‹ Les disciples à Saïs et les fragments de NovalisChapitre 19 sur 45 · XXIV INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XXIV INTRODUCTION

psychologie transcendantale, où l'âme ellemême s'efforce d'étudier ses habitudes et ses passions, comme notre esprit, dans la psychologie ordinaire, s'efforce d'étudier les passions et les habitudes de notre être détaché du mystère. L'âme immobile se replie sur ellemême et s'inquiète moins de l'inconnu qui l'entoure que de l'inconnu qu'elle renferme ; ou, plutôt, elle n'aperçoit accidentellement le mystère extérieur qu'au travers et à propos du mystère intérieur. En général, elle n'est mystique qu'à propos d'elle-même, au lieu qu'en Xovalis elle peut être mystique à propos d'un phénomène chimique, d'une loi pathologique ou d'une opération d'arithmétique. Elle se déplace à chaque instant, et se retrouve partout hors d'elle-même. Au lieu d'attirer en soi les extériorités et les apparences, elle s'y mêle, les sature de son essence et en change la substance. Elle transcendantalise moins son propre uioi que l'univers. Elle entre dans un art, dans une science, dans une morale; et cet art, cette science, cette morale ne sont plus ce qu'ils étaient et n'appartiennent plus directement à la vie actuelle. On ne saurait, d'ailleurs, définir mieux qu'il ne l'a fait la nature insaisissable et l'origine particulière de ses émotions spirituelles : « Il y a en nous, dit-il, certaines pensées qui paraissent avoir un

INTRODUC-riON XXV

caractère entièrement différent des autres, car elles sont accompagnées d'une sensation de fatalité, et cependant il n'y a pas de raison extérieure pour qu'elles naissent. Il semble que l'on prenne part à un dialogue, et que quelque être inconnu et spirituel nous donne d'une manière étrange l'occasion de développer les pensées les plus évidentes. Cet être doit être supérieur, puisqu'il entre en rapport avec nous d'une manière qui est impossible aux êtres liés aux apparences. Il faut aussi que cet être nous soit homogène, puisqu'il nous traite comme des êtres spirituels et ne nous appelle que fort rarement à l'activité personnelle. Ce moi supérieur est à l'homme ce que l'homme est à la nature ou le sage à l'enfant. L'homme s'efforce de lui devenir semblable, comme lui s'efforce de devenir semblable au non-moi. Il n'est pas possible d'établir ce fait ; il faut que chacun l'éprouve en soi. C'est un fait d'ordre supérieur que l'homme supérieur saisira seul; mais les autres s'efforceront de le faire naître en eux. La philosophie est une auto-logie d'essence supérieure,une auto-manifestation : l'excitation du moi réel parle moi\àé?i\. La philosophie est le fond de toutes les autres manifestations, et la résolution de philosopher est l'invitation faite au moi réel qu'il ait à prendre conscience, à s'éveiller et à devenir esprit. »

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