XIV INTRODUCTION
à côté de laquelle la sienne semble pauvre, et alors nous sentons que l'œuvre sublime qu'il a créée, et qu'à d'autres moments nous élevons à la hauteur d'une poésie existant par elle-même, n'appartient pas plus profondément à la nature réelle des choses que l'ombre fugitive du passant sur un rocher. »
Les cris sublimes des grands poèmes et des grandes tragédies ne sont autre chose que des cris mystiques qui n'appartiennent pas à la vie extérieure de ces poèmes ou de ces tragédies. Ils jaillissent un instant de la vie intérieure et nous font espérer je ne sais quoi d'inattendu et que nous attendons cependant avec tant d'impatience! jusqu'à ce que les passions trop connues les recouvrent une fois de plus de leur neige... C'est en ces momentslà que l'humanité s'est mise un instant en présence d'elle-même, comme un homme en présence d'un ange. Or il importe qu'elle se mette le plus souvent possible en présence d'elle-même pour savoir ce qu'elle est. Si quelque être d'un autre monde descendait parmi nous et nous demandait les fleurs suprêmes de notre âme et les titres de noblesse de la terre, que lui donnerions -nous? Quelques-uns apporteraient les philosophes sans savoir ce qu'ils font. J'ai oublié quel autre a répondu qu'il offrirait Othello, le Roi Lear et Hamlet. Eh bien, non, nous ne
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sommes pas cela! et je crois que notre âme irait mourir de honte au fond de notre chair, parce qu'elle n'ignore pas que ses trésors visibles ne sont pas faits pour être ouverts aux yeux des étrangers et ne contiennent que des pierreries fausses. Le plus humble d'entre nous, aux instants solitaires où il sait ce qu'il faut que l'on sache, se sent le droit de se faire représenter par autre chose qu'un chef-d'œuvre. Nous sommes des êtres invisibles. Nous n'aurions rien à dire à l'envoyé céleste et rien à lui faire voir, et nos plus belles choses nous paraîtraient subitement pareilles à ces pauvres reliques familiales qui nous semblaient si précieuses au fond de leur tiroir et qui deviennent simisérableslorsqu'on les sort un instant de leur ombre pour les montrer à quelque indifférent. Nous sommes des êtres invisibles qui ne vivent qu'en euxmêmes, et le visiteur attentif s'en irait sans se douter jamais de ce qu'il eût pu voir, à moins qu'en ce moment notre âme indulgente n'intervienne. Elle fuit si volontiers devant les petites choses, et l'on a tant de peine à la retrouver dans la vie, qu'on a peur de l'appeler à l'aide. Et, cependant, elle est toujours présente et jamais ne se trompe ni ne trompe une fois qu'elle est mise en demeure. Elle montrerait à l'émissaire inattendu les mains jointes de l'homme, ses yeux si pleins de