A MADAME ULRICH
Novembre Î688:
J'ai reçu, Madame, une de vos Lettres qui est sans date. Elle est si pleine de tendresse à mon égard, et de toutes choses qui me doivent être infiniment agréables, que je voudrais en retenir une que je vous écrivis il y a dix jours, et qui ne vous a été envoyée que de samedi dctnier. J'ai vu
Mademoiselle Thérèse depuis cela, non pour obéir à vos ordres, mais pour mon plaisir, et très grand plaisir. Elle avait le plus beau teint que fille que j'aie vu de ma vie. Ne vous allez pas imaginer que nous nous laissions mourir de chagrin pendant votre absence. C'est une chose qui se dit toujours, et qui n'arrive jamais. Je suis au désespoir de vous avoir fait les remontrances que je vous ai faites, non qu'elles ne soient raisonnables, mais votre Lettre ne permet pas qu'on écoute la raison en façon du monde, et vous renverserez l'esprit de qui vous voudrez, et quand vous voudrez, fût-ce un Philosophe du temps passé. Il me semble par la vôtre que vous ne voulez point de réponse, car vous dites que vous ne me marquez point le lieu oîi vous êtes. Cependant on voiis y a envoyé ma Lettre et d'autres encore. On ne se saurait imaginer une plus agréable compagnie que celle que vous avez. Dieu vous la conserve, et ramenez-la au plus tôt, si vous m'en croyez, non que la Campagne doive finir tout à l'heure : mais comme on dit que le Prince d'Orange s'en retourne en Angleterre, nos Princes et nos Grands Seigneurs pourraient bien s'en revenir au plus vite. Je n'oserais m'étendie sur le chapitre qui vous a fait partir, et qui vous pourrait arrêter un peu trop longtemps ; il me paraît par la vôtre que vous ne le souhaitez pas. Je verrai souvent Mademoiselle votre Fille ; et penserai un peu plus souvent à vous, bien certain que de votre part vous n'avez garde do m'oublier.
(OEuvres Posthumes) .