me reproche aussi de laisser élever ma fille psœ ma femme , qui lui donne tous les principes du christianisme (a) , qu'il appelle plaisamment le lait desjuries (b). (On rit.)

l'abbé morellet.

L'injustice est ici poussée jusqu'au ridicule.

TOUSSA.IIÎT.

Je ne trouve pas cela.

l'abbé raynAl â Fabbé MoreUet Ah! Voltaire vous scandalise?

l'abbé moreli^t.

Je suis son partisan le plus zélé et son plus sincère adorateur; mais cette phrase me déplaît.

p'ausmbert.

Au fait, un mari est le maître et doit l'être;

(a) Qu'elle a fidèlement cottftdrrés.

(b) Les Biaximes de TÉvangâe y le htk des/u/iesl,,. Voici cet cncécrablc paragraphe littéralement copié : « On dit que » Diderot élève sa fille dans des principes qu'il déteste : c'est 9 Orostnade qui livre ses enfans à Arimane. Ce péché contre » nature est horrible. Je me flatte qu'il sévrera enfin une en- 9 ftiat qu'il a laissé nmirrir du ia^ des âiries. p {Correspond clartce générmie, ktXto dn 3 janvier 1767.)

( 388 ) €t M. Diderot n'aiiroit pas dû abandonner entièrement à sa femme l'éducation de sa fille.

HELYÉTIUS.

Je ne pourrois le désapprouver sans me condamner moi-même ; car j'ai eu la même complaisance (a) pour une femme digne de tout mon attachement.

d'alembert.

Eh \ bien , c'est une foiblesse.

HELVÉTIUS

Vous êtes célibataire, et vous ne savez pas l'empire que peut avoir une femme, belle , sensible, sur un mari dont elle est aimée , surtout lorsque cette femme a toujours eu la conduite la plus parfaite et la plus exemplaire.

LE BARON

Oui , oui , voilà ce que des célibataires , tels que Voltaire et M. d'Alembert , ne concevront jamais.

DIDEROT

Pour vous, M. le Baron, vous devez nous excuser, puisque madame d'Holbach est une très-bonne chrétienne.

(a) Heureuse complaisance qui a peri>étué dans ses pe^ tites filles les principes les, pins purs et les plus vertueux*

Et à VOUS dire le vrai , je nfen trouve fort bien.

GRIMM , en souriant.

C'est un secret de méuage qu'il ne faudrait pas divulguer ; d'ailleurs la chose est si rare, les dévotes en général sont si acariâtres !....

LE BAROir.

Soyez tranquille, nous serons discrets! sur notre bonheur ; et nous n'en soutiendrons pas moins que toutes les dévotes sont des épouses insupportables.

Mais, M. d'Alembert, auriez -vous par malheur fini votre lecture ?

d'alembert.

Oui , je n'ai plus rien.

THIRIOT

Ces lettres-là sont faites pour passer à la postérité.

GRIMM

Avec un choix.

DIDEROT

M. Grimm a raison : Voltaire s'est livré à une correspondance trop étendue; et, dans ce grand nombre de lettres , il y en a certainement qui ne sont pas dignes d'une telle plume.

THIRIOT

Toutes ont son cachet.

DIDEROT

Cachet , cachet ! voilà ce qu'on répète toujours en parlant des écrits de Voltaire, ce qui pourroit fort bien finir par devenir une critique au lieu d'un éloge.

DAMILAVILLE.

Je soutiens aussi que le moindre, billet de lui a du sel et du charme.

l'abbé RAYNAL.

Du charme n'est pas> je crois, le mot.

DIDEROT

Je me rappelle ques, pendant que j'étois en Russie, j'ai entendu plusieurs fois l'impératrice se moquer de quelques passages des lettres de Voltaire.

GRIMM

J'en ai été témoin.

DIDEROT

Entre autres , de ce paragraphe qui m'est resté daQ3 la, tête : << Montrez-«vous seulement k votre » armée, et je vous répgnds qu'il n'y a pas un » de vos soldats qui ne soit un héros invincible; » que Mustapha se montre aux siens ^ il n'en

(39» ) » fera jamais que de gros cochons comme lui {a), » (On ritj

THIRIOT

C'est une saillie de naturel.

us BAAOïr.

