‹ Les distractions de La FontaineChapitre 54 sur 109 · A S. A. R. MADAME LA PRINCESSE DE BAVIÈRE · texte numérisé non relu

A S. A. R. MADAME LA PRINCESSE DE BAVIÈRE

Juillet ir,r,9.

ÊPJTRE.

Voire Vitesse Sérénissime A, dit-on. pour moi quelque estime.

Et veut que je lui mande en vers Les affaires de l'univers :

J'entends les affaires de France :

.l'obéis et romps mon silence.

L'intérêt et lambilion Travaillent à Télection Du monarque' de la Pologne.

On croit ici que la besogne Est avancée ; et les esprits Font tantôt accorder le prix Au Lorrain-, puis au Moscovite', Condé^, Nieubourg ^ ; car le mérite De tous côtés fait embarras Condé, je crois, n'en manque pas Si votre époux voulait, madame.

Régner ailleurs que sur votre âme On ne peut faire un meilleur clioix.

Heureux qui vivrait sous ses lois !

'Casimir, roi de Poluiriic. avait abdique c' s'était retiré à l'alilnyo de Saint-Germain des l rès. à Paris.

' Le duc Charles de Lorrain».

^ Le czar .\le\is Miiiailowïtcli.

' Le prand Condé.

■^ Le duc de .Nienl)ourj^. de Juliers et de Berjr.

r.KS DlSTRAfTlOXS DK I.A FONTAINE 1513

Ceux qui des alîjires publiques Parlent toujours en politiques.

Réglant ceci, jugeant cela, (Et je suis do ce nombre-là i ; Les raisonneurs, dis-je, prétendent Qu'au Lorrain plusieurs princes tenden Quant à Moscow, nous l'excluons -, Voici sur quoi nous nous fondons :

Le schisme y règne ; et puis son prince Mettrait la Pologne en province.

Meubourg nous accommoderait :

Vu roi de France il donnerait Quelque fleuron pour sa couronne.

Moyennant tant, comme l'on donne Et point autrement ici-bas.

Nous serions voisins des États' ; Ils en ont l'alarme, et font brigue Contre Louis chacun se ligue.

Cela lui fait beaucoup d'honneur.

Et ne lui donne point de peur.

Que craindrait-il, lui dont les armes Vont aux Turcs causer des alarmes ?

Nous attendons du Grand -Seigneur Un bel et bon ambassadeur :

Il vient avec grande cohorte :

Le nôtre est flatté par la Porte.

Tout ceci la paix nous promet Entre Saint-Marc et Mahomet Notre prince en sera l'arbitre :

Il le peut être ajuste titie ; Et ferait même, contre soi.

.Tustice au Turc en bonne foi

Les r:taU (]r- Hnllpiido

154 LES DisruAcrioNS de la fontaine

Pendant que je suis sur la guerre Que Saint Marc soulîre dans sa terre, Deux de vos frères sur les flots Vont secourir les Candiots.

Oh! combien de sultanes prises Que de croissans dans nos églises !

Quel nombre de turbans fendu !

Tète et turban, bien entendu.

Puisqu'en parlant de ces matières Me voici tombé sur vos frères, Vous saurez que le chambellan' A couru cent cerfs en un an.

Courir des hommes, je le gage, Lui plaiiait beaucoup davantage ; Mais de longtemps il n'en courra :

Son ardeur se contentera, S'il lui plait, d'une ombre de guerre.

D'Auvergne- s'est dans notre terre Rompu le bras : il est guéri, Ce prince a dans Château-Thierry Passé deux mois, et davantage.

Rien de meilleur, rien de plus sage, Et de plus selon mes souhaits^ Parmi les grands ne lut jamais.

Le duc d'Albrel ' donne à l'étude Sa principale inquiétude. Toujours il augmente en savoir.

Je suis jeune assez pour le voir

' Le duc de BiiuiHou, grand Cliaiubellaii.

* Le Coaile d'Auvergne le seeoiid des frères delà piinccssc.

* Depuis Cardinal de Boirilon troisième frère de la princesse.

LES DISTHACTIUNS DE LA KONIAINE 155

Au-dessus des premières lèles.

Son bel esprit, ses mœurs iionnùles Lélèveronl à tel degré Qu'enfin je m'en contenterai.

Veuille le ciel à tous ses frères Rendi'e toutes choses prospères, Et leur donner autant de nom, Autant d'éclat et de renom.

Autant de lauriers et de gloire Que par les mains de la victoire L'oncle en reçoit depuis longtemps !

Si leurs désirs n'en sont contents, Et que plus haut leur àme aspire, Je serai le premier à dire Qu'ils auront tort, et que les cœurs Ne sont jamais soûls de grandeurs.

Trouveront-ils en des familles, Par les garçons et par les fdles, Par le père et par les aïeux, Un tel nombre de demi-dieux, Et de déesses tout entières ?

Car demi-déesses n'est guères En usage, à mon sentiment ; Puis, quand je n'aurais seulement Qu'à parler de votre mérite.

L'expression serait petite.

Veuille le ciel, à votre tour, Vous donner un petit Amour Qui, par la suite des années.

D'un grand Mars ait les destinées !

Au moment que j'écris ces vers.

Et m'informe des bruits divers,

Je viens d'apprendre une nouvelle :

C'est que, pour éviter querelle,

On s'est en Pologne choisi

Un roi dont le nom est en ski'

Ces messieurs du Nord font la nique

A toute notre politique.

Notre'argent, celui des Etats,

Et celui d autres potentats

Bien moins en fonds, comme on peut croire,

Force santés aura fait boire.

Et puis c'est tout. Je crois qu'en paix

Dans la Pologne désormais

On pourra s'élire des princes ,

Et que l'argent de nos provinces

Ne sera pas une autre fois

Si friand de faire des rois.

POUR S. A. E. M=r LE CARDINAL DE BOUILLON,

Après son brevet de CnrdinaLit.

IHH9.

Page 1