‹ Les distractions de La FontaineChapitre 22 sur 109 · A M. PELLISSON · texte numérisé non relu

A M. PELLISSON

' M*** AYA]NT DIT QUE JE LUI DEVAIS DONNER PENSION POUR LE SOIN qu'il PRENAIT DE FAIRE VALOIR MES VERS, J EN- VOYAI QUELQUE TEMPS APRES CETTE LETTRE A M***".

Je vous l'avoue, et c'est la vérité, Que Monseigneur n'a que trop mérité La pension qu'il veut que je lui donne. En bonne foi, je ne sache personne A qui Phébus s'engageât aujourd'hui De la donner plus volontiers qu'à lui.

' M. Fouquet.

' Pellisson.

Son souvenir, qui me comble de joie,

Sera payé tout en belle monnoie

De madrigaux, d'ouvrages ayanl cours.

(Cela s'entend sans manquer de deux jours

Aux termes pris, ainsi que je l'espère,)

Cette monnaie est sans doute légère,

Et maintenant peu la savent priser ;

Mais c'est un fonds qu'on ne peut épuiser

Plût aux destins, amis de cet empire,

Que de l'épargne on en pût autant dire !

J'offre ce fonds avec alTection ;

Car, après tout, quelle autre pension

Aux demi-dieux pourroit être assignée ?

Pour acquitter celle-ci chaque année,

Il me faudra quatre termes égaux.

A la Saint-Jean je promets madrigaux.

Courts et troussés, et de taille mignonne

Longue lecture en été n'est pas bonne.

Le chef d'octobre aura son tour après ;

Ma muse alors prétend se mettre en frais :

Notre héros, si le temps beau ne change,

De menus vers aura pleine vendange.

Car menus vers sont en vogue à présent.

Vienne l'an neuf, ballade est destinée :

Qui rit ce jour, il rit toute l'année.

Or la ballade a cela, ce dit-on,

Qu'elle fait rire, ou ne vaut pas un bouton.

Pâques, jour saint, veut autre poésie :

J'enverrai lors, si Dieu me prête vie,

Pour achever toute la pension,

Quelque sonnet plein de dévotion.

Ce terme-là pourrait être le pire.

On me voit peu sur tels sujets écrire ;

Mais tout au moins je serai diligent, Et si j'y manque envoyez un sergent ; Faites saisir, sans aucune remise, Stances, rondeaux, et vers de toute guise Ce sont nos biens : les doctes nourrissons N'amassent rien, si ce n'est des chansons.

Ne pouvant donc présenter autre chose, Qu'à son plaisir le héros en dispose.

Vous lui direz qu'un peu de son esprit Me viendrait bien pour polir chaque écrit. Quoi qu'il en soit, je me fais fort de quatre ; Et je prétends, sans un seul en rabattre, Qu'au bout de l'an le compte y soit entier : Deux en six mois, un par chaque quartier. Pour sûreté, j'oblige par promesse Le bien que j'ai sur le bord du Permesse ; Même au besoin notre ami Pellisson Me pleigera' d'un couplet de chanson.

Chanson de lui lient lieu de longue épitre ; Car il en est sur un autre chapitre.

Bien nous en prend ; nul de nous n'est fâché Qu'il soit ailleurs jour et nuit empêché.

A mon égard je juge nécessaire.

De n'avoir plus sur les bras qu'une affaire ;

C'est celle-ci : j'ai donc intention

De retrancher toute autre pension ;

Celle d'Iris même ; c'est tout vous dire.

Elle aura beau me conjurer d'écrire ;

En lui payant pour ses menus plaisirs.

Par an trois cent soixante et cinq soupirs

' Me cautionnera.

(C'est un par jour, la somme est assez grande), Je n'entends point après qu'elle demande Lettre ni vers, prolestant de bon cœur Que tout sera gardé pour Monseigneur.

A MADAME FOUQUET

Pour le premier terme.

iCôg.

Comme je vois monseigneur votre époux Moins de loisir qu'homme qui soit en France, Au lieu de lui, puis-je payer à vous ? Serait-ce assez d'avoir votre quittance ? Oui, je le crois ; rien ne tient en balance Sur ce point-là mon esprit soucieux.

Je voudrais bien faire un don précieux : Mais si mes vers ont l'honneur de vous plaire, Sur ce papier promenez vos beaux yeux.

En puissiez-vous dans cent ans autant faire !

Je viens de Vaux, sachant bien que sur tout Les Muses font en ce lieu résidence ; Si leur ai dit, en ployant les genoux : '< Mes vers voudraient faire la révérence, A deux soleils de votre connaissance.

Qui sont plus beaux, plus clairs, plus radieux Que celui-là qui loge dans les cieux ; Partant, vous faut agir dans cette affaire, Non pour acquit, mais de tout votre mieux. En puissiez-vous dans cent ans autant faire ! »

L'une des neuf m'a dit d'un ton fort doux (Et c'est Clio, j'en ai quelque croyance) :

J'ai cru la Muse ; et sur cette assurance. J'ai fait ces vers, tout rempli d'espérance. Commandez donc en termes gracieux Que, sans tarder, d'un soin officieux, Celui des Ris qu'avez pour secrétaire M'en expédie un acquit glorieux.

En puissiez-vous dans cent ans autant faire !

Envoi.

Reine des ceurs, objet délicieux, Que suit l'enfant qu'on adore en des lieux Nommés Paphos, Amathonte, et Cythère, Vous qui charmez les hommes et les dieux, En puissiez-vous dans cent ans autant faire I

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