Mais quel ton , en parlant à une impératrice !

hblviStius.

£t même à quelque femme que ce puisse être.

p'alcmbbrx.

Pardonnons lui ces petits écarts, en faveur du bien incalculable qu'il a fait à la raison, dont il a véritablement établi le règne.

DIDEROT

Il a couvert de ridicule les fanatiques , qui accusent si légèrement d'impiété des auteurs qu'ils ^'entendent pas. « L'impie est celui qui médit » d'un Dieu qu'il adore au fond de son cœur (^); » il ne faut pas confondre l'incrédule et l'îm- » pie (c).»

[a) Lettres de Foliaire à Vimpératnce de Russie,

{b) Adorer est bien fort : qui jamais a seulement médit

de ce qu'il aime ?

(c) Appeler un blasphème une médisance^ est une exprès-

sion philosophique qui seroit bien risible, si elle n'ëtuit pas si

odieuse ; car médire n'est pas mentir, c'est dire le mal qui est.

Cependant y quand on reconnoit un Dieu , on ne peut l'ad-

ZE BARON

Cette définition est d'une grande justesse. d'alembert.

Gomme l'article déi^ot dans le Dictionnaire de Voltaire'^ il dit que « Ce titre signifie dés^oué; y> qu'ainsi il n'appartient qu'à ceux qui se con- » sacrent à Dieu par d«s vœux; aux moines et » aux religieuses (a). »

mettre que parfait. Médire de Dieu, comme on médit de son voisin! Quelle idée! quel langage! quel délire L ..Mais revenons à la définition de l'encyclopédiste. Il y a une extravagance incompréhensible à prétendre gravement qu'un impie n'est pas le contraire d'un homme pieux ; alors Pintolérantne Test pas du tolérant; Vimprudent ne l'est pas du prudent. Mais ce n'est pas sans un motif secret cpie Diderot a voulu changer la signification du mot impie • C'est que ce mot ( et c'est une chose remarquable), malgré tous les efforts de l'agissante impiété^ est resté afireux et désBonoré; Pennemrleplus f ffronté du christianisine ne le donnera point aénenseinent à son héros. Ce nom est deiii,e|uré ppnstamment injurieux en dépit de l'irréligion. Aussi les prétendus philosophes n*en veulent point ; il faut , lorsqu'on est poli , se contenter de les appeler incrédules; d'un autre càté, les mois pieux et piété ont toujours toute la pureté de leur signification. Us ont conservé , depuis la création du monde , un charme intéressant et, je ne sais quelle élégance, que rien ne leur Ôtera jamais. .Non , Ferreur et le mensonge n'ont point de tels • privilèges. ( La définition de Pimpie , par Diderot , se trouve dans V Encyclopédie. ) {a) D'après cette logique > celui qui rapporte tontes sesac-

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BAHILAVILLE.

La définition est admirable.

THIRIOT

Quelle finesse d'esprit!

LE BARON

Il est joli d'ôler le titre fastueux qui les rend si vains", aux imbécilles qui nous appellent si improprement des impies.

DAMILA VILLE.

Voilà de ces traits de génie qui les écrasent.

LE BAAOK.

Vous nous aviez promis , M. d'Alembert , de nous apporter une de vos réponses , et M. Thiriot nous a dit qu'il ne poùrroit faire partir le paquet pour Femey , que dans quatre jours.

d'alembert.

Je n'ai sur moi qu'une lettre remplie de plaisanteries ; voulez-vous l'entendre?

lions à Dieu , et qui n'agit que pour lui obéir et pour lui piaille ; celui qui , dans tous les momens , seroit prêt à lui sacrifier sa yie^ ne lui est pas dévoué? M. de La Harpe a bien raison de s'écrier , comme nous l'avons tu , qu'on ne reyiendra pas du plus profond étonnement , lorsqu'un jour on réfléchira de sang-froid à toutes les inepties que les philosophes modernes ont débitées impunément pendant plusi d'un demi-siècle.

TOUS A. LA rOU*

Certainement.

TritRIOT.

Ses plaisanteries sont si piquantes!

l'abbé moreixet.

Et si agréablement malicieuses!

d'aubhbert.

