‹ Les disciples à Saïs et les fragments de NovalisChapitre 22 sur 45 · XXVIII INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XXVIII INTRODUCTION

mais, malgré les vents de la folie et de l'erreur qui tourbillonnent autour de lui, il est parvenu à se maintenir plus longtemps qu'aucun autre sur les crêtes dangereuses où tout est sur le point de se confondre. Il semble la conscience hésitante de l'unité, mais la plus indécisément complète que nous ayons eue jusqu'ici; et il est peu d'êtres humains en qui notre univers fut plus spiritualisé et plus divinement humain. Il est pareil au Maître serein de Saïs : « Il entend, voit, touche et pense en même temps. Tantôt les étoiles lui semblent des hommes, tantôt les hommes lui semblent des étoiles, les pierres des animaux, les nuages des plantes. Il joue avec les forces et les phénomènes. »

Frédéric von Hardenberg, qui prit en littérature le nom de « Novalis », naquit, le 2 mai 1772, en la vieille demeure familiale de Wiedestedt, dans l'ancien comté de Mansfeld, en Saxe. Son père, qui avait été soldat dans sa jeunesse, un honnête et solide Allemand, qui d'ailleurs ne comprit jamais rien au génie de son fils, étaitdirecteurdes salines saxonnes, emploi considérable à cette époque et qui assurait une très large aisance à toute sa maison. Sa mère, dont on parle trop peu, selon l'usage, bien que ce soient les mères qui créent l'âme des êtres, était probablement une de ces douces et pieuses femmes très soumises, qui, passant dans la vie sans s'expliquer l'attitude de l'homme, se contentent de se taire et cachent ce qu'elles savent et tout ce qu'elles devinent, sous un pauvre sourire humilié. Il se peut que Novahs se soit souvenu d'elle en décrivant la simple et tendre femme qui

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