‹ Les disciples à Saïs et les fragments de NovalisChapitre 35 sur 45 · XLIV INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XLIV INTRODUCTION

Thuringe, sa vie s'élargissait, et sa seconde fiancée l'attendait en souriant dans la douce impatience des noces. Jamais il n'avait senti plus près de lui la présence tiède et puissante du bonheur. Il faut se méfier, comme de la mort, de cette sensation de plénitude, de force, d'espérance et de joie. C'est la réaction instinctive et suprême de la vie, qui sait tout, contre le malheur, qui s'approche et qui débarquera demain. Quand nous sentons trop vivement notre bonheur, c'est qu'il nous frappe en passant sur l'épaule, pour nous faire ses adieux. Brusquement, durant l'été de l'année 1801, au moment où toutes ses joies étaient sur le point de se réaliser, la mort inattendue d'un de ses frères le trouble si profondément, qu'un vaisseau se rompt dans sa poitrine i il rend le sang en abondance. On le transporte à Dresde, puis à Weissenfels, où il traîne quelque temps encore au milieu des grands espoirs et des grands projets des phtisiques, et meurt le 25 mars 1801. Il n'avait pas accompli sa vingt-neuvième année.

Je passerai rapidement en revue, pour terminer cette étude, les œuvres de Novalis, qui dans l'édition originale, accompagnent les fragments traduits ici : Henry d'Ofterdingen qui se trouve en tête du recueil de Tieck et Schlegel, fut écrit en Thuringe,dans les solitudes de la « prairie d'or » au pied des Kyfhaùserbirge. C'était en 1800, et Novalis, à deux pas de la mort et fiancé une seconde fois, plein d'espoir, de projets et d'ardeur, souriait à l'existence avec une joie et une confiance qu'il n'avait jamais eues jusqu'alors. Henry d'Ofterdingen devait être dans sa pensée, l'épreuve positive de l'image dont ce Wilhelm Meister, qui avait pesé sur toute sa jeunesse, u'avait donné que les négations et les ombres. Il voulait une sorte « d'apothéose de la poésie ». Comme une traduction complète de ce roman doit paraître sous peu, je me dispenserai de l'analyser ici. Cette œuvre

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qu'il n'eut pas le temps d'achever est l'effort le plus continu et le plus considérable de notre auteur ; mais on n'y trouvera pas l'audace étonnante et heureuse des Fragments. L'artiste dans Ofterdingen lutte contre le penseur et leurs forces s'annulent par moments dans cette lutte. C'est une œuvre monochrome, claire, froide, belle et noble. Mais la pure essence du génie de Novalis y parait moins qu'ailleurs. Il y règne cependant d'un bout à l'autre, cette merveilleuse clarté cristalline qui lui est propre et qui se manifeste spécialement dans ce livre, qu'on dirait écrit par un ange descendu d'un paradis de neiges et de glaces.

Nous avons ensuite les Hynmes à la Nuit. C'est une brève série de poèmes en prose et en vers écrits peu de temps après la mort de sa fiancée. Xovalis regardait ces poèmes comme la partie la plus parfaite de son œuvre. « Ils sont, dit Carlyle, d'un caractère étrange, voilé et presque énigmatique. Cependant, examinés plus profondément, ils ne sont nullement dénués de véritable valeur poétique. Il y a là une étendue, une immensité d'idée; une solennité tranquille règne en eux, une solitude qui est presque celle de quelque monde éteint. Çà et là aussi un rayon de lumière nous visite dans la profondeur vide; et nous jetons un regard clair et émer-

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