Comment n être pas gai en écrivait àVoltaire! Voici donc cette lettre : Il faut vous rappelés la fable de La Fontaine.

LE BARON

Oui, les marrons tirés du feu.

d'alembekt.

Et que souvent Voltaire prend le nom de Ro' ton et moi celui de Bertrand : tout ce que je vais vous lire n'est qu'une suite et une imitation de ce badinage ingénieux , qui remplit une partie de ses lettres: il Ut. « Il est nécessaire que Raton » vienne au secours de Bertrand; mais je puis » bien vous répondre que Bertrand ne man» y> géra pas les marrons tout seul, ei qu'il ea » laissera même la meilleure part à Raton jipoot » la peine de les avoir si bien tirés (a). Bertrand » a reçu tous les sacs de marrons que Raton

(a) Correspondance, tom. XX, pa^. i5ï.

(395) » Ivi a envoyés; mais, quelque plaisir qu'il ait eu » à les manger, il n'a guère en ce moment » plus d'envie de rire que Raton : cette stran- 3) gurie maudite l'inquiète et l'alarme. Tous les » Berirands aimeroient bien mieux (a).^. (On rit) » que de croquer tous les marrons du monde;

» ils ont beau bénir la patte de RaJton (b)

(0« rit aia éclats.)

» Bertrand ne sait pas précisément quels sont » les auteurs des Trois siècles ; mais il est sûr^ et » mépfie évident, en parcourant cette rapsodie, » que plus d'un polisson y a travaillé, quoi qu'en » dise le polisson qui a bien voulu barbouiller » son nom de toute l'ordure des autres. Bertrand » a entendu nommer Clément , Palissât y Lin- » guet y l'abbé Bergier^ Pompignan^ le jésuite y> Grou, auteur d'une mauvaise traduction de >i Platon , auquel on ajoute beaucoup d'autres » jésuites , sans les nommer.

» A l'égard de la lettre sur mademoiselle Aau- » cour y il s'en faut bien que l'histoire de la lec- » ture soit telle que la vieille poupée (c) l'a man-

(a) On flupprime la plaisanterie la plus basse et la plus dégoûtante.

(b) Suppression daméme genre*

(c) Le maréchal de Richelieu , surnom que Voltaire et ses amis lui dounoient, en j ajoutant de temps en temps celui de tyran du tripot; mais dans des lettres de la même date »

( 396 ) » dé ai^ec candeur k Raton. Ce qu'il y d de sur, » c'est que V Histoire de V Académie ne sera pas » dédiée à la vieille poupée , etqu*il y sera fait » mention d'elle comme elle le mérite (a).

» Bertrand a reçu successivement, et avec une y> exactitude édifiante , tous les marrons que Ra- » ton a si délicatement tirés. Tous les BeHrands » les croquent avec délices ,^ et répètent en les » croquant : Dieu bénisse Raton et ses pattes ! j> Les marmitons (b) qui avoient enterré les mar* ,» rons afin de les garder pour eux , voudroient w bien étrangler Raton ; mais Katon a tiré les » marrons si promptement , que les maîtres de » la maison disent que Raton a bien fait , et se » mocquerit des marmitons, qui en seront pour » leurs marrons et pour leurs juremens (c), ( Rires prolongés. )

» Allons^ courage; mon cher Raton; je ne » sais si le cœur vous en dit comme à Bertrand y » mais ce gourmand de Bertrand sent déjà de » loin Todeur des marrons qui cuisent , comme

adressées an mhfïe maréchal de Richelieu , M. de Voltaire Tappeloit toujours mon héros.

(a) Correspondance y tom. XXI, pag. 167.

{b) Les philosophes donnoient ce ]ô\x surnom aux ecclésiastiques.

(c) "Le^ juremens des ecclésia!sti<ïueé ! . .'. Quelle tage et quelle bêtise !

( 397 ) M M. Guillaume sent qvHon apprête foie que Pa* » telin lui a promise. Cependant , tout en cro- » quant les marrons déjà tirés, et tout enen- » courageant Raton à en tirer d'autres^ Bertrand M seroit presque tenté de le gronder de ce qu'il » fait patte de velours au détestable marmiton D j^lcibiade (a), le vil et l'implacable ennemi des » marrons , des Bertrands , des Ratons et du Ea- » ton même 9 qui ne devroit lui présenter la patte » que pour l'égratigner. Il est vrai que le mar- M miton Alcibiade a plus la rage que le pouvoir TU de nuire , grâce au profond mépris dont il est » couvert parmi les marmitons mêmes; mais c'est 3» une raison de plus pour que Raton ne lui laisse » pas croire qu'on le craint , et encore moins » pour qu'il le flatte. Après tout , Raton sert si » bien les Bertrands , qu'il faut lui pardonner )> quelques complaisances pour les marmitons ; }» mais les Bertrands se crojent obligés d'avertir » Raton que ces complaisances sont en pure perte n pour lu^ et pour la cause commune. Sur ce , » Bertrand embrasse et remercie Raton de tout » son cœur {b).

» Vos ordres seront exécutés , mon cher et il- » lïistre maître ; je vous lirai à l'assemblée de

{a) C'est encore un surnom, 4u maréchal de Richelieu. (6) Correspondance^ tom. XXI, pag. i6q et suir.

» ditnatictie procham (a) , et je vous lirai de mon » inieux ; je regarde ce jour comtoe Un jour de » bataille, où il faut tâcher de n'être pas vaincu, » comme à Crécy et à Pôitier» , et où lé sousn lieutenant Bertrand secondera de ses foibles » pattes y les griffes du feld-maréchtfl Ratùn. Ber- » trand est seulement bien fâché qu'on ait été » obligé de couper quelques-unes de ses griffes » par révérence pour les dames ; mais Fin^priw meur le& rétablira , et Raton est prié de les » aiguiser encore. Enfin, mon diet maître, ^oilà » la bataille engagée et le signal donné ; il faut » faire vpir à ces tristes et insolens anglais (è) , » ^ue nos gens de lettres savent mieux se battre » contre eux que nos soldats ei nos' généraux; » malheureusement, il y a parmi ces gens de let- » 1res , bien des déserteurs et des faux frères , » mais les déserteurs seront pris et pendus* Ce )y qui me fldie , c'est que la graisse de ces pen-

{a) A l'assemblée de l'AcadéiDie , où il dcvoît lire utiesa* tire de M. de Voltaire, pleine de iansMléft c<mli^e Sluâtespear.

{b) Malgré ces injures grossières, les> phiIoaophe$ , ayant et depiiis , ont tâché mille fois d'élever la nation «niaise audessus de la nètre. Ils ont constamment tour-à-tour prodi* gué aux nations étrangères Finsulte et Tadulation ; m|iis ils ont avecï persévérance décrié leur .propre nation , et ne se sont jaiMrîs démends sur oe poiant.

(399) » dus ne sera bonne à rien, car ils sont bien » secs et bien maigres (a)«

M Je suis à la veille de faire une perte qui » m'est bien sensible, celle de madame Geoffiin^ » et d'autant plus sensible , que madame de la » FeHé-ImbauJty^\\o\x^\èi dévote, a écarté du » lit de sa mère tout œ qu'on appelle philoso* M phes {p\ Madame de la Ferté^Imbaut est ven- » due à la cabale dévote , dont elle est la servante; » elle m'a écrit une lettre qui est une pièce rare » poiur Fûisolence et la bêtise (c). ;»

LE BAROlf^

Eh ! bien , voilà tout ?

d'alembert.

C'est bien assez.

I'abbé morellet.

On Tilt se lasse point d'^it^ndre la raison s^é* gayer sous des formes si piquantes.

[a) Correspondance, tom. XXI, pa^. 278.

[b) Même yolume, pag. 279.

[c) (Même ▼ohime, pages 287 et stiîv. ) Madame de la Fcrté-Imbautétoit une personne célèbre dans la société , par son natarel et les agrémens de son esprit ; mais tel étoit le langage des philosophes sur tontes les personnes qui ne partageoientpas leurs opinions. Telle étoit leur gaieté, teurs bons mots et le sel de leurs plaisanteries ; voilà les saillies ingénieuses et de bon goût qui enchantent encora leurs dis* o^ltis et leurs partisans.

(4oo)

LE BA^ROir. .

Quand nous réunirons-nous? car je n'appelle réunion que la petite assemblée d^élus qui se trouvent ici. \

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