ÉPITRE
A M. FOUQUET
En tète d'un manuscrit du poème d'Adonis.
Fouquet, l'unique but des faveurs d'Uranie,
Digne objet de mes chants, vaste et noble génie,
Qui seul peux embrasser tant de soins à la fois,
Honneur du nom public, défenseur de nos lois ;
Toi dont l'âme s'élève au-dessus du vulgaire,
Qui connais les beaux-arts, qui sais ce qui doit plaire.
Et de qui le pouvoir, quoique peu limité,
Par le rare mérite est encore surmonté ;
Vois de bon œil cette œuvre, et consens pour ma gloire
Qu'avec toi l'on le place au temple de mémoire,
Par toi je me promets un éternel renom ;
Mes vers ne mourront point, assistés de ton nom ;
Ne les dédaigne pas, et lis cette aventure,
Dont pour te divertir j'ai tracé la peinture.
* Le sort des jugements.
b LES DISTRACTIONS DE LA FONTAINE
Très-révérende mère en Dieu, Qui révérende n'êtes guère, Et qui moins encore êtes mère.
On vous adore en certain lieu D'où l'on n'ose vous l'aller dire, Si l'on n'a patentes du sire Qui fit attraper Girardin-, Lequel allait voir son jardin, Puis le mit à la grosse finance.
Les Rocroix', gens sans conscience, Me prendraient aussi bien qv;e lui, Vous allant conter mon ennui.
J'aurai beau dire à voix soumise :
« Messieurs, cherchez meilleure prise ; Phébus n'a point de nourrisson Qui soit homme à haute rançon.
Je suis un homme de Champagne, Qui n'en veut point au Roi d'Espagne ; Cupidon seul me fait marcher. »
Enfin, j'aurais beau les prêcher.
Montai ne se soucierait guère De Cupidon ni de sa mère :
Pour cet homme en fer tout confit, Passe-port d'Amour me suffit.
En attendant que Mars m'en donne un et le sine
1 ^ ^jme (jg Coucy, abbes.se de Mouzon.
' (Le sire qui fit attraper Girardin).
Est un partisan nommé Barbczièro, qui tenait pour les Espagnols, alors à Rocroi.
Barbezière enleva Girardin sur le chemin de Bagnolct et le mena jusqu'à Bruxelles. 11 fut décapité pour ce fait le !> octobre 1607.
' {Les Bocroix) c'est à-dire les Espagnols alors maîtres de Rocroix.
(Mars ou Condé, car c'est tout un, Gomme tout un vous et Gypiine)', Je ne bouge ; et j'ai bien la mine De ne vous pas être importun.
Votre séjour sent un peu trop la poudre ; Non la poudre à iêtes à friser, Mais la poudre à tôles à briser ; Ce que je crains comme la foudre, C'est-à-dire un peu moins que vous ; Car lous vos coups Ne sont pas doux Comme ils le semblent :
Le cœur dès l'abord ils nous emblent,
Puis le repos, puis le repas.
Puis ils font tant qu'ils causent le trépas.
Je vis pourtant, à ne vous point mentir : Que servirait de déguiser les choses ?
Mais comment vis-je ? et qu'il nous faut pâtir Dans vos prisons, où l'on fait longues poses ! Noires ne sont, et pourtant sont mieux closes Qu'aucun châtel. Quand léans on se voit. Pleurs et soupirs ce sont boulons de roses ; On n'en sort pas ainsi que l'on voudrait. Aussi, quand on vous fit abbesse, Et qu'on renferma vos appas.
Qui fut camus ? c'est le trépas.
Que les champs libres ont leur laisse.
Un peu, Je gage, Qu'on verra, s'ils sortent de cage, Beau jeu.
' Un des surnoms de Vénus.
Dessous la clef on les a mis Comme une chose et rare et dangereuse ;
Et pour épargner ses amis Le ciel vous fit jurer d'être religieuse.
Gomme vos yeux allaient tout embraser, Il fut conclu par votre parentage Qu'on vous ferait un couvent épouser :
Deux ans après se fit le mariage, De s'y trouver votre bonté fut sage ; Sans point de faute, Hymen en fît autant, Mot ne sonnait ; et, quand à moi, je gage Que de l'afTaire il n'était pas content.
Ce même jour, pour le certain,
Arriour se fit bénédictin ;
Et, sans trop faire la mutine,
Vénus se fit bénédictine ;
Les Ris, ne bougeant d'avec vous.
Bénédictins se firent tous ;
Et les Grâces qui vous suivirent.
Bénédictines se rendirent :
Tous les dieux qu'en Chypre on connaît
Prirent l'habit de saint Benoît.
Vous vêtir d'or, ce serait grand dommage, Puisque en habits sans coûts et sans façon De triompher votre beauté fait rage ; Si qu'à la cour elle en ferait leçon, Pardonnez-moi si j'ai quelque soupçon Que cet habit dont vous êtes vêtue, En vous voilant, soit receleur d'appas : N'en est-il point dont il puisse à ma vue Se confier ? Je ne le dirais pas.