POUR LA MÊME
Une Muse parle.
Recevez de nos mains celte illustre couronne, Dont l'éclat immortel a des charmes si doux ;
Nous n'avons encor vu personne
Qui la méritât mieux que vous.
Vos vers sont d'un tel prix que rien ne les surpasse ; Ce mont en retentit de l'un à l'autre bout :
Vous saurez régner au Parnasse ; Qui règne sur les cœurs, sait bien régner partout.
A M. JANNART
A Chaûry (Château-Thierry), ce 1^'' février 1659.
Monsieur mon Oncle,
Ce qu'on vous a mandé de l'emprunt et du jeu est trèsfaux ; si vous l'aviez cru, il me semble que vous ne pouviez moins que de m'en faire la réprimande; je la méritais bien par le respect que j'ai pour vous, et par l'affection que vous m'avez toujours témoignée. J'espère qu'une autre fois vous vous mettrez plus fort en colère, et que s'il m'arrive de perdre mon argent, vous n'en rirez point. M"* de La Fontaine ne sait nullement bon gré à ce donneur de faux avis, qui est aussi mauvais politique qu'interréssé. Xotre séparation peut avoir fait quelque bruit à la Ferté : mais elle n'en a pas fait beaucoup à Château-Thierry, et personne n'a cru que cela fut nécessaire.
20 LES DisruAcrioNS de la i-oxiaink
J'ai fait une sommation pour recevoir l'annuel, mais je n'ai point consigné ; mandez-moi s'il est encore temps. La commission dont je vous ai écrit est une excellente affaire pour le profit, et je ne suis pas assez ambitieux pour ne courir qu'après les honneurs; quand l'un et l'autre se rencontreront ensemble, je ne les rejetterai pas ; cependant, dès que Nacquart fera un tour à Chàleau-ïiiierry, je lui ferai la proposition, sauf de m'en rapporter à vous touchant le choix.
J'espère qu'aujourd'hui votre échange avec Madame de l'Hôtel-Dieu sera bien avancé, je suis sur le point d'en faire encore un. M. de La Place me doit un surcens de trois seliers et mine de blé, et deux seliers d'avoine ; le surcens est assis sur dix arpens de terre qui sont à la porte d'une de ses fermes. Il me veut donner en échange dix autres arpens, enfermés dans vos terres de la Trueterie. Je trouve la chose à propos ; mais il faut qu'elle se fasse sous votre nom, et auparavant il faudrait que je vous eusse cédé le surcens ; il me semble que cela se peut faire par procuration, et qu'il n'est pas besoin d'attendre un voyage de Paris pour cela. Suivant ce que vous m'en manderez, j'enverrai mémoire.
Si vous n'avez trouvé à troquer vos terres de Glignon, M. Oudan, de Reims, s'en accommodera avec vous, et vous donnera de largent ou des terres dans la prairie. Si l'afTaire d'Estampes se faisait, je vous conseillerais de choisir des terres.
Vous ne me mandez rien louchant le rachat que j'ai fait de vos rentes sous seing privé ; je ne l'ai pas voulu faire pardevant notaire, sans avoir auparavant votre avis, à cause
des lods et ventes, souvenez-vous, s'il vous plail, de m'en écrire.
Je suis,
Monsieur mon Oncle,
Votre très-humble et très-obéissant serviteur, De La Fo>taine.
P. S. — Je vous écrivis hier vendredi, et vous priai de vous employer pour celui qui vous portera la lettre ; car peutêtre recevrez-vous celle-ci la première. Je n'osai, à cause de la parenté de M"" de La Fontaine, lui refuser de vous écrire ; mais comme c'est pour essayer de lui procurer quelque emploi qu'on lui a fait espérer, et que ces choses ne se demandent ni ne s'obtiennent facilement, vous eu userez comme il vous plaira, et vous vous réserverez, si vous le jugez à propos, pour quelque meilleure occasion : enfin je ne prétends point vous importuner pour autrui dans une affaire de cette nature ; c'est bien assez que je le fasse pour moi seulement : je vous prie de vous excuser de la meilleure grâce qu'il sera possible, et cela suffit.
En lui envoyant les veus pour et contre M"" Colleteï.
Vous vous étonnez, dites-vous, de ce que tant d'honnêtes gens ont été les dupes de M"' Colletet, et de ce que j y ai été moi-même attrapé. Ce n'est pas un sujet d'étonnement que ce dernier point ; au contraire, c'en serait un si la chose s'était autrement passée à mon égard : ainsi vous
faites très-sagement de me mettre au nombre des honnêtes gens, puisque aussi bien je ne puis nier que je ne sois de celui des dupes. Cela \ous est-il nouveau ? Et d'où venezvous, de vous étonner ainsi ? Savez vous pas bien que pour peu que j'aime, je ne vois pas dans les défauts des personnes non plus qu'une taupe qui aurait cent pieds de terre sur elle ? Si vous ne vous en êtes aperçu, vous êtes cent fois plus taupe que moi. Dès que j'ai un grain d'amour, je ne manque pas d'y mêler tout ce qu il y a d'encens dans mon magasin ; cela fait le meilleur effet du monde ; je dis des sottises en vers et en prose, et serais fâché d'en avoir dit une qui ne fût pas solennelle : enfin je loue de toutes mes forces.
Homo siim qui ex stiiltis insanos reddam^
Ce qu'il y a, c'est que l'inconstance remet les choses en leur ordre. Ne vous étonnez donc plus, voyez seulement ma palinodie ; mais voyezlà sans vous en scandaliser. Pourquoi ne me rétracterais-je pas ? Tant de grands hommes se sont rétractés ! El puis fiez-vous à nous autres faiseurs de vers 1