LE CARDINAL PACCA. IM
dictioD aa peuple et qa'oa ne pût savoir qael priaonnier on transportait à travers la campagne. Le cardinal Pacca, le fidèle compagnon du pontife » ne le quitta pas dans cet itinéraire jusqu'à Florence, où un ordre de la police impériale mi de Paris pour séparer violemment le cardinal Pacca d'avec Pie VII. Conduit d*abord dans la forteresse d'Alexandrie, Pacca fut enfin jeté comme prisonnier d'État dans le château fort de Fénestrelle, un de ces tombeaux vivants que Napoléon avait semés sur tout son empire, nouvelles et dores bastilles dont il châtiait les consciences religieuses, les vieux patriotes et les royalistes; le cardinal Pacca fut soumis à toutes les rigueurs des prisonniers d'État.
Une remarque curieuse de ses mémoires, est celle-ci : qne jamais il ne s'était mieux porté; ajoutant avec une joie de sainteté chrétienne : «que c'était sans doute parce qae jamais il n'avait été plus en paix avec sa conscience. )» La génération sceptique et sensualiste qui nous environne, ne peut pas comprendre ces satisfactions de l'âme qui do* minent tous les plaisirs des sens. Le bien-être matériel, voilà ce qui constitue ses joies, ses fêtes, et en dehors, il n'est plas qae des idées incomprises. Eh bien ! si Ton se reporte 8Qx temps hér<^ues, où les opinions restent un peu fortement trempées^ on s'aperçoit très-aisément que la paix de la conscience , la satbfaclion du devoir, est peut-être la plos douce joie du corps, de l'esprit et du cœur. Le républicain qui se voue à une cause et subit les liens pour elle.
éprouve un immense bonheur, le chrétien martyr de la religion , les héros martyrs de la gloire , tous ces hommes d'exaltation et de pensée jouissent d'un bonheur ineffable, d'une satisfaction que nous ne pouvons comprendre. Tel était le cardinal Pacca à Fénestrelle; lui qui dans sa vie avait eu le bonheur de parcourir les catacombes de Rome, de saluer les cénotaphes des martyrs, devait retrouver dans ses propres souvenirs de quoi sanctifier et embellir cette captivité dont l'exemple était si fréquent dans la primitive Église, a II peut arriver, dit sainte Thérèse, que l'àme se « détache du corps, si bien, que les coups que l'on reçoit <c vous soient joyeux comme les sons de la musique ou « l'odeur d'une fleur suave. »
Le cardinal Pacca resta ainsi à Fénestrelle jusqu'en 1812, fatale date pour le puissant persécuteur, représaille de Dieu contre le fort. Quand les revers vinrent pour Napoléon, lorsque les terribles événements de Russie ramenèrent les débris de la grande armée jusque sur le Rhin, l'empereur se ressouvint du mauvais traitement qu'il avait fait subir au pape, et alors de sa personne il vint à Fontainebleau, résidence de Pie VII, pour arranger les affaires de l'Église/ Le cardinal Pacca, toujours captif , un concordat fut signé sans trop de réflexions par Pie VII, alors mal entouré , et sous l'oppression des caresses et de la crainte ; à la suite de ce concordat , l'empereur ayant promis de rendre sa bonne grâce aux cardinaux exilés, Pacca put sortir de la forteresse
LE CARDINAL PACGA. 1f>1
de Fénestrelle pour rejoindre le souverain pontife à Fontainebleao. Il fut étonné sur sa route, dans cette France qu'on lai représentait comme labourée par l'esprit philosophique, de trouver tant de piété, tant d'affections saintes; le clergé accourait au-devant de lui, les populations se pressaient pour recevoir sa bénédiction apostolique. Tout cela tenait (indépendamment de l'esprit religieui) à la sourde opposition qui partout s'élevait contre l'empereur. Aux yeux de beaucoup, protestants et catholiques, le pape était un martyr politique, un prisonnier d'État, et on le témoignait en en> toorant le modeste cortège du cardinal secrétaire.
Sur la route, le général Savary avait envoyé un de ses agents auprès du cardinal Pacca , pour lui dire que l'empereur lui rendrait toutes ses bonnes grâces, s'il voulait enfin exposer au souverain pontife la légaiKé du nouveau concordat et en préparer la sincère exécution ; et bien I loin de suivre ce conseil de faiblesse et de concession, la première parole du cardinal, après avoir baisé l'anneau pontifical , ce fot de déclarer qu'en son âme et conscience ce concordat n'était ni légitime, ni librement conclu, et que dès lors le pape devait hautement protester contre le scel de Tanneau de saint Pierre arraché de force. Le cardinal restait ici pleinement d'accord avec ses antécédents et sa vie ; chef du parti des zélés, il ne voulait pas que la moindre concession fût faite, surtout en ce qui touchait les droits de l'Église, ouvertement violés par le concordat de Fontainebleau. C